Ils étaient immobiles, en rangs serrés dans les brumes. Les pluies de fin de printemps étaient à nouveau à l'œuvre, et les hommes n'aimaient pas particulièrement cela. Les armures étaient plus lourdes, le sol également. La boue rendait les gestes difficiles et épuisants. Les Nains et les Hommes faisaient les deux premières lignes de front. Les Elfes étaient à l'arrière, attendant patiemment, arc en main, que les gobelins approchent et sortent du brouillard. Il n'y avait pas un bruit, hormis celui de la pluie qui ne cessait de tambouriner sans discontinuer, offrant un concert de bruits clairs tandis que les gouttes percutaient le métal. La tension était palpable, et l'orage grondant au loin, semblait les électrifier jusqu'ici. Le bataillon était composé d'un peu moins d'un millier d'âmes, elfes, hommes et nains hantés par les souvenirs d'une guerre encore trop jeune. Les souverains étaient restés à l'arrière, finissant de regrouper les guerriers provenant d'Erebor, de la Lórien, du Rohan,et même de Mirkwood. Les cavaliers d'Eomer attendaient derrière les talus, camouflant leur présence. Le bataillon était dans le creux de deux collines, fermant le passage. Des guetteurs à leur sommet pour donner les ordres. Faramir, Legolas, Gimli, Duilwen et Gilthoniel se tenaient sur leurs montures à côté de l'un d'eux, supervisant le champs de bataille. Mais Faramir étant le plus avisé, le nain, les elfes et la femme dragon plongeraient dans la bataille, le laissant à la tête des manœuvres. Les brumes semblèrent se lever avec retenue, alors qu'une brise glaciale venant du nord, s'engouffrait peu à peu dans le vallon. Legolas leva la tête, nez au vent, fronçant les sourcils il déclara :

« Un sombre maléfice s'approche, restons vigilants. »

Au loin un bruit sourd s'éleva, continu et cadencé. Les gobelins avançaient vers eux, et vu la faible clarté ambiante due au mauvais temps, nul doute que des orques seraient avec eux. L'armée des peuples libres frissonna à cette sombre rumeur, sachant qu'à présent, ils ne pourraient plus reculer. Au bout de longues minutes, ils sentirent le sol vibrer sous leurs pieds, et ils se demandèrent si il n'y avaient pas plus qu'un millier d'adversaires. Ils resserrèrent leur étreinte sur les gardes de leurs épées, de leurs haches, et ls corps noueux de leur arc. Les yeux des elfes et de Gilthoniel virent les ombres avant les combattants. Legolas hurla un ordre en elfique, et tous les archers élevèrent leur arme vers le ciel.

« Ils ne voient rien Legolas ! Objecta Faramir.

- Ne vous inquiétez pas Faramir, même aveugles ils pourraient tirer à la distance que je leur donne ! » déclara legolas avec une pointe de fierté dans la voix.

Concentré, regardant les cent mètres qui séparaient à présent les deux fronts, il hurla l'ordre, et l'ombre sifflante de la pluie de flèches s'éleva aussitôt. Ils entendirent les cris des ennemis tombant sous les projectiles assassins. Puis Faramir hurla à l'adresse des troupes :

« Tenez-vous prêts ! Armez-vous soldats ! Et que la journée soit rouge ! »

« Pour le Gondor ! » hurlèrent tous les hommes en choeur.

Les coeurs tambourinaient dans les poitrines, les muscles se bandèrent, et alors que les elfes retiraient une salve, les gobelins entrèrent de plein fouet sur les deux premiers rangs. Surgissant comme un cauchemar dans un songe blafard. Le bruit étouffé du choc parvint jusqu'à eux, la ligne de front ne recula presque pas, et une bataille acharnée commença. Legolas regarda Gimli et fit :

« Je gage qu'aujourd'hui je gagne !

- Moi en vie ! Jamais ! » Lança Gimli en sautant de la monture et s'élançant dans la bataille.

Duilwen et Legolas le suivirent, pour se mêler au combat. Gilthoniel regardait le spectacle, figée par ce qui se déroulait sous ses yeux. Elle qui pensait pouvoir se jeter à corps perdu dans la bataille, se retrouvait incapable de faire un geste. La violence, l'odeur du sang, les clameurs morbides qui ne cessaient de s'élever, la pétrifièrent. Le cheval de Faramir cabra soudainement en hénissant de peur, sentant quelque chose. Une masse plus imposante se dressa dans la marée sombre à leurs pieds, un troll entra en action. Et il ne fut pas le seul, il y en avait au moins cinq.

« Des gobelins hein ! » lança Faramir à l'attention de Gilthoniel d'un air de reproche.

- Il n'y étaient pas ! Se défendit-elle.

- Espérons qu'il n'y ait pas d'autres surprises, car moins d'un millier d'hommes ne suffiront pas ! J'espère que vous en avez conscience ! »

Il vit que ni ses troupes, ni celles de Belegurth ne parvenaient à avancer, et l'acharnement des coups et des piétinements labouraient le sol, qui devenait peu à peu un piège mortel. Les trolls faisaient de gros dégâts, le flots incessant d'orques et de gobelins n'augurait rien de bon. Faramir eut peur en voyant leur nombre. Il hurla un ordre, et les cavaliers sortirent de leur couvert, coupant une ligne franche derrière les ennemis qui s'avançaient. Gimli, Legolas et Duilwen mirent à terre deux des trolls. Mais cela ne semblait pas suffisant. C'est alors que la brume s'éleva, et Faramir se décomposa littéralement face à ce qui se tenait en devant eux. Un océan sombre avançait vers eux, comme un ras-de-marée apocalyptique. Ils ne pouvaient le voir avant, la ruse de leur ennemi avait tenu son office. Gilthoniel eut alors une étrange vision qui lui brouilla la vue. Belegurth et Carcah, devant une structure immense, alimentée par les éclairs d'un orage et le feu du dragon. Au centre une boule lumineuse formait un portail où les troupes s'engouffraient dedans, pour réapparaître moins d'une lieu en amont. Elle secoua la tête, et regarda Faramir qui fixait le spectacle, impuissant. Gilthoniel s'écria :

« Repliez-vous Faramir ! Bon sang ! Nous ne sommes pas assez ! »

Mais il eut le regard qui se durcit et la dévisageant il déclara :

« Je ne déshonorerai pas mon Roi ! »

- Mort vous ne servirez plus à rien !

