Salut les gens ! J'espère que vous allez bien :)

Un gros merci pour vos reviews, follows, favoris et aussi pour votre fidélité.

Voilà un chapitre au ton plus grave, et dont l'ambiance contraste un peu par rapport au chapitre précédent.

Rien ne m'appartient. L'univers et les personnages de Harry Potter sont entièrement à JK Rowling ^^

Bonne lecture !


Chapitre neuf

OoOoOoO

Harry avait retourné le problème dans tous les sens. Le seul moyen qu'il avait de comprendre le comportement insaisissable du pianiste était d'aller enquêter au Foyer Social. A l'endroit même où Jedusor avait passé son enfance.

Ces derniers jours, il avait beaucoup hésité sur ce qu'il devait faire ou ne pas faire. Il trouvait honteux de se plonger ainsi dans la vie intime du pianiste, un homme pour lequel il avait de l'attirance et de l'admiration, malgré son tempérament obscur et tordu.

En plus il savait qu'il n'aurait jamais dû lire cette feuille de journal dans la remise. Il savait qu'il n'aurait jamais dû la récupérer et la mettre dans une poche de son jean. C'était quelque chose de privé et qui n'aurait jamais dû tomber entre ses mains. Mais il était journaliste, c'était son job de fouiller dans la merde des autres, et puis l'attitude de Jedusor la veille l'avait troublé.

Qu'avait donc eu Jedusor en tête en voulant voir Ron de ses propres yeux ? En quoi l'amitié entre Harry et le rouquin le gênait autant ? Harry poussa un grognement frustré. Si seulement il pouvait lire dans sa tête, il saurait si ces motivations sont tout ce qu'il y a de plus innocent ou non.

Il n'avait pas tellement eu le temps d'interroger Tom. Celui-ci était venu le saluer, puis était reparti aussi silencieusement qu'il était venu, un sourire en coin au creux des lèvres, laissant dans son sillage bon nombre de points d'interrogations.

Un instant, il s'était demandé s'il n'avait pas laissé le loup entrer dans la bergerie, avant de secouer la tête et de se ressaisir. Cette idée lui avait paru tiré tout droit d'un roman policier.

J'ai toujours eu beaucoup d'imagination, se dit Harry, allongé sur son lit, quand j'étais à Poudlard, je croyais que Rogue était un vampire. Maintenant, je compare presque un pianiste célèbre à un sérial killer. Il faut vraiment que j'arrête de lire les faits divers, ça m'influence et dans le mauvais sens.

Il farfouilla dans la poche de son jean et en sortit la feuille chiffonnée du journal. Depuis qu'il l'avait trouvée, elle était restée dans sa poche et semblait encore plus mal en point qu'auparavant. L'encre était tout juste déchiffrable et une odeur de moisissure flottait dans l'air.

Le Foyer n'était pas très loin, situé au carrefour d'un arrondissement de Londres. Plus précisément dans un quartier pauvre, délaissé, où les habitants se débrouillaient comme ils pouvaient, avec les moyens du bord. Il y avait beaucoup de zones de non-droit dans cette ville. Sirius se battait pour ça, il faisait de son mieux pour réduire cette gangrène qui se propageait d'un quartier à un autre, mais la lutte était souvent inégale, ou bien inefficace. Son équipe et lui ne recevaient aucune aide de l'État, les autorités préféraient fermer les yeux. Jouer la politique de l'autruche c'est encore dans ce domaine qu'ils étaient le mieux.

Mais comme disait son père adoptif: tôt ou tard ça leur pétera à la gueule, et les hautes instances ne pourront plus faire la sourde oreille.

