Chapitre 9 : Au nom de Lucifer.

-1 Peter 5:8 "Be sober, be vigilant; because your adversary the Devil walks about like a roaring lion seeking whom he may devour."

Sam Winchester était crispé, les mains jointes, il resta assis à son lit, les yeux rivés en direction de cette fichue porte. Il priait pour qu'elle s'ouvre. Mais prier quoi, exactement ? Il ne voulait pas que le jeu s'arrête.

« Tu y as pris goût ? » disait une voix dans sa tête.

« Non. »

« Ca te plaît, d'exercer quelque chose de grand, tu as le contrôle, Sammy. »

Il détestait quand sa conscience se montrait désobligeante. Et ça arrivait tout le temps. Il se demanda s'il ne valait mieux pas s'endormir, lorsqu'il prit conscience de la présence physique d'un homme dans sa chambre, qui n'était ni son frère, ni un ennuyé. Son cœur fit un bond, lorsqu'il reconnut Luc Pellegrino. Il était debout, les mains dans les poches au bout du lit. Comment avait-il réussi à se trouver ici ? Et si les autres venaient à le découvrir, ici-même ?

- Qu'est-ce que tu fiches ici ? murmura t-il.

Ses yeux étaient si ouverts qu'il en avait mal ! Lucifer lui sourit et c'était une douce marque sur ce visage. Sam était conscient de l'atrocité de ses partisans, mais il comptait déjà perdre la partie et laisser Dean remporter le jeu. C'était bel et bien son unique motivation, n'est-ce pas ?

- Comment est-ce que tu as pu… ?

- Tu poses trop de questions, Sammy.

« Sammy ? »

Il bougeait comme un reptile, pensait Sam, les manches de sa chemise étaient relevées et ses yeux perçants le déroutaient. Il les évitait, évidemment – oubliant qui il était, lui-même. Il fit quelques pas vers le lit, puis posa un genou au sol.

- J'ai réuni tous tes fidèles, Sammy. On va trouver les petits amis de ton frère.

- Je n'hésiterai pas à tricher, pour le laisser remporter la partie.

- Tu ne ferais pas ça ? demanda t-il en penchant la tête, penaud.

Sam gardait le contrôle. Lucifer était séduisant, même trop.

- Nous n'allons pas leur faire de mal, tout ce que nous voulons, c'est te ramener à nous.

- Et Dean ?

- Dean aussi, souffla t-il, tout ce que je veux, c'est t'apporter satisfaction, tu sais. C'est dans mes veines, maintenant. Ce besoin de te plaire, et de te rendre fier.

Sam fut perdu. Il n'arriva pas à détacher ses yeux de l'apparition de celui qu'il considéra comme l'ange déchu. Ils ne faisaient plus qu'un de toute façon. L'homme approcha sa main pour toucher la peau de Sam qui eut un geste de recul.

- Retourne dans notre monde, coupa Sam en s'éloignant de lui, avant qu'ils ne découvrent que tu es ici avec moi.

Lucifer était un homme très expressif, à l'instar de l'ange Castiel. Il observait la gestuelle fuyante de Sam et ça lui plaisait, car il savait que c'était en lui désormais. Il pouvait tenter de fuir, aussi longtemps qu'il le souhaitait : c'était terminé. L'un et l'autre étaient liés par la révélation, unis par l'oméga. Encore, Lucifer ressentait un puissant désir pour lui qui dépassait tout ce qu'il avait pu rechercher dans sa triste existence mortelle.

- Qu'est-ce qui t'arrive Sam ?

- Je te remercie pour ce que tu fais pour moi, lâcha Sam en tournant la tête, maintenant pars.

Lucifer s'était relevé pour rejoindre Sam. Il s'assied, mais Sam ne préférait pas le regarder. Il leva une main pour caresser son visage : cette face qu'il avait tant voulue sans jamais savoir à quoi elle ressemblait.

- Tu es magnifique.

Sam se décida à le regarder.

- Peut-être que tes hommes seront prêts à mourir pour toi, continua Lucifer en passant sa main dans ses cheveux mi-longs, mais aucun ne mourra comme moi.

- Je ne te demande pas de mourir, parvint-il à dire sans flancher.

- J'aimerais que tu me le demandes.

- Pars.

Lucifer avait rejoint sa bouche. A la grande surprise de Sam, il ne l'avait pas embrassé. Leurs souffles se mélangèrent et il ferma les yeux.

- C'est un ordre ?

Et il le repoussa dans la seconde, en le saisissant par le col.

- Je sais ce que tu as fait, je l'ai vu, lorsque nous serons revenus Dean et moi, je ne veux plus jamais te revoir.

