Bonne lecture
Chapitre 10 :
Un mois s'était écoulé depuis la réception catastrophique. Comme promis Harry ne retourna plus à aucune soirée. Et Lucius ne bougea pas non plus de son manoir. Le Gryffondor pensait qu'à cause de lui plus personne ne voulait inviter l'aristocrate. Il n'avait pas parlé non plus de cette histoire de couverture de magazine.
Ce qu'il ignorait, et Lucius n'avait pas jugé bon de l'en prévenir non plus, c'est qu'il avait fait effectivement la une des journaux people. Rita s'en était donné à cœur joie, faisant passer le blond pour un chevalier servant pour son jeune fiancé opprimé. Même si dans la deuxième partie de l'article l'oppresseur devenait Lucius lui-même, qui avait abusé de potions interdites et autres charmes pour avoir le Sauveur dans son lit. Il y avait même une interview exclusive de Narcissa pour parler des tendances anormales de son ancien mari, de sa joie de l'avoir quitté, de ses envies contre-natures ou tout autre mensonge qu'elle inventait au fur et à mesure et qu'elle se plaisait à déverser. La vente de ce numéro avait battu des records.
Et Lucius était toujours invité à d'autres soirées, réceptions, bals, événements ministériels, la liste était longue. Sauf que le blond déclinait à chaque fois, ne donnant aucune explication. Lui que l'on voyait avant de partout, qui se tenait au courant de toute la vie mondaine des Sang-Purs, délaissait à présent cette société.
La deuxième visite chez le médico-mage fut un peu moins chaotique, en tout cas. Ce n'était pas encore parfait mais il y avait du progrès. Harry avait accepté de se laisser approcher cependant cela ne concernait que le ventre. Si Fowler avait le malheur de toucher, ou même effleurer une autre partie du corps le Gryffondor se recroquevillait sur lui-même. Il avait aussi souvent les larmes aux yeux. Et comme il ne supportait pas de pleurer, chaque larme amenait un torrent de pleurs derrière. Un vrai cercle vicieux. Selon le spécialiste ce n'était qu'une question d'hormones et il lui prescrivit quelques potions pour améliorer tout ça. Lucius refusa de se fournir dans les réserves de l'hôpital et chargea Severus Snape de la fabrication.
En tout cas pour une première les résultats étaient engageants. Harry n'avait pas l'air de trop souffrir, son corps s'adaptait assez bien et les potions régulatrices fonctionnaient parfaitement. Le médico-mage regrettait quand même profondément que son patient ne se repose pas plus. Surtout que la fatigue allait empirer selon ses dires. Et il soupçonnait son patient de lui cacher des choses.
Ce matin là en se réveillant Harry sut que le médico-mage avait raison. Il était épuisé. Vraiment. C'était comme s'il n'avait pas dormi du tout. Il sortit une main de dessous sa couette pour prendre sa baguette posée sur la table de chevet et lança un « Tempus ». Il eut un sursaut en voyant qu'il avait dormi près de 10h. Il voulut se relever d'un coup mais une douleur aiguë lui traversa le ventre. Il resta sans bouger un moment, tentant de reprendre son souffle et cherchant à savoir s'il avait le moindre problème. Mais aucune autre douleur ne se déclara. Il se leva précautionneusement et alla s'habiller. Le reflet dans le miroir attira son regard.
C'était fait. Son ventre s'était assez arrondi à présent et on pouvait deviner plus ou moins qu'il était enceint. Mais personne n'y penserait en premier, c'était certain.
Il fut surpris de trouver Lucius dans la véranda quand enfin il descendit déjeuner. Puis il se souvint que c'était le week-end. Et s'il se souvenait bien d'ailleurs les élèves de Poudlard avaient droit à une sortie à Pré-au-Lard ce même week-end. A présent que les jours n'étaient plus rythmés par les différents cours et les devoirs à rendre, Harry avait tendance à s'y perdre.
- J'imagine que tu as bien dormi, dit Lucius, posant le journal qu'il était en train de lire jusqu'à présent.
- Oui. Trop peut-être.
- Ce n'est pas bien grave. Te reposer doit être ta seule pensée.
Harry prit place à table. Il avisa alors une petite boite dans son assiette. Une boite rouge toute douce au toucher. Il regarda son futur mari du coin de l'œil mais celui-ci ne bougeait pas et semblait attendre, les mains croisées au niveau de son visage. Il ouvrit alors et tomba sur un anneau. Le bijou était simple, fin, raffiné. En le soulevant il vit deux initiales gravées à l'intérieur : un H et L.