Harry jeta un œil sur sa montre, il était près de dix heures. Avec sa moto, et si la circulation le lui permettait, il pourrait arriver au Foyer en à peine un quart d'heure, alors autant aller y faire un tour. Il ne savait pas vraiment ce qu'il voulait y trouver, et il savait encore moins si ses recherches porteraient leurs fruits. Depuis que cet article avait été rédigé, de l'eau avait coulé sous les ponts. Il était donc possible que personne ne se souvienne d'un petit garçon nommé Tom Jedusor, tout comme il était probable qu'il n'obtienne aucun renseignements. Car Harry n'était ni flic, ni détective, seulement un journaliste en herbe qui obéissait à son flair. Il allait donc lui falloir jouer la carte de l'audace s'il espérait dénicher une quelconque information sur le pianiste.

En fin de compte, ce n'est pas si mal de grandir avec un père qui est flic, se dit Harry en roulant sur son lit en en enfilant sa veste en cuir, puisqu'il a déteint sur moi et que j'ai hérité de son talent pour mettre mon nez dans les affaires des autres.

Il vérifia que les clés de sa Honda étaient bien dans sa poche, puis sortit de son appartement, non sans avoir lancer un avertissement à Artémis.

« Si tu veux te faire les griffes, alors évite au moins d'abîmer le lit ou le canapé. Je n'ai pas envie d'en racheter à chaque fois que tu fais ta mauvaise tête. »

Un miaulement moqueur lui répondit derrière la porte. En somme, on aurait pu le traduire par « Cause toujours... »

OoOoOoOo

Harry ne s'était pas trompé.

Le quartier dans lequel il roulait était d'une tristesse à mourir. Des maisons en brique rouges étaient alignées les unes à côtés des autres, dans des lignes parallèles et perpendiculaires, comme des briques de lego. Au dessus des toits, le ciel plombé de gris conférait à l'ensemble une atmosphère des plus sinistre. Les rues se ressemblaient tant qu'il dut vérifier plusieurs fois son itinéraire sur son GPS.

Il n'y avait pas âme qui vive, la seule personne qu'il croisa fut une femme âgée d'une quarantaine d'année. Elle marchait d'un pas pressé, le bruit de ses talons se répercutant en écho dans les ruelles silencieuses. Engoncé dans son casque de moto, Harry la suivit du regard. Il avait l'impression d'avoir vu son visage quelque part, mais sa mémoire lui faisait défaut. Les traits de la femme se dissipèrent dans les profondeurs son esprit comme son regard tombait sur un haut bâtiment. De couleur blanc cassé et doté d'une petite cour extérieur il aurait pu paraître austère s'il n'y avait pas eu ces peintures d'enfants accrochés aux vitres, à l'intérieur de l'établissement. Elles formaient une fresque gaie et touchante qui lui serra le cœur. Si Sirius n'avait pas été là, il aurait peut-être pu faire parti de ces orphelins qui égayaient leur vie à leur manière. Avec des crayons de couleurs, des taches de peinture et des feuilles de papier vierges.

S'il avait grandi dans cet orphelinat, il aurait été même possible qu'il ait pu faire la connaissance de Jedusor, étant donné qu'il n'y avait que trois ans de différence entre eux. Ils auraient pu devenir amis, ou ennemis, ou bien tout bonnement s'ignorer. Leurs caractères étaient tellement dissemblables. Harry était bien conscient qu'une vie tout autre l'aurait attendu et se retrouvait là lui remuait l'estomac. Quelle vie aurait-il eu en passant sa jeunesse dans ce foyer ? Aurait-il été heureux ? Une famille l'aurait-elle adopté ? Tant de questions qu'il valait mieux mettre entre parenthèses pour le moment. Il avait une enquête à mener.

Garant sa moto le long d'un trottoir, il sortit la page de journal de sa poche. Si on le comparait à celui qu'il avait été, le Foyer n'avait pas tellement changé. Mis à part que sa peinture avait été refaite et que des balançoires avaient été ajoutées dans la cour extérieure. Il s'attarda un instant sur la photo du bâtiment avant que ses yeux ne dérivent sur la photo représentant Tom enfant.

