HARRY, JAMES ET LILY (sans oublier les Horcruxes)


Préambule : Les Harry, leur famille, leurs connaissances et leurs mondes appartiennent à madame J.K. Rowling. Le principe des mondes parallèles m'a été inspiré par Shakes Kinder Pinguy et Shinia Marina et leur saga Les neuf mondes (lien sur mon profil).

De même, les théories que l'on peut trouver sur La Pensine (http:// forumpensine point celeonet point fr/ indexpoint php? s9891afb3e496243ce6fa1f541eb07b03&actSF&f41) m'ont été précieuses pour échafauder mes hypothèses.

Cette histoire ne serait pas ce qu'elle est sans l'aide de Fenice et Metos. Au delà des corrections habituelles, ils ont porté un regard critique sur mes écrits, signalé ce qui n'allait pas, m'ont donné matière à réflexion sur certains points et m'ont obligé à creuser certaines pistes. Merci également à Monsieur Alixe pour sa précieuse relecture grammaticale.


De tous les commentaires que j'ai reçu, il ressort trois éléments importants :

- Je me suis trompée sur la date anniversaire des deux Harry. C'est le 31 juillet, et non le 29 comme je l'écris. Les deux Harry ont bien leur anniversaire le même jour.

- Je suis passée trop vite sur les avancées de Rogue, Dumbledore et Lily, concernant les Horcruxes. C'est vrai, je vous demande pardon !

- On me reproche d'avoir mis un Horcuxe de trop. Euh, non, j'ai juste un objet de plus car j'ajoute l'objet qui n'est PAS un Horcruxe, celui amené par Voldemort le soir de la mort des Potter. Je trouve important de l'identifier (imaginez que ce soit la coupe de Poufsouffle !). Je reconnais par contre avoir ajouté un Horcruxe involontaire et surnuméraire, en la personne de Harry.

Le titre a été trouvé par Steamboat Willie. C'est le titre d'une chanson de Claude Barzotti.


CHAPITRE X : C'est ça la famille

Il marche le long du couloir du Ministère. Non, il ne marche pas. il glisse, il ondule au niveau du sol. Il sent l'inégal revêtement de pierre frotter contre son ventre. Du bout de sa langue, il repère son chemin. Il sent l'homme. Il le voit, assis par terre. Il ressent le désir de le mordre, de le déchiqueter, de faire couler le sang. Sans se faire repérer, il se dresse sur ses anneaux, balance la tête en arrière pour prendre de l'élan, et frappe.

Son propre hurlement le réveilla. Harry se retrouva assis dans le lit qu'on lui avait installé dans le bureau de Lily. Il était en sueur, le cœur battant à cent à l'heure, submergé par la nausée. La porte s'ouvrit brusquement et Lily fit irruption dans la pièce, en chemise de nuit, la baguette à la main. Elle s'élança vers lui et le prit dans ses bras.

- C'est un mauvais rêve, Harry, c'est fini ! lui assura-t-elle.

Harry, qui venait de se remémorer ce que Dumbledore était venu lui annoncer, n'en était pas si sûr. Mais dans les bras du double de sa mère, son cœur s'apaisa, sa nausée reflua et il se mit à respirer normalement. Quand il repoussa la femme avec douceur, celle-ci fit apparaître une coupe en argent à proximité de Harry.

- Tu devrais en reprendre un peu, l'invita-t-elle.

- Non, je ne résoudrai rien en m'abrutissant de potion de sommeil. Cela ne changera rien à ce que je suis.

Lily saisit le gobelet qui flottait au dessus de la tête de Harry et le posa à terre. D'un nouveau coup de baguette, elle fit venir la chaise qui était derrière le bureau et la transforma en fauteuil à bascule où elle s'installa. Elle éteignit la veilleuse qui avait été laissée auprès du jeune homme et commença à se balancer. Elle posa sur ses genoux sa baguette, dont elle avait allumé l'extrémité. La lueur dansait sur les murs au rythme du fauteuil, de façon quasi-hypnotique. Harry trouva cela merveilleusement apaisant. Il se rallongea.

- Et à ton avis, qui es-tu ? demanda doucement Lily.

- Qui je suis ?

- Oui, qui es-tu, Harry Potter, jeune homme de dix-sept ans, victime du maléfice d'un mage noir assassin ?

- Je ne comprends pas.

