Peu de temps après, ils montaient tous les deux à la bibliothèque. Arrivée dans la pièce, Bella resta scotchée à l'entrée, les yeux rivés sur le magnifique piano à queue noir qui régnait maintenant au milieu des livres et des CD. Puis elle laissa errer son regard sur les bibliothèques qu'elle avait rempli plus tôt dans la journée et déclara :
-Cette pièce est décidément parfaite.
Edward rigola doucement et lui répondit :
-Je prends cela comme un compliment. Choisis un livre et installe-toi pendant que je joue.
-Merci, chuchota-t-elle en se dirigeant vers une étagère et en tendant la main vers Les Hauts de Hurlevent.
-Je me trompe, ou tu savais déjà ce que tu voulais lire ? sourit-il.
En rougissant, elle attrapa le livre et s'installa confortablement dans le canapé :
-C'est mon livre préféré.
-Je n'irais pas jusque là, mais il est vrai que je l'ai beaucoup apprécié, répondit-il en s'installant au piano.
Après quelques secondes, les premiers accords de Clair de Lune résonnèrent dans la pièce. Edward jouait tranquillement, il connaissait la mélodie par cœur; il enchaina ensuite plusieurs morceaux, tantôt espiègles et joueurs, tantôt lents et tristes, puis sans qu'il sans rende compte, ses doigts trouvèrent de nouvelles notes, et une mélodie à la fois enjouée, rieuse, mais aussi timide sortit de l'instrument.
Alice et Rosalie, ayant fini de ranger les différentes chambres, passèrent devant la porte. Elles se figèrent en écoutant la musique qui émanait de la pièce.
-Dis, tu crois qu'on peut risquer un œil? chuchota Rose.
-Qui ne risque rien n'a rien, répondit Alice de la même manière en ouvrant la porte tout doucement.
Ce qu'elles virent alors les laissèrent, pour l'une pantoise, pour l'autre dépitée.
Assis au piano, Edward jouait à présent La Lettre à Elise, un air concentré sur le visage, alors que Bella, installée sur le canapé, un livre ouvert sur les genoux, regardait par la baie vitrée, les yeux dans le vague et la mine triste. Refermant doucement la porte, Alice commença à marmonner :
-Eh ben ça alors, on me l'aurait dit, je l'aurais pas crû...
-Non, mais franchement, quel enfoiré, grogna Rosalie.
-Jouer une de ses compositions, devant Bella qu'il ne connait même pas, et sans s'énerver en plus...
-Ce n'est qu'un monstre. Attends un peu que je m'occupe de lui et qu'Emmett l'apprenne...
-Mais de quoi parlez-vous les filles ? Demanda Esmée qui venait d'entre dans le salon alors que les filles arrivaient en bas des escaliers.
-De Jacob.
-D'Edward, répondirent-elles en chœur.
Elles se regardèrent, surprises et se tournèrent vers Esmée qui demanda en souriant :
-Vous pourriez m'expliquer à la cuisine?
Alors qu'elle commençait à sortir des plats de son panier, Alice prit la parole :
-Nous avions fini de ranger et allions descendre lorsque nous avons entendu Edward jouait une de ses compositions...
-Nous avons ouvert la porte tout doucement pour voir ...
-Et figure-toi qu'il était on ne peut plus calme alors qu'il avait un public.
-Public qui n'était autre que Bella en train de pleurer sur le canapé, à cause de cette andouille qui lui sert de petit-ami.
-Rosalie !
-Désolée Esmée, mais c'est la vérité. Si il n'était pas déjà partit, je le foutrais moi-même dehors pour l'avoir encore fait pleurer.
-Oh, que s'est-il passé?
-D'après ce que m'a dit Edward tout à l'heure, répondit Alice, Jacob leur a dit que sa sœur, Emily, s'était encore disputait avec son mec et qu'il devait la rejoindre. Sauf qu'une fois qu'il est partit, Bella leur aurait dit qu'Emily était chez une amie à Seattle ce weekend.
-Aie !
-Quoi ! rugit Rosalie. Il n'a quand même pas osé se servir de sa sœur pour aller voir sa pouf ?
-Rose, moins fort. Et c'est ce que m'a rapporté Edward. Jasper et Emmett était présent eux aussi.
-Ca explique le comportement de mon Loulou au goûter.
-Bon les filles, ce n'est pas tout ça, mais nous avons un dîner à préparer. Pour ce qui est d'Edward, je pense qu'il est en train de tourner la page et je pense aussi que Bella peut l'y aider. Alors à nous de leur préparer une soirée digne de ce nom pour leur faire oublier ce qui s'est passé cet après-midi.
