Hey ! Non je ne suis pas morte, n'est-ce pas magnifique ? (ne me lapidez pas)Bon, no more talking, je vais juste vous laisser avec Jill et vous souhaiter une bonne lecture !


J'avais passé le reste du week-end dans un état second, toutes mes forces mentales concentrées dans l'objectif d'effacer ce que j'avais vu de ma mémoire. Car il y avait déjà assez à se préoccuper comme cela. Il fallait se débarrasser de l'immense déprime qui s'était abattue sur notre maison comme une chape de brouillard depuis le match. Notre joie de vivre habituelle, qui faisait l'identité même de Poufsouffle, s'était envolée. Même les plus rétifs parmi nous à la Quidditch-mania s'étaient convertis le temps de cette saison brillante. La déception était sans fond. Je ne vis pas un joueur de la journée de dimanche. Angela dormait, épuisée par l'émotion et brisée par le contrecoup de sa blessure. Ludo avait dû sortir voler afin d'évacuer son amertume.

Aussi passai-je la journée à travailler avec Fabian dans la Salle Commune. Nous avions déjeuné dans les Cuisines, refusant d'un commun accord de nous aventurer dans la Grande Salle pour y affronter l'insolent succès des Gryffondors. J'étais moi aussi harassée de fatigue, d'autant plus que dès que je fermais l'œil, c'était pour revoir Black et sa pouf… Black et son ex enlacés dans le vestiaire vide.

Que l'on me laisse juste occulter cet épisode !

Autant dire que cela relevait de l'impossible. Aucun terme n'était assez insultant à mes yeux pour qualifier Sirius Black. A force de ruminer ma haine, j'en étais venue au stade du dégoût pur et simple. C'était un méprisable lâche qui ne méritait que mon indifférence. A vrai dire, rien que le fait d'y penser m'agaçait profondément, puisque je m'étais décidée à oublier son existence de cafard rampant.

Mais si je voulais être parfaitement sincère avec moi-même, il me fallait avouer que malgré mes bonnes résolutions, Black ne cessait de hanter mes pensées, et pour cause : j'avais ressenti une profonde déception en le surprenant avec Hookum. J'avais beau nier, j'avais bel et bien fini par placer en lui certains espoirs, et peut-être même éprouver un semblant de sympathie à son endroit. Enfin, disons plutôt qu'il avait réussi à me séduire d'une manière ou d'une autre, car au vu de sa conduite impardonnable, j'avais eu raison sur lui dès le départ. Ce malheureux épisode avait peut-être eu du bon, au fond : il m'avait ouvert les yeux que j'avais inconsciemment fermés à force de côtoyer le lascar.

Ne restait qu'à en informer Angela. Haha. Là tout se corsait. Mon Angie était au fond du trou, et la nouvelle ne ferait que l'enfoncer un peu plus…

« Jillian, ça fait trois fois que tu soupires en un quart d'heure. J'admets que la situation n'est pas très brillante, mas tu pourrais faire preuve d'un peu plus d'optimisme. C'est à nous de remonter le moral des troupes je te rappelle !

- Mmmhrr…, grognai-je pour toute réponse.

Puis, avec un effort pour paraître civilisée :

- …Je ne vois pas le moindre prétexte à être optimiste : on a perdu la Coupe, les ASPICS sont dans moins d'un mois et…

- Jill je t'en prie, arrête cette tête de cochon et viens consoler Ludo avec moi ! J'ai récupéré un paquet de Bavboules, je pense que c'est un bon début.

La naïveté de Fabian m'arracha un sourire.

- Si tu veux. J'ai besoin de me changer les idées. »

Dans les jours qui suivirent, je décidai de me laisser guider par la joie de vivre de Fab afin de ne rien laisser paraître de mes soucis. Il avait raison, continuer à me morfondre sur mon propre malheur après ce qu'il s'était passé relevait d'un égoïsme fort peu honorable. Nos joueurs reprirent peu à peu des couleurs, même si le revers qu'ils avaient subi ne s'oublierait pas de sitôt. Angie insista pour reprendre les cours dès le lundi et rapidement nous fûmes tous happés par la fuite du temps qui accélérait très inopportunément à l'approche des examens.

Quant à Black… Hé bien d'une part, son histoire avec Angie semblait avoir repris cahin-caha, depuis qu'il avait pointé sa mine penaude le dimanche soir, s'introduisant par on ne sait quel moyen dans notre dortoir, avant de s'excuser platement auprès de mon amie pour son indifférence des derniers jours. Evidemment, si cela avait été possible, c'est que je m'étais tue. J'avais décidé de ne pas ajouter à la déprime d'Angie la trahison de Black, pour le moment.

Mais lui semblait avoir conscience de l'épée de Damoclès qui menaçait sa réconciliation toute neuve avec Angela et tentait de m'intercepter dès qu'il m'apercevait entre les cours. Néanmoins, jusqu'à présent, j'avais réussi à lui échapper. Car si je n'étais pas encore certaine du bien-fondé d'une révélation sur son infidélité, j'avais la ferme intention de ne plus jamais lui adresser la parole. Malheureusement, la difficulté à concilier ces deux attitudes me sauta aux yeux le vendredi soir, veille de notre cours particulier.