Son cœur rata un battement.

La jeune femme derrière Tom, c'est celle que j'ai croisée tout à l'heure !

Lâchant une flopée de jurons dignes de son père adoptif, Harry fit volte-face et se mit à courir.

C'était elle, il l'avait aperçue brièvement, mais il se serait mis la main à coupée que c'était la femme sur la photo. Il fallait qu'il la retrouve, qu'il lui parle, c'était une chance inespérée ! Malgré le poids de son casque sous son bras, Harry accéléra l'allure. Au loin, il pouvait l'entendre le bruit des talons qui s'éloignaient. Il n'y avait personne d'autre dans la rue, c'est sûrement cette femme !

Là, je la vois ! clama la voix intérieure de Harry alors qu'à quelques mètres de lui le pan d'une jupe rouge disparaissait au coin d'une ruelle.

Il augmenta sa vitesse, se maudissant d'avoir mangé du Nutella ce matin. Son estomac jouait au yo-yo et il commençait à avoir mal au cœur.

Enfin, il aperçut une silhouette féminine qui marchait sur un trottoir, et dont les contours se firent plus nets au fur et à mesure qu'il avalait les mètres qui les séparaient.

« Madame ! » cria-t-il, d'une voix essoufflée. La sueur ruisselait sur sa nuque et les muscles de ses jambes protestaient à grands cris. Harry se jura de se remettre au footing dès le lendemain. « Madame, attentez ! »

La femme finit par l'entendre, car elle se retourna, une expression étonnée inscrite sur son visage.

A la posture de son corps, Harry devina qu'elle était sur ses gardes. Ce qu'il comprenait sans mal, quelle femme ne se méfierait pas d'un inconnu qui lui courrait après ?

En tout cas, il fut satisfait de constater que son aptitude pour retenir le visage des gens n'avait pas diminué. C'était exactement la femme de la photo, celle qui avait une main sur l'épaule de Tom. Ses traits étaient plus marqués, avec des pattes d'oie au coin des yeux, mais c'était bien elle. Il n'avait donc pas effrayé une femme pour rien.

« Que voulez-vous ? »

Tentant de reprendre une respiration normale, Harry avala plusieurs goulées d'air. Il devait avoir l'air fin avec son casque qu'il trimbalait à bout de bras et son visage trempé de sueur.

« Connaissez-vous un certain Tom Jedusor ? » demanda-t-il à brûle-pourpoint.

La femme regarda Harry avec stupéfaction. « Tom Jedusor ? » répéta-t-elle d'une voix ahurie, comme si elle n'était pas sûre d'avoir bien entendu. « C'est bien ce nom que vous avez dit ? »

Harry hocha la tête, essuyant la sueur de son front avec le dos de sa main. « C'est lui, est-ce que je peux- »

« Pourquoi me posez-vous des questions sur lui ? En quoi est-ce que cela vous concerne ? » Le visage de la femme s'était fermé. La surprise passée, elle dévisageait Harry d'un œil méfiant et...apeuré, à présent.

« Qui êtes-vous ? »

« Je suis un ami de Tom » répondit Harry, adoucissant sa voix du mieux possible. Il voulait qu'elle lui fasse confiance. C'était primordial. Auquel cas, elle se braquerait, et il pourrait dire adieu à ses informations. « On joue du piano ensemble. »

« J'ai du mal à vous croire » rétorqua la femme, sceptique. Son corps était crispé, elle tenait son sac tout contre sa poitrine comme si elle craignait que Harry se jette sur elle et le lui arrache.