- D'accord, je vais poser la question autrement. Cela te paraissait-il vraiment important de gagner la course idiote que tu as faite avec mon fils l'autre jour ?

- Euh, oui, répondit Harry, désarçonné par le changement de sujet. Mais...

- Tu aime jouer au Monopoly et aux échecs avec mes enfants ? Même quand tu perds ?

- Bien sûr, mais...

- Quelle est la fille de ta connaissance que tu trouves la plus mignonne ?

- Ginny Weasley, mais quel rapport avec ce fichu Horcruxe ?

- Aucun Harry. Justement.

Toujours allongé, il tourna la tête vers la femme, et contempla ses traits adoucis par la lueur sourde émanant de son giron.

- Tu es un garçon comme les autres, Harry. Tu n'es pas d'avantage attiré par la méchanceté et la cruauté que la plupart d'entre nous. Tu relèves des défis idiots, tu joues à des jeux futiles, tu perds de bon cœur, et tu ne sembles pas indifférent aux charmes des demoiselles. Crois-tu que Tom Jedusor ait jamais été comme cela ?

- Non, répondit Harry qui le revit, déjà maître de lui et terriblement sérieux, lors son entretien avec Dumbledore dans le misérable orphelinat.

- Ce Horcruxe n'aura sur toi que l'ascendant que tu lui donneras. Reste toi-même, il n'arrivera rien.

- Mais j'ai été le serpent, quand il attaquait Mr Weasley. J'ai déjà ressenti sa colère, parfois...

- Mais tu savais que ce n'était pas la tienne. Et elle t'a dégoûté. Cela se sent quand tu nous en parles Harry. Tu as la bouche tordue et les yeux froids. Tu le rejettes, tu le repousses de toute ton âme. TON âme, Harry, tu m'entends ? Pas le misérable petit bout avec lequel il essaie de te pourrir la vie.

- Mais quand j'ai blessé Mr Weasley...

- Qu'as-tu fait quand tu t'es réveillé ? Tu as insisté pour parler au professeur Dumbledore et tu as sauvé cet homme. Mais laissons cela. Parle-moi de tes amis.

- Ron et Hermione ?

- Oui. Dis-moi ce que Ron représente pour toi.

- C'est mon meilleur ami. Je peux lui parler de mes problèmes, je sais pouvoir compter sur lui. Il arrive à me faire rire même quand rien ne va plus. Il ne me regarde jamais avec peur ou dégoût. Il m'aide autant qu'il le peut.

- Et Hermione ?

- Elle est énervante des fois, mais elle essaie toujours d'agir pour mon bien. Elle fait des recherches pour moi, essaie de trouver des solutions, même quand elle n'est pas d'accord avec ce que je fais. Je sais qu'elle sera là à mes côtés, tant qu'elle le pourra.

- Et Ginny ? Tu lui as dis que tu la trouvais mignonne ?

- Oui, mais j'ai dû lui dire que c'était fini. C'était trop dangereux pour elle, expliqua-t-il en soupirant.

Le balancement du fauteuil s'arrêta.

- Tu l'aimes beaucoup, Harry ?

- Oh, oui ! répondit-il d'une voix douloureuse.

Il ferma les yeux, luttant contre l'émotion, sentant combien elle lui manquait depuis qu'il avait dû lui signifier la fin de leur relation. Ce que cela lui avait coûté de renoncer à son sourire, ses taquineries, ses doux baisers, l'odeur de ses cheveux.

- Alors, dès que tu la reverras, va la voir pour lui dire que tu t'es trompé. Que tu as besoin d'elle pour gagner. Ne repousse pas ceux que tu aimes, Harry, ce sont eux qui te donneront la force.

- Je ne peux pas supporter l'idée qu'elle puisse mourir à cause de moi.

- Tes parents ne sont pas morts à cause de toi, Harry. Ils ont été tués parce qu'ils avaient défié trois fois le Seigneur des Ténèbres. Sirius est mort parce que sa cousine a voulu le tuer. Elle le détestait déjà avant ta naissance. Ton Dumbledore est mort parce qu'il voulait se racheter d'avoir laissé un certain Tom Jedusor prendre autant de pouvoir. Ne sais-tu pas qu'il a risqué sa vie pour défaire Grindelwald avant même notre naissance à tous les deux ? Crois-tu qu'il t'a attendu pour faire ce genre de choix ? Ce n'est pas toi qui décides de la marche du monde, Harry, et tout le monde finit par mourir.