Comment justifier auprès d'Angela ma décision de ne plus jamais assister à une « leçon » de Black ? En même temps, si je feignais de me rendre à la bibliothèque le samedi matin, Angie n'y verrait que du feu, d'autant que j'étais prête à parier que Sirius n'oserait pas me dénoncer... La seule faiblesse de cette solution résidait dans ma difficulté à mentir à Angie. L'équilibre précaire de notre amitié ne résisterait peut-être pas à une telle conduite. Et puis surtout, c'était tomber dans les mêmes travers que Black, c'était imiter ce que je lui reprochais !

Le dilemme m'empêcha de dormir avant une heure avancée. Mais en fermant les yeux, j'avais pris ma décision, même si elle me crevait le cœur.

oOo

« Lighthouse ! Je ne pensais sincèrement pas que tu viendrais. A vrai dire, j'étais simplement venu réviser.

Je le dévisageai avec scepticisme.

- Oui, d'accord, je caressais le mince espoir de te voir débarquer… Je dois te parler Lighthouse, reprit-il avec sérieux.

Je ricanai.

- Mais parle. Sache seulement que je suis venue avec du travail, donc je ne t'écouterai très certainement pas.

Pour confirmer mes paroles, je sortis mes affaires et préparai ma baguette pour me lancer un sortilège de Bouchons d'Oreilles.

- Attends.

Je levai lentement la tête. Il avait posé sa main sur le bout de ma baguette et me fixait avec un air implorant.

- S'il te plaît Lighthouse. Je n'en ai pas pour longtemps…

- Ecoute-moi bien Black. Ce que tu as fait est impardonnable à mes yeux. Mon problème à présent, c'est que je suis tenue par mon amitié avec Angela. Je n'arrive toujours pas à décider s'il est pire pour elle de rester avec un mec capable de se faire avoir par la première blondasse venue...

Il se raidit.

- … Ou d'apprendre la trahison du garçon dont elle est amoureuse.

J'avais légèrement élevé la voix sur ces derniers mots et je pus observer avec un certain plaisir Black jeter des coups d'œil inquiets autour de lui, mais ce coin de la bibliothèque était quasiment vide.

- Bien, je crois que nous en avons fini. Je ferais peut-être mieux d'aller m'installer ailleurs, je ne suis pas sûre de réussir à me concentrer avec ta tête en face …

Malgré son rictus dédaigneux, j'eus pour la première fois le sentiment d'avoir du pouvoir sur lui. En effet, alors que je rassemblais mes livres, il prit ma main et demanda avec gravité:

- Ne me force pas à te supplier Jillian. Je voudrais juste te parler cinq minutes, en privé. Je te demande seulement de me laisser m'expliquer…

- Parce que tu as une explication ?!

- Cinq minutes…, soupira-t-il, à court d'arguments.

Je levai un sourcil. Je n'arrivai pas à savoir si, à nouveau, il jouait avec moi, ou bien s'il était honnête. Mais à en juger par son ego surdimensionné, j'avais tendance à croire qu'il n'aurait pas été si humble s'il n'avait pas quelque chose de réellement important à me dire.

- …Bien, acquiesçai-je enfin. Cinq minutes.

Il sourit.

- Je savais que tu étais quelqu'un de bien Lighthouse.

- …Ne me fais pas regretter Black. »

Quelques instants plus tard, nous étions dans le parc, aux abords du château. Nous n'avions pas prononcé un mot en arrivant jusque-là, mais je sentais que Black brûlait de m'abreuver de justifications. Pourtant, alors que nous nous asseyions sur un banc, il garda la bouche close et le regard fuyant, apparemment guère disposé à se confier.

« Il va falloir accoucher Black, je t'ai déjà fait une faveur et je suis pas sûre de consentir à écouter ton silence pour les prochaines minutes… »

Pour dire la vérité, la gêne de Sirius m'agaçait au plus haut point. J'avais beau goûter le plaisir d'avoir l'ascendant pour une fois, je ne pouvais m'empêcher de trouver cette attitude embarrassée et gauche peu seyante au Sirius Black que je connaissais. Où étaient passés le sarcasme et l'ironie dont j'avais l'habitude ?

Enfin il se lança :

« D'abord je voulais te dire que je regrette infiniment ce qu'il s'est passé. Tu as raison, je suis impardonnable, j'ai vraiment honte de ce que j'ai fait.

Je lâchai un petit rire, mais à ce moment il leva les yeux vers moi et je pus voir qu'il était sincère. Black était vraiment en train de s'excuser. J'attendis la suite, les bras croisés.

- Je pense que pour m'expliquer, il faut que je revienne sur mon histoire avec Daisy… Tu es la deuxième personne – et j'espère la dernière – à qui je vais raconter cela.

La gravité de cette confession lui allait si mal ! Je poussai un sifflement moqueur, qu'il ignora.

- Comme tu le sais sans doute, avec Daisy tout allait très bien avant que l'on ne rompe. J'étais heureux, avec une fille magnifique, tout était parfait. J'étais même prêt à renoncer à un Noël chez les Potter pour le passer avec elle, c'est dire !

Il esquissa un sourire, mais je restai de marbre.