« Parce qu'il n'est pas très social, n'est-ce pas ? Tom refuse d'avoir des amis, il trouve ça inutile. C'est un garçon solitaire, je suis certain que c'était déjà le cas au Foyer. »

Une voiture roula près d'eux, Harry eut tout à coup peur que la femme fasse signe au conducteur, qu'elle lui demande d'appeler la police car un inconnu l'avait suivi, mais il n'en fut rien. Elle se contentait de le fixer, toujours méfiante, mais avec aussi une certaine curiosité.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que je connais Tom ? »

Harry sortit le vieil article de journal et le lui montra. « J'ai trouvé ça dans sa remise, sous un vieux meuble. Dessus, il y a une photo avec Tom et deux autres enfants. Il y a aussi une jeune femme derrière eux, c'est vous, pas vrai ? »

Son interlocutrice ne répondit pas. Elle tenait l'article dans ses mains et ses yeux ne semblaient pas vouloir s'en détacher. Finalement, elle releva la tête, une expression de lassitude imprégnant ses traits.

« Oui, c'est bien moi » se consentit-elle à répondre. « Mais pourquoi voulez-vous en savoir davantage sur Tom Jedusor ? Si vous êtes réellement son ami, ou une relation, pour quelle raison fouiller son passé ? Cela ne ferait que le mettre en colère. Croyez-moi, il n'est pas sage de le provoquer de cette manière. »

« Je sais, j'en ai bien conscient » admit Harry alors que la femme lui rendait l'article de journal. « Mais j'ai besoin de le comprendre, il y a tellement de zones d'ombre qui l'entourent. Et il n'est pas...facile de le faire parler. J'ai le sentiment qu'il me cache des choses. »

« Tom a toujours été un enfant secret » dit son interlocutrice, qui semblait enfin décidée à s'ouvrir. Peut-être que le visage franc de Harry lui inspirait confiance ? Ou bien peut-être désirait-elle se décharger d'un fardeau qui portait le nom de Tom Jedusor ?

« Vous l'avez bien connu ? Pouvez-vous me dire votre nom ? Cela serait plus sympa pour discuter. Moi, je m'appelle Harry Potter. » se présenta-t-il en lui tendant la main.

Elle regarda sa paume ouverte quelques secondes, le regard hésitant. Puis elle serra sa main, ses lèvres se relevant en un sourire timide.

« Judy Anson, je suis pédopsychiatre au Foyer Social de Londres, enfin, je l'étais plutôt, car je viens de quitter mon poste pour m'installer à Édimbourg. Donc je suppose que je pourrais vous parler un peu de Tom. J'ai un peu de temps devant moi, mon train est dans deux heures. Que voulez-vous savoir précisément ? »

« Depuis quand Tom se trouve-t-il au Foyer ? »

« Depuis qu'il est né » répondit Judy en farfouillant dans son sac pour prendre un briquet et une cigarette. « Pratiquement du moins. Sa mère nous l'a amené en plein mois de janvier. Je m'en souviens car c'était une année particulièrement froide et pluvieuse, la température frôlait les -15 degrés. C'était une pauvre créature, pâle et chétive, comme on en croise beaucoup au Foyer. Puis qui se volatilisent sans que nous en ayons aucune nouvelle. Elle avait besoin de soins, elle tenait à peine sur ses jambes. Notre directrice, Mrs Cole, voulait à tout prix qu'on l'emmène à l'hôpital, mais elle a refusé et elle est partie. On n'a rien pu faire pour la retenir... »

« Pourquoi a-t-elle abandonné Tom ? »

Harry et Judy décidèrent d'un commun accord de s'adosser contre un muret en pierre. C'était plus confortable pour discuter. Judy mit sa cigarette à la bouche et alluma son briquet. Une lueur de tristesse voilà ses yeux clairs.

« Elle nous a dit qu'elle avait épousé un musicien, un homme qu'elle adorait et dont elle pensait que c'était réciproque. Mais ce mariage lui a révélé son vrai visage. En réalité, c'était un homme dur, brutal, obsédé par la musique, il voulait absolument réussir. Sauf qu'il n'avait aucun talent, et il faisait payer cher cet échec à la jeune femme. Il lui criait dessus, la giflait, la traitait de bonne à rien... »

« Mais pourquoi ne l'a-t-elle pas quitté ? » questionna Harry qui ne comprenait jamais pourquoi tant de femmes restaient avec leur époux violent.