- Mais n'a-t-on pas le droit de vouloir protéger ceux qu'on aime ? protesta Harry.

- Ta Ginny a été possédée par Voldemort, non ? Elle sait les dangers que son frère a courus avec toi. Elle t'a suivi au Ministère pour sauver Sirius. Elle a fait son choix Harry. Ce n'est pas une preuve d'amour de l'écarter sans te préoccuper de ce qu'elle en pense.

- Et si elle en meurt finalement ? Il me suffira de me dire que je ne suis pas responsable pour l'oublier ?

- Non, tu n'en sera que plus déterminé à la venger. Cela me fait mal d'avoir à dire cela, Harry, mais qu'elle vive ou qu'elle meure, ton amour pour elle te rendra plus fort. Que crois-tu que tu ressentiras si elle meurt malgré tout, et que tu sais que tu l'as rendue triste les derniers mois de sa vie en la rejetant ?

- Je ne l'ai pas rejetée. Elle a très bien compris. Elle m'a dit qu'elle s'y attendait.

- Cela montre simplement qu'elle te mérite. Et tu as tort quand même. Car, si elle t'aime assez pour comprendre cela, elle souffre autant que toi de votre rupture.

- Vous ne comprenez pas !

- Non ? Que crois-tu que j'aie ressenti quand on m'a dit que mon enfant à naître était en danger à cause de l'engagement que j'avais pris ? Un enfant qui, lui, n'avait eu aucune possibilité de choisir. Toutes les questions que tu te poses, je me les suis posées avant toi. Peux-tu imaginer les nuits sans sommeil que cela représente ? J'ai envisagé toutes les possibilités. Mais je n'avais aucun moyen de savoir comment les choses allaient tourner, ni si mon choix serait le bon. Devais-je essayer de fuir ? Cela suffirait-il de changer de pays pour que Voldemort te laisse tranquille ? Devais-je tenter de me cacher parmi les Moldus ou au contraire me mettre sous la protection des sorciers les plus puissants ? Etait-ce bien de te mettre au monde pour qu'un jour tu affrontes une telle abomination ? Tu crois que je n'avais pas compris quelles souffrances cela impliquerait pour toi ? J'ai fait un choix, Harry. Un choix que je remettais tous les jours en question. Un choix qu'aujourd'hui, en te voyant si malheureux, en sachant l'enfance que tu as eue en plus de tout le reste, je remets plus que jamais en question. Mais rien ne m'assure qu'un autre choix n'aurait pas été pire. Alors on va faire avec, et se battre pour gagner !

Harry la regarda médusé. Il contempla sa mère, redressée sur son siège, les épaules en arrière, le regard farouche. A cet instant, il voyait clairement la volonté qui avait amené sa mère à défier Voldemort et donner sa vie pour lui.

- Mais vous avez fait le bon choix, fit-il remarquer. Votre fils est heureux.

- Ce n'est pas de mon fait. Il y a tellement d'éléments qui ont amené Voldemort devant ta mère et l'ont écarté de mon chemin.

- Vous...vous savez si votre Sirius est resté votre Gardien jusqu'au bout ?

Lily le dévisagea avant de se laisser aller contre son dossier et reprendre ses balancements.

- Oui, répondit-elle, je sais qu'il est resté notre Gardien jusqu'au bout. Et tes parents savaient qu'il avait changé d'avis.

- Quoi ?

- Tes parents savaient forcément que Peter était leur gardien, Harry. Pour poser un Fidelitas, il faut être sur place. Le Peter de tes parents a dû se rendre chez eux pour cela. Ils ont sûrement décidé de cela tous les quatre.

- Vous voulez dire que mes parents ont choisi Peter à la place de Sirius.

- Oui, comme James et moi l'aurions fait, si Sirius nous l'avait présenté comme le moyen le plus sûr.

- Eh bien, vous l'avez échappé belle !

- Je te l'ai déjà dit, Harry. Si Sirius a changé d'avis, Peter aussi aurait pu agir différemment.

- J'en doute ! s'emporta Harry

- C'est ton droit, répondit calmement Lily sans cesser de se balancer. Mais je t'assure que je décèle beaucoup de différences entre les personnes dont tu nous as parlé et celles que nous connaissons.

- Rogue est bien le même, opposa Harry avec hargne.