- Mais il y a eu cette discussion… Un jour, Daisy m'a dit qu'elle m'aimait. Jusque-là tout va bien, je ne suis pas le genre de mec à paniquer et tout plaquer pour ce genre de broutille…

J'étouffai un bâillement. Il roula des yeux et poursuivit son récit :

- Sauf qu'elle m'a aussi fait part de ses inquiétudes pour l'avenir, quand je serais sorti de Poudlard et que nous serions séparés. Ce n'était pas la première qu'une de mes copines parlait du futur, mais je n'avais jamais pris ça au sérieux. Mais elle y est revenue, en insistant pour que je m'y intéresse, et c'est vite devenu un sujet de disputes. Pourtant j'étais amoureux. Je veux dire, je tenais vraiment à Daisy, mais je ne la considérais pas comme la femme de ma vie. Et la perspective de notre histoire à long terme m'a fait flipper. Vraiment. J'étais pétrifié. Donc au bout d'un moment, j'ai…

- Largué les amarres, complétai-je.

- On peut voir ça comme ça, fit-il avec un sourire. Je ne l'ai pas fait de gaîté de cœur, mais je n'avais pas le choix : elle n'attendait pas la même chose que moi.

- Et c'est pour ça que tu as défiguré ce pauvre Aubrey.

- Bien sûr. J'étais malade de jalousie. La fille qui parlait d'arrêter l'école pour me suivre dans mes études un mois auparavant…

J'ouvris de grands yeux.

- Oui oui, ça explique en partie ma fuite… précipitée… Eh bien cette fille se maque avec un abruti au bout de trois semaines alors que la rupture avait été particulièrement douloureuse…

Je fis la moue et rectifiai :

- Oui, enfin t'es gentil, avoue quand même que ce qui t'a le plus contrarié, c'est qu'elle se remette en couple avant toi.

Vexé, il plissa les yeux avec un air mauvais.

- …Bref. Voilà pourquoi Daisy n'est pas vraiment « la première blondasse venue ».

- Mmh. Ça atténue très – et j'insistai sur le très – légèrement la gravité de ton acte mais ça ne justifie rien, lançai-je pour lui faire comprendre que cela ne suffirait pas.

- Je ne cherche pas à me justifier. J'aimerais juste te convaincre que je suis fou d'Angela et qu'elle pourra compter sur moi. C'était un accident.

Je ricanai. Je sentais l'agitation qui m'avait habitée pendant la semaine me gagner à nouveau, chauffer mes joues. Je lui jetai :

- Et comment vas-tu prouver un truc pareil ? Si c'était un accident, tu n'aurais même pas dû te trouver sur les lieux Black : les douches des filles je te rappelle.

Je me levai, soudain furieuse, d'ailleurs plus contre moi-même que contre lui : qu'est-ce qui m'avait pris de lui accorder une chance de s'expliquer ?

- D'ailleurs plus j'y repense et plus je me demande ce que je fais là.

- Lighthouse…

- Non !, m'écriai-je. Bordel Black est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ?! Aller attendre ton ex à la sortie des douches alors que ta copine vient de perdre le match !

Il tenta d'intervenir mais je ne lui en laissai pas le temps. Toute la colère que j'avais accumulée depuis le match bouillait comme une potion ratée. Je me sentais comme un chaudron sur le point d'exploser.

- Mais ce n'est pas le pire… Le pire c'est ce qu'il s'est passé après. Black, est-ce que tu t'es vu, liquéfié face à cette fille qui te dominait complètement ?

Je fermai les yeux le temps d'un souffle. Les mots se bousculaient sur mes lèvres. Ils sortirent tous à la fois, sans logique, sans retenue.

- Ce n'était pas beau à voir si tu veux mon avis… Tu t'es laissé faire, comme un vulgaire pantin guidé par une seule chose, et pourtant dieu sait que je ne te tenais pas en haute estime, je savais, je savais que tu collectionnais les filles mais je ne pensais pas…comment veux-tu que je laisse Angie avec un garçon qu'elle croit connaître mais qui en réalité ne vaut pas mieux que… »

Je crachai par terre, dégoûtée.

Un moment passa. Je tentai de calmer le battement saccadé de mes tempes, mais mes mains tremblaient encore quand je relevai la tête pour observer Black.

Il me dardait d'un regard indéchiffrable, mais assurément dégagé de toute bienveillance. Je ne sais pas si c'était de la haine que je contemplais dans les yeux gris de Sirius Black mais si je n'avais pas été aussi furieuse, je n'aurais pas été rassurée. Sauf que j'avais de bonnes raisons d'être en colère. Aussi le provoquai-je, négligeant d'être prudente :

« Quoi ? Tu n'aimes pas qu'on malmène ta petite fierté Black ? Qu'on te ramène à la dure réalité de tes faiblesses ? Je sais combien tu aimes qu'on t'admire, qu'on te jalouse, qu'on te le fasse croire, mais tu n'es pas la perfection. Tu en étais même très loin ce soir-là, crois-moi.

- J'en ai conscience, murmura-t-il d'un ton glacial.

- Bien, fis-je simplement, prête à tourner les talons.