« Pour comprendre, il faut avant-tout se mettre à sa place. La mère de Tom était jeune, vulnérable, et elle dépendait beaucoup de son mari. Elle était persuadée que sans lui, elle ne survivrait pas. La solitude lui faisait horriblement peur. Il n'est pas facile d'aider ces jeunes femmes, le processus de reconstruction est très long et souvent jalonné d'échecs et de renoncements. La plupart d'entre elles refusent de porter plainte, se persuadant que leur mari redeviendra gentil, ou alors que c'était de leur faute et qu'elles méritaient bien de prendre quelques coups. »

Judy expira une longue bouffée de fumée qui s'étira dans l'air. Elle observa les volutes se dissiper dans l'atmosphère avant de reprendre :

« Le père de Tom ne faisait pas que gifler sa femme. Lors de leurs rapports conjugaux, il abusait fréquemment d'elle. Et c'est suite à un de ces abus qu'est né l'enfant.»

Comprenant ce que ces révélations impliquaient, Harry écarquilla des yeux horrifiés,« Alors Tom est né suite à un...à un... »

Il n'arriva pas à poursuivre, le mot s'étrangla dans le fond de sa gorge. Une bile amer suintait dans son estomac. Il se sentait nauséeux, mais ce n'était pas à cause de sa course cette fois-ci.

« A un viol, oui » confirma Judy d'une voix éteinte. « Les viols conjugaux sont malheureusement plus fréquents qu'on le pense. La zone située entre le consentement et le non consentement est souvent très trouble d'ailleurs. Malheureusement, la mère de Tom n'y a pas échappé »

Je n'arrive pas à y croire...pauvre femme...elle a vraiment vécu l'Enfer.

« Elle n'a pu avorter ? »

Secouant la tête, Judy inspira une nouvelle bouffée, elle tendit sa cigarette à Harry mais celui-ci la refusa d'un signe de la main. « Il était trop tard quand elle s'en est rendue compte, elle ne voulait clairement pas de cet enfant. Tom était né d'une union non désirée. Sa mère s'est forcée à le garder quelques semaines, puis lorsqu'elle s'est aperçue que garder Tom était au-dessus de ses forces, elle est venue ici et nous l'a confié. »

« Qu'est-elle devenue ? »

Un pli amer barra les traits de la jeune femme. « Elle est morte. Elle s'est jetée dans la Tamise. On a retrouvé son corps peu après. »

Harry avala sa salive. Ses parents étaient morts quand il était bébé, mais au moins James et Lily Potter l'avaient désiré et choyé. Ce qui n'était pas le cas de Tom, né sans amour. C'était pire que tout ce qu'il avait pu imaginer.

« Quelle histoire triste. »

« Beaucoup d'enfants qui vivent en foyer ont des histoires tristes » déclara Judy avec un soupir. « Certains ont des parents qui ne peuvent ou ne veulent plus s'occuper d'eux. D'autres ont vécu des choses abominables, au-delà de l'entendement. On s'efforce de les rendre heureux à notre manière. Mais la colère est forte dans le cœur de ces enfants. »

« Tom n'a pas pu être adopté ? »

« Tom était un bébé qui ne pleurait pas, ne riait pas, ne souriait jamais. Les gens avaient peur qu'il ne soit pas normal et ne se sentaient pas à l'aise en sa présence. Ils n'avaient pas tout à fait tort » admit Judy en frissonnant.

« Comment s'est passée sa jeunesse au Foyer ? » demanda Harry, pressé d'en savoir plus.

Il avait eu raison d'aller ici, finalement, il avait enfin un pan de la vie privée de Jedusor dévoilée.

« Tom n'était pas ce qu'on pourrait dire un enfant affectueux. »

Pourquoi est-ce que cela ne me surprend pas ?