- Je l'ai fait pour toi, murmura t-il en esquissant un sourire.

- C'est faux !

Le ton montait, il rechercha le calme. Sam voyait bien à quel point l'autre regardait ses lèvres. Cette envie malsaine… Et contempler tant de désir chez lui l'éveillait, malgré tout.

Il voulut le rejeter et qu'il disparaisse. Alors la main de Lucifer se posa entre ses cuisses, Sam resserrait sa poigne pour le garder à distance. L'expiration fut vaine.

- Je n'ai pas été assez clair, c'est ça ? Questionna Lucifer sur un ton doucereux.

Sam profita. Il avait envie de le repousser tout autant qu'il prenait un franc plaisir à sentir une pression contre son corps. Il appréciait les gestes de son « ange », se disant qu'il était certainement le plus beau de tous. Cette pensée le dégoûtait profondément, mais elle lui semblait si vraie. Il portait bien son nom. Sans s'en rendre compte, il attirait le visage de son fidèle près de son cou. Il le couvrait de baisers. Il prit le temps de le goûter.

"If I could just hide the sinner inside, and keep him denied – how sweet life would be. If I could be free, from the sinner in me. I'll never be a saint, that's not a picture that your memory paints. Not renowned for my patience, I'm not renowned for my restraint. But you're always around, you can always be found. To pick me up when I'm on the ground."

Sam hésita à lui assener un baiser, parce qu'il en avait envie. Ca ressemblait à une hallucination, en plus. Il finit par lui en donner un, puissant. Il dévora ses lèvres, léchant sa chair. Lucifer l'avait attiré à lui tout en continuant de le caresser, il avait passé sa main sous ses vêtements, le plaisir s'intensifiait. Sam ne parvenait pas pour autant à le toucher lui, comme bloqué.

Il ne pensa pas une seconde à ce qui se passait, dans cette fichue réunion où sa vie était en danger ainsi que toutes les autres…

- Vas-y plus fort.

Lucifer se délectait de la situation. C'était si facile, se disait-il en suivant les ordres de celui qu'il considérait comme son seul et unique maître. Sam poussa un genre de gémissement rauque. Les pores de sa peau se resserrèrent : le frisson fut intense. Lucifer rappela son visage au siens, pour qu'il puisse le regarder lui, en le saisissant par le bout du menton. En un coup de bassin, il se plaqua à Sam : et ce dernier en serrait les dents.

Il eut la conviction d'avoir été drogué, ouais. Fasciné par cette créature qui le touchait d'une façon merveilleuse. Leurs sexes se touchaient l'un et l'autre au travers de leurs habits, mais ça ne suffisait pas. Submergé par l'envie, Sam effectua de brusques va-et-vient, presque féroce.

- Je t'apporterai tout ce que tu as toujours désiré, Sam Winchester.

Le plaisir fut démesuré, à la hauteur de sa démesure à lui, tous deux avaient besoin de plus – plus de chair, plus ! Jusqu'à l'overdose, et après. Lucifer expira chaudement à son oreille : c'était un son particulier, pensait Sam. Lucifer l'avait saisi par le col de sa chemise, à son tour, brusquement il avait renversé leurs postures. Cet empressement ne cachait pas l'impatience pour les deux de se procurer quelques orgasmes.

Sam savait que ses yeux lui jouaient des tours, mais il avait la nette impression que deux ailes ornaient le dos de son « trop » fidèle partisan. Elles étaient belles et immenses. Il cru voir quelques plumes se défaire, mais ça aussi c'était une hallucination. Toute cette mascarade était l'œuvre de son esprit pervers, maudit par un sommeil angoissé… Ou peut-être pas.

En réalité, Sam Winchester savait bel et bien que tout ce qu'il était en train de vivre en cet instant précis était vrai.

Mieux valait faire semblant.

Leurs langues se liaient, se cherchaient et s'évitaient : de la pure mauvaise foi.

Si lointaine et si proche d'eux à la foi, la réunion des ennuyés était tout aussi vive que les inévitables échanges entre les opposés.

« On ne peut pas continuer, c'est de la folie, vous voyez bien ? »

« C'est de notre faute ! Qui a nommé cette fichue Milton ? C'est toi, numéro trois ? »

« Arrêtons ! Arrêtons. Nous agissons comme des humains ! »

« Au moins, nous ne nous ennuyons pas… »

Les créatures étaient toutes assises autour de la fameuse table où ils se souvenaient s'être souvent ennuyés entre eux. S'ils avaient pu faire la moue, ils l'auraient tous fait de bon cœur. Mais les affreux tubes étaient vides et impersonnels. Même le ton de leurs voix ne présageait aucunement la panique, et pourtant…

- Récapitulons clairement la situation. La révélation délivrée par les joueurs a été difficile…

- Et leurs fidèles ont décidé de les invoquer sur Terre, acheva un autre en croisant les bras, voilà une idée bien farfelue. Qui commandera le monde en leur absence ? Moi je ne sais pas jouer au jeu de Manichaeus, bien que j'en connaisse la moindre règle !