- Il en va de mon honneur Gilthoniel ! » et il éperonna son cheval qui s'élança sous la pluie, glissant en bas de la pente en écrasant une dizaine d'ennemis dans sa course.

Gilthoniel vit Gimli, Duilwen et Legolas au milieu de ce carnage, et elle eut peur pour eux, tant elle voyait de son poste, l'étau se resserrer inexorablement. Duilwen prit un coup de la part d'un des trolls en voulant aider Legolas. Elle fut expulser à vingt mètre plus loin, sonnée. Alors que l'immonde bête se ruait sur elle, elle vit sa mort proche, n'arrivant pas à reprendre ses esprits. Une ombre se posta devant elle, et le troll s'effondra à ses pieds, le crâne transpercé de flèches. Elle releva les yeux, un peu aveuglée par la pluie, et elle vit Gilthoniel qui lui tendait la main. Lithion à ses côtés bottait et ruait à tout va, puis il s'extirpa de la masse mouvante avec agilité et regagna les hauteurs. Gilthoniel cria :

« Aller debout ! Le temps nous est compté, et surtout critique. Dis à Legolas et à Gimli de faire reculer les hommes !

- Pourquoi ?

- Fais ce que je te dis Duilwen! » sa voix claqua comme un fouet tranchant l'espace.

Duilwen hocha la tête, et se frayant difficilement un passage, elle arriva vers ses amis. Le regard de Legolas se porta sur la femme aux cheveux de cendre, et il fronça les sourcils, apparemment pas satisfait du tout de son choix. Faramir se battait comme un lion, remontant inexorablement vers le devant des troupes. Son cheval fut mis à bat, et il chuta lourdement sur le sol. Gilthoniel se pressa vers lui. Les corps sur le sol rendaient la progression difficile, et elle dut éviter les coups et en donner tout autant. L'odeur du sang et de la mort envahissaient ses narines, lui donnat la nausée. Mais elle passa outre avec bravoure. La terre noyée par les eaux de pluie s'affaissait et glissait, rendant leurs efforts surhumains. Voyant la lame s'élever dans les airs, elle eut peur de ne pas arriver à temps pour sauver Faramir, qui même en mauvaise posture, continuait à se défendre. Elle se servit du terrain instable pour glisser jusqu'à lui, passa sous les lames des assaillants de l'intendant du Gondor, et de ses dagues, éviscéra les deux orques qui se penchaient sur lui. Les corps chutèrent lourdement, agonisants dans la pluie. Le poids mort de son destrier coinçait l'intendant, et elle l'aida à se hisser, hors de danger. Le visage de Faramir se figea dans une expression d'épouvante quand il vit l'ombre d'un troll derrière elle. Elle eut juste le temps de se retourner, qu'elle prit son avant-bras de plein fouet. Faramir arriva à mettre l'ennemi à terre, mais il avait perdu Gilthoniel de vue. La pluie rendait les gestes de plus en plus lourds, et l'épuisement les guettaient. Les chevaux s'enfonçaient trop pour se défendre, et les cavaliers furent impuissants face à cette nature qui s'évertuait à leur jouer de mauvais tours. Puis, dans un bruit assourdissant, une explosion fractura l'espace. L'orage était là, et les éclairs pleuvaient du ciel, s'arrimant à tout ce qui était métallique.

« Il faut fermer ce fichu portail ! »pensa Gilthoniel encore un peu sonnée.

Etendue sur le flanc, elle se releva tant bien que mal, et du coin de l'oeil elle vit ses amis en très mauvaise posture. Son regard s'agrandit d'horreur quand elle vit que Gimli était touché. Legolas s'élança vers lui pour l'aider, et c'est Duilwen qui prit le coup de lame à sa place. S'interposant vaillamment. Elle eut un hoquet de stupeur, voyant le bout du cimeterre sombre sortir de sa hanche.

« Duilwen ! » hurla Gilthoniel en la voyant chuter au sol, l'air hagard.

L'orage était de plus en plus fort, et l'armée se faisait littéralement écraser. Le portail de Belegurth permettait à sa magie d'accéder aussi loin, commandant aux éléments.