- Non, Harry. J'ai cru comprendre que celui que tu connaissais se montrait injuste et blessant avec toi. Severus, lui, a fait son possible pour nous aider. Et il ne t'a jamais parlé avec méchanceté.

- Ce n'est pas ce que vous pensiez tout à l'heure, la contredit Harry se remémorant avec délice la claque magistrale qu'elle lui avait donnée.

- Oh, grimaça Lily. Je lui ferai des excuses. J'étais tellement bouleversée que j'ai mal interprété ses paroles et je croyais qu'il se moquait de nous. Mais il faisait simplement remarquer que ma remarque était stupide et il avait parfaitement raison.

- Il aurait pu le dire autrement, s'offusqua Harry.

- Oui, bien sûr, la délicatesse n'a jamais été son fort. Mais ce n'est pas de sa faute, et je le connais maintenant suffisamment pour ne plus y porter attention. Tu sais, il n'a pas d'enfant et il ne pouvait pas comprendre ce que je ressentais. Je n'aurais pas dû le frapper. Je lui enverrai un hibou demain.

Harry laissa tomber, convaincu qu'il ne pourrait jamais la faire changer d'avis. Elle était parfois aussi têtue qu'Hermione quand cette dernière parlait des elfes.

- Vous n'avez jamais pensé à défendre les elfes de maison ? demanda-t-il, préférant changer de sujet avant qu'elle ne lui chante les louanges de Rogue.

- Oh, toi aussi cela te choque ! s'exclama Lily ravie. Je suis fière de toi, mon fils n'a pas autant de compassion envers les autres. Eh bien, sache que je suis allée voir de nombreux membres du Magenmagot et que je les ai convaincus de voter une loi prévoyant que les propriétaires qui maltraitent leurs elfes peuvent être condamnés à de lourdes amendes, voire à la confiscation de leur victime. J'espère que je pourrai arriver à faire en sorte que notre communauté abolisse totalement le statut inique des elfes, mais je sais qu'il me faudra de longues années pour y arriver. Cependant, je n'ai pas l'intention d'abandonner et je continue à tenter de sensibiliser tous les sorciers que je connais, jusqu'à ce que ce scandale cesse définitivement. Inutile de te préciser que nous rémunérons Totsy. Il ne le veut pas, mais on lui met de l'argent de côté pour ses vieux jours. Et on tâche de ne pas lui demander de trop travailler le dimanche.

Harry sourit et eut la vision d'Hermione défendant ses convictions. Il faudra qu'il lui indique la méthode de Lily. Il sentit ses paupières s'alourdir. Dans un demi-sommeil, il entendit une voix s'élever :

On the first day of Christmas,

My true love sent to me

A partridge in a pear tree

L'air lui était familier. Il se demanda si sa mère lui avait chanté cette chanson quand il était petit.

On the second day of Christmas

My true love sent to me

Two turtle doves,

And a partridge in a pear tree

Au douzième jour de Noël, il dormait profondément.

oo§O§oo

Quand il se réveilla, le jour était levé et James était en train de lire dans le fauteuil de Lily.

- Bonjour, dit joyeusement ce dernier quand Harry s'assit dans le lit.

- Bonjour ! répondit le jeune homme.

- Comment te sens-tu ?

- Ça va, répondit Harry, surpris que ce soit vrai.

- Ta mère a décrété qu'il n'y aurait pas d'entraînement, aujourd'hui. Mais je pense que c'est à toi de décider.

Sa mère... Harry eut un petit sourire, en se rendant compte que, dans sa tête, il faisait lui aussi ce lapsus de plus en plus souvent.

- Je préfère continuer à apprendre que de rester à remâcher tout ceci, décida-t-il néanmoins.

- Rose et mon fils ne demandent pas mieux que de passer la journée avec toi, tu sais, lui fit gentiment remarquer James.

- Vous leur avez dit ? s'inquiéta Harry.

- Non, ils ne savent rien sur les Horcruxes.

- Je pense que je dois continuer à m'entraîner, confirma Harry. Chaque jour compte, je le sens.

- Alors prend une douche et va manger, lui conseilla James en se levant.

Une fois à la porte, il se retourna et demanda :

- Harry, as-tu déjà essayé de lancer un Impardonnable ?

Harry, pris de court, rougit et hocha affirmativement la tête.

