Episode 10 : Marche funèbre


Gildartz et Erza se relayèrent pour monter la garde à tour de rôle devant leur petit campement improvisé. Dès que les premières lueurs de soleil se furent levées, ils préparèrent pour le départ les trois chevaux qu'ils avaient attachés à des troncs d'arbre près du campement durant la nuit.

Toupie et le coursier au pelage marron d'Erza s'étaient montrés très commodes face à leur situation, s'installant côte à côte sur l'herbe humide. Eclair par contre, comme à son habitude, avait été un peu plus difficile. Tirant de toutes ses forces sur la longue corde qui le retenait captif, il avait longuement protesté en se cabrant sur ses deux pattes arrières et en hennissent de tous ses poumons. Gildartz avait même été forcé de refaire le nœud de sa corde à plusieurs reprises tellement il l'avait forcé.

Néanmoins, tous les trois chevaux parurent heureux de leur liberté renouvelée le matin suivant. Gildartz s'appropria Eclair tandis que Nana grimpait sur Toupie. Lucy et Erza quand à elles, s'installèrent sur le coursier de la guerrière.

-Son nom est Purgatoire, l'informa Erza.

Lucy trouva cela un peu sinistre comme dénomination pour un cheval. Mais elle préféra ne pas faire de commentaires, ne voulant pas vexer sa propriétaire. Faisant une moue circonspecte, elle caressa le museau de l'animal.

-Enchantée…Purgatoire.

Le cheval leva fièrement la tête à ces mots, faisant tournoyer sa crinière luisante.

-Il vous aime bien, en conclut Erza avec un large sourire.

-En route ! Annonça Gildartz en se mettant en tête du convoi.

D'un coup de talon, Erza mit en marche Purgatoire. Lucy s'agrippa avec force à la taille de sa cavalière, surprise par la légèreté avec laquelle elles se déplaçaient. Le décor défila alors devant ses yeux. Mais elle ne regardait pas vraiment, l'esprit occupé par une multitude de pensées.

Les heures s'écoulèrent lentement et peu à peu sa douleur aigüe aux cuisses devenait de moins en moins supportable pour Lucy. Les frottements perpétuels de sa peau sur la scelle en cuir lui donnait l'impression d'avoir l'intérieur des cuisses en feu. Lucy eut la certitude qu'elle en aurait des cloques. Ce n'était pas une prédiction agréable.

Ils s'arrêtèrent enfin pour faire boire les chevaux exténués dans l'eau cristalline d'un petit ruisseau. Les voyageurs en profitèrent pour soulager leur vessie et pour grignoter un morceau de bacon accompagné par un petit bout de pain.

Ne pouvant résister à son désir, Lucy se trempa même ses jambes et ses cuisses rougissantes dans l'eau du ruisseau, poussant des gémissements d'aise.

Ils reprirent ensuite la route en évitant les villages et les autres voyageurs. Ils préféraient ne pas s'attirer d'ennuis, restant à l'écart de ces inconnus à qui ils ne pouvaient absolument pas faire confiance. Chacun ne pensait qu'à soi-même et à ses propres bénéfices dans ces temps de troubles, se méfiant les uns des autres, n'hésitant pas à user de la violence pour protéger ce qui leur appartenait.

Lucy n'aimait pas du tout cette ambiance ténébreuse qui recouvrait Magnolia comme une épaisse couche de brume. Cela ne correspondait pas du tout aux souvenirs qu'elle avait emportés de ces terres. Riche, abondant et festif, son pays lui était toujours apparut comme l'endroit le plus paisible et le plus joyeux du monde. Les chanteurs itinérants animaient les villages de leurs instruments et de leurs voix mélodieuses les enfants jouaient dans les coins de rues, se faufilant entre les jambes des passants avec des éclats de rire les commerçants criaient à qui peut mieux dans les marchés, comme si la qualité de leurs produits ne fut jugée qu'au timbre prédominant de leur voix de jeunes couples se baladaient dans les rues, main dans la main, se chuchotant quelque indécence dans l'oreille.

C'était en tout cas la façon dont Lucy avait aperçu le monde extérieur au château durant ses rares sorties du château auprès de ses parents.

Mais depuis, sa vision du monde s'était largement étendue. Tout ne paraissait plus si rose ni si allègre à ses yeux d'adolescente. Non. Elle avait cessé de croire que le monde était un endroit féérique. Dans ce bas monde les gens se mentaient, se volaient, se tuaient. C'était une règle de vie. Personne ne pouvait y réchapper. Pas même elle.