« Il était froid, glaçant parfois. Que ce soit avec nous ou avec les autres pensionnaires. Très indépendant, il avait horreur que les plus petits l'invitent à jouer ou que les plus grands le taquinent. Tom aimait la solitude et arrivait très bien à se débrouiller. A trois ans, il arrivait déjà à nouer ses lacets et à s'habiller sans l'aide de personne, et à quatre ans il savait déjà lire. C'était un enfant d'une rare intelligence et doté d'une perspicacité peu commune. En tant que pédopsychiatre, c'était moi qui était chargée de l'aider, de le faire parler »

« Il ne devait pas être très causant » devina Harry, reconnaissant sans mal le caractère ombrageux de Jedusor.

Judy hocha la tête, se tortillant pour s'asseoir plus confortablement sur le muret. « Dès qu'il entrait dans mon bureau, Tom se braquait. Il me jaugeait de la tête aux pieds comme s'il voulait m'évaluer. J'étais jeune à l'époque et inexpérimentée, et se faire considérer de cette façon par un enfant de six ans était profondément déstabilisant. En l'espace d'une heure, c'est à peine si j'arrivais à lui soutirer une ou deux phrases. Et je n'ai jamais réussi à savoir s'il mentait ou s'il disait la vérité. Son visage était un mur contre lequel plus d'un s'est brisé...Le pire étant qu'il restait maître de lui-même dans n'importe quelle circonstance. Personne ne savait comment s'y prendre avec lui, cet enfant nous prenait toujours de haut. Il n'y avait qu'en parlant de livres, que Tom se montrait un peu plus bavard. »

« Et la musique ? Ça lui est venu comment ? » lui demanda Harry. Sentant quelque chose de froid tomber sur le bout de son nez, il leva les yeux et se retrouva face à un amas de cumulus grisâtre, ponctués ça et là de touches plus sombres?

« Un jour, un de nos éducateurs, John, a eu l'idée de créer une activité d'éveil musical. Il voulait que les jeunes découvrent la musique en leur faisant jouer à différents types d'instruments. Il pensait que c'était un excellent moyen de les initier à autre chose, d'adoucir leur quotidien qui n'est pas toujours facile. Il a décidé, avec l'accord de l'équipe, d'apporter un piano au Foyer. Tom avait trois ans à ce moment là, il a tout de suite était attiré par la musicalité qui se dégageait de l'instrument. John trouvait qu'il avait une très bonne oreille et beaucoup de talent, alors il l'a encouragé. On était ravie à ce moment là, on pensait que Tom s'ouvrirait enfin. Mais... »

Judy sortit une nouvelle cigarette de son sac à main. Comme le vent se levait, elle dut s'y reprendre à trois fois pour l'allumer. Ses lèvres exhalèrent une nouvelle volute de fumée en même temps qu'elle poursuivait:

« Mais on s'est trompé. Et lourdement. Au fur et à mesure que Tom jouait dessus, il s'est approprié le piano. C'était le sien et aucun autre enfant n'avait le droit d'y jouer, ne serait-ce que quelques minutes. Lorsque quelqu'un voulait sa place, Tom l'envoyait au diable et devenait franchement intimidant. Les petits ont fini par avoir peur de lui, et les grands ont jugé plus sages de le laisser tranquille. Donc ce piano qui était au départ destiné à tout le monde est devenu Le piano de Tom »

Harry écarquillait les yeux. Il ne sentait même plus les gouttes glacées qui glissaient sur son cou et s'incrustaient sous sa veste. Il était suspendu aux paroles de la pédopsychiatre. Il ne savait pas s'il devait être angoissé, intrigué ou attiré par cette nouvelle facette. Il avait souvent imaginé l'enfance du pianiste dans cet endroit, mais ce n'était que maintenant qu'il comprenait à quel point il se trouvait loin de la vérité. Si même des adultes avaient eu peur de Jedusor étant petit, alors c'est qu'il ne devait vraiment pas être facile...ou pas très net.