- Ta bague de fiançailles, annonça l'aristocrate. Il m'a semblé inconvenant que nous vivions ensemble sans avoir de preuve de notre futur mariage. Et cela fera taire les nombreux ragots, ajouta t-il dans un souffle.
Harry n'entendit pas la dernière phrase, sinon il aurait peut-être posé la question de savoir ce qu'était ces ragots en question. A la place il enfila la bague à son annulaire gauche. Cela lui allait parfaitement.
- Les initiales, c'est pour la tradition. Chez les Malfoys il en a toujours été ainsi : mettre les noms des mariés sur les anneaux. Et d'ailleurs si tout se passe selon mes plans, le mariage pourra se faire le mois prochain, avec le retour du printemps. Un mariage en hiver n'a rien d'heureux. Bon, avec tout ça je suis en retard. J'ai un rendez-vous dans une heure. Je ne sais pas quand je rentre donc fais comme à ton habitude.
Lucius se leva sans un regard en arrière. Il ne vit donc pas Harry admirer sa bague. Son regard était un mélange entre le plaisir de l'objet et en même temps la peur infinie du futur. Il n'avait plus de retour possible en arrière. Mettre cet anneau c'était accepter. Enfin, au point où il en était, on pouvait dire qu'il avait accepté depuis longtemps.
Il fut quand même rassuré que ce soit un simple anneau en argent sans rien d'exubérant.
XXX
- Et j'imagine que tu ne lui as pas dit qu'il s'agissait d'un anneau d'or blanc pur, avec en prime un crin de licorne à l'intérieur.
- Et puis quoi encore ? Il n'a pas à le savoir de suite. Ni même à le savoir du tout. Il le jetterait.
Severus poussa un profond soupir. Lucius était assis sur un gros fauteuil en cuir qu'il avait lui-même fait apparaître dans le laboratoire de potions personnel de son meilleur ami. C'était avec lui qu'il avait rendez-vous. Enfin il s'était quelque peu imposé et Snape ne pouvait que s'en accommoder, tandis qu'il essayait tant bien que mal de travailler sur les potions destinées à Harry.
- Je trouve ça très amusant, reprit Lucius. Il ne semble rien aimer de précieux, de cher.
- Tu sais que ce n'est pas un jeu n'est-ce pas ?
Lucius haussa les épaules.
- Ce n'est pas possible. Il doit forcément apprécier le luxe, la facilité de l'argent… Tout le monde cherche la richesse.
- Je crains que Potter n'ait pas la même conception que toi.
- Tu penses que si je lui offres une calèche en argent ça lui plairait ?
- Lucius !
- Ou un Souaffle dédicacé par toute son équipe préférée de Quidditch ?
- Lucius, est-ce que tu m'écoutes quand je parle parfois ? Ou fais-tu juste semblant ?
- Mais je t'écoute Severus, je t'assure.
Le potionniste n'en était pas sûr, mais ne fit aucune remarque. Il s'essuya le front plein de sueur. A présent il devait laisser mijoter donc il fit apparaître un autre siège, plus simple, à côté de son ami.
- Si tu veux faire plaisir à Potter alors offre lui quelque chose qui compte vraiment. Tes cadeaux ne sont que de l'argent jeté par les fenêtres. Tu t'en fiches.
- C'est là que tu te trompes. J'essaye vraiment de lui faire plaisir. De lui changer les idées. Mais je n'ai pas l'impression d'avoir l'effet escompté.
Il s'avança un peu sur son siège avant de continuer :
- Harry se renferme sur lui-même. Il a toujours le regard dans le vague, est mélancolique, il semble sur le point de pleurer à chaque instant. Ce n'est pas bon pour son enfant et encore moins pour lui-même. Je me sens tellement coupable de ce qu'à fait Draco. Comment va t-il d'ailleurs ?
- Pas de changement. Il empoisonne le château de sa mauvaise humeur et de sa rage. Je crains aussi que son séjour de Noël avec Narcissa n'ait fait qu'empirer les choses. Il ne travaille toujours pas sauf que maintenant il n'a plus ton nom pour le protéger. Il est odieux et a la baguette facile.
Lucius poussa à son tour un profond soupir. Il se sentait tellement mal.
