Le trajet de retour se fit entre deux extrêmes. Quand il y avait du silence, il était étouffant, maladroit. Quand ils parlaient, cela semblait presque trop animé, trop exagéré.

Reid aurait pu parier que c'était parce qu'aucun d'eux ne savait comment agir après ce qui était arrivé au cinéma. Devaient-ils discuter de la passion sous-jacente qui ne pouvait être ignorée ? Ou simplement considérer l'incident comme faisant partie de leur travail, de leur rôle ?

Ils sursautèrent tous deux quand le téléphone de Reid sonna, brisant le silence.

- Allo ? répondit-il.

- Bonjour mes chéris, fit gaiment Garcia. J'ai des nouvelles pour vous.

- Génial, qu'est-ce que tu as ?

- La caméra est définitivement une caméra et quand je l'ai examiné d'un peu plus près je n'ai vu aucun micro dessus.

- Peut-il être interne ? demanda Reid en se mordant la lèvre et en espérant que la réponse soit « non ».

- Techniquement, ça se pourrait. Mais cette caméra n'est pas aussi petite que les plus petites des caméras et elle semble bas de gamme. Les possibilités qu'il y ait un micro sont très minces. J'ai aussi vérifié le reste de la maison mais je n'ai rien trouvé d'autre, donc je suppose que c'est la seule caméra qu'il a posée.

- Oh, fit Reid en fronçant les sourcils. Le fait qu'il aurait pu mettre d'autres objets dans la maison ne m'est même pas venu à l'esprit. Nous avons été très imprudents, commenta-t-il en se passant la main sur le front.

- Tout va bien, petit génie, assura Garcia, plus de peur que de mal.

Le jeune agent soupira :

- Mais devons-nous être prudent malgré tout ? Comme ne rien dire quand nous sommes dans la chambre par exemple ?

- Ne t'embête pas à être prudent. Je suis sûre à quatre-vingt dix-neuf pourcents qu'il n'y a pas de micro.

- Oui, c'est le dernier pourcent qui m'inquiète.

- Pas la peine de t'inquiéter mon chou. En tout cas, pas pour ça.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna Morgan.

- Eh bien, hésita Garcia, la caméra est du coté d'Einstein junior. Vu l'angle, elle ne va filmer littéralement que lui quand vous dormirez.

- Mais, fit Reid, les sourcils froncés, est-ce que ça veut dire…

- Qu'il a une préférence, gronda Morgan.

Reid regarda dans sa direction et vit que ses jointures étaient blanches contre le volant qu'il agrippait fermement.

Reid déglutit péniblement, espérant que Morgan saurait garder son sang-froid.

- Ca, il fallait s'y attendre puisqu'on pense qu'il pourrait être gay, dit Reid en remettant ses cheveux derrière son oreille, le visage légèrement rosi. Ce serait logique qu'il soit attiré par l'un de nous. Et il est assez d'assez forte carrure donc c'est prévisible qu'il cherche un partenaire passif. Sans parler que mes traits androgynes et ma silhouette féminine le ferait sans doute se sentir moins coupable de me désirer alors que tu es clairement masculin donc même s'il te trouvait attirant il ne ferait rien.

Morgan tourna la tête pour le dévisager :

- Tes traits androgynes et ta silhouette féminine ? répéta-t-il.

- Quoi ? fit Reid en haussant les épaules. Tu veux dire que tu n'as jamais remarqué mes grands yeux ou mes longues jambes ?

- Si, acquiesça Morgan avec un petit sourire, mais je n'aurais jamais pensé que tu te décrirais avec ce genre de termes.

Reid haussa les épaules, souriant malgré lui. Puis son sourire s'évanouit et il bâilla largement.

- Oh, sourit Morgan, on dirait que beau gosse est fatigué.

- Entre toi et l'unsub je n'ai pas beaucoup dormi la nuit dernière.

- Il y a tellement de choses que je pourrais dire là, rit Garcia. Passez une bonne nuit vous deux, ok ?

- D'accord Garcia. A plus tard.

- Bonne nuit.

Reid entendit la connexion s'interrompre et ce n'est que quelques minutes plus tard qu'il s'endormit, la tête contre la vitre.

-o-o-o-

- Spencer.

Dans l'état de léthargie dans lequel se trouvait Spencer, la voix de Morgan semblait lointaine.

- Spencer.

Reid tourna légèrement la tête avec un grognement. A la fois ce qui semblait dix minutes plus tard et bien trop tôt, le siège disparut et, pendant un moment, il crut qu'il allait tomber au sol. Puis, rapidement, il réalisa que si cela n'arrivait pas, c'était parce que les bras de Morgan étaient autour de lui et que celui-ci le portait dans la maison à la manière d'une mariée.

- Der… tenta Reid bien que son cerveau engourdit par le sommeil ne parvienne pas à se connecter correctement. Der…k.

Il sentit Morgan rire plus qu'il ne l'entendit.

- Qu'est-ce que tu veux beau gosse ?

- Pov… pose…moi.

- Excuse-moi, qu'est-ce que tu dis ? le taquina Morgan.

Reid leva la tête et tenta de se frotter les yeux :

- J'n'ai pas b'soin… qu'tu m'portes. J'ai deux… jambes. C'va aller, grommela-t-il.

- Tais-toi et laisse-moi te porter, rit Morgan.

Reid entendit la prote d'entrée s'ouvrir bien que son esprit ne soit pas assez réveillé pour comprendre comment Morgan avait fait étant donné que ses mains étaient prises. Il eut vaguement conscience d'être porté à travers la maison et fut enveloppé par la chaleur venant probablement de la cheminée. Il se sentit être posé sur une surface confortable et moelleuse et fut immédiatement conscient qu'il ne s'agissait pas du lit. Il sentit un oreiller chaud et dur sous sa tête.