Aussitôt dit, aussitôt fait, les trois femmes s'attelèrent à réchauffer les différents plats et à dresser la table. Lorsque Jasper et Emmett rentrèrent, accompagnés de Carlisle qui venait d'arriver, la nuit était tombée.
-Jasper, appela Esmée, tu voudrais bien aller chercher Bella et Edward dans la bibliothèque, s'il te plait ?
-Bougez pas, j'y vais, se réjouit Emmett.
-Non mon chéri, l'attrapa Rosalie alors qu'il s'apprêtait à monter. Toi, tu restes ici et tu laisses la diplomatie de Jasper nous les ramener tranquillement.
-Mais, euh, pourquoi toujours lui ? bouda-t-il.
-Parce que la fin d'après-midi a été dure pour ta sœur et que Jazz ne va pas la faire sauter au plafond rien qu'en ouvrant la porte, rétorqua Alice.
Pendant cet échange, Jasper s'était dirigé vers l'escalier. Une fois à l'étage, il se dirigea vers les éclats de voix. Ouvrant la porte doucement, il regarda à l'intérieur de la pièce et se figea, surpris par ce qu'il voyait : Edward jouait au piano un air très rythmé pendant que Bella se déhanchait sur la musique près du canapé en riant. A la fin du morceau, elle s'écroula par terre, hilare. Edward partit alors lui aussi dans un grand rire.
Jasper, estomaqué, se recula et tira la porte derrière lui, leur laissant le temps de se calmer. Quand le silence fut revenu, il attendit un instant et toqua et rouvrit la porte.
-Eh vous deux ! Vous venez, c'est l'heure de manger.
-Déjà ! s'écria Bella. Oh mais rien n'est prêt !
-Allez ne t'inquiètes pas, on va bien trouver un truc à grignoter ou alors on commandera des pizzas, lui répondit Jasper avec un sourire.
-Tu as raison, je n'ai plus envie de me poser des questions pour aujourd'hui, soupira-t-elle. Allez les garçons, on se bouge, appela-t-elle en sautant du canapé avec bonne humeur.
Edward et Jasper se regardèrent, surpris par ce brusque changement de ton, et la suivirent dans les escaliers. Arrivée en bas, Bella se dirigea vers la salle de bain. Les deux hommes se hâtèrent vers la cuisine, prévenir les autres qui les attendaient. Quand elle apparût sur le seuil, tout le monde était debout autour de la table. Ils s'écrièrent ensemble :
-Bon anniversaire Bella !
Bella porta les mains à sa bouche et ses joues devinrent écarlates.
-Quoi ? Mais... que ...?
-Tu ne croyais quand même pas que nous avions oublié quel jour nous sommes ? la taquina Alice.
-Ce n'est pas un petit déménagement de rien du tout qui va nous empêcher de fêter ton anniversaire, petite sœur, lui dit Emmett en la prenant dans ses bras.
Bella observa alors toutes les personnes présentes et leur répondit avec un sourire timide :
-Merci. Vraiment merci, c'est exactement ce qu'il me fallait aujourd'hui...
Rosalie et Emmett se lancèrent un regard entendu et ce dernier lança :
-Bon alors, on mange ? C'est que j'ai faim moi !
-Em, je n'ai rien préparé pour ce soir, commença Bella.
-Mais moi, oui, continua gaiement Rosalie, et Alice a amené la boisson.
-Quant à moi, j'ai fait le dessert, dit doucement Esmée.
-Nous n'avons plus qu'à dîner pour fêter dignement ton anniversaire, conclut Alice joyeusement, en poussant son amie pour qu'elle s'asseye à la place d'honneur en bout de table. Edward s'excusa pour aller se laver les mains et lorsqu'il revint tout le monde était installé. Il s'assit sur la seule chaise restée libre, à la droite de Bella. Le dîner se passa joyeusement et quand vint l'heure du dessert, Edward proposa de le prendre au salon. Emmett et lui débarrassèrent la table en discutant pendant que Carlisle et Jasper emmenaient assiettes et tasses dans la pièce voisine.
Bella, désœuvrée, s'assit dans un canapé et regarda tout le monde s'affairer : Esmée coupait le gâteau et servait le café pendant que Rose et Alice finissait la vaisselle.
-Bella, ça va ?
-Hum ?
-Je te trouve bien silencieuse, et un peu plus pâle que d'habitude, dit doucement Carlisle.
-Oh, euh, oui, ça va, c'est juste que la journée a été longue et je ne pensais pas la finir de cette manière.
-De quoi parles-tu?