Après tout elle avait été forcée de planter son épée dans le ventre d'un homme peu de temps avant. Elle n'avait pas eu le choix. Sinon il aurait tué Nana. Mais Lucy n'avait pas pu le permettre. Nana était un des piliers de son existence et à présent qu'un pilier venait tout juste de crouler sous ses pieds à jamais, elle ne pouvait pas se permettre d'être dépouillée d'un deuxième. Son équilibre en serait trop gravement fragilisé. Elle se remémora l'identité des êtres qui constituaient actuellement les piliers principaux de sa vie: son père, Nana, Gildartz et Natsu.

Natsu.

Lucy eut un petit sourire. Elle avait hâte de le revoir. Elle se demanda une nouvelle fois comment se dérouleraient leurs retrouvailles. Est-ce qu'il y aurait des larmes ? Sûrement pas. Des étreintes chaleureuses ? Elle en doutait. Des baisers sur la joue ? Encore moins ! Des rires de joies ? Peut-être bien.

Elle rêvassa ainsi durant la fin du trajet et levant soudainement les yeux devant elle, Lucy eut la grande surprise de distinguer les contours familiers du château de son enfance. Elle eut l'impression d'avoir avalé quelque chose de vivant qui se tortillait à présent dans son ventre. Mais en réalité il ne s'agissait que d'une énorme boule de nerfs qui lui tordait les entrailles.

Sûrement alertée par la pression croissante de Lucy autour de sa taille, Erza se retourna rapidement vers elle, un sourire apaisant aux lèvres.

-Vous n'avez aucune raison d'être nerveuse, ma princesse. Tout se passera bien. Vous êtes chez vous.

Lucy essaya de lui sourire mais elle n'y parvint qu'à moitié. Erza avait beau dire, ça n'apaisait pas le moins du monde l'anxiété qui l'envahissait.

Ils s'arrêtèrent devant les portes de la capitale. Avec grand mécontentement, ils se mirent à la queue derrière l'infinissable rangée d'attente que formaient toutes sortes de gens. Ils portaient pratiquement tous des fleurs dans leurs charrettes ou entre leurs mains, et gardaient une expression solennelle et triste.

Lucy se remémora ce qu'avait dit Gildartz quelques jours en arrière : « La reine Layla était très aimée. Des gens des quatre coins de Magnolia traversent actuellement le pays pour aller lui faire leurs adieux. ».

Le temps était rapidement passé depuis qu'ils avaient quitté Saals et Lucy avait dormi pendant la plus grande partie du trajet. Ainsi les sept jours avant les funérailles de sa mère s'étaient finalement écoulés et elles devraient se dérouler le jour-même.

Tous ces gens étaient donc des habitants du pays qui voulaient lui rendre hommage ? Lucy en fut très émue. Les regardant tour à tour avec tendresse, elle se sentit très unie à eux dans sa douleur. La plupart n'avait jamais échangé un seul mot avec la reine, et l'autre moitié ne l'avait sûrement même pas vu en vrai. Et pourtant ils étaient tous là, autant les petits comme les vieux. Toutes les générations pleuraient la perte de leur dirigeante.

Lucy se demanda si un jour elle jouirait de cette façon de l'amour de son peuple. Est-ce qu'elle serait une reine digne ? Est-ce qu'elle serait à la hauteur ?

Je ferais de mon mieux, se jura-t-elle. Je n'abandonnerais pas. Sous aucun prétexte.

Enfin, les gens placés devant eux purent rentrer dans la ville bondée et ce fut leur tour de se présenter devant les gardes de l'entrée. Ils étaient quatre, et ils avaient l'air épuisés par toutes ces heures de travail passée à brûler sous le soleil. L'emblème du roi luisait sur le devant de leurs tenues.

S'essuyant du revers de la main la sueur qui perlait sur son front, l'un d'entre eux s'adressa au groupe d'une voix molle. Mais il arrêta bientôt son protocole lorsque ses yeux se posèrent sur la figure d'Erza. Lucy se recroquevilla derrière elle comme elle le lui avait indiqué, dissimulant son visage derrière ses mèches brunes. Il valait mieux qu'elle passe inaperçue pour le moment. Le premier devant lequel elle devrait se montrer serait son père.

-Macao, le salua Erza. Alors toi, Jett, Droy et Wakaba êtes chargés de la sécurité de la ville aujourd'hui à ce que je vois.