Reid entrouvrit un œil et se retrouva face à la télévision, sur le canapé, la joue contre la jambe de Morgan.

- Pourquoi on n'est pas dans le lit ? demanda-t-il, groggy.

- Parce que je ne veux pas que ce type t'observe par la caméra ou la fenêtre quand je ne suis pas avec toi.

Reid y réfléchit pendant un moment puis haussa les épaules avant d'acquiescer. Il ne le voulait pas non plus.

Il regarda Morgan allumer la télévision et trouva une chaîne qui diffusait un vieux film des années cinquante dont Reid connaissait les dialogues par cœur. Un moment arriva où, pris dans le feu de l'action avec les deux personnages principaux, il ne put s'en empêcher :

- J'ai toujours su que ce jour viendrait, murmura-t-il en même temps que la femme. Tu ne peux pas partir maintenant, si ? Tu ne peux pas m'abandonner là.

Il sentit les yeux de Morgan sur lui mais continua de citer les dialogues.

- Pourquoi devrais-je rester ? Qu'est-ce que tu m'apportes ? fit l'homme avec colère en même temps que Reid.

- Et le bébé alors ?

Reid sentit Morgan le pousser du coude et il se tut aussitôt, pensant que son ainé lui demandait d'arrêter.

- Désolé.

- Non, non, pas la peine de t'excuser, je me demandais juste comment tu savais ça.

Reid fronça les sourcils.

- Je pense que je l'ai vu un soir avec ma mère. C'était avant que mon père s'en aille et nous avions encore assez d'argent pour une télévision.

- Et tu te souviens des dialogues. Je veux dire, je sais que tu as une mémoire eidétique et tout mais je ne pensais pas que c'était fiable à ce point là.

Reid haussa les épaules.

- Cette scène avait fait pleurer ma mère. Je m'en souviens si bien parce que je détestais la voir pleurer. J'avais toujours l'impression que c'était ma faute. Je sais que c'est ridicule, ajouta-t-il avec un rire d'autodérision, mais c'est ce que ma conscience me faisait ressentir. Quand le film s'est terminé, elle m'a regardé avec les larmes aux yeux et m'a dit qu'elle n'avait vu ce film qu'une seule fois auparavant, et c'était quand elle était enceinte de moi.

Reid se tourna de sorte à être face à Morgan et le regarder dans les yeux :

- A la fin du film, l'homme part quand même. La fille est d'abord effondrée, mais elle apprend à être plus forte. Elle apprend qu'on ne trouve pas toujours l'amour de la manière la plus évidente, mais chacun à sa façon. Elle élève seule son enfant.

Pendant un instant, Morgan regarda simplement Spencer, sans rien dire.

- Ca ressemble beaucoup à tes parents, finit-il par dire.

- Pas particulièrement. Pas avec toutes ces histoires d'amour. Mais cela amène effectivement à se demander si ma mère savait que leur relation se détériorait, et si c'est réellement de ma faute.

- Ce n'était pas ta faute.

- Tu ne le sais pas, ça. Et moi non plus.

Morgan s'assit et regarda Reid pendant environ quinze secondes avant de se pencher lentement et poser ses lèvres sur celle du jeune génie, d'une manière si douce et innocente que celui-ci écarquilla les yeux.

Quand Morgan se recula, il se lécha les lèvres mais garda son visage près du sien.

- Désolé, murmura-t-il.

- Ne le sois pas, murmura Reid en retour.

Il s'essuya rapidement les yeux pour s'assurer que les larmes n'avaient pas coulé.

- Ca semblait juste le meilleur moyen de te réconforter, fit doucement Morgan.

- C'est efficace, acquiesça Reid.

Morgan hocha également la tête, imitant les actions du jeune agent.

- Ce n'était pas de ta faute, Spencer. Peu importe ce que ton cerveau est allé inventer.

Sentant les larmes couler, Reid se détourna et ferma les yeux. Après un instant, il sentit le pouce de Morgan effleurer doucement sa joue et essuyer ses larmes.

Reid avala la boule qu'il avait dans la gorge avec un petit son de déglutition.

- Merci, murmura-t-il.

Morgan acquiesça et lui fit un sourire encourageant.

- Allons nous coucher beau gosse.


Zangetsugaara : ah moi j'aime bien justement le terme "unsub" et je trouve qu'ils n'auraient pas dû le retirer dans la version française. Vu qu'en VO Gideon explique sa signification dans le premier épisode, on aurait pu faire exactement pareil en VF. Et puis ça aurait évité de se retrouver avec des absurdités du genre "notre homme... est une femme" ou "notre homme... est un couple".

val : c'est sûr c'était torride ! Et ce n'est pas prêt de s'arrêter

loveyaoi-15 : oui j'ai l'impression que cette scène au cinéma a eu un certain succès ! Et de rien, c'est un plaisir aussi de mon coté, j'adooore voir vos réactions !

Guest : non c'est pas le meilleur endroit en effet, et ça aurait été bête qu'ils se fassent remarquer pour attentat à la pudeur x'D Et tu viens de m'apprendre ce qu'étais le smut, je l'ai parfois croisé mais je n'avais jamais fait l'effort de chercher. sa signification. Du coup, pareil, je préfère de (très) loin le fluff

Angel-Sly : Certes, certes, Hotch est généralement au courant de tout, c'est vrai.

CM-SRxDM : oui Derek perd de plus en plus de vue la frontière l'affaire et la réalité, à voir si c'est une bonne chose, vu de la position délicate de Reid