- Il n'a rien tenté d'autre contre toi ?
- Non. Puis en même temps un chaudron qui explose n'a rien de très dangereux. C'est pas comme si j'avais pas l'habitude avec tous ces élèves incompétents !
Ils se mirent à parler d'autres choses pendant un moment. Severus alla chercher deux verres dans son bureau et sa bouteille de Whisky Pur-Feu. Il proposa de trinquer au futur mariage de son meilleur ami.
- Puisse t-il être plus heureux que le précédent, se lamenta Lucius.
- Il n'en tiens qu'à toi. Déjà arrête ces cadeaux de pacotille.
- De pacotille ? Tu sais combien ça m'a coûté ?
- C'est bien le problème. Ça ne te coûte que de l'argent. Rien d'autre.
Sur ces paroles énigmatiques que Lucius ne comprit pas de suite, il fut gentiment invité à partir, potions en poche. Severus avait du travail et ne comptait pas prendre encore plus de retard que celui déjà accumulé.
A peine Lucius était-il parti par la cheminée que Sirius sortait de l'ombre où il s'était dissimulé.
- Tu as dû entendre n'est-ce pas ?
- J'aurais dû me douter que tu m'avais repéré. Tu penses que ton pote Malfoy sait que j'étais là.
- Aucune idée. Il n'en a montré aucun signe en tout cas. Mais il est doué pour se cacher. Et ne laisser passer sur son visage que ce qu'il veut.
- Vous n'êtes pas amis pour rien !
Sirius, grand sourire aux lèvres, se rapprocha de son amant. Il le prit dans ses bras alors que Severus lui tournait toujours le dos.
- Tu sais que ce n'était pas une simple excuse mais que je suis vraiment occupé ?
- Tu penses que ça va aller pour Harry ? demanda Sirius sans faire mine d'avoir entendu.
- Il est entre de bonnes mains.
- Un handicapé des sentiments… Je suis vraiment inquiet Sev.
Le professeur poussa un profond soupir et s'arracha de son chaudron pour se retourner et serrer Sirius contre lui. Ils restèrent silencieux quelques instants, appréciant simplement le moment. Puis l'ancien maraudeur s'écarta d'un coup :
- Je sais ! Je vais aller le voir ce week-end ! Et si le serpent est pas d'accord tant pis ! Bon je te laisse bosser.
Il embrassa rapidement Severus et sortit de la pièce, laissant un Severus surpris derrière lui. Ce dernier grommela contre l'impulsivité des Gryffondors et contre bien d'autres défauts encore.
Il se remit à sa potion, oubliant qu'il était à présent frustré.
XXX
L'hiver était encore rude et la neige persistait. Harry aurait bien voulu sortir, s'échapper un moment de ces murs. Mais Lucius était encore plus strict qu'auparavant et refusait que le Gryffondor mette le nez dehors. Il avait donné la consigne à ses elfes et ceux-ci veillaient au grain. Les seuls moments à l'extérieur étaient quand ils avaient une course à faire. Et dans ce cas la voiture les attendait au plus près de la porte et les déposait toujours pile devant les endroits concernés. En plus d'être couvert d'une dizaine de couches de vêtements.
Sa seule échappatoire étaient les lettres échangées avec ses amis restés à l'école. Ils lui racontaient les derniers potins, les problèmes rencontrés en cours, les crasses des profs. Hermione y rajoutait aussi des détails sur les notions abordées en cours comme ça Harry pouvait, s'il le voulait, travailler de son côté pour ne pas trop être en retard.
De son côté il répondait de manière succincte. Il n'avait pas grand-chose à raconter et ne voulait pas les inquiéter encore plus.
De quoi le déprimer encore plus, si c'était possible.
Il en était là dans ses pensées quand Spica pénétra le samedi suivant dans le salon où Lucius et lui passaient l'après-midi. Harry somnolait sur le divan pendant que le blond lisait tranquillement dans un fauteuil. Les Elfes avaient allumé un énorme feu qui crépitait dans la cheminée.
- Un invité pour Mr Potter.
- Un invité ? Ici ? Pour moi ? Vous êtes sûr ?
Harry s'était à peine redressé mais avait les yeux bien ouverts. Il devait avoir mal entendu. Personne ne venait ici le voir. Et ce ne pouvait être Ron ou Hermione, ils n'avaient aucune autorisation. Et aucune raison de venir.