Epuisé Legolas vit Gilthoniel en piteux état sur la pente de la colline, un regard déterminé braqué sur le portail, et son estomac se serra. Il y eut un papillonnement de lumière incroyable, qui se mêla aux éclairs meurtriers de l'orage soumis. Et le grand dragon d'argent se dressa au milieu du sang et de la boue, figeant tous les combattants. Les gobelins et les orques, ne son pas réputés pour leur courage et leur intelligence. Quand la bête fabuleuse s'éleva entre eux, ils cédèrent à la panique, et décidèrent de rebrousser chemin. S'engouffrant dans le portail maléfique en sens inverse pour retourner à la forteresse de glaces, se piétinant à qui mieux mieux pour se frayer un passage au plus vite. Gilthoniel émit un hurlement bestial qui fit même trembler la pluie. Les éclairs s'abattirent de plus en plus vite sur les troupes déjà bien amoindries, carbonisant les soldats en armure sur place. Une odeur dégoûtante de chair brûlée se joignit au ballet de senteurs nauséabondes, répandant une atmosphère effroyable sur le vallon. Elle vint au milieu de la passe, ses immenses pattes arrachant des pans entiers d'herbes et de terres. Puis étendant ses gigantesques ailes de tout leur long, elle protégea les hommes au-dessous. Tous comprirent, et vinrent se mettre à l'abri. La foudre s'écrasait sur elle avec violence, et elle en ressentit la morsure. Cependant, son corps était fait de cela, réussissant à canaliser cette énergie formidable, ses écailles se mirent à scintiller sous la force de l'énergie qui la parcourait. Elle releva les ailes, et tendant sa gorge vers les cieux, elle ouvrit son immense gueule. Rabaissant l'encolure de façon vive, elle cracha une boule de plasma si intense, qu'elle brûla tout sur son passage, traçant un sillon noir dans la vallée. Désintégrant les chairs, fondant le métal, pulvérisant tout ce qui lui barrait le passage. L'attaque traversa l'espace comme une comète, et passa le seuil du portail magique, percutant la machine derrière. Il y eut un drôle de bruit sourd, et une explosion jaillit de la trouée à présent scellée. La fureur commandant chacun de ses gestes, ses yeux argentés virent les gobelins, orques, et autres trolls s'éparpiller aux quatre coins de la vallée. Elle concentra son énergie, et des éclairs sortirent de sa gueule blanche électrique. Ils furent tous foudroyés dans leur course. Essouflée, elle laissa les quelques rares s'enfuir, qui furent rapidement mis à mort par les combattants qui avaient repris leurs esprits. Elle déplaça son corps massif dans l'espace, s'enfonçant lourdement dans la boue, laissant des empreintes énormes. Elle vint vers ses amis, et la mare de sang sous Duilwen la fit grimacer. Elle reprit lentement forme humaine, épuisée, elle tituba un peu en s'avançant vers elle. Elle s'effondra à genoux à son côté. Couverte de boue et de sang, sa chevelure baignant dans les mares sanguinolentes au-dessous elle. Les mains tremblantes, elle les plaqua sur la plaie, et sa lumière quasi divine enveloppa l'elfe frigorifiée. Ses yeux verts exprimaient une telle souffrance que Gilthoniel déglutit avec effort, voyant la lumière des eldars s'éteindre peu à peu en elle. Dans un dernier effort elle donna toute ses forces dans la volonté de la sauver. Il y eut un éclair vif, et un hurlement de douleur, puis les ombres s'abattirent sur elle. Gilthoniel s'effondra sur le sol, inconsciente.

...

« Maudit soit ce satané dragon ! » hurlait Belegurth qui regardait le spectacle de désolation qui se tenait devant lui.

Son édifice métallique s'élevait comme une tour tordue, et elle ressemblait à un animal blessé à mort, dont les organes pendaient misérablement. Sa rage était telle qu'il avait du mal à formuler des paroles compréhensibles. Carcah, fatigué d'avoir alimenté les fourneaux, reprenait son souffle. Il regardait le roi noir se défouler sur tous les bouts de métaux détachés, qui maculaient la cour gelée autours d'eux. Son regard noir se braqua sur le dragon et il cria :

« Je t'ordonne de voler vers le Sud, détruit tout, leurs cités, leurs familles ! Ils n'ont plus de défenses dans leurs forteresses ! Vas et répand la mort et la désolation !

- Tuer le dragon serait plus simple. Objecta Carcah laconique.

- J'ai dit non Carach ! Il m'est indispensable ! Il faut juste que tu l'amènes assez près d'ici, mais ça, il le fera de lui-même, c'est d'une logique de base. Mais je préfère te garder comme ultime renfort, au cas où je n'arrive pas à le mâter suffisamment. Il voudra protéger ces imbéciles insignifiants, c'est ce qui le perdra ! Pendant qu'ils se battront, moi j'utiliserai son pouvoir pour ma création ! Comme ça, je pourrais revenir, et ouvrir un portail vers Valinor ! Et là ! Ils verront tous que l'on ne me bannit pas aussi facilement ! Je détruirai jusqu'à la moindre parcelle de lumière que mes frères et soeurs ont si longuement préservé ! Vas à présent ! »

Le roi se retourna et ne fit plus attention à lui. Plongeant dans les entrailles de sa forteresse, le cri de pauvres malheureux s'élevèrent dans un sinistre concert. Il alla passer ses nerfs sur de pauvres esclaves qui souffrirent mille tortures juste pour assouvir ses plaisirs malsains. Carcach s'envola, encore fatigué de ses efforts fournis, maudissant le froid et la glace qui lui mordaient le corps. Vers des hémisphères plus cléments, il soupira de contentement sous les courants tièdes qui allégeaient son vol. Il vit le sol défiler sous lui, le ciel pour tout couvert, et ses pensées le menèrent vers ses songes, vers le dragon d'argent. Et alors qu'il aurait dû, en tout bon dragon qui se respecte, ne laisser que ruine derrière lui, il jugea qu'une punition expéditive sans importance ferait l'affaire. Après que ses carnages aient assez marqué les esprits, satisfaisant ses faims par la même, il se dirigea vers la Brande Desséchée, et y resta quelques temps. Il savait que son combat allait bientôt arriver, et il devait être en pleine possession de ses moyens, si il voulait avoir une chance remporter la victoire. Le désert de glaces lui prenait trop d'énergie pour maintenir son corps gigantesque en vie.