- J'ai aussi conscience que tu es la dernière personne qui accepterait des excuses de ma part Lighthouse, reprit-il avant que je m'en aille. Je veux juste te faire comprendre combien je tiens à Angela.

Je soupirai.

- Black, je pensais que tu avais compris. N'essaie pas t'aggraver…

- Je n'essaie rien du tout, coupa-t-il. Je te dis simplement qu'Angie représente beaucoup plus à mes yeux que n'importe quelle autre fille avec qui j'ai pu être. Elle n'a rien à voir avec Daisy…

- Alors je n'ose pas imaginer comment tu traitais tes autres copines, rétorquai-je aussitôt.

Il serra les lèvres, manifestement découragé.

- Pourquoi ça s'est produit, je ne me l'explique pas moi-même. Je… J'étais exaspéré par la froideur d'Angela, parce que je ne comprenais pas quel était son problème. J'étais déboussolé. Je pense que j'ai voulu… Retourner en arrière… Voir ce qu'il se serait passé si j'avais choisi une autre route… J'ai fait une connerie, clairement.

Je haussai les sourcils.

- Une énorme connerie, si tu veux. Mais je m'en suis rendu compte, j'ai besoin que tu comprennes ça Lighthouse. J'ai pris conscience de la chance que j'ai avec Angie. C'est abominablement cliché mais elle est… - il sourit - Comme un rayon de soleil. J'ai besoin d'elle.

Il se tut. Je soupirai intérieurement. Un long soupir dépité. Ce con avait réussi à remettre en question les certitudes que je m'étais forgées durant la semaine. Et je savais de moins en moins quoi faire désormais.

- Tu peux aller lui parler. Tout lui raconter. Je te promets que je ne me défendrai pas. J'accepterai sa décision. Mais je pense que tu peux me laisser, nous laisser, une seconde chance. »

Il avait parlé avec une infinie douceur, mais je lui renvoyai un regard plein de haine. Merlin que je détestais ce genre de discours à l'eau de rose, manipulateur de surcroît ! Pourtant, s'il jouait sur les effets de style, s'il était détestable au possible, s'il ne méritait certainement pas de seconde chance, je savais que Black était sincère. L'imbécile avait fini par tomber amoureux, lui aussi. J'allais devoir me résigner. Pff.

« Bon. J'envisage l'idée de ne rien dire à Angie. Pour le moment. Mais à la moindre incartade… »

Je fronçai les sourcils, laissant un silence explicite.

J'avais parlé d'une voix morne mais lui souriait aux anges. Il me salua d'un hochement de tête et repartit d'un pas si guilleret que j'aurais juré l'avoir vu sautiller.

Je lui fus gré de garder ses sarcasmes pour lui, pour une fois, même si j'étais sûre qu'il se retenait à grand peine de me remercier d'un « Je reprends espoir Lighthouse. Quelque chose bouge à l'intérieur de ce cœur de pierre ».

Dès qu'il fut hors de vue, je me laissai tomber dans l'herbe.

« Tu m'emmerdes Black », murmurai-je, envahie soudain d'un épuisement absurde. Par je ne savais quel moyen, ce garçon parvenait toujours à ses fins, même avec moi, et Merlin savait que j'étais loin d'être sa plus grande fan.

oOoOo

« Prête ?

J'émis un grognement douloureux.

- Lighthouse ! Allez, on va être en retard !

Je geignis :

- Non ! Je vais finir avec la désartibulation la plus spectaculaire de l'histoire du transplanage…

Angie soupira et s'approcha de moi.

- Jill, tu es ridicule. Tu t'es bien entraînée et tu as parfaitement réussi la dernière séance ! Pourquoi ça devrait mal se passer aujourd'hui ?

- Parce que c'est le destin. Je ne sais pas réussir un sortilège d'Apparition, comment je pourrais me faire apparaître moi-même ?!

- Ludo tu veux bien m'aider là ? Elle n'écoute rien !

- Lighthouse, tout est dans la tête. Si tu décides d'échouer, il est probable qu'on retrouve ta tête détachée du reste du corps…

- Hinhinhin, fis-je avec un regard noir.

- …Mais si tu arrêtes de faire l'Augurey et que tu te mets enfin à croire en toi, ça se passera très bien !

- Tu sais Jill, quand on l'a passé, Emma était aussi angoissée que toi, et elle l'a eu avec les félicitations du jury, intervint Fabian.

- Comme si ça pouvait me rassurer, rétorquai-je âprement. Emma n'est pas humaine.

- Allez ça suffit maintenant, c'est l'heure. Je t'emmène, de gré ou de force, et on verra sur place, d'accord ? »

Avec un grand soupir résigné, je me levai pour suivre Angie. Dernière moi les garçons ricanaient. Nous nous apprêtions à passer notre examen de transplanage, dont la dernière session proposée par Poudlard se déroulait à quatorze heure à Pré-Au-Lard. Inutile de préciser que maintenant que le grand jour était arrivé, je n'avais soudainement plus la moindre envie de passer mon permis.

Je me préparais depuis le début de l'année avec Angela, sans trop difficultés. A la dernière séance, le moniteur m'avait confirmé que j'étais prête, bien entraînée. Sauf qu'entre temps, un abruti fini nommé Sirius Black s'était fait un plaisir de m'expliquer que le transplanage était un sort qui relevait en fait de la Métamorphose avancée.