Macao se passa la main dans ses cheveux noirs tirés en arrière.

-C'est un honneur dont je me serais bien dispensé si tu veux mon avis, répondit-il avec regret. Mais oui, c'est le cas.

Un autre homme à la coiffure originale s'approcha d'eux. Ses cheveux bruns s'achevaient en effet en un toupet artistique au-dessus de son front. Il tenait une pipe entre les dents.

-Erza ! Je te croyais en mission dans le nord. Il y a eu un problème ?

-Non. Au contraire, Wakaba. J'ai pu débarrasser nos frontières de pas mal de vermine mais il se trouve qu'en chemin j'ai dû m'occuper d'une autre mission primordiale. Il faut à tout prix que je vois le roi pour lui en faire part. C'est d'une importance capitale.

-J'ai peur que ce ne soit difficile, fit le dénommé Wakaba. Le cortège funèbre a commencé. Le roi et Lord Kendra se dirigent vers le cimetière royal en compagnie du Grand Clergé et d'une bonne centaine de milliers de suivants de la reine. Je te le dis en connaissance de cause ! Les gens se sont entassés toute la semaine devant ces portes ! Ça n'a pas été de tout repos !

-Ça a commencé ? S'étonna Gildartz. Nous sommes donc en retard. Il faut faire vite !

Les quatre gardes tournèrent leur regard vers lui à l'unisson. Ils le dévisagèrent longuement puis la pipe de Wakaba lui glissa soudain d'entre les dents.

-Ça ne peut pas être… ! Enfin, il ne s'agit sûrement pas de… ! Tituba Macao.

-LE VIEUX GILDARTZ ! S'écrièrent les présumés Jett et Droy d'une même voix.

-Le vieux ? Répéta Gildartz en se grattant sa barbe naissante. Eh ben ! Voilà un sacré surnom de gloire ! J'aurais presque préféré le « déglingueur »…

Nana éclata de rire, s'attirant les regards des gardes.

-Natalie ? S'étonna Wakaba. Mais qu'est-ce que vous faites ici tous les deux ? Vous étiez sensé être aux côtés de la princesse ! D'assurer sa protection ! Vous… !

Leurs regards se tournèrent cette fois vers la petite silhouette qui essayait de rester discrète derrière Erza. Ils ouvrirent très grand les yeux et la bouche.

-Je pense que vous avez saisi l'importance de ma mission, leur rappela Erza en les intimant à la discrétion par des regards entendus. Vous n'aurez donc aucun souci à nous céder le passage dans la capitale, n'est-ce pas ?

Macao fut le premier à recomposer son expression. Il s'écarta rapidement de leur chemin en leur faisant signe de passer.

-Oui oui, bien sûr ! Entrez, Erza Scarlet. La capitale vous donne la bienvenue à vous et à vos accompagnateurs.

Ils pénétrèrent ainsi les murailles, faisant trottiner légèrement leurs montures exténuées.

-Nous devons nous rendre au château au plus vite, avant la fin de la cérémonie.

Lucy avait parlé d'un ton quasi-suppliant. Ce n'était pas comme si ça avait été une véritable obligation, mais elle tenait à être présente durant les obsèques de sa mère. Même si elle n'occupait qu'un poste anonyme parmi la foule qui ressentait ce deuil collectif, l'important c'était de pouvoir prier une dernière fois pour son âme, de pouvoir lui souhaiter un salut éternel.

-Nous y serons, ma princesse, lui assura Erza en remettant Purgatoire au galop.

Gildartz et Nana eurent plus de mal à suivre tellement Eclair et Toupie paraissaient épuisés.

-Allez ! Un dernier effort ! Encouragea Nana sa jument.

Ils cheminèrent ainsi à travers les rues de la ville. Arrivés près du château, ils virent enfin l'immense convoi qui suivait de près le cercueil de la reine, soulevé par des membres de la Garde Royale qui avançaient d'un pas lent jusqu'au château. Le Grand Clergé était en tête de groupe, répandant ses fumets bénites et marmonnant des oraisons dans sa barbe. Il portait une élégante veste dorée qui traînait par terre, laissant derrière lui comme un sillon de poussières dorées. Le suivait de près le cercueil de la défunte.

Lucy lui trouva un aspect féérique. D'un bleu diamantin, il réfléchissait la lumière du soleil et scintillait comme une étoile tombée du ciel. Lucy trouva qu'il représentait bien la personnalité de sa mère. Et c'est que Layla Heartfilia avait toujours brillé de son propre chef, illuminant le cœur des gens qui l'entouraient.