- Oui Monsieur. Il s'agit de Monsieur Black. Dois-je le faire entrer ?
- Mon parrain !
- Oui Spica, tu peux. Amène-le directement ici, dit Lucius en se levant.
Il referma son livre et le posa sur la table basse.
- Je vais vous laisser ensemble.
- Tu peux rester si tu veux, suggéra Harry d'une petite voix.
- J'ai du travail qui m'attend. Et je risquerais d'être désagréable.
Il croisa Sirius juste avant la porte. Il retint l'ancien maraudeur par le bras avant qu'il ne rentre.
- Je vous prierai de ne plus venir sans nous prévenir auparavant. Et plus les week-ends. Il y a bien assez de temps libre la semaine et on ne peut pas dire que vous soyez surchargé de travail. Ni même que vous ayez des impératifs d'horaire.
Il avait un ton sifflant et menaçant. Ses yeux gris s'étaient rétrécis comme pour fusiller son interlocuteur. Mais Sirius ne fut pas sensible à la menace :
- Je viendrai comme ça me chante !
- Pensez à votre filleul !
Sirius renifla d'un air dédaigneux et dégagea son bras pour rentrer dans le salon, affichant alors un grand sourire.
Lucius resta quelques secondes dans le couloir avant de se diriger vers son bureau. Mais une fois devant ses papiers il n'arrivait pas à se concentrer. Il en avait marre. Il ne pouvait être là la semaine à cause de son travail et Harry déprimait pendant ce temps. C'était dans ses moments là qu'il fallait que Sirius vienne. Et non pas le week-end où Harry était déjà avec lui et qu'il s'évertuait à le distraire tout en lui laissant du temps pour se reposer. Son journaliste de parrain avait un emploi du temps plus souple que lui après tout. C'était bien un Gryffondor ça. Toujours à foncer sans réfléchir !
Ce n'était pas comme ça qu'Harry irait mieux.
Lucius se pencha en arrière sur son siège. Il devait trouver une solution pour améliorer le moral de son futur mari. Sans que ça ne le gêne non plus. Il avait bien pensé à inviter ses deux meilleurs amis durant les prochaines vacances mais il savait d'avance qu'il ne supporterait jamais deux adolescents une semaine entière. Et hors de question d'acheter un animal. Pas pendant la grossesse. Déjà qu'Harry passait trop de temps à la volière, malgré l'interdiction. C'était un risque à tomber malade. Et même s'il faisait tout pour que Lucius ne s'en rende pas compte, les elfes étaient trop heureux de rapporter le moindre fait et geste du brun.
Il passa l'heure suivante à cogiter, n'étant dérangé que par un elfe lui amenant du thé. Il n'était vraiment pas doué pour ce genre de chose. Ou était-ce Harry qui était trop compliqué ?
Pendant ce temps Harry avait un énorme sourire sur son visage fatigué. Il ne détestait pas Lucius et savait que ce n'était pas sa faute mais il avait une vraie complicité avec son parrain et rien que sa présence lui faisait du bien.
- Tu m'as l'air trop pâle ! Que dit ton médecin ? T'es sûr que tu ne veux pas revenir au Square Grimmaud ?
- Tout va bien, ne t'en fais pas. Et je suis bien ici.
- Depuis quand tu ne sais plus mentir ?
Sirius eut un éclat de rire, ceux qui ressemblaient toujours à un aboiement plus qu'à un rire humain.
Ils discutèrent pendant près d'une heure. Sirius, assis plus loin sur le canapé pour ne pas gêner la zone de confort de son filleul, lui partagea le plus d'anecdotes possibles sur les dernières soirées, surtout les plus drôles ou improbables. Harry lui parla d'ailleurs de la seule où il s'était rendu :
- Je comprends mieux pourquoi tu n'y va plus alors, dit Sirius.
- Pas le choix. Puis nous ne sommes plus invités à cause de moi.
- Plus invité ? Qui t'as dit ça ? Lucius ?
- Non il ne m'a rien dit mais il reste tout le temps ici. Pourtant je sais que le Ministère a organisé des soirées récemment. Plus toutes celles que tu viens de décrire.
- Mais Harry, vous étiez invités. J'ai entendu plusieurs personnes se plaindre du refus de Lucius.
- Le refus ? Demanda Harry. Tu veux dire qu'il est invité ?
