Nous montâmes dans la limousine, le chauffeur ferma la porte derrière nous, alla s'asseoir et démarra. Le trajet allait durer longtemps, j'allumai donc l'ordi que j'avais à disposition. Reiso posa son menton sur mon épaule pour voir ce que je faisais. Je lui assenais une tape derrière la tête. Il grogna mais ne changea pas sa position. Je haussai les épaules et demandai au chauffeur s'il n'avait pas un film. Il acquiesça et me montra du doigt l'emplacement de . Je parcourus le tas du regard, aucun ne valait la peine d'être regardé. Je soupirai d'ennui.
_ Bon, parlons bien parlons peu : est-ce que tu peux m'aider ?
_ De quelle aide parle-t-il ? demanda Reiso.
_ Elisa a encore fait des siennes. Elle a oublié de reboucher le vide qui s'est créé après son sort.
Une lueur de compréhension apparut dans ses yeux.
_ Ah, et c'est à toi que revient le droit d'arranger ça. Franchement, elle exagère.
J'acquiesçais, tout à fait d'accord avec ce qu'il disait. Elisa est une bonne sorcière, elle ne rate pas souvent ses sorts. Mais il lui arrive de nous faire des blagues, comme maintenant, avec l'abîme. Elle veut surement que je m'en occupe.
_ Puis-je savoir de qui vous parlez ?
_ De ma cousine. Elle est la cause de tes petits soucis, répondis-je.
_ Intéressant.
_ Je te préviens déjà, ne tente rien contre elle. Tu risques d'avoir très mal. Et même ton charme n'y pourrait rien.
Je savais d'expérience que mon regard devait lui faire peur tellement il était froid. Ma voix tantôt envoutante, tantôt sensuel donnait un contraste effrayant avec mon regard. Sur ma bouche s'était dessinée une grimace menaçante. Il m'observa avec un visage impassible, puis il hocha la tête. Je lui souris véritablement, effaçant ainsi la dernière image qu'il avait de moi.
_ Mademoiselle, Messieurs, nous sommes arrivés, intervint le chauffeur.
Il vint nous ouvrir la porte. Nous sortîmes en file indienne. Nous marchâmes quelques instants et nous arrivâmes enfin au restaurant. La serveuse nous mena jusqu'à la table que j'avais réservée, et nous donna le menu.
_ Je reviens dès que vous aurez choisi.
_ Merci.
_ J'ai une question. Comment saurait-elle que nous aurons choisi ? s'exclama Reiso une fois la serveuse partie.
_ Aucune idée. Un truc de serveuse, je suppose, répondis-je.
_ Peut-être.
_ Je pense que je ne prendrai que le dessert. Il a l'air si appétissant.
_ Saphir. A quoi bon venir dans un restaurant si nous ne mangeons pas ? Goute au moins aux truffes. C'est succulent, crois-moi.
_ J'y penserai.
_ Fais ce qui te semble le meilleur.
La serveuse est revenue avec un carnet et nous demande ce que nous voulons. Tout en souriant je lui dis :
_ Je prendrai une gigolette d'oie au champagne. Et du vin rouge. Celui de 1998. Comme dessert je voudrais du chocolat caramélisé. Ce sera tout, merci.
_ C'est noté. Et vous messieurs ?
_ Je prendrai le plat du jour avec le même vin que Mademoiselle, lui répondit Reiso.
_ Pour moi, ce sera des truffes et une dame blanche. Et Freki ne mange pas.
_ Très bien, je vous apporte ça tout de suite.
Sur ce elle disposa. Je lançai un regard moqueur à Reiso, tout en lui disant :
_ Mademoiselle ? Ne te donne pas un genre, « Monsieur ».
_ Oh, ça va. Que voulais-tu que je lui dise ?
_ On est dans un livre, je te rappelle. Pourquoi se soucier des formules de politesse ?
_ Et toi, alors ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité.
_ Je suis une dame je te le rappelle. Je suppose que j'ai la folie des grandeurs. Toi, tu n'as aucune excuse.
_ Ravale-moi ce ton moqueur.
_ Ah, et que me feras-tu ?
_ Beaucoup de choses, ma chère. Beaucoup de choses.
_ Montre-moi, si tu l'ose.
Il se leva d'un bond, m'attrapa le bras et essaya de me faire lever. Je ne bougeai pas d'un centimètre. Ce qui l'agaça. Saphir s'amusait de la situation.
_ Qu'essayez-vous de faire, monsieur ? Lui dis-je.
_ Lève-toi donc. Ne voulais-tu pas que je te montre ?
Je relevai la tête vers lui. Ce que je vis dans ses yeux m'amusa encore plus. Et nous partîmes tous les deux d'un même rire. Ce qui attira encore plus l'intention des gens autour de nous. La serveuse revint enfin avec nos repas et nous mangeâmes de bon appétit. Dès que nous en finîmes, Reiso insista pour payer l'addition. Et on s'en alla.