- Ne recommence jamais, lui dit James d'une voix grave. Les lancer demande une tournure d'esprit qui amenuisera la défense érigée autour de ton Horcruxe. Ta haine envers ceux qui t'attaquent, toi et tes amis, est saine, tant qu'elle te donne le courage de te battre et la détermination de te dresser toujours et encore contre ceux qui mettent le monde magique en danger. Mais si tu laisses la colère et ta rancune emplir ton cœur du désir de tuer, de faire souffrir, ou d'imposer ta volonté, tu ne vaux pas mieux que ceux contre lesquels tu te bats. Une fois que tu auras laissé la cruauté et la volonté de nuire guider tes actes, plus rien ne sera jamais pareil. C'est un risque que tu ne peux pas te permettre de prendre.

Harry hocha la tête. James lui sourit et précisa :

- T'en fais pas. Tu ne seras pas sans défense. Nous, les Potter, on les fait mourir de rire !

Ce fut effectivement en riant que Harry se rendit à la douche.

oo§O§oo

A seize heures, quand Harry et James rentrèrent de leur clairière de combat, Severus Rogue et Albus Dumbledore les attendaient avec Lily. On laissa les deux combattants se nourrir puis on se dirigea vers le salon. Lily fit asseoir Harry sur le canapé et s'installa à sa droite, tandis que James se mettait à gauche.

- Je pense que vous avez compris, commença lentement Dumbledore, qu'il demeurera sur votre monde un Horcruxe, tant que vous serez vivant. Seule votre mort, ou la destruction de votre âme par un Détraqueur pourra empêcher définitivement Voldemort de se réincarner.

Harry avait compris cela la veille et y avait réfléchi toute la journée, mais l'entendre exposé de la bouche du sorcier le plus érudit de sa connaissance le glaça, et il dut faire preuve de tout son contrôle pour ne pas s'effondrer. Il veilla à ce qu'aucun muscle de son visage ne bouge, tint bien ses mains sur ses genoux pour qu'on ne les vit pas trembler. Mais son trouble ne pouvait échapper à ceux qui étaient assis tout contre lui.

Il sentit le bras de sa mère passer derrière son dos et l'étreindre doucement tandis que son père lui posa la main sur le genou. Il ressentit pleinement l'affectueuse tendresse de Lily, tout comme le pudique soutien de James. Il les appréciait d'autant plus qu'il se sentait respecté dans son statut de jeune adulte. Ni l'un ni l'autre ne tentait de le retenir, ni de lui cacher des éléments le concernant. Mais ils l'aidaient à faire face et lui assuraient leur concours et leur confiance sans faille.

Entre eux sur ce canapé, il se sentit finalement capable d'affronter la flétrissure qu'il avait en lui et d'en assumer les conséquences.

- Comme je vous l'ai indiqué hier, reprit le vieux sorcier, Tom Jedusor ne peut se servir de la part d'âme qu'il vous a involontairement confiée, sans votre accord. Il peut sans problème solliciter les fragments de son âme qui sont dans des objets inanimés ou des animaux sans conscience qu'il domine. Il est loin d'en être de même quand le fragment dont il a besoin est englobé dans une âme consciente, elle-même colorée par des sentiments qui lui sont insupportables.

- Cela veut dire quoi concrètement ? demanda James.

- Que l'âme du Seigneur des Ténèbres ne passera pas de l'autre côté tant qu'un fragment sera maintenu dans le monde des vivants, répondit Severus Rogue. Par contre, il ne pourra pas puiser suffisamment de lui-même pour utiliser ses pouvoirs. Il sera et restera une âme errante, sans force ni capacité d'user de magie. Sauf si ce fragment indispensable de lui-même lui est offert.

- Si vous laissez la haine et le mépris envahir votre cœur, compléta le directeur, son âme y sera appelée et il suffira du rituel approprié pour qu'il recouvre ses pouvoirs. Mais n'oubliez jamais qu'il vous suffit simplement d'être heureux pour le garder loin de vous.

- Par ailleurs, reprit Rogue, il est plus que jamais indispensable que vous trouviez tous les autres Horcruxes et les désactiviez, même si le Seigneur reçoit le Baiser.

- Pourquoi ? arriva à demander Harry d'une voix presque normale.