- Oui et toi aussi. Vous êtes la nouvelle attraction du monde sorcier. Tous les journaux ne parlent que de vous. Puis en tant que Sauveur du monde magique tu es presque automatiquement invité de partout.
- Je n'étais pas du tout au courant.
Sirius se mordit la lèvre. Lucius remontait dans son estime d'avoir tenu son filleul si loin des problèmes du monde extérieur, le laissant se reposer. Par contre il ne donnait pas cher de sa peau si le cher fiancé blondinet savait ce qu'il venait de lui apprendre. Harry dut avoir la même pensée puisqu'il dit de suite :
- Je ne dirais rien à Lucius. Il doit avoir une bonne raison pour me taire tout ça. C'est même mieux ainsi.
Il eut un sourire sincère dont il ne se rendit même pas compte. Son regard se fixa sur les flammes dans la cheminée et il resta quelques secondes dans le vague.
Puis il sembla se reconnecter à la réalité :
- Comment ça se passe avec le professeur Snape ?
- Très bien. Je crois…
- Il y a un problème ? s'inquiéta immédiatement le plus jeune.
- Non mais il a un caractère de gosse mal élevé !... Ça lui passera.
Harry ne dit rien mais cela lui rappelait une phrase dite par son professeur de potions quelques mois auparavant. Cela semblait être des années. Le temps dans ce manoir n'était pas le même qu'au dehors.
Un bruit se fit entendre de l'autre côté de la porte. Sirius se releva d'un bond du canapé.
- Il faut que je rentre, dit-il alors que Lucius revenait dans la pièce.
Harry essaya de ne pas montrer sa déception. Il ne voulait pas vexer Lucius qui n'avait rien fait de mal après tout. Ils n'avaient juste pas la même complicité. Et ils ne l'auraient sûrement jamais.
Sirius prit congé rapidement, se retenant au dernier moment d'ébouriffer les cheveux bruns de son filleul.
Harry se remit dans le canapé. Il entendit la porte claquer au loin et ferma les yeux. Lucius se replaça dans son fauteuil sans rien dire. Le Gryffondor s'était allongé et avait fermé les yeux pour se reposer. Il ne l'aurait jamais avoué mais il était vraiment fatigué. Il ne remarqua donc pas le regard ardent que Lucius portait sur lui. Il s'était penché en arrière et ses coudes reposaient sur ses genoux, ses mains croisées au niveau de son visage.
Ils restèrent ainsi jusque dans la soirée, quand Biskitt pénétra à son tour dans le salon, pour leur annoncer que le dîner était servi.
- Tu n'as plus envie de cuisiner en ce moment ? s'enquit Lucius alors qu'il se rendait à la salle à manger.
- Non. Les elfes ne me laissent plus faire.
Il mentait légèrement. En effet les elfes de maison étaient à la limite de pleurer quand ils voyaient le sorcier faire le travail à leur place. A force de supplications ils avaient fait flancher Harry. Mais surtout il se fatiguait trop vite et ne tenait plus forcément debout longtemps. Cependant il ne voulait pas inquiéter l'aristocrate. Ni être une source de problème.
Pendant le repas, alors qu'ils étaient en plein silence, Lucius annonça sa nouvelle décision à Harry :
- Je sais que ce manoir n'est pas l'endroit le plus approprié pour un adolescent. Et ta grossesse ne nous facilite pas les choses non plus. J'ai donc pris la décision d'amener quelque chose de moldu ici. Une télévision. Je ne sais pas trop si ça t'irait mais c'est le seul moyen que je vois pour te divertir.
- Sérieusement ? Une télévision ? Ici ? Pour moi ?
- Oui. A la condition de ne pas l'allumer quand je suis là. Je ne supporte pas cette… machine.
- Je pensais que jamais une machine moldue ne passerait la porte de ce manoir !
- Ce sera la seule. Et sitôt ta grossesse finie, elle repartira aussi vite qu'elle est arrivée.
- Merci ! Merci beaucoup !
Lucius ne put retenir un sourire en voyant l'air réjoui de son futur mari. Il prit son verre pour cacher son propre air ravi.
Il orienta la discussion sur un autre sujet, semblant se désintéresser de ce qu'il avait précédemment dit lui-même. Ils parlèrent de choses banales pendant le reste du repas.
