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Le Docteur se tourna à l'approche de Gwen. Quand il vit le visage de la jeune femme, il ne put s'empêcher de sourire. Elle lui lança un regard inquisiteur, cherchant à comprendre ce qui se passait. Il lui fit un signe de la tête et l'entraîna un peu plus loin. Il se mit face à elle et plaça ses mains sur les tempes de la jeune femme. Gwen voulut baisser la tête mais lorsqu'elle fixa le Docteur dans les yeux, elle vit qu'elle pouvait lui faire entièrement confiance. Comme s'il comprenait, il baissa brièvement la tête en signe d'approbation puis il ferma les yeux. Gwen fit de même.
Elle sentit une vague de chaleur l'envahir puis comme une présence dans sa tête.
T – C'est bon ? Vous m'entendez ?
Gwen rouvrit les yeux, paniquée, mais le Docteur la regardait en souriant. Par quel tour de passe-passe avait-il réussit à pénétrer son esprit ? Décidément, cet homme était plein de surprises.
G – Mais que… comment a-t-il pu…
T – Votre famille possède vraiment de grands dons Gwen Williams. Je ne suis jamais parvenu à un tel résultat auparavant. Vous pouvez me parler directement, je vous entends parfaitement.
Gwen plaqua sa main sur sa bouche. C'était complètement dingue. Mais bigrement pratique compte tenu de la situation. C'était absolument brillant en fait !
G – C'est dément ! Mais vous entendez tout ce que je pense ?
T – Oui… Alors attention… je pourrais voir ou entendre des choses que vous ne souhaiteriez pas que j'entende ou je vois. Si c'est le cas, visualisez une boîte pour ranger ces choses. Ça devrait fonctionner.
G – D'accord. C'est pas tout ça, mais si on passait à l'action.
T (arborant un grand sourire) – Allons-y !
Ils se rapprochèrent du T.A.R.D.I.S. et en firent le tour.
G – Vous pouvez me dire ce qu'il se passe ?
T – Visiblement, l'entité qui se trouve dans le corps de Ianto en sait plus qu'on ne pouvait le croire. Elle a trouvé les codes d'accès du vaisseau et a créé une sorte de champ de force en détournant l'usage du circuit caméléon.
G – En clair ?
T – Je ne peux pas rentrer dans le T.A.R.D.I.S.. En fait, personne ne le peut sans risquer de se faire pulvériser. L'intensité sonore du champ de force n'est rien comparée au rayonnement qui se déclencherait s'il l'on passait le pas de la porte.
G – Mais votre truc sonique, il ne peut rien faire ?
T – Il peut agir… mais en partie seulement. Il me manque quelque chose que je ne peux trouver qu'à l'intérieur. Ce que, si vous avez bien suivi, je ne peux pas faire. De plus, pour finir de désactiver le circuit, il faut que quelqu'un entre pour enclencher divers boutons et donner deux ou trois coups de marteaux bien placés. Ce qui, une nouvelle fois, n'est pas possible.
G – Je pourrais peut-être…
T – Sûrement pas ! Vous n'avez pas entendu ce que j'ai dit juste avant ? (se parlant à lui-même) Si seulement j'avais une lamelle métallique à portée de main. Un simple acier inoxydable, ce serait parfait. Tout ici est en titane ou en mytridiatène. Rien qui puisse être suffisamment conducteur.
Gwen fouilla dans sa poche. Elle se souvenait d'une des dernières choses qu'elle avait faite avant que le Docteur ne débarque chez elle. Ce serait génial si…
G – OUI !
T – Aow ! Ne pensez pas si fort !
G – Pardon. Juste avant que vous n'arriviez, j'ai mis ma fille au lit. Et avant de la coucher, je l'ai décoiffée pour qu'elle ne se blesse pas.
T – C'est adorable, mais où voulez-vous en venir ?
G – Toshiko a des cheveux un peu longs, suffisamment pour porter des pinces métalliques.
Le Docteur commença à sourire.