Il y eut un silence pesant, plus personne n'osa s'exprimer. Il n'y avait que le son du vide, latent et lent. Ils sombraient encore dans le vide parfait, sans forme et sans fond.

- On pourrait étouffer le jeu, sans leur dire.

- Etouffer le jeu ?

- Nous avons marqué les anges et les démons de l'alpha et de l'oméga, n'est-ce pas ? Nous pouvons les marquer, comment disent-ils déjà ?... Une malédiction ?

Leurs gros tubes semblaient vibrer d'excitation tandis qu'ils se frottaient les mains : d'autres étaient plus sceptiques, cependant.

- Voilà qui serait fort divertissant, admit le numéro un.

- Alors, chacun d'entre eux serait voué à disparaître et nous pourrions partir à la recherche d'autres joueurs ! La prochaine fois, tâchons de choisir des cibles plus simples qui ne risquent pas de nous filer entre les doigts comme ces fameux frères Winchester… Je m'en souviendrai !

- Allons, nous n'avons pas encore dit notre dernier mot.

Ils réfléchissaient tous dans un genre de fausse plénitude.

- Nous avons déjà eu recours à ce procédé, siffla l'un d'eux, mais c'était il y a si longtemps…

- La marque de Caïn, murmura t- on.

- Oui, c'est ça !

« Une marque posée sur l'ange ou le démon, et ils mourront les uns après les autres pour laisser place à la partie suivante. »

- Attendez.

L'un d'eux se leva.

- Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cet homme, qui se fait appeler Lucifer, comme dans mon livre préféré. Il n'est pas comme les autres, vous l'avez remarqué ?

Personne n'osa répondre, mais oui effectivement, tout le monde avait bien remarqué.

- Ne le marquons pas, et gardons-le pour la partie suivante.

- Mais c'est un démon !

Les ennuyés avaient l'air contrariés.

- Nous jouons depuis tant de siècles, tant de millénaires. L'avidité des hommes ne nous surprend plus, donnons au jeu une tournure nouvelle et donnons le pouvoir au Mal absolu !

- Tout a l'air si amusant quand tu le dis, confia un ennuyé en se redressant, mais qu'en sera-t-il de la réalité ?

Il n'y eut pas de réponse, la séance était levée.

« Gardons le silence, et laissons les frères Winchester reprendre leurs affaires, et s'ils venaient à retourner chez eux, veillons sur ce Lucifer. »

Note de fin de chapitre : Je sais bien que les amateurs de sexe ont du lire beaucoup de chapitres pour avoir une scène un brin érotique. Je vous rassure, ce n'est pas la seule que je vous réserve. Sinon j'ai décidé de glisser une petite note pour vous indiquer les quatre morceaux/chansons qui ont été évoqués jusqu'ici. Quand la radio tombe dans le bain de Dean, c'est Livin on prayer' de Bon Jovi. Le massacre du restaurant de Lucifer, c'est la sonate au clair de lune, de Beethoven (ça a été précisé, me semble t-il). Sur la route pour retrouver Crowley, Lucifer écoute Someone like Jesus de New Model Army. Le départ de l'équipe de Dean jusqu'au bar de Bobby se fait aussi en musique, avec en fond Gimme danger d'Iggy & The Stooges. Quant au texte qui accompagne l'instant entre Lucifer et Sam, c'est The Sinner in Me de Depeche Mode. J'ai toujours accordé une grande importance à la musique dans mes fictions en général, et comme Supernatural est blindé de très très TRES bonnes références, je me suis dit que j'étais tout à fait en droit de balancer mes petits classiques. Vous devriez les écouter, si vous ne connaissez pas. (Et franchement, j'aimerais bien que vous les connaissiez parce que c'est de la pure bombe, quand-même). J'espère que vous n'êtes pas trop perdus, et que tout est à peu près fluide… Je suis assez déçu de ne pas avoir beaucoup de reviews, je pense que j'en récolterai plus quand la fiction sera traduite en anglais, c'est dommage car je trouve que de toutes mes fictions, c'est certainement la plus avancée. Je tenais aussi à m'excuser pour les fautes de frappe, ou les fautes tout court parce que je ne me relis franchement pas, et j'ai souvent de l'inspiration la nuit très tôt le matin (vers cinq heures), ce qui fait que je suis parfois un peu fatigué…Bref, je vous remercie et à bientôt !