- Parce que le fragment d'âme qui est en vous est également relié aux autres Horcruxes, exposa Rogue de sa voix précise. Cela signifie qu'à votre mort, votre âme sera retenue aux Horcruxes restants par la partie qui ne vous appartient pas et qui leur correspond. Nous ne savons pas exactement ce que cela recouvre, mais logiquement, vous errerez comme une âme en peine, tant qu'un des objets existera, sans jamais pouvoir retrouver ni réelle existence, ni pouvoirs magiques.

Harry n'arrivait pas vraiment à concevoir cela. Mais, à la mine bouleversée de ses parents, il comprit que c'était grave et qu'ils en souffraient pour lui.

- Il a toujours été prévu de détruire les Horcruxes, affirma-t-il crânement.

Rogue le dévisagea, mais ne se moqua pas de lui, comme Harry le craignit sous son regard froid. Il prit simplement la mesure de la résolution du jeune homme et l'approuva d'un signe de tête.

- En y réfléchissant, renchérit Dumbledore, cela ne change pas grand chose à ce qui a été prévu depuis le début. Dans le meilleur des cas, votre Voldemort reçoit le Baiser et, une fois les Horcruxes détruits, vous pourrez vivre en paix. Si vous échouez à le faire rencontrer les Détraqueurs, et qu'il meurt normalement, vous n'aurez qu'à vivre la vie que vous aviez prévue, sans qu'il ne puisse rien faire contre vous. Vous êtes un jeune homme très fort, Harry. La vie que vous avez menée, aussi triste soit-elle, vous a endurci contre les coups du sort, sans pour autant entamer votre amour pour elle. Je ne me fais aucun souci sur votre capacité à le tenir éloigné.

- Dans le pire des cas…, commença Rogue avant de s'arrêter de lui-même et de regarder Lily. Tu peux me gifler, se justifia-t-il en préambule, mais il faut bien le lui dire.

- C'est bon, intervint Harry, j'ai compris : s'il me manque un Horcruxe, je pourrai toujours en finir définitivement en donnant mon âme à un Détraqueur.

Il y eut un silence grave que Dumbledore brisa sur un ton qu'il voulait encourageant :

- Avec toutes les indications que nous vous avons données, cela n'arrivera pas. Poudlard y a veillé. Grâce à votre séjour parmi nous, vous connaissez les objets, savez où les trouver et comment les désactiver. Je suis confiant.

- Moi aussi, indiqua fermement James, ponctuant sa profession de foi d'une pression sur la jambe de Harry.

- Vous avez raison, renchérit Lily. Tu y arriveras Harry.

Harry aurait voulu les remercier de leur confiance affichée en lui, mais les mots restèrent stupidement coincés dans sa gorge. Il craignit même de se laisser submerger par son émotion quand James posa une question :

- Voldemort sait-il cette histoire de Détraqueurs ?

- Nous devons le faire comme s'il le savait, répondit Dumbledore. C'est ce qu'il y a de plus probable.

- Alors pourquoi s'est-il laissé arrêter ? s'étonna son hôte. Il devait bien se douter de ce qui l'attendait, non ?

Rogue et Dumbledore se regardèrent.

- Le professeur Dumbledore a réussit à l'immobiliser avant qu'il ne se rende compte de quoi que ce soit, expliqua Rogue.

- Severus l'avait envoyé dans une maison où vous étiez supposés être, et c'est moi qui lui ai ouvert la porte, précisa le vieux sorcier. Je l'ai immobilisé tout de suite et les Aurors l'ont bombardé de Stupefix, ce qui m'a permis de le plonger dans un coma magique. Trois jours plus tard, il a été transféré à Azkaban et la sentence a été exécutée.

- La justice sorcière était très expéditive à cette époque, expliqua Lily d'un ton qui laissait entendre qu'elle n'approuvait pas cet état de fait.

- En l'occurrence, cela a été une bonne chose, rétorqua James.

- Au prix de combien d'innocents envoyés à Azkaban ? demanda Lily sans se laisser démonter. Sans compter ceux qui ont payé pour ne pas être condamnés, alors que leur engagement était de notoriété publique.

- Nous aurions sans doute pu faire mieux, admit Dumbledore d'une voix neutre, et Harry admira sa capacité à mettre fin aux polémiques. Pour revenir à vous, Harry, il est essentiel que vous vous assuriez le concours du plus grand nombre d'Aurors dont les directives seront d'immobiliser Voldemort et de le maintenir, jusqu'à sa condamnation, dans un cocon d'anti-magie. Ne vous inquiétez pas, précisa-t-il en voyant Harry ouvrir de grands yeux, ils savent ce que c'est.