Oh, je sais bien que c'est parfaitement ridicule.

Mais dès lors, j'avais été bloquée. La dernière fois que je m'étais entraînée à Pré-Au-Lard, je n'avais pas été capable de faire plus de dix mètres sans me retrouver sur le toit de Mme Pieddodu ou bien perdre un ongle (et oui, cela avait été particulièrement douloureux…).

J'étais désespérée. Je me trouvais incapable de recouvrer les sensations et la concentration qui m'avaient permis de transplaner auparavant.

J'avais même pensé à porter des gants pour que l'examinateur ne s'aperçoive pas d'une potentielle désartibulation de la précieuse extrémité de mes doigts. Malheureusement, Emma avait reçu ma suggestion avec un regard désolé. « Non seulement il va s'interroger sur tes motivations à mettre des gants en plein mois de juin, mais il y a aussi l'éventualité que ce soit tes sourcils et non tes ongles qui restent au point de départ… ».

C'est donc sans ressources que je me retrouvai avec Angie devant le bureau de poste de Pré-Au-Lard, point de rendez-vous pour le début de l'examen. Nous étions cinq ; sans doute les derniers septièmes années à n'avoir pas encore passé notre permis, et donc vraisemblablement, les moins doués.

« Allez Jillie, tu peux le faire ! Tope là !

L'air combatif, poing levé, sourcils froncés, Angela me tendait la main avec insistance. Je lui tournai délibérément le dos en croisant les bras.

- S'il te plaît, Lighthouse, je vais avoir une crampe.

J'obtempérai, tout en secouant la tête.

- Je regrette Angie, je suis dans l'incapacité pure et simple d'effectuer cet examen.

- Qu'entends-je ? Miss Lighthouse, c'est bien ça ? Oui, je me souviens de vous, je vous avais pris pour un garçon au premier stage. »

J'eus un rire faux à l'évocation de ce souvenir… cocasse. Le gaillard m'avait choisie comme cobaye et m'avait appelée « monsieur » durant toute la séance, sans comprendre les raisons du fou rire qui avait secoué Ludo et Fabian tout du long.

Me retournant, je fis donc face à notre examinateur et moniteur, M. Imtiaz Uccello. La quarantaine, le cheveu noir et abondant, il portait constamment des robes extraordinaires, colorées et brodées. Hyperactif, il pouvait en devenir assez agaçant, mais il était doté d'une patience à toute épreuve et nous avait tous accompagnés avec beaucoup de persévérance.

Enfin, sur le moment, il m'observait surtout avec sévérité.

« Eh bien ? Qu'est-ce que c'est que ce défaitisme ? Il me semble pourtant vous avoir averti que le transplanage était avant tout une affaire de détermination !

Je baissai la tête, contrite. Mais intérieurement, je bouillai. Je n'avais plus aucun moyen de m'enfuir ! J'allais devoir m'humilier devant tout le monde, et peut-être risquer ma vie... Tout ça à cause d'un satané Gryffondor qui se targuait de m'apprendre la Métamorphose !

- Bon, puisque vous êtes si pressée, Miss Lighthouse, je vais vous tester en premier ! Attendez que je retrouve ma paperasse…

- Black je te maudis pour les générations à venir, et encore celles d'après, grommelai-je furieusement.

- Pardon ?

Uccello s'était détourné de son sac avec un air interrogateur.

- Non, rien. Allons-y, réussi-je à articuler avec un sourire figé, certainement plus proche de la figure d'un gobelin constipé.

- Bien. Tenez, vérifiez que toutes les informations sont justes. Et vous me ferez une petite signature, ici, dit-il en me tendant un parchemin frappé du sceau du ministère de la Magie.

- …Pendant que Miss Lighthouse remplit les papiers, je vous rappelle le déroulement de l'épreuve. C'est très simple si vous suivez simplement les consignes que je vous ai données. Pour commencer, nous transplanerons sur une distance courte, ensemble, afin d'examiner les conditions du transplanage. Ensuite, je vous emmènerai un peu plus loin et nous nous donnerons rendez-vous ici-même afin que je puisse vérifier votre précision et intégrité physique. Des questions ?

Personne ne se manifesta. Après que je lui eus rendu son papier, Uccello me posa une main sur l'épaule et demanda :

- Prête ?

Sans attendre de réponse – j'aurais été bien incapable de lui en donner – il m'annonça notre destination.

- Vous savez où se trouve la gare ? Derrière le parc de Poudlard. Vous visualisez les lieux ?

Je hochai la tête, un nœud dans le ventre.

- Parfait ! Allons-y ! Et rappelez-vous : Destination, Détermination, Décision. Je sais que vous en êtes capable Miss Lighthouse. »

J'étais tétanisée. Je n'aurais pas pu transplaner d'un mètre. Mais lorsqu'Uccello me prit par le bras, je fus comme électrifiée. Il n'y avait pas d'explication, sinon que tous les verrous psychologiques que je m'étais posés avaient disparu. Je me retrouvai soudain en possession de toutes les facultés que j'avais acquises au fil des séances. J'étais en conditions.