Derrière le cercueil, Lucy put entre-apercevoir la couronne de son père. Mais ce fut bref. Elle disparut à un tournant. Ils continuèrent d'avancer en silence parmi la foule, écoutant leurs gémissements désespérés, leurs prières à Dieu. Même les plus petits restaient calmes. Comme s'il pouvait saisir la gravité de cet événement.

Lucy respira profondément, repoussant ses envies de pleurer. Elle avait suffisamment pleuré pour le moment. Il était temps d'apprendre à contenir ses émotions. Carrant les épaules, elle suivit ainsi la marche funéraire de son peuple à croupi sur Purgatoire.

Arrivés au cimetière des rois, la cohue se répartit en demi-cercle autour de l'endroit où le cercueil de la reine devait être enterré. Un grand trou avait déjà été creusé à son intention.

Près de son père le roi, Lucy reconnut l'air rude de son grand-père. Lord Kendra avait donc finalement accouru. De toute façon il ne pouvait pas en être autrement étant donné que Layla avait été sa fille unique.

Le silence absolu se fit malgré la quantité impressionnante de gens présents lorsque le Grand Clergé prit la parole. Lucy pouvait entendre au loin les échos de ses prières adressées au Ciel. Lorsqu'il acheva son discours, la dépouille de sa mère fut finalement engloutie sous la terre et les pleurs et les lamentations reprirent.

Gildartz posa une main réconfortante sur son épaule et Lucy fut très touchée par son geste. Erza, elle, se tenait très droite et très attentive. En geste militaire. Lorsque le corps de la reine fut finalement enterré, elle fit même une révérence raide digne d'un soldat. Mais Lucy n'eut même pas besoin de regarder Nana pour savoir qu'elle déversait toutes les larmes de son corps. Et en effet, la femmelette pleurait à corps perdu. Nana enterra son visage en forme de cœur dans l'épaule musclée de Gildartz. Ce dernier, prit à court, lui tapota maladroitement le dos. Lucy se demandait parfois si leur parfaite interprétation du couple de mariés n'avait pas dépassé le cadre de la comédie. Ces cinq années passées à prendre soin d'elle les avaient grandement rapprochés et Lucy aurait été ravie d'apprendre qu'ils avaient appris à s'aimer l'un l'autre.

Le silence complet se fit à nouveau. Lucy se dépêcha de regarder ce qui avait causé cela. Elle trouva que son père s'était mis en hauteur afin de s'adresser à l'ensemble des gens présents.

-Mes chers amis, vous êtes nombreux à être venu aujourd'hui afin d'accompagner de vos bénédictions l'envol de l'âme de ma femme vers le paradis. Je vous en remercie du fond du cœur.

La voix triste du roi Jon transperça le cœur de Lucy. Elle ne se souvenait pas d'avoir jamais descellé cette vulnérabilité, cette dépression profonde dans la voix habituellement ferme et autoritaire de son père !

-Je sais que Layla partira comblée de bonheur par l'amour de son peuple, continua le roi. Car c'était quelque chose de précieux à ses yeux. Dans ces temps de terreur, tu as toujours était mon étoile, Layla. Tu guidais mes pas en me montrant le chemin à suivre. Maintenant que tu t'es éteinte à jamais, je ne sais pas si je serais capable de tenir en respect les ténèbres qui menacent mon âme…Repose en paix, mon amour.

La voix du roi se brisa. Lucy porta sa main à son cœur, horrifiée. Elle n'avait trouvé aucun espoir dans les paroles du roi, aucun réconfort. Alors qu'il était censé essayer de conserver le moral de son peuple, elle trouvait qu'il ne faisait que rajouter une couche de douleur à leur peine.

Il ne parle pas en tant que roi, comprit-elle. Mais en tant que veuf.

Voyant les larmes couler le long des joues de son père, Lucy n'eut aucun mal à comprendre les raisons pour lesquels la situation à Magnolia était aussi périlleuse. Il suffisait que le roi s'écroule pour que toute la dynastie ainsi que la totalité du système s'affaisse à son tour. Comment un peuple pouvait garder espoir en son roi si celui-ci était le premier à y avoir renoncé ?

Père !