G – Et, comme d'habitude, au lieu de ranger la pince dans la boîte qui est prévue à cet effet, je l'ai mise dans ma poche. Rhys déteste ça, parce qu'à chaque fois, il en retrouve dans le tambour de la machine. Mais cette fois, je pense qu'il sera content que je n'aie pas obéis à ses ordres.
Gwen, triomphante, tenait devant elle la barrette rose de Toshiko. Le Docteur s'en saisit et se précipita à l'arrière du T.A.R.D.I.S..
T – On vous a déjà dit que vous étiez brillante ?
Gwen sourit en se disant que Rhys devrait entendre ça.
T – Si vous voulez, je peux le lui dire à notre retour sur Terre.
G – Hey ! C'est personnel ça !
T – Désolé…
G – Mais j'accepte la proposition.
Muni de son tournevis sonique, le Docteur accéda à un petit panneau à l'arrière du T.A.R.D.I.S., panneau qui, visiblement, n'était pas sous l'influence du champ de force. Celui-ci avait été concentré sur la porte d'entrée uniquement.
T – Alors si je fais comme ça, ça devrait pouvoir passer. Ils pensent bien me connaître mais ils sont loin du compte. Et maintenant, si vous voulez bien m'attendre quelques instants.
Le Docteur pénétra dans le T.A.R.D.I.S.. Gwen fixait la porte avec inquiétude. Le champ de force avait été diminué mais pourrait-il désactiver le circuit une bonne fois pour toute ?
G – Docteur ? Est-ce que tout va bien ? Docteur, vous m'entendez ?
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Skolef revint au poste de commandes. Il titubait encore légèrement. Il avait réussi à joindre sa femme. Elle le soutenait. Ensuite, elle se rendit vers une petite armoire verte qui se trouvait sous la console principale et en sortit une trousse de premiers soins. Dans ce type de vaisseau, il fallait pouvoir parer à toute éventualité aussi rapidement que possible. Jack se leva brusquement. Viteï revenait seul, ça n'augurait rien de bon.
J – Où est Gwen ? ! ?
V – Nous sommes arrivés à la salle des archives avec votre amie. Une sorte de bourdonnement semblait sortir de la pièce. Pour en avoir le cœur net, nous sommes entrés. C'est alors que j'ai été paralysé par un son assourdissant. Mademoiselle, pardon, Madame Gwen a eu la présence d'esprit de me faire sortir. Elle avait visiblement trouvé un moyen de se protéger les oreilles. Elle m'a envoyé pour vous prévenir. Je n'ai aucune idée de ce qui se passe à l'intérieur de la salle, je n'ai rien eu le temps de voir.
J – Mais où est-elle maintenant ?
Viteï était tendu, les soins apportés par son épouse étaient légèrement douloureux d'une part, mais, d'autre part, il appréhendait grandement la réaction du capitaine. Il s'en voulait d'avoir laissé Gwen seule.
V – Elle est retournée dans la salle des archives pour voir ce qu'il était advenu du Docteur.
J – Vous l'avez vu ? Il va bien ?
V – Je n'en sais rien du tout. Je suis désolé.
Jack s'était approché dangereusement de Skolef. Il était visiblement hors de lui. Mais Blop lui posa la main sur l'épaule pour le calmer.
U – Gardez votre calme capitaine. Vous savez que vous avez une mission à remplir. Vous devez absolument vous focaliser là-dessus.
J – Je dois savoir s'ils vont bien ! Blop, pouvez-vous essayer de joindre la salle des archives ?
U – Impossible, les branchements du Docteur empêchent toute tentative de communication avec cette pièce. Navré mais vous allez devoir vous rendre à l'infirmerie. Votre ami a été formel avant de partir. Et le temps nous presse.
J – Mais…
U – Capitaine, c'est un ordre !
Jack se mit au garde-à-vous à contre cœur et salua le commandant. Il sortit de la salle pour se rendre à l'infirmerie. Il avait beaucoup de mal à garder son calme mais il devait absolument se recentrer. Au fond de lui, il sentait que le Docteur et Gwen allaient bien. Il devait se fier à ce sentiment. Jusqu'à présent, son instinct ne l'avait pas trompé.