...

Elle remua les doigts, ses sensations revenant peu à peu. D'abord, le toucher, puis l'odorat, l'ouïe et le goût. Un goût amer d'ailleurs, qui avait une pointe métallique désagréable. Puis la vue, tandis qu'elle ouvrait ses yeux peu à peu. L'odeur d'une viande en train de rôtir lui donna faim, et soif. La première chose qu'elle vit, s'était le plafond en toile d'une tente. Elle fronça les sourcils, impossible pour elle de se souvenir de ce qui s'était produit les quelques secondes avant son évanouissement. Il lui revint en mémoire un flash aveuglant, un cri, une bataille qui apparaissait désordonnée dans son esprit. La pluie avait cessé, et la lumière du soleil transparaissait à travers le tissu. Il faisait doux, et elle s'étira, grimaçant un peu sous la tension qui s'offrait son corps. Puis elle vit quelqu'un bouger à côté d'elle. Faramir la fixait sans un mot, lui offrant un sourire sincère. Il dit d'une voix douce :

« Heureux de vous revoir parmi nous Dame Dragon. »

Elle eut une légère moue à cette appellation et demanda en se redressant légèrement :

« Gilthoniel s'il vous plaît Faramir. C'est beaucoup mieux.

-Oui ... »

Elle s'assit lentement sur le lit, puis voyant qu'elle ne portait qu'une longue tunique blanche, elle rougit légèrement, prenant la couverture sur le lit et s'enveloppant dedans. Faramir allait ajouter quelque chose quand la porte de la tente ouverte, fut envahie par un Gimli euphorique, qui entra comme une tornade. Vu qu'il ne portait pas d'armure, Gilthoniel s'avisa qu'ils n'étaient plus en plein ou en préparation d'un combat, ce qui était une bonne chose. Apparemment, ils avaient gagné cette bataille. Il s'approcha du lit, il lui prit les mains, pour au final les délaisser et la prendre dans ses bras avec force. Elle crut qu'il allait lui broyait les os tant il la serra contre lui.

« Haaa que vous nous avez fait peur petit monstre ! Que je suis heureux de vous voir éveillée ! Nous pensions que la foudre avait eu raison de vous ! » s'écria-t-il

Gilthoniel fut émue par sa joie et son accolade, elle le serra un peu contre elle et lui répondit d'une voix douce légèrement étranglée par ses attentions :

« Je suis la foudre Gimli … elle ne peut rien contre moi …

« Et c'est une véritable chance. Votre pouvoir a sauvé nombre des nôtres. Il est un fait que nous ne parlerons plus de vous comme d'un fléau à présent …. Gilthoniel. » Affirma Aragorn qui venait d'entrer à son tour, suivit de Legolas, tous deux la saluant courtoisement.

A la vue de son ami elfique, Gilthoniel sentit son coeur bondir dans sa poitrine, délaissant sa tenue peu convenable la retenir, elle vint vers lui, et lui sauta littéralement au cou. Elle eut un léger pleur étouffé et dit le visage enfouit dans ses cheveux d'or :

« J'ai cru, quand j'ai vu Duilwen, que je vous avais tous perdu. Que …. je n'étais pas arrivée à temps … que …

- Chut, calme-toi … lui murmura-t-il à l'oreille. Tout va bien.

- Et le portail ? Les hommes ? Les ….

- Calmez-vous Gilthoniel, la sermonna Aragorn en lui faisant signe de le suivre. Nous vous dirons tout ce soir. Mais avant cela, venez dehors … j'ai quelque chose à vous montrer. »

Encore fébrile, elle prit la cape que Legolas lui tendit pour camoufler son corps à la vue des hommes. Un peu décoiffée et tremblante, elle se retrouva aveuglée par un flot lumineux incroyable, et d'un seul coup, des milliers de voix s'élevèrent en hurlant.

« Gloire à Gilthoniel ! Gloire à la Dame Dragon ! »

Une fois que ses yeux furent habitués à la clarté, elle sentit ses jambes se dérober sous elle quand elle vit l'armée entière la louer comme une grande héroïne. Confuse, elle resserra la cape contre elle, reculant de deux pas, totalement intimidée et sans voix.

« Nous boirons à notre victoire, et en l'honneur de nos amis tombés au combat ! Reposez-vous, et festoyez, une longue marche nous attend encore, et de nombreux combats. Mais nous évoluerons à présent sous la protection de l'aile d'un dragon ! » entonna d'Aragorn, animé d'une énergie si souveraine qu'il la prodigua à tout le monde, et les hommes hurlèrent encore une fois, scandant la femme aux cheveux de cendre, comme une reine.

Elle était rouge, elle se recula, réellement mal à l'aise. Elle percuta Legolas doucement, qui se tenait derrière, et lui fit en souriant :

« Tu le mérites, beaucoup plus seraient morts là-bas si tu n'avais rien fait.

- Je .. je n'aime pas …

- Chut .. laisse-toi un peu porter, ça te changera. » la taquina Legolas tout sourire.