Se laissant glisser à terre de sa scelle, Lucy se mit à courir parmi les gens en s'ouvrant difficilement un chemin avec la force de ses mains. Les yeux rivés sur la scène que son père était en train de quitter en compagnie de sa Garde rapprochée, la jeune fille désespérait en réalisant l'espace qui les séparait encore. Elle devait le voir tout de suite ! Elle devait lui parler sur le champ!

-Lucy ! Reviens ! Lucy !

Elle ignora les appels répétés de Gildartz et de Nana. Elle n'avait pas de temps à perdre ! Elle devait se dépêcher.

Avancer parmi les rangs serrés devenait de plus en plus éprouvant. De plus, les gens s'étaient mis à faire demi-tour, leurs visages exprimant encore plus de souffrance qu'à leur arrivée. Lucy se demanda si elle y arriverait jamais. Elle en avait des crampes aux bras et aux jambes à force de se faire bousculer dans tous les sens. Elle se demanda si ce ne serait pas mieux de se laisser emporter par la foule, de s'abandonner à son flux chaotique.

Mais elle ne s'arrêta pas, les poings serrés. Elle n'avait que faire d'avoir l'impression d'être un petit poisson qui essayait de remonter un courant d'eau torrentiel ! Ni de ressembler à un oisillon fragile luttant contre la puissance d'un ouragan ! Elle continua d'avancer de son mieux, plus déterminée que jamais, ne se laissant pas emporter par cette vague humaine.

Enfin, elle atteint le bord de la petite scène sur laquelle le roi avait fait son triste discours. Elle ne le vit nulle part. Il devait avoir rejoint le château. Très bien ! Elle l'y rejoindrait dans ce cas !

Mais alors qu'elle s'apprêtait à mettre son plan à exécution, quelqu'un lui attrapa le bras et la tira en arrière.

-Eho toi ! Où est-ce que tu vas comme ça ? Les villageois n'ont pas le droit d'accéder au château.

-Lâchez-moi ! Se débattit Lucy en tirant sur son bras de toutes ses forces. Je dois voir le roi ! Immédiatement !

- Oui ben ça ne va pas être possible ! On n'a pas le droit de céder le passage à qui que ce soit pour l'instant ! Alors tu vas être gentille et tu vas arrêter de gigoter comme ça !

-BORDEL !

Hors d'elle, Lucy attrapa la première chose qui fut à sa portée. Il s'agissait d'une canne de bois que quelqu'un semblait avoir oublié par terre dans la cohue. Elle l'abattit avec rage sur ce garde stupide qui l'empêchait de progresser. Une fois qu'elle l'aurait assommé il trouverait sûrement moins à redire sur ce qu'elle pouvait faire ou non !

Mais le garde fut plus rapide qu'elle ne l'aurait cru. Dégainant une élégante épée de son fourreau, il para l'estocade de Lucy à quelques centimètres de son visage. L'acier de son épée s'était enfoncé dans le bois de la canne sous le coup.

-Ha ! Trop lente ! Se moqua-t-il.

Lucy eut l'impression d'avoir été frappée par la foudre. Sa rage s'était évaporée d'un coup. Paralysée, elle regardait le fil de l'épée que tenait le jeune homme devant elle.

Je connais cette épée ! C'est… !

En effet, il s'agissait bien de l'épée d'Alexandre Dragneel, l'ancien capitaine de la Garde Royale.

Les yeux de Lucy avancèrent lentement depuis le bout de l'épée jusqu'à la main de son détenteur. Ils remontèrent tout aussi lentement le long de son bras pour finir finalement sur son visage défiant.

Lucy cligna rapidement des yeux, totalement stupéfaite.

-Na…Na…Na…Na…

Elle renonça finalement à prononcer le nom de son adversaire, balançant sa tête d'un côté à l'autre avec incrédulité.

Elle avait imaginé cette scène au moins une centaine de fois, envisageant toutes sortes de possibilités. Mais jamais au grand jamais, même dans les scénarios les plus catastrophiques, elle n'avait pensé que ça se déroulerait de cette façon !

Le jeune homme la regarda avec étonnement, surpris par l'expression abasourdie qu'elle affichait. Puis lentement, la compréhension remplaça la circonspection dans ses yeux noirs. Il les ouvrit au maximum, l'air aussi imbécile qu'elle.

-Lu…Lu…Lu…

Il soupira finalement, laissant tomber ses efforts vains.

Ils rabaissèrent peu à peu leurs armes sans se quitter une seule seconde des yeux.