« C'est un scandale Jill. Franchement, je rêve. Madame pleurniche pendant tout le déjeuner parce qu'elle est trop anxieuse pour passer son permis de transplanage et là… Les félicitations du jury, rien que ça ! »

Angie me lorgnait avec un mélange de sidération et d'amusement. Je me contentai de sourire, ne pouvant croire mon bonheur. J'avais réussi à dépasser mon blocage, j'avais eu mon permis de transplanage ! En fait, au-delà de mon succès auprès d'Uccello, j'éprouvais un agréable sentiment de soulagement. Si je pouvais transplaner, c'était de bonne augure pour mon examen de Métamorphose, qui m'inquiétait de plus en plus. J'avais progressé durant ces derniers mois, et même si cela m'arrachait la langue de le dire, ce n'était peut-être pas uniquement de mon propre fait.

oOoOo

Etrangement, dans les jours suivants, je vis mes rapports avec Black subir quelques transformations. Bien qu'ils eussent été embarrassés durant quelques jours après notre petite discussion, il apparut peu à peu que cet épisode avait modifié notre relation.

Puisque je lui connaissais des faiblesses (du moins une faiblesse, et pas la moindre), il ne pouvait plus se conduire n'importe comment avec moi, ce qui le rendait nettement moins exaspérant. Et puis de mon côté, j'avais quasiment abandonné toute méfiance concernant son histoire avec Angie en réalisant qu'il était réellement amoureux.

Néanmoins, fidèle à ma détermination – les mauvaises langues diront à mon entêtement – je n'avais pas abaissé toutes mes barrières. Certes, mes relations avec Sirius Black s'étaient teintées d'un peu plus de connivence, mais je n'étais assurément pas amie avec lui, foi de Lighthouse !

Peut-être ces changements avaient-ils aussi été permis par l'ambiance de plus en plus studieuse qui régnait chez les septièmes années de chaque maison sans exception.

Les ASPICS ne s'approchaient plus, ils étaient quasiment là, et leur omniprésence dans nos cerveaux rongés par le stress se substituait parfois aux rancunes les plus tenaces. Ainsi je pus apercevoir, chose inouïe, un Gryffondor et un Serpentard travailler conjointement dans un coin de la bibliothèque, ou même James Potter demander un parchemin à Severus Rogue sans le moindre commentaire désobligeant, et voir sa requête exaucée.

Evidemment, tout n'était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'appréhension nous rendait aussi plus irritables, phénomène notamment observable dans la Salle Commune après le dîner : cet horaire qui pendant des lustres avait été le lieu des devoirs finis à l'arrachée et des discussions devant la cheminée était désormais pris d'assaut par la peur de l'examen, si bien que le moindre éternuement était puni d'un opprobre silencieux, celui des regards noirs.

Avec Angie, Ludo et Fabian, nous communiquions désormais par parchemin interposé. Cela n'évitait pas les éclats de rire impromptus, crime de lèse-majesté dont la conséquence immédiate était l'exclusion de la Salle Commune par Colbie Lucas, charmante préfète des cinquièmes années, elle-même en pleines révisions des BUSES.

« Rha mais quelle chieuse ! Et vous aussi, vous pourriez penser à un autre endroit pour parler Quidditch… »

Pour la troisième fois en deux jours, je me retrouvais dans le dortoir des garçons avec mes comparses, pour la simple raison que Ludo et Angie avaient commencé une de leurs disputes habituelles sur le talent de leurs équipes préférées, oubliant bien vite l'usage du parchemin pour en venir quasiment aux mains.

A présent, assis sur le lit de Ludo – et par la même occasion sous une affiche des Frelons – ils nous fixaient tous les deux d'un air désolé.

« Pardon Jill, marmonnèrent-ils avec une synchronisation parfaite.

Fabian pouffa.

- Eh ça va, je suis pas votre mère non plus. C'est juste cette pimbêche, elle me donne de l'urticaire. Enfin…

- Je suppose que c'est mort pour ce soir du coup, déclara Fab en désignant de la main nos affaires de cours entassées sur son lit.

- Je ne sais pas…, réussit à prononcer Ludo après un bâillement à s'en décrocher la mâchoire, si nous étions des élèves sérieux…

- Oui mais non, coupa Angie. Elle s'allongea sur le ventre et posa le menton sur ses mains. J'ai juste envie que tout ça soit fini… Je suis sûre qu'au bout d'un moment, t'as beau relire le cours, ton cerveau n'intègre plus rien, et au final c'est plus une perte de temps qu'autre chose.

- Belle théorie, développée par des centaines de glandeurs avant nous, railla Fabian.

- Oh d'ailleurs je voulais vous parler, reprit Angie en l'ignorant délibérément. Il y a un petit changement de programme pour cet été… En fait, le collègue de mon père qui devait nous prêter sa maison a démissionné pour une sombre affaire de mœurs avec la femme de ménage du Chaudron Baveur…

Angie laissa planer un silence évocateur tandis que Ludo et Fabian grimaçaient de dégoût.