- Mais, opposa Harry, comment voulez-vous que je donne des directives à qui que ce soit ?

- Votre ministre le peut certainement. Je sais que cela vous coûte, mais vous ne pourrez pas venir à bout de votre ennemi sans faire alliance avec le Ministère et vous assurer sa collaboration.

- Vous ne l'avez jamais fait, répliqua Harry que l'idée n'enchantait guère.

- Je sais, mais vous n'avez pas le choix, je le crains. Vous êtes un bon sorcier, et Monsieur Potter m'a dit le plus grand bien de votre niveau en défense, mais vous ne pouvez pas, à vous seul, localiser Voldemort et lui appliquer une technique que vous ne semblez pas connaître.

- Le cocon d'anti-magie est d'un niveau très avancé, se justifia James. J'avoue que je ne sais pas le faire non plus. Enfin, le bon côté des choses c'est que, selon la prophétie, les Aurors ne pourront pas tuer Vous-savez-qui eux-même, et qu'il a donc toutes les chances de finir dans les bras des Détraqueurs.

- Je n'en suis pas aussi certain, opposa Dumbledore. Voldemort peut être tué sans réellement mourir, puisque son âme ne quittera le monde des vivants que lorsque l'âme de Harry en fera autant. De même, Harry ne peut complètement mourir tant qu'une part de son ennemi demeure parmi nous. C'est ainsi que j'interprète l'un devra mourir de la main de l'autre, maintenant.

- Et le fait qu'aucun ne peut vivre tant que l'autre n'est pas mort ? demanda Lily.

- Cette partie est déjà réalisée, lui indiqua le directeur. Leur volonté réciproque de mettre fin à la vie de l'autre est fortement implantée. Ne vous en faites pas, ajouta le vieil homme à l'intention de Harry, il vous suffira de vous prononcer publiquement pour votre ministre et lui laisser le crédit de l'arrestation de votre ennemi commun pour qu'il accède à ces demandes.

Harry ne répondit pas et se contenta de soupirer. A la double pression exercée par ses parents sur son épaule et son genou, il se sentit compris.

oo§O§oo

Il ne se dit rien de nouveau durant le reste de la séance. Harry eut l'impression que chacun avait conscience d'avoir rempli la mission qui lui avait été assignée et en faisait le compte-rendu final. En les écoutant d'une oreille distraite, il se demanda ce qui se passerait s'il ne repartait pas chez lui rapidement. Allait-on, comme avec un hôte qui s'incruste en fin de soirée, rester poli avec lui tout en souhaitant tout bas qu'il s'en aille enfin ?

Quand tout le monde se leva et que James et Lily se mirent à discuter d'une affaire du Ministère avec Rogue et Dumbledore, qui s'apprêtaient à prendre la cheminée pour rentrer chez eux, Harry les laissa et sortit prendre l'air. Titus le chien l'accueillit avec exubérance et, du museau, lui souleva la main pour quémander des caresses, avant de se coucher carrément sur le dos. Harry s'assit sur les marches de la véranda pour répondre à sa demande et se mit à lui gratouiller expertement le poitrail.

Quelques minutes plus tard, des chevilles graciles, surmontant les chaussures de cuir légères que les sorciers mettaient pour faire du sport, surgirent auprès du jeune homme. Avant qu'il n'ait eu le temps de lever les yeux, il sentit une main prendre appui sur son bras et un baiser affectueux se poser sur sa joue.

- En quel honneur ? demanda-t-il à Rose.

- Pour le mauvaise nouvelle que tu as reçue hier, lui répondit-elle en s'asseyant à ses côtés et se mettant à caresser le chien elle aussi.

Harry la regarda, troublée, mais elle le rassura :

- Ni Papa ni Maman n'ont voulu nous dire ce que c'était, mais ça avait l'air grave.

Elle se tut, et Harry supposa que ses parents lui avaient interdit formellement de demander des précisions, car la curiosité était un trait particulièrement saillant chez la jeune fille. Touché par la sollicitude qu'elle lui témoignait, il tenta de la rassurer :

- C'est grave mais pas insurmontable, prétendit-il.

- C'est déjà ça, commenta Rose, et c'est en silence qu'ils continuèrent à caresser Titus, jusqu'à ce que l'autre Harry vienne leur proposer une partie de tarot.

(A suivre…)

oooo§O§oooo