« Est-ce qu'il s'est montré brutal ? »

« Pas à ma connaissance. Tom était cassant, mais il ne s'est jamais montré violent avec nous. »

Judy sortit un portable de sa veste, regardant l'écran. « L'heure tourne, je vais bientôt devoir partir. Je n'ai pas très envie de louper mon train, mon mari ne me le pardonnerait pas. »

« J'ai une dernière question et je ne vous retiens plus. »

La main de Harry plongea une seconde fois dans sa poche et il lui tendit l'article de journal. Il était tout froissé à présent. Il lui désigna quelque chose du doigt« Vous voyez ces deux enfants aux côtés de Tom, cette fillette blonde et ce garçonnet aux oreilles décollées... »

« Amy Benson et Dennis Bishop » lâcha Judy.

« Oui, eh bien, est-ce que Amy et Dennis connaissaient Tom ? C'est juste une question que je me posais. »

Harry voulait surtout exploiter toutes les pistes possibles, même les plus improbables.

« Dennis était le seul enfant que Tom tolérait » révéla Judy qui fixait la photo d'un air songeur. "En fait, plus j'y repense et plus je me dis que c'est parce que Tom devait se sentir flatté. Dennis l'admirait profondément, il venait souvent le voir quand il jouait. Ce n'était pas ce qu'on pourrait appeler de l'amitié. Plutôt la fascination d'un disciple pour un maître, je dirais. Et j'avoue que je n'aimais pas qu'ils soient ensemble tous les deux. »

« Pourquoi ? »

« J'ai eu plusieurs fois l'impression que Dennis Bishop devenait la propriété de Tom au même titre que son piano. »

Harry cligna des yeux. Il ne comprenait pas très bien. « Vous pouvez précisez votre pensée ? Que voulez-vous dire par « propriété » ? »

« Amy, la fillette blonde que vous voyez sur la photo, elle avait un petit faible pour Dennis, et c'est rapidement devenu réciproque. Son admiration pour Tom s'est alors fané, et Tom en a éprouvé de la jalousie. Je l'ai plusieurs fois surpris en train de suivre du regard Dennis et Amy, qui se tenaient par la main, avec une expression étrange sur le visage. Je n'ai jamais réussi à savoir ce qu'il pensait ou ce qu'il éprouvait, c'était un enfant très difficile à cerner. A mon avis, possessif comme il l'était, il considérait que Dennis lui appartenait et Amy faisait figure d'obstacle. »

Harry sentit son sang se figer. Cette situation ne lui était pas inconnue.

« Que ressentait Tom pour Dennis ? »

Le regard de Judy devint incertain. « Honnêtement, je n'ai pas de certitude. Il est compliqué de parler d'amour ou d'amitié, même de tendresse et d'attachement, dès lors qu'il s'agit de Tom Jedusor. Il était doué pour manipuler ses émotions et les enfouir au plus profond de son être. »

« Et est-ce que Amy a continué d'être avec Dennis ? » demanda Harry, sentant que la jeune femme ne lui avait pas encore tout dit. Son flair le trompait rarement.

« Oui...jusqu'à l'accident » répondit Judy après un bref silence. Les eaux limpides de ses yeux s'étaient assombries. Harry devina que c'était un sujet sensible, et même si battements de son cœur devenaient frénétiques, il la poussa doucement :

« Quel accident ? »

« Un jour, alors que c'était l'heure de la sieste, Amy est tombée dans les escaliers. Son corps a roulé sur deux étages. Elle est restée dans le coma durant plus d'un mois avec une importante fracture crânienne. C'est une chance qu'elle ait survécu à sa chute, sa tête a heurté plusieurs fois les marches. »

La gorge de Harry était sèche, encore plus sèche que la fois où il avait été malade. Il dut mettre ses mains dans les poches afin de cacher ses tremblements. Mais lorsqu'il parla, sa voix chancela « Et est-ce que...est-ce qu'elle est tombée toute seule ou... »

Il laissa la fin de sa phrase en suspend, cette pensée lui paraissait tellement effroyable, invraisemblable...et en y réfléchissant, pas si invraisemblable que ça.