- …Et donc c'est un peu mort pour les vacances en Espagne. Mais ne vous inquiétez pas, super-Angie est là, et on va simplement se rabattre sur Brighton, c'est un peu plus humide mais tout aussi sympa. En revanche je suis désolée, on ne pourra pas aller acclamer nos joueurs contre l'Espagne …

- C'est terrible Angie, tu ne te rends pas compte ! J'avais tellement hâte !, m'exclamai-je d'un ton désespéré. Mais non ma vieille, si tu savais… Tes beaux yeux me suffisent largement.

Je lui ébouriffai les cheveux dans un éclat de rire.

- Angie, rappelle-moi, tes parents possèdent combien de maisons en tout ? demanda Fabian avec un sourire mielleux.

- C'est vrai que tu es un très bon parti… Je n'aurais pas dû laisser Black te mettre le grappin dessus.

- Ludovic Verpey, excuse-moi, mais je pense que tu n'es pas le plus à plaindre… »

Angie riait, partagée entre l'embarras et la gaieté. Son père faisait partie du comité de direction d'une entreprise de confiserie florissante, notamment à l'origine des Chocogrenouilles, ce qui lui valait un train de vie plus que confortable depuis son enfance. Angie n'avait jamais cherché à s'en vanter mais parfois, des aspects de son mode de vie ou des traits de son caractère dévoilaient ses origines favorisées. Toujours est-il qu'elle mettait ses privilèges à profit pour m'inviter chaque été à passer un mois chez elle. J'avais ainsi pu découvrir avec elle des lieux incroyables, et même sortir un peu de mon Angleterre natale. Cette année, elle avait décidé d'élargir l'invitation à Emma, Ludo et Fabian afin de célébrer la fin de notre scolarité à Poudlard.

« Je crois que nous irons par voie de cheminée, c'est sûrement le meilleur moyen d'être sûr de se retrouver tous au même endroit. Il faut que je prévienne Emma et…

Angie se tut soudainement. Je relevai la tête. Le visage baissé, elle entortillait consciencieusement une mèche blonde autour d'un de ses doigts. Les yeux de Ludo se mirent à pétiller.

- Je vais vous demander franchement, mais si la réponse est négative je ne vous en voudrai pas, amorça-t-elle avec timidité. …Est-ce que cela vous dérangerait si… j'invitais Sirius ?

- Bien sûr que non !

- Oui !

Nos trois réponses avaient fusé d'un coup, Ludo et Fab unanimes et moi impulsive – et désormais affreusement gênée.

Heureusement, Angie souriait.

- Je m'y attendais un peu. Jill, si ça pose le moindre problème ce n'est pas grave, t'inquiète.

- Je peux juste te demander pourquoi ?, intervint Fabian.

- Ben… Je pensais qu'on se retrouverait tous les cinq… En tant qu'amis. Je veux dire… Nous on se connaît depuis sept ans, et Emma fait partie de la bande maintenant… Pour moi c'était une occasion d'être ensemble avant de prendre des chemins différents…

- Attends Lighthouse, peut-être que Sirius ne fait pas partie de notre groupe d'amis proches mais c'est un pote, assurément, répliqua Ludo.

- Oui mais… C'est pas pareil… Et puis Sirius n'est pas un « pote » pour moi, désolée, ajoutai-je avec une moue explicite.

- En quoi c'est pas pareil ? En quoi on s'amuserait moins ? Et puis Fabian et Emma sont ensemble, comme Sirius et Angie.

- Ca n'a rien à voir ! On partage moins avec Sirius, c'est tout.

- Je comprends ce que tu veux dire, déclara Angie. Et puis je pense que Sirius passe ses vacances avec James donc il n'aurait peut-être pas été libre de toute façon. »

Passant outre l'air outragé des garçons, je lui adressai un sourire reconnaissant. Je savais que cette décision lui coûtait un peu, mais elle avait fait cela pour moi et ça me touchait particulièrement. J'étais sûre à présent que nous ne retrouverions jamais la complicité qui nous avait unies pendant longtemps, parce que nous grandissions, voilà tout. Mais nous étions indéniablement amies, et l'entretien de cette amitié exigeait de faire des compromis : aujourd'hui Angie me remerciait des efforts que j'avais fait pour accepter Sirius.

oOoOo

« Lighthouse, c'est à vous.

La porte venait de s'ouvrir sur un garçon de Serdaigle visiblement déprimé.

- Gardez le sourire Jenkins. Les réserves du professeur Slughorn sur votre niveau ne vous empêcheront pas d'avoir un Optimal dans toutes les autres matières. Et je ne pense pas que vos parents vous renient si vous leur ramenez un Effort Exceptionnel.

Ledit Jenkins salua McGonagall d'un hochement de tête morose avant de s'éloigner à pas lents.

- Eh bien Lighthouse, vous comptez attendre que la neige tombe ?

Je m'excusai précipitamment et entrai dans le bureau que je redoutais le plus au monde.

- Asseyez-vous. …Bien, Lighthouse… Vous présentez l'Académie de Sciences Magiques de Londres c'est bien cela ? Section Médicomagie…

J'acquiesçai avec appréhension.

- Bon, comme vous le savez sans doute, Poudlard a la chance d'avoir des relations privilégiées avec tous les établissements du supérieur qui sont susceptibles d'accueillir nos élèves. C'est pour cette raison que nous savons avant même l'examen final si vos vœux seront satisfaits, sous réserve évidemment de bons résultats aux ASPICS.