Elle lui donna un léger coup de coude dans les côtes, ce qui le fit rire. Puis s'excusant elle retourna dans la tente, pour aller se laver et se changer. Demandant à ne pas être dérangée. Tout ceci était trop soudain, elle si rejetée par tous, était à présent adulée, et cela ne lui convenait guère mieux. Etudiant son corps au centimètre près, elle s'aperçut qu'elle avait d'infimes cicatrices à certains endroits. Elle avait du se blesser pendant le combat, mais ses souvenirs étaient tellement confus qu'elle essaya d'oublier tout ceci. Elle se lava longuement dans une baignoire en cuivre où de l'eau chaude et des huiles parfumées avaient été spécialement préparées pour elle. Elle ne bouda pas sa joie de pouvoir goûté un tel luxe. Sortie, elle peigna ses longs cheveux, et enfila ses habits de rôdeuse qui avaient été soigneusement lavés. Plus de boue, plus de sangs ou autres viscères pour la salir. Ses lames et son arc étaient là également. Quelqu'un s'annonça en tapant doucement contre le montant en bois au seuil de la tente, et elle se retourna, en donnant l'autorisation d'entrer. Elle vit Haldir et Duilwen s'avancer, elle ne put cacher la joie de les voir en vie. Elle se leva et vint vers eux, leur faisant un salut courtois, que Duilwen balaya en la prenant dans ses bras, et en lui disant tout bas :

« Merci, merci, merci …. j'ai cru ne jamais revenir de là-bas. Je sentais mon corps mourir peu à peu dans la pluie, la boue et le froid … et .. tu es venue.

- Ce n'est rien Duilwen … jamais je n'aurai laissé ces montres te faire du mal.

- J'ai été tellement injuste avec toi …. pardon. »

Elles se séparèrent, Haldir vint lui prendre la main, et déposant un chaleureux baiser sur les phalanges, il la remercia en ancrant son regard dans le sien :

« J'ai eu si peur de la perdre. De tous vous perdre … merci Gilthoniel … pour tout.

- Ne me remerciez pas Haldir. Car, nombres d'épreuves nous attendent encore, j'espère pouvoir être avec vous tout du long, et vous savoir sains et saufs à la fin de ces affrontements. »

Un silence s'installa, et Gilthoniel, avant d'être mal à l'aise, prétexta un peu de fatigue, pour pouvoir rester seule. Ils la laissèrent donc, et elle alla s'allonger sur son lit. Encore un peu bousculée par tous les événements, elle essaya de rétablir un peu d'ordres dans ses pensées. Les yeux fermés elle entendit la porte s'ouvrir à nouveau, dans un bruit de tissu caractéristique, et soupirant elle déclara d'une voix lasse :

« J'arrive, laissez-moi encore quelques minutes.

- Ha non Gilthoniel, je t'en ai suffisamment laissé. » répondit la voix de Thranduil.

Sa poitrine se serra au son de cette dernière, et ouvrant les yeux elle les fixa sur lui, quelque peu interdite. Elle se redressa, grimaçant une nouvelle fois sous ses courbatures, et il vint s'asseoir à ses côtés. Il lui caressa le visage de façon tendre, et avec un sourire de fierté dessiné sur les lèvres il déclara :

« Alors comme ça on part au front, laissant un souverain mort d'inquiétude, et on revient en héroïne ?

- Promis, je ne l'ai pas fait exprès. » répondit-elle en gloussant un peu alors qu'il venait l'embrasser dans le cou.

Elle l'entendit émettre un rire discret, et ce simple fait, la remplit de bonheur. Il était si rare qu'elle l'entende. Il lui fit un signe pour qu'elle lui laisse un peu de place, et une fois installé, elle se lova au creux de son épaule. Il la serra tendrement contre lui, heureux de la retrouver saine et sauve. Ses longs cheveux blonds cascadaient sur sa poitrine, elle prit une mèche entre ses doigts pour les emmêler dedans, se délectant de leur douceur. Puis, ses doigts s'enhardirent légèrement, venant frôler sa peau en remontant le long de sa gorge, elle le sentit frémir sous cette attention. Il lui prit la main vivement en l'admonestant d'une voix suave :

« Gilthoniel … je crois que toute l'armée a du me voir venir sous la tente.

- Et alors ? Je croyais que nous n'avions plus rien à cacher.

- Certes. Mais il n'est pas de bon ton de s'adonner à ce genre de choses sous les yeux des soldats. Ils sont loin de chez eux Gilthoniel, et certains ne reverront jamais leur femme et leurs enfants …. »

Elle serra les doigts sous cette annonce, se rappelant les morts sur le champs de bataille, réalisant cruellement où il voulait en venir. Il lui embrassa le sommet de la tête, se délectant des senteurs fleuries de sa chevelure, puis il lui murmura :

« Repose-toi. Je dois aller voir les autres souverains. Nous devons discuter de choses importantes.

- Et je ne peux pas venir ? J'ai vu des choses Seigneur, je pourrais peut-être vous aider.

- Oui je le pense aussi, mais pas maintenant. Ton assistance nous est trop précieuse, tu dois récupérer.

- Très bien … soupira-t-elle, déçue de rester à l'écart. Au fait ? Pourquoi avez-vous mis plus de temps que les autres pour venir me voir ?

- Nous faisions des tours de gardes, j'étais loin quand l'annonce de ton réveil m'est parvenue. Et puis … je devais faire quelque chose de personnel.

- Ho .. » fit Gilthoniel frustrée qu'il ne lui dise rien.

Un sourire énigmatique étira les lèvres parfaites du roi, puis venant chercher ses lèvres, il la gratifia d'un baiser langoureux qui lui coupa toutes réflexions, éveillant des feux inavouables dans tout le corps. Elle geignit légèrement quand il se sépara d'elle, et elle faillit littéralement l'étrangler quand elle s'aperçut de l'air vainqueur qu'il affichait. Il se releva, et dit d'une voix chaude :

« Plus tard Gilthoniel, dors un peu. »

Une fois qu'il fut dehors, elle pesta en soufflant, s'allongeant sans douceur sur le lit en marmonnant un « Dors ! Il en a de bonne lui après ça ! ». Elle passa ses doigts sur ses lèvres et se mordant la lèvre inférieure, elle pensa avec amertume, que cela ferait partie des choses qu'elle regretterait le plus.