« Ou est-ce que quelqu'un l'a poussé ? » termina Judy à sa place avant de planter ses yeux clairs dans les siens. « Vous aussi cette hypothèse vous a effleuré l'esprit, pas vrai ?»

« Oui » murmura Harry du bout des lèvres, même si en son for intérieur il espérait que le pianiste n'y était pour rien dans l'accident de Amy. Ils s'étaient embrassés, il y a quelques jours, bordel !

« Quand Amy s'est réveillée, elle nous a dit qu'elle était tombée toute seule, parce qu'elle s'était pris les pieds dans son lacet. »

« Et vous l'avez cru ? »

« Sur le coup, oui. Ce sont des accidents qui arrivent malheureusement. Et Amy n'avait que huit ans. Les enfants manquent souvent d'attention. Mais après j'ai repensé à Tom et j'ai eu un doute. Un doute seulement car Amy a refusé d'en reparler, elle répétait en boucle que c'était une chute, point à la ligne. J'ai fini par me ranger à cette version de l'histoire. Un peu avant l'accident, Tom avait eu l'air de se détacher de Dennis et Amy, comme si ça l'indifférait. Mais est-ce qu'il jouait à la comédie ou pas, ça nous ne pourrons jamais le savoir. Personne n'a assisté à l'accident. Il n'y avait personne pour affirmer ou réfuter ses propos. Tom n'y est peut-être pour rien dans ce drame. On a souvent pour habitude de se faire des films n'importe quand, et avec n'importe quoi. »

« C'est vrai » acquiesça Harry qui avait toujours eu une imagination foisonnante.

« Par la suite, Tom a quitté le Foyer. Comme il était doué au piano, John l'a inscrit au concours du Conservatoire de Londres et il a été reçu. Il avait un peu plus de huit ans quand il est parti. J'étais à la fois heureuse pour lui, et soulagée. Je n'en pouvais plus d'avoir l'estomac noué sitôt que je croisais son regard."

Au loin, l'horloge d'une église sonna les douze coups de midi, ce qui mit un terme à leur échange.

« Je suis désolé d'écourter notre conversation ainsi, mais je dois partir » dit Judy en tendant la main à Harry. « Cela m'a fait du bien de vous parler. Travailler dans un foyer d'enfance n'est pas évident, on garde beaucoup de choses au fond de soi et c'est parfois lourd à porter. J'ignore ce qui vous lie à Tom, si c'est une relation d'amitié ou bien une relation plus intime, mais faites attention à vous. Si vous pouvez aider Tom, le rendre un peu plus humain, alors tant mieux, j'en serais ravie. J'ai toujours voulu « réparer » nos petits pensionnaires, on finit par s'attacher à eux, à force. »

« Vous pensez que Tom peut aimer ? » lui demanda Harry en serrant ses doigts froids. Cette question lui tenait à cœur, bien plus que toutes les autres.

Judy lui adressa un sourire clair et franc. « Vous allez me trouver un peu naïve, mais je pense que tout le monde peut aimer. Seulement certaines formes d'amour sont plus brutales et plus malsaines que d'autres. Alors comme je le répète : faites attention à vous. »


Bon, bon, je ne dirais rien pour le chapitre d'après, à vous d'imaginer :p Je suis ouverte à toute théorie, même les plus farfelues.

Pour chaque review laissée, Tom et Harry enlèveront un vêtement, hum, hum...(Oui, j'ai réussi à les convaincre, c'est moi l'auteur quand même :p)

Allez tchouss