Harry alla se coucher tôt ce soir là. D'avoir vu son parrain, de s'être emporté à la discussion ainsi l'avait fatigué. Il se pelotonna sous ses couvertures, appréciant la chaleur alors qu'il entendait le vent souffler dehors. Il ne tarda pas à s'endormir.
Il rêvait ? Il n'en était pas sûr. Cela avait plus les allures d'un cauchemar. Sombre, froid. Inquiétant. Un long couloir de Poudlard. Des murs de pierre. Il était seul. Un rire sardonique qu'il identifia sans mal. Il avait peur. Il pleurait. Il n'avait pas la sensation de pleurer mais des larmes coulaient sur ses joues. Il le sentait. Il voulait courir mais restait sur place. Etait-ce le couloir qui bougeait alors ? Tout tournait. Le sol se dérobait.
Une énorme douleur lui transperça le ventre. Il se retrouva plié en deux. Il saignait à présent. L'eau et le sang se mélangeaient au sol. Formaient des tourbillons. Il leva les yeux sur le mur en pierre. Il vit apparaître deux yeux rouges semblables à ceux d'un serpent. Le rire ne s'arrêtait pas. Sa cicatrice se mit à le brûler. De plus en plus. Sa tête se fendait en deux. Il voulait hurler. Que tout s'arrête enfin.
Il hurlait vraiment. Il s'en rendit compte en entendant une autre voix que la sienne à côté de lui :
- Harry, tout va bien ! Réveille-toi !
Le Gryffondor se redressa en sursaut, manquant d'assommer Lucius qui était proche de lui. Il haletait. Son premier réflexe fut de passer la main sur son ventre. Il y avait toujours la bosse sous ses doigts. Rien ne semblait anormal. Pas de sang sur les draps non plus.
- Tout va bien ?
Harry redressa la tête et avisa seulement maintenant que Lucius était dans sa chambre, assis sur son lit. Il était vêtu d'une robe de chambre noire et blanche. Ses longs cheveux blonds étaient à peine décoiffés. Enfin, autant qu'il pouvait en juger sans ses lunettes. La lampe sur la table de chevet était allumée.
- Mais… que…
- Tes hurlements résonnaient dans tout le manoir, expliqua l'aristocrate. Je voulais m'assurer que tout allait bien.
- Oui… Je suis désolé, ce n'était qu'un cauchemar.
- Tu veux en parler ?
- Non c'est bon. Ça ira. Tout va bien.
C'est lui-même qu'il tentait de convaincre surtout.
- Je suis désolé de t'avoir dérangé. Ça va aller. Bonne nuit.
Il se remit sous les couettes et enfouit sa tête dans les oreillers. Lucius se redressa doucement mais ne bougea pas tout de suite. Il semblait hésiter. Puis Harry entendit la lampe s'éteindre et la porte claquer. Il mit du temps à se rendormir, encore poursuivi par les images de son mauvais rêve. Par contre une fois assoupi il dormi d'une traite.
A son réveil il avait presque tout oublié de son rêve. Il ne se souvenait que de la crainte d'avoir perdu son enfant. Encore allongé il se mit à penser. Cet enfant il ne le voulait pas au début, pensant à l'avortement, et maintenant pourtant il ne voulait pas le perdre. Il le désirait vraiment. Sa main caressa son ventre arrondi.
Commençant à avoir faim, Harry chercha ses lunettes sur la table de chevet. C'est alors qu'il sentit le parchemin sous ses doigts. La carte du maraudeur. Il se rendit alors compte que pour la première fois depuis deux mois il n'avait pas cherché Draco la veille au soir dans les couloirs de l'école. Il n'y avait même pas pensé de la journée. Un sourire effleura ses lèvres. Cependant une fois ses lunettes sur le nez il fit apparaître le plan du château. Ses amis étaient dans la Grande Salle en train de prendre leur petit déjeuner. Le Serpentard y était aussi. A côté de ses deux brutes et de Pansy. Certainement qu'il n'était pas dans ses pensées. Cependant cette constatation le rendit moins triste qu'à l'accoutumée.
Il replia la carte et s'habilla, essayant de penser à des choses plus joyeuses. Par exemple à la nouvelle télévision qu'il allait avoir. Pour la première fois il allait pouvoir regarder des programmes qu'il avait choisi et en entier. Dudley n'était pas du genre patient et zappait régulièrement. Puis de toute manière Harry avait toujours été trop occupé et ne pouvait que rarement jeter des coups d'œil au poste de télévision. Il lui faudrait aussi acheter un lecteur DVD et quelques films qu'il avait toujours rêvé de voir.