Une fois arrivé devant la porte de l'infirmerie, il s'arrêta un instant. Il réajusta sa chemise, inspira profondément et entra.
L'hôte leva les yeux vers lui. Il affichait un large sourire. Son regard était froid, sans vie. Jack inspira une nouvelle fois. Ianto, son Ianto lui avait parlé à plusieurs reprises, il en était maintenant totalement convaincu. Il devait trouver un moyen de libérer son compagnon de l'emprise de cette chose pour mieux la détruire. Rien ne lui garantissait que Ianto soit toujours debout après ça. Mais il préférait encore le voir mort que sous l'emprise de cette entité d'un autre monde.
I – Bonsoir capitaine. Je ne vous attendais plus.
Le capitaine serrait les poings. L'atmosphère était glacée. Ianto semblait absorber toute l'énergie qui l'entourait. D'ailleurs, il avait la main posée sur une des prises de la salle. Mais dans quel but ?
J – Laissez Ianto tranquille. Il ne mérite pas ce que vous lui faites subir. Laissez-moi donc prendre sa place.
I – L'arnaqueur de l'éternité a parlé. Vous savez bien que c'est impossible. A moins que le Docteur ne vous ait rien expliqué. C'est qu'il sait bien tromper son monde pour arriver à ses fins ce cher Docteur.
J – Comment ça, impossible ?
I – De la même façon qu'Abbadon n'a pu vous éliminer, je ne peux vous posséder. Et puis je dois avouer que votre ami est très confortable, ah ah…
Jack sentait la colère qui montait en lui, mais il devait se contrôler. Il devait faire parler la créature. Il devait gagner du temps et trouver sa faiblesse. S'il y en avait une.
J – Vous êtes bien lâche à vous attaquer à quelqu'un sans aucune défense. Je vous croyais plus puissant que ça.
I – Vous doutez de ma puissance ? Je contrôle pourtant le T.A.R.D.I.S.
La prise ! C'était donc pour ça ? Il devait agir à distance grâce à cela. Une étincelle éclaira le regard de Ianto. Visiblement, il marquait un point.
J – Le Docteur est plein de ressources que vous ne soupçonnez même pas. Je l'ai vu venir à bout de beaucoup plus coriace que vous.
I – Le Docteur n'est rien face à moi, un microbe. J'ai failli avoir raison de lui une fois. Je n'échouerai pas cette fois-ci.
I – Jack ?
Jack sentit son cœur bondir dans sa poitrine. C'était lui. Il l'entendait. Pourvu qu'il soit le seul à l'entendre. Contrôle, il fallait qu'il garde le contrôle. Il devait permettre à l'esprit de Ianto de reprendre la place qui lui était due. Il devait le libérer à tout jamais de la créature qui le manipulait.
J – Mais qui êtes-vous donc ? D'où venez-vous ?
I – Je suis tout et personne à la fois. Je suis tout ce que le mal a créé dans l'univers. Midnight est une sorte de prisme, un catalyseur qui concentre toute l'énergie sombre émise en tout point de l'espace. J'ai vu le méchant loup à plusieurs reprises, je suis tombé à chaque fois, mais je suis là, maintenant, tel le phénix se relevant de ses cendres. Je suis la haine d'un frère abandonné, la rage d'un maître sans sa voix, la fureur du diable sans ses chaînes. Je suis le commencement et la fin de vos vies. Voilà la raison pour laquelle votre pauvre petit docteur ne peut rien contre moi.
Le processus touche à sa fin. Une fois qu'il sera achevé, je possèderai entièrement ce corps et je pourrai libérer toute l'énergie contenue dans les cristaux qui se trouvent dans la soute. Elle se répandra dans tout l'univers. Alors ma toute puissance éclatera à la face du monde !
Le teint de Ianto était de plus en plus pâle, l'iris de ses yeux était devenu bleu translucide. Et si Jack avait finalement rêvé ? Et si cette créature était réellement en train de l'emporter ? Les espoirs de Jack étaient en train de s'évanouir.