Le ventre noué, j'attendis le verdict.

- Malgré des notes moyennes, l'avis de vos professeurs en Sortilèges et en Arithmancie sont favorables. D'autre part, vous avez d'excellentes recommandations des professeurs Chourave et Slughorn. Quant à moi… Au vu de vos récents progrès en Métamorphose, sachez que j'ai eu plaisir à signer votre dossier… Si vous poursuivez sur cette lancée aux épreuves finales vous serez acceptée, sans le moindre doute. »

McGonagall me faisait trop peur pour que j'ose lui sauter au cou, mais j'espérais que le regard que je lui adressai était suffisamment explicite. Je sentis soudain mes épaules délivrées d'un poids immense. J'allais entrer à l'Académie ! Réaliser mon rêve, devenir médecin ! Bien sûr, il me faudrait réussir mes ASPICS, mais j'avais repris confiance en moi, et c'était l'essentiel.

McGonagall me dévisageait avec quelque chose qui ressemblait à de la sympathie.

« Je suis fière de vous Lighthouse. Vous avez réellement progressé ces derniers mois. Je suis heureuse que vous vous soyez enfin donné les moyens de vos ambitions. Bien, vous pouvez y aller.

- Merci Professeur, murmurai-je en me levant.

- Attention Lighthouse, c'est la dernière ligne droite ! Ne vous reposez pas sur vos lauriers ! …Kairn, c'est à vous ! »

oOo

Vendredi soir. Il nous restait quarante huit heures avant de passer à l'échafaud.

« J'ai peur Jill…

- Je ne peux rien te dire pour t'apaiser, ça serait hypocrite: moi j'ai l'impression d'avoir avalé de la purée d'aconit…

- Tu as déjà goûté de l'aconit ?

- Non, mais j'imagine que ça me donnerait ce genre de sensations, avant que je m'étouffe et meurs. D'ailleurs je me demande ce qui vaut mieux entre ça et passer les ASPICS...

- J'ai des papillons dans l'estomac, des sueurs froides, le cœur qui bat à cent à l'heure depuis hier… Ça ne peut pas être bon hein ?

- Sérieusement Angie, je pense que tout va bien se passer. Poudlard est la meilleure école de sorcellerie du pays, il n'y a pas de raison qu'on échoue…

- Mmh…

- Et puis il nous reste un week-end ! ... Que l'on ne va certainement pas passer à relire tous nos cours depuis la Première année, comme paraît en avoir envie Emma... Je te promets qu'on va bien s'amuser Coyle ! J'ai vraiment besoin de me vider l'esprit avant lundi.

- On commence par quoi d'ailleurs ?

- Métamorphose, épreuve écrite.

- Oh. Ça va aller pour toi ?

- Ben McGonagall avait l'air assez confiante, donc je suis plutôt optimiste.

- ...Je ne voudrais pas savourer ma victoire avec trop d'insolence, mais…

- Oui c'est bon, je reconnais officiellement que je n'en serais sans doute pas là sans Black.

- Jillian ! Mais, mais… J'ai bien entendu ?

- Oh ça va hein ! Je ne répéterai jamais un truc pareil, tu es la seule à l'avoir entendu et j'aimerais que tu restes la seule à le savoir.

- Promis. Sans ironie aucune Jill, je suis vraiment contente que ça ait fini par fonctionner entre Sirius et toi…

- Il n'est pas si terrible. Enfin, globalement.

- Quelle tête de mule ! Allez, dors bien.

- Angie ?

- Oui ?

- Je n'arrive pas à croire que je suis sur le point de faire une chose pareille, mais ce que m'a dit McGonagall tout à l'heure a dû me rendre complètement folle… Je vais sans doute regretter cela jusqu'à la fin de mes jours…

- Quoi ?

- ...Tu aimerais toujours inviter Sirius cet été ?

- Je… Euh, oui, oui bien sûr !

- Voilà, je me disais… Il pourrait venir les quinze derniers jours, comme ça on passerait aussi du temps tous les cinq… Enfin, si tu veux évidemment !

- Jill tu es vraiment sûre que tu n'as pas avalé de l'aconit ?

- Je suis parfaitement sérieuse Angie.

- ... T'es géniale Jill. Merci. T'es vraiment la meilleure. »

Pourquoi ?

Pourquoi avais-je proposé une chose pareille ?

Pour le simple plaisir de goûter la joie d'Angela ? Par un soudain accès de nostalgie, une crainte de perdre ma meilleure amie, une ultime tentative de retrouver des liens privilégiés ?

Il y avait de ça je pense… Mais ma petite discussion avec McGonagall m'avait vraiment secouée. J'avais toujours cru qu'elle me haïssait d'être un échec ambulant dans sa matière. Pourtant elle avait réellement paru me reconsidérer, et cela m'avait emplie d'un véritable sentiment de fierté. Et plus j'y repensais, plus je me devais d'admettre le rôle de Black dans mes progrès. Même si j'avais surtout travaillé pour lui rabattre le caquet, il n'empêche que je n'en serais pas arrivée là sans lui. Et je devais aussi cela à Angela.