Il descendit et comme toujours trouva Lucius qui l'avait attendu pour déjeuner. La magie était quand même bien pratique pour tout garder au chaud. Le thé posé devant son aîné fumait encore.
- Te sens-tu mieux ?
- Oui merci. Et désolé de t'avoir dérangé cette nuit.
- Je préfère que ce soit pour rien plutôt que tu ne dises rien alors qu'il t'arrive quelque chose de grave.
- J'ai vraiment cru qu'il m'arrivait quelque chose. Je ne me souviens pas très bien mais j'ai eu peur pour mon enfant. Je crois qu'il y avait du sang dans mon rêve… cauchemar.
- Nous irons voir Fowler au plus vite.
- Ce n'est pas obligé tu sais.
- J'insiste.
Et il n'en démordit pas. Il envoya un hibou dans la journée pour prendre rendez-vous. Il en obtint un pour le mercredi qui arrivait. Harry ne fit aucune remarque mais le nom des Malfoys devait bien aider concernant la rapidité des rendez-vous. Le médico-mage cherchait à se faire bien voir.
En tout cas la télévision arriva le lundi matin. Ils livrèrent tout avant même qu'Harry ne se lève. C'est un des elfes qui fut chargé de lui montrer la nouvelle acquisition du manoir. Cela lui fit du bien. Il n'avait plus l'impression d'errer dans des couloirs vides, sans but. Il trouva vite sa nouvelle routine. Il regardait la télévision le matin, alors qu'il venait de prendre son petit déjeuner, le temps de se réveiller. C'était surtout des dessins animés, des reportages. Puis l'après-midi il lisait, essayait toujours de pratiquer la magie avec plus ou moins de succès puis cuisinait un peu, des plats faciles et il le faisait assis. La nuit il lui arrivait encore de faire des cauchemars, cependant ils étaient moins intenses et il ne hurlait plus.
Le mercredi quand Harry monta dans la limousine qui l'attendait au bas de la porte, il trouva Lucius déjà installé.
- Et le Ministère ?
- Ils vont apprendre à se débrouiller seul.
Il n'en dit pas plus.
Ils discutèrent à peine durant le court trajet.
Par contre une surprise déplaisante les attendait à l'arrivée. Une horde de journalistes. Harry en reconnaissait certains. Ils étaient en train de patienter devant l'hôpital. Dès qu'ils virent la voiture arriver ils se redressèrent tous, ressortirent les plumes à papotes, les appareils photos. Quelques moldus passaient à côté et regardaient cet attroupement, surtout devant un bâtiment apparemment fermé depuis des décennies pour rénovation, en montrant un peu de curiosité mais ne se mêlèrent pas à la foule. De toute façon la limousine attirait déjà l'attention à elle toute seule.
Lucius sortit le premier et aida Harry à descendre. Ce fut comme un signal de départ pour la horde de vautours affamés du prochain scoop. Ils avancèrent en se bousculant et en parlant en même temps :
- Mr Potter est-ce vrai que vous avez rendez-vous avec un médico-mage pour les grossesses ?
- Mr Potter avez-vous une compagne enceinte ?
- Mr Potter, est-ce vrai que vous avez une aventure adultère avec Mr Malfoy ?
- Êtes-vous bisexuel ?
- Pourquoi avoir arrêté l'école ? Vous pensez vous si supérieur ?
- Avez-vous des séquelles du combat contre Vous-Savez-qui ?
- Un mot Mr Potter s'il vous plait !
- Nos lecteurs veulent savoir !
Mais alors qu'ils allaient arriver à leur hauteur, Lucius se tourna vers eux d'un mouvement brusque, faisant voler sa cape derrière lui et cachant Harry dans le même temps.
- Mr Potter ne répondra à aucune de vos stupides questions ! Et si j'en prends un à s'approcher trop près je peux vous assurer que vous regretterez que Lord Voldemort ne soit pas encore en vie ! Maintenant dégagez bande de doxys sans cervelle !
Il n'avait pas élevé la voix durant tout son discours mais cela suffit à réduire à silence toute la foule de journaliste. Harry se recroquevilla contre Lucius, qui avait la tête haute, pour avancer. Les grattes-papiers s'écartaient au fur et à mesure pour les laisser passer. Ils ne disaient plus rien mais le brun entendait le bruit des plumes à papotes écrivant sur un bout de parchemin. Ils étaient bon pour un article en première page dès le lendemain matin. Si ce n'était avant.