-De la fête que m'a organisée Alice et de Jacob qui m'a fait faux-bond. Les yeux dans la vague, elle continua : mais bon, pour les deux, c'est devenu une habitude.
-Tu sais Bella, dit Jasper qui s'était approché, Jacob n'a aucune excuse pour ce soir. Il était d'accord pour cette fête quand Alice lui en a parlé la semaine dernière. Et la façon dont il est parti cet après-midi est tout simplement ignoble.
-Jasper ! s'étonna Carlisle, en prenant Bella par les épaules.
-Désolé Carlisle, mais tu ne l'as pas vu faire cet après-midi, ni dans quel état cela a mis Bella.
-Jasper, s'il te plait, implora celle-ci.
-D'accord, je n'en parle plus, mais à une condition.
-Laquelle ?
-Je veux que tu t'amuses et que tu profites de cette soirée sans arrière-pensée.
-D'accord, souffla-t-elle en se dégageant de l'étreinte du médecin alors que les autres les rejoignaient.
-Tout le monde est là ? demanda Alice. Alors on peut commencer les cadeaux. Tiens commence par le mien Bells. Et elle lui fourra un grand sac dans les mains.
-Alice, tu sais que je ne voulais rien. Tu as déjà organisée cette soirée, c'était largement suffisant.
-Et toi, tu sais que tu n'y échapperas pas. Alors ouvre !
Résignée, Bella regarda à l'intérieur du sac. Surprise, elle en retira un grand plaid orné de violons et de clés de sol.
-Alice, tu es malade ? interrogea Bella.
-Non, pourquoi ?
-Tu ne m'as pas acheté de vêtements ? Simplement une couverture ?
-Disons que Jazz a un effet bénéfique sur moi, répondit la jeune femme en s'installant sur les genoux de son compagnon. Et puis, quand je l'ai vu au magasin, j'ai su qu'il était pour toi. Pour accompagner tes soirées de lecture.
-Merci Alice.
-A nous, lança Emmett. Et Rosalie tendit à sa belle-sœur une simple enveloppe. Avant que tu dises quoi que ce soit, sache qu'Esmée et Carlisle se sont mis avec nous.
Intriguée, elle ouvrit l'enveloppe et en sortit deux billets de concert.
-Quoi ? Oh c'est pas vrai, c'est pas vrai, c'est pas vrai ?! Vous avez fait ça ? s'excita-t-elle sur son siège. Soudain, elle bondit et embrassa Emmett et Rosalie, puis fit une accolade à Carlisle, et enfin elle se réfugia dans les bras d'Esmée en sanglotant.
-Merci, merci, merci. C'est génial, vraiment merci.
-De rien ma puce. C'est un plaisir de te voir aussi heureuse.
-Et on peut savoir ce que c'est, nous? demanda Jasper.
-Ce sont deux places pour aller voir David Garrett en concert ... dans deux mois, répondit Bella en examinant les billets. Mais je croyais qu'il n'y avait plus de place depuis des lustres ?
-Et bien, disons que pour une fois, je m'y suis pris largement à l'avance, répondit Emmett en rougissant légèrement.
-Oh Em, merci, souffla Bella en allant s'engouffrer dans les bras de son frère.
-De rien Bells, je sais combien cela comptait pour toi, murmura-t-il à son oreille. Et plus fort : allez, il te reste un cadeau à ouvrir.
-Bon anniversaire Bella, dit Edward en lui tendant un paquet plat.
-Merci, rougit-elle en détachant le papier. Elle découvrit alors une biographie de Beethoven et un livret de partitions vierges.
-Oh, il est magnifique, s'extasia-t-elle sur le livre. Je devais aller l'acheter la semaine prochaine. Merci beaucoup Edward. Mais comment as-tu su ?
-Kate. C'est Alice qui m'a dit de lui demander.
-Bien sûr, Kate et Alice, le duo infernal, sourit Bella en se levant pour embrasser tout le monde afin de les remercier. Arriver devant Edward, elle hésita, puis le prit dans ses bras comme les autres. Elle en profita pour inspirer à fond, essayant de retrouver les sensations qu'elle avait eue aux thermes. Si seulement cela pouvait lui faire oublier l'abandon de Jacob.
La soirée continua avec la dégustation du gâteau d'Esmée, et alors que tous se mettaient à discuter sur des sujets variés, Bella s'endormit sur le canapé. Emmett était en train de discuter avec Jasper quand il s'en aperçu. Il l'observa, attendri.
-Ca fait bien longtemps que je ne l'ai pas vu aussi calme pendant son sommeil.
-C'est vrai qu'elle a l'air beaucoup mieux que cet après-midi, répondit son ami.