Lucy sourit de toutes ses dents, en ayant envie d'exploser de rire. Ce Natsu alors ! Il n'avait pas changé d'un poil ! Il avait beau être beaucoup plus grand et plus musclé, ses cheveux roses se dressaient toujours sur sa tête comme des épis. Et malgré la chaleur, son écharpe blanche à carreaux noirs était toujours enroulée autour de sa gorge. La seule différence remarquable était qu'il portait à présent la tenue honorifique de la Garde Royale frappée de l'emblème rougeoyante de la famille Heartfilia. Son emblème à elle.

Natsu quand à lui, parut brusquement très contrarié. Il regardait de tous les côtés comme s'il était à la recherche d'un coupable, de quelqu'un sur qui pouvoir passer sa colère.

Erza eut le malheur de se manifester à cet instant précis. Le souffle court, elle s'arrêta près de Lucy.

-Ma princesse ! Lui chuchota-t-elle. Vous ne devriez pas nous faire des frayeurs pareilles ! Avec tous ces gens allant à contre-sens j'ai eu un mal fou à vous retrouver ! Vous auriez pu subir une attaque ! Ou pire ! Il faut rester prudent lorsqu'il y a de tels groupements de gens ! Gildartz a juré de tous les noms. Je n'avais jamais encore entendu un tel flot de parjures, je dois dire... Natsu ? Tu es là toi aussi ?

Natsu était devenu rouge de colère, les sourcils froncés.

-Il se trouve que oui, Erza ! Je suis là ! Et il serait temps que vous le remarquiez tous ! Ce n'est pas parce que je suis le dernier à avoir rejoint la Garde que vous êtes forcés de me mettre à l'écart de tout !

Erza haussa les sourcils, ne comprenant pas ce qui lui prenait.

-Personne n'avait l'intention de me dire qu'elle était de retour ? Beuglait Natsu. J'étais sensé le deviner ? J'en ai ras le cul d'être toujours le dernier à tout savoir ! Vous n'avez pas le droit de… !

Il se tut instantanément lorsqu'Erza lui attrapa l'oreille et tira dessus sans pitié. Lucy recula un peu, effrayée par l'expression qu'Erza avait au visage. Habituellement rassurant, il avait pris une apparence démoniaque ! Tout son corps semblait irradier des ondes menaçantes ! Lucy fit la grimace, plaignant en partie l'imprudence de Natsu.

-Gamin, grogna Erza. Tu vas apprendre à respecter tes ainés, tu m'entends ? C'est la dernière fois que tu me cris dessus comme ça.

-Pardon pardon pardon pardon, s'empressa de dire Natsu d'un air beaucoup moins assuré qu'auparavant.

Il semblait avoir réalisé avec horreur la folie qui l'avait pris de s'attaquer à Erza.

-Lucy !

Nana et Gildartz les avaient rejoints, l'air inquiet. Ils parurent interloqués par la scène qu'ils découvrirent.

-Natsu ?

-Nana ?

-Gamin !

-Gildartz ?

Erza lui libéra finalement l'oreille, le visage encore sombre. Elle parla d'une voix sans répliques.

-Natsu, nous devons voir le roi. Tu sais où il se trouve ?

-Oui…Mais…Je suis sensé m'occuper de la surveillance…

Un simple regard d'Erza suffit à le dissuader de continuer sa phrase. Il sourit d'un air mal assuré.

-Mais ce sera un plaisir bien sûr de vous mener jusqu'à lui ! Assura-t-il en claquant des mains. Loki !

Lucy remarqua soudain le jeune roux debout non loin d'eux. Il faisait lui aussi partie de la Garde Royale. Elle s'en souvenait parfaitement. Mais apparemment trop absorbé par sa conversation avec une jolie fille noire, Loki ne leur avait pas prêté la moindre attention. Lucy pouffa. Il n'avait pas changé non plus. C'était toujours un dragueur invétéré.

-Qu'est-ce qu'il y a encore ? Grogna-t-il en se détournant de sa jolie proie avec regret.

-Je quitte le poste, l'informa Natsu. Je te laisse la surveillance.

-De quoi ? Non mais tu te crois où ? Je suis occupé moi ! Reviens ici, Natsu !

Ignorant les protestations de son camarade, le jeune homme se tourna vers eux.

-Suivez-moi. Je vais vous mener jusqu'au roi.


Ah la la ! Sacré Loki ! C'est vraiment un loveur celui-là ! XD Quand à Natsu, il n'a encore pas eu l'occasion de vraiment discuter avec notre belle princesse… Mais ça ne va pas tarder ! ^^