Ils pénétrèrent sans plus d'encombres dans l'hôpital. Là Fowler les attendait :
- Toutes mes excuses ! La sorcière d'accueil a lâché l'information de votre rendez-vous sans le vouloir ! Je vous promets que ça ne se reproduira plus ?
- J'ose espérer qu'elle a été congédiée ?
- Oui absolument ! Nos patients méritent un peu de tranquillité.
- Bien. Encore heureux qu'ils n'aient pas eu plus d'informations dévoilées.
- Il n'y a que moi qui ait accès aux dossiers, les informa le guérisseur. Ils sont bloqués par un charme puissant.
- Bonne initiative.
Apparemment heureux d'avoir eu un compliment de la part de Lucius Malfoy, Fowler les conduisit jusqu'à son cabinet. Il écouta Harry lui parler de ses craintes et de ses rêves.
- C'est normal à ce stade de faire des cauchemars de ce type. Mais plus vous avancez dans votre grossesse moins il y a de risque de fausse couche. Puis vous êtes jeune et en bonne santé. Je peux faire un examen si vous le désirez. Si ça peut vous rassurer.
- Oui.
Harry n'avait pas eu le temps d'ouvrir la bouche, Lucius l'avait devancé. Il se tut. Après tout cela ne pouvait pas lui faire de mal.
Dix minutes plus tard il se rhabillait déjà.
- Je peux vous assurer que tout est parfaitement normal. Enfin aussi normal que possible dans votre cas. Un placenta tout à fait semblable à celui d'une femme s'est créé autour de l'enfant et permet à votre corps de moins donner en énergie magique. Ce n'est pas encore complet mais d'après les discussions que j'ai eu avec Mr Snape cela ne devrait plus tarder. Vous allez vous sentir moins fatigué d'ici quelques semaines. La bonne nouvelle est aussi que votre grossesse a diminué votre intolérance aux potions. Elles seront de plus en plus efficaces et vous aideront à traverser ces prochains mois.
Son enthousiasme était aussi dû à l'amélioration mentale de son patient. Même si cela ne se limitait encore qu'au ventre le jeune Potter ne montrait plus aucun signe de douleur quand il le touchait. Il grimaçait toujours cependant cela semblait être plus pour la forme qu'autre chose. Il était ravi que Mr Malfoy ait suivi ses conseils de thérapeute.
Fowler les suivit dans les couloirs de l'hôpital au moment de repartir, jusque devant l'entrée, afin de s'assurer que plus aucun parasite ne les attendait. Lucius se tenait juste derrière Harry. Ce dernier se tenait droit mais son regard ne cessait de fureter autour de lui. Il fut rassuré en constatant qu'effectivement les personnes les regardaient mais détournaient la tête. Ils tenaient à leur intimité, ne voulaient pas être questionnés quant à la raison de leur présence donc ils respectaient l'intimité des autres. Mais combien allaient raconter qu'ils avaient vu le Sauveur à l'hôpital ? Combien l'avaient déjà fait ?
Il poussa un profond soupir, épuisé de devoir soupçonner tout le monde. Rien ne garantissait qu'un journaliste ne s'était pas fait passer pour un patient pour avoir des informations. Il avait hâte de revenir au manoir. Pour la première fois il se dit qu'il n'était en sécurité qu'entre les murs de la demeure Malfoys. Même s'il revenait maintenant à Poudlard, là où il s'était toujours senti le mieux, il devrait affronter les questions des autres élèves. Il voulait revenir chez les Malfoys.
Lucius et le guérisseur échangèrent quelques paroles devant la porte mais Harry n'écoutait pas. Il avait une sensation bizarre mais il n'arrivait pas à définir quoi. Ce n'était ni désagréable ni son contraire.
C'est quand ils montèrent dans la limousine garée de nouveau juste devant l'entrée et que Lucius se détacha de lui qu'il comprit. Depuis qu'ils étaient sortis du cabinet du médico-mage, le blond avait sa main posée sur l'épaule de son fiancé. Et pour la première fois depuis des mois il n'avait pas eu de sensation de brûlure à ce contact.
Ça avance doucement.
A dans 15 jours.