...

« Nous avons perdus trop d'hommes. Nous ne savons rien sur l'ennemi. Cet être a fait usage d'un pouvoir incroyable, comment nous battre contre ceci ? » demanda Eomer songeur.

A la table de commandement les rois regardaient la carte de la Terre du Milieu étalée devant eux. Aragorn posa un doigt sur le Nord du Rhovanion, et déclara :

« Nous ne savons que trop peu sur les étendues du Forodwaith, et les peuples qui vivent là-bas n'ont presque plus de contact avec nous autres depuis for longtemps. Même les commerçant ont du mal à entrer en relation avec eux.

- Pour autant que nous sachions les Lossoth ne sont pas nos ennemis. Ils ont d'ailleurs échappés aux pressions de l'Angmar, et nous avons eu de la chance de ne pas les compter parmi nos ennemis, exposa Faramir en regardant la carte. Nous sommes actuellement à une centaine de lieux des Montagnes Grises, déplacer les troupes demande beaucoup de temps. Nous devons absolument passer les frontières du Forodwaith avant le plein été. Car si le désert glacé est au Nord, il doit, comme tout le royaume d'Arda, être soumis au loi des saisons. Nous ne pourrons faire passer les troupes sur des glaces ne pouvant supporter un certain poids.

- Sans compter que nous avons du mal à réparer les armes. Le fer commence à nous manquer cruellement, fit le roi Dáin sombrement.

- Nous avons gagné cette bataille, mais elle nous a coûté trop cher. Les pertes ont été trop grandes, pour ce qui aurait dû être une simple escarmouche ! Lança Eomer de mauvaise humeur.

- Est-ce un reproche non formulé roi Eomer ? demanda Thranduil qui fixait le Rohirrim froidement.

- Elle nous avait dit un millier d'hommes ! Pesta le roi du Rohan.

- Nul n'aurait pu prévoir le sortilège dont nous avons fait les frais. Cet être a des pouvoirs que nous ne soupçonnons pas Eomer. Il serait injuste de fustiger si rapidement Gilthoniel, dit Aragorn sagement. Elle est peut-être capable de beaucoup, mais pas de tout. Soyons heureux de l'avoir avec nous. Elle a sauvé de nombreuses vie aujourd'hui.

- Dont la mienne ! Et non pas sous la forme d'un animal fabuleux, mais sous sa forme humaine, prenant des risques mortels pour venir m'aider. Appuya Faramir en fixant Eomer d'un regard de reproche.

- Suis-je donc le seul à pleurer mes hommes ?! Ou cela n'est-il qu'un détail pour vous ?!

- Comment osez-vous dire cela ! Beugla le roi Dáin en se levant vivement de sa chaise. Tous avons perdu aujourd'hui, tous pleurons, mais ce n'est pas en rejetant les fautes sur autrui, que nous avancerons ! J'ai foi en mes hommes, ils avanceront sans reculer ! Nos haches s'abreuvent depuis des millénaires de ces bêtes puantes ! Ce n'est pas un orque, un gobelin, un troll, un dragon ou même un sorcier, qui vont nous arrêter ! Si les Valars nous ont donné un dragon comme arme, ils devaient avoir leur raison!Et bien que cela me répugne à le dire, nous avons besoin d'elle !

- Nous avons fait quérir de l'aide partout où ne le pouvions. Dit soudain Haldir, sortant de sa réserve. J'ai bien peur hélas, qu'il ne reste plus assez d'elfes en ces terres, pour alimenter correctement les troupes.

- Cent de vos archers peuvent abattre près d'un millier d'adversaires. Ne vous en faites pas Haldir. Ceux qui seront là, serons plus que bienvenus. Et je sais qu'ils feront honneur aux vôtres. Rassura Aragorn avec un regard reconnaissant vers le prince de la Lothlórien.

- Donc, que faisons-nous ? Demanda Eomer s'écrasant dans le dossier de sa chaise, les bras croisés sur la poitrine.

- Nous ne pouvons qu'avancer, énonça Thranduil, qui grimaça sous la lecture de la carte. Je connais les monts sauvages, les rivières, et même les abords du désert. Mais il y a là-bas des trolls des glaces, des monstres à la fourrure blanche et hauts de près de trois mètres, dont les cornes noires sont des armes redoutables. Certains dragons vivaient également là-bas, aux côtés de vers gigantesques à la carapace dure comme l'acier. Si nous réussissons ne serait-ce qu'à survivre à tout cela, alors oui, peut-être que nous atteindrons la forteresse. »

Tous déglutirent avec effort sous la liste que Thranduil venait d'évoquer, et ce n'est seulement qu'à présent là que les fantômes envahissaient ses yeux clairs qu'ils comprirent quel effroyable combattant il devait être. Et de quelles horreurs il avait du être le témoin. Il dévia le regard vers le ciel qui s'assombrissait, à nouveau envahit par ses démons. Le silence respectueux qu'il avait installé fut brisé par la voix du roi des Nains qui déclara :

« Votre expérience parle pour vous Seigneur Thranduil, mais je ne laisserai pas les miens esclaves de cet être. Je ne les laisserai pas souffrir. Plutôt mourir en essayant de les sauver !

- Vous me rappelez un roi, un souverain qui a voulu être vainqueur d'un dragon, et sauver Erebor. Un grand roi, qui donna sa vie pour récupérer ce qui appartenait à son peuple. Aurez-vous le courage qu'il a eu en affrontant jusqu'au bout, son cruel destin ? Nombre sont ceux qui pensent se déjouer de la mort, et l'accueillir avec courage. Rare sont ceux qui le font réellement. Dit Thranduil laconiquement en regardant le roi à la barbe fournie qui lui faisait face.

- Et vous Seigneur Thranduil ? Aurez-vous le même honneur, et la même ardeur au combat, après toutes ces années de retraite ? » Questionna Eomer presque narquois.

Thranduil fixa le roi du Rohan, et un éclat indéfinissable éclaira son regard, se levant lentement, faisant exploser toute sa magnificence dans ce simple geste, il répondit :

« Pour ceux que j'aime, je ferai même plus. »

Il toisa la carte avec dédain, et finit par conclure :

« Vers le Nord. Vers la folie et la mort. Nous avancerons, et si les Valars nous bénissent, peut-être que le voyage se fera sans heurts. Et que les Lossoth nous prêterons main forte. Ou, au pire, nous laisserons avancer sans poser de résistance. De toutes les façons, au point où nous en sommes, nous ne pouvons plus faire marche arrière. Allons Seigneurs, profitez du temps qu'il nous est imparti, et en ce jour de victoire, fêtons dignement cela, tant que cela nous est permis. »

Puis il se retira après les avoir salué, une fatigue étrange l'animant tout d'un coup. Une lassitude qu'il n'avait pas ressenti depuis des mois à présent.

« Je pense, que ma sagesse me soufflera toujours de ne pas l'affronter dans un combat. » fit Faramir admiratif, soudain pratiquement subjugué par la présence du roi elfique.

Il était assez vif d'esprit, pour voir des choses, que les autres n'avaient pas encore vu. Tous se levèrent, et demandèrent la préparation des festivités. En cette nuit, ils se donnèrent comme devoir, d'oublier les atrocités qu'ils venaient de vivre.

Legolas lui tressait les cheveux patiemment, et elle eut un sourire bête quand elle lui dit :

« Je crois que tu m'aurais volontiers arraché les cheveux la première fois que tu as fait cela !

- Ho oui ! Tu étais infernale, un vrai petit monstre, il la regarda par l'intermédiaire du miroir devant lequel ils se trouvaient, et continua, heureusement tu as bien grandi. A présent c'est un réel plaisir que de te transformer en vraie dame !

- En vraie dame ! Répéta-t-elle une moue faussement outrée dépeinte sur le visage.

- Il est vrai Gilthoniel que vous ne ressemblez guère plus à la petite fille que nous avons trouvé. Vous avez grandement changé en quelques mois. Et je ne parle pas que de physique! » s'exclama Gimli avec un petit rire.

Il était sagement assis sur une chaise à l'entrée de la tente, regardant Legolas faire des trésors de patience et de dextérité pour finir de la coiffer.

« Tu peux me dire à quoi ça sert de me faire aussi belle ici ? »

Legolas figea ses doigts dans sa soyeuse crinière grise, se permettant de les laisser glisser lentement. Il capta son regard par l'intermédiaire du psyché et déclara très sérieusement :

« Pour inspirer les troupes. Les hommes peuvent suivre un dragon au combat, mais c'est une dame qu'ils voudront préserver. Ta beauté, en ces jours sombres, est un cadeau que tu ne peux soupçonner, car elle inspirera le coeur de ceux qui tomberont au combat. Tout autant que leur famille, leurs amis. Tu n'as pas idée comme la splendeur peut se révéler pendant la guerre. Elle ce pour quoi nous voulons donner nos vies. Ta beauté deviendra un symbole, que tous voudront protéger. »

Il avait posé ses mains sur ses épaules, et elle posa une des sienne par dessus ses doigts, étreignant ses phalanges. Les larmes aux yeux, elle lui fit dans un filet de voix :

« Que mon destin a été heureux quand il a croisé ta route mon ami …. mon doux ami...

- Le mien aussi. » Répondit-il en venant lui embrasser les cheveux et lui donnant une accolade amicale appuyée.

Elle faillit basculer en arrière, et elle éclata de rire alors qu'elle se sentait tomber, se raccrochant à l'elfe derrière elle qui riait tout autant. Ils finirent par chuter au sol, se cognant la tête au passage, ce qui n'arrangea pas les choses. Gimli leva les yeux au ciel et bougonna :

« De vrais gamins tout les deux ! »

Il toussa légèrement pour avertir que le roi Thranduil arrivait, mais les deux autres riaient trop pour l'entendre. Le roi sylvestre passa un visage curieux vers l'intérieur, fronçant légèrement les sourcils quand il vit Gilthoniel et Legolas, allongés par terre, le dos au sol, tête contre tête, et n'arrivant pas à reprendre leur souffle. Il se doutait que cette hilarité était en partie dû au fait, que l'un comme l'autre, avait eu peur de se perdre. Il fallait bien trouver un exutoire. Il les observa en souriant, heureux de les voir ainsi. Même si la place d'un prince elfique n'était certes pas à se rouler par terre et à rire bêtement. Se fut Legolas qui le vit le premier, et se relevant avec force et agilité, il se racla la gorge en regardant la femme qui était restée couchée sur le tapis. Elle dévisagea Legolas, puis le roi, et apparemment elle n'avait pas envie de se lever. Legolas lui tendit la main, et elle lui mit une petite tape dessus en souriant, il lui souffla :

« Tu ne perds rien pour attendre. »

Et elle lui tira la langue éhontément, ce qui faillit le faire rire de nouveau.

« Dois-je vous rappeler qu'en présence d'un souverain vous devez vous lever jeune-fille ?! » indiqua Thranduil en arquant un sourcil interrogateur.

Elle lui offrit un merveilleux sourire et ne bougea pas plus. Legolas vit son regard d'argent possédé par une friponnerie qui lui ôtait toute trace de sérieux. Et qu'il aimait la voir ainsi. Il salua son père, et fit en montrant Gilthoniel toujours étendue :

« Voilà, elle est presque prête, j'ai réussi à en faire une femme digne de ce nom ! »

Elle lui donna un coup dans le tibia et il gémit légèrement, se retenant de lui donner la correction qu'elle méritait. Mais, un éclair de malice traversa son visage, il la jouerait plus finement.

« Vraiment ? Vu d'ici, on ne dirait pas Legolas. Je pense qu'il y encore pas mal de travail faire.

- Quand on voit la base, on peut s'estimer heureux, continua Legolas qui évita agilement un autre de ses coups en faisant un pas de côté. Bon, je vais aider aux préparatifs ! Gimli tu viens ?

- Avec joie ! » lança le nain qui prit la suite de son ami, laissant le roi seul avec Gilthoniel.

Il s'avança vers elle, et la regardant de haut, il demanda :

« Tu comptes rester allongée toute la soirée ?

- Pourquoi pas ? Dans une attitude décontractée au possible.

- Tu ne veux pas venir avec moi ?

- Et vous ? Vous ne voulez pas rester ? Elle eut un sourire atrocement moqueur quand elle le provoqua, le sol serait-il trop bas pour vos vieux os ? Quelques millénaires, ça doit être dur de se baisser autant non ? »

Il ouvrit de grands yeux surpris face à son effronterie. Il s'agenouilla lestement à ses côtés, et plaquant son corps contre le sien, il lui demanda en ancrant son regard dans l'argent qui lui faisait front.

« Dis-moi, tu sais ce que mon nom signifie ? »

Elle eut un radieux sourire, et venant lui caresser le visage elle répondit :

« Ho oui …. vous êtes le Printemps Vigoureux … Seigneur. Je gage, que vous portez fièrement ce titre, et lui faite honneur ! »

Il eut l'air taciturne une seconde, totalement conquit par sa fraîcheur, par tout ce qu'elle était, qu'il s'en sentit presque mal.

« Je t'aime, tu sais ... »

Sa voix était toute aussi chaude et suave qu'un air de printemps, avec toute la vitalité qui l'accompagnait. Là toute trace d'espièglerie déserta ses expressions. Elle accentua la pression de sa paume sur sa joue, et, le coeur au bord des lèvres, elle lui dit simplement :

« Je sais ... »

Il vint l'embrasser la clouant au sol de désirs, et elle se sentit totalement à sa merci. Cependant, elle réussit à dire :

« Toute l'armée ne vous a-t-elle point vue entrer sous ma tente ? »

Il eut un petit rire, stoppant net l'investigation de ses lèvres et se relevant gracieusement il avoua :

« Oui en effet. Allez viens, joignons-nous aux autres, car tous te louangerons ce soir. »

Elle grimaça faiblement, et se levant à son tour, elle fit la mine boudeuse :

« Moui … je préférerai .. »

Il lui colla la main devant la bouche et s'exclama rieur:

« Arrêtes ou toute ma retenue va voler en éclat ! »

Elle lui fit un sourire mutin qui lui fit lever les yeux au ciel. Soupirant, il la prit par la main et la tira à sa suite. Il fallait qu'il sorte vite de cet endroit où il passerait outre ses obligations.

Un grand feu avait été allumé au centre des campements, et des tables disposées tout autours. L'alcool coulait à flots, et ils pouvaient remercier les nains pour cela. La chasse avait été assez bonne, mais là n'était pas le plus important. Gilthoniel restait avec ses amis, et comme de la musique s'élevait, nombre de courtisans vinrent quérir une danse. Ce qu'elle fit par refuser au début, mais Thranduil lui signifia que ce serait bien de se plier à cet exercice, dans la limite des choses raisonnables. C'est ainsi que Legolas appliqua sa petite vengeance en l'invitant et en lui donnant un rythme si effréné qu'elle ne put suivre. Voyant son air vainqueur elle se mit à rire, le souffle court, et tous la regardèrent comme la plus belle des étoiles. Elle irradiait totalement en cette soirée, et Legolas vit ce qu'il lui avait expliqué sous la tente. Elle ne s'en doutait pas mais elle enchanta nombre de coeurs, et elle se fit de puissants alliés. La lumière des flammes faisait étinceler sa chevelure et son regard. Elle portait une robe gris clair, quasiment blanche, qui donnait un halo vaporeux autours d'elle, lui donnant un aspect presque irréel. Thranduil aurait pu rester des heures à la regarder évoluer. Son soleil, sa déesse, son Amour. Alors que la fête battait son plein, il l'attrapa par le bras, et ils s'éloignèrent de la foule. Se faufilant entre les tentes, il la mena à la sienne, sûrs de ne pas être vus, et une fois à l'intérieur il déclara dans un sourire éblouissant :

« Ça fait des heures interminables que j'attends ce moment. »

Et elle voyait en ces instants magiques, une part de son âme, que nul autre ne connaissait. Il était roi, souverain, brillant de la lumière des siens, vibrant comme un orage de printemps. Elle s'endormit, tendrement enlacée dans ses bras puissants. Elle savait, qu'il veillerait sur son sommeil. Qu'il veillerait sur elle, quoi qu'il advienne. Une pensée traversa l'antichambre de ses songes même après la mort elle continuerait à le chérir, et se fut en cette nuit, sa seule certitude.