Chapitre X
Lorsque Laïta franchit la porte, personne n'y fit vraiment attention. Quelques Rôdeurs, ces hommes aux origines perdues, qui vagabondent au nord, assis seuls dans la pénombre, ou racontant des histoires oubliées à quelques curieux, quelques regards distraits, s'éjectant des conversations animées et bruyantes juste une seconde ou bien des chopes de bière pleines à ras-bord, la remarquèrent peut-être. Mais pour l'heure, ils avaient des choses plus importantes à faire. Laïta referma doucement derrière elle la porte de l'auberge du Poney Fringuant.
La salle commune de l'auberge était carrée, ainsi que le comptoir et les étagères qu'il renfermait, pleines de bouteilles, de chopes, de fûts…La grande pièce était sombre, seulement éclairée par quelques torches insuffisantes et un âtre à la lumière cachée par les hommes qui fumaient, buvaient, et conversaient avec véhémence.
La jeune fille fit quelques pas en avant, mais remarqua qu'il n'y avait aucun aubergiste pour l'accueillir. Elle alla s'asseoir dans un recoin sombre de la pièce, sans quitter sa capuche. Puis elle se concentra.
Elle se remémora les paroles du palefrenier. Quinze guerriers lui avaient apparemment rendu visite ce jour même. Quinze. Le nombre exact d'hommes qui composaient la Communauté. S'il n'y avait pas si longtemps qu'ils avaient rencontré le palefrenier, ils devaient être dans l'auberge pour l'heure, et, par conséquent, Aragorn et Gandalf avaient bien suivi les indications d'Elrond ils n'avaient pas pris d'avance pour pouvoir prendre Laïta avec eux le plus tôt possible.
Soudain, une curieuse conversation qui se déroulait à une table voisine la tira de ses pensées. Quatre hommes animaient ces propos, chope en main :
« …, ils étaient plutôt nombreux, dit un premier. Je n'ai pas pu voir leur visage.
-Il me semble qu'il y avait un homme tout en blanc, dit un second. Il était barbu et avait un bâton.
-Ce type en blanc avait une drôle de dégaine ! s'exclama un troisième. Après, il y en a un qui a retiré sa capuche…Poiredebeurré avait l'air surpris. Je me demande pourquoi.
-Si tu l'avais vu…fit un quatrième. Il ressemblait beaucoup à Grands-Pas. Tu sais ? Ce Rôdeur qu'on ne voix plus, mais qui venait ici auparavant, et qui racontait des histoires étranges…
-Non, répliqua le second. Si tu l'avais vu, t'aurais juré le seigneur Aragorn !
-Hein ? D'abord vous dites qu'il ressemblait à Grands-Pas, et ensuite à Aragorn ! Grands-Pas a disparu depuis longtemps…Et comment peux-tu insinuer qu'il avait les mêmes traits qu'Aragorn ?
-J'ai été à son mariage. Je reviens de loin, mon ami. De plus, pourquoi y aurait-il eu tant d'hommes à ses côtés ? Si ça avait pas été Aragorn, cet homme aurait-il prit la peine de tous les amener ? Le vieillard en blanc était Gandalf, à mon avis. Lui…
-Qu'ont-ils fait par la suite ? coupa le premier. J'y ai pas prêté attention.
-Ils sont montés à l'étage.
-Ah bon ! »
La conversation captiva Laïta jusque là. E voyant que le sujet déviait, elle replongea peu à peu dans ses pensées. Ainsi la Communauté était ici. Et plus précisément à l'étage, là où se trouvaient chambres et dortoirs. Aragorn avait probablement demandé à dîner dans une de ces pièces, pour y être au calme. Elrond l'avait sûrement prévenu que l'elfe arriverait dans la nuit, alors peut-être l'attendait-il ? Laïta patienta pendant quelques minutes, toujours portées par le cours de ses réflexions, mais aussi pour ne pas éveiller de mauvais soupçons. Puis elle se leva et avança discrètement dans la pénombre qui envahissait la salle. Elle se faufila entre les hommes qui buvaient et riaient avec grand bruit avant d'arriver devant un escalier de bois. Quelques personnes qui travaillaient à l'auberge contrôlaient le passage des clients. Laïta s'approcha d'une jeune femme au visage sympathique qui l'accueillit poliment :
« Bonsoir ! Désirez-vous un renseignement ?
-J'aimerais louer une chambre pour la nuit, je vous prie. »
La jeune femme l'informa donc du prix, mais lui dit toutefois :
« Excusez-moi, mais…mon travail me pousse à vous prier de me montrer votre visage. »
Laïta comprenait. Le personnel de l'auberge devait être prudent avec les clients, pour l'heure. La jeune fille dévoila son visage, mais s'arrêta avant ses oreilles. La femme parut rassurée, même attendrit par le doux visage de Laïta. Elle lui adressa un sourire satisfait. L'elfe glissa une main dans l'escarcelle accrochée à sa ceinture et en sortit les lyns équivalentes au prix. Elle les tendit à la jeune femme, sa main un peu repliée pour les dissimuler aux regards curieux. La femme les prit, et parut fort surprise en les comptant. Elle se pencha vers Laïta :
« Vous…vous êtes…une elfe ? murmura-t-elle. »
La jeune fille acquiesça elle avait déjà rajusté sa capuche. La femme l'invita à la suivre.
Laïta posa son pied sur la première marche, et réalisa que chacune qu'elle monterait la rapprocherait un peu plus d'Aragorn. Elle avait certes déjà vu le seigneur par le passé, il n'y avait pas si longtemps, mais n'en avait que de vagues souvenirs, tout comme elle ne réalisait encore pas vraiment à cette époque troublée par la guerre, que celui qui se tenait devant elle était le futur roi du Gondor. A la seconde marche, l'elfe eut une pensée pour son frère, mais à la quatrième, elle se re-concentra sur Aragorn. Quand vint la cinquième, elle sentit une petite vague d'angoisse la parcourir : ainsi, elle allait rencontrer un des plus grands rois de l'histoire, peut-être même le plus grand un véritable héros. Sixième marche : quelle excitation ! Septième marche : la respiration et les battements du cœur de l'elfe s'accéléraient, ainsi que ses pas. Huitième marche : la peur, la timidité, l'admiration et la crainte respectueuse formaient une adrénaline qui montait de plus en plus en elle. Neuvième marche, la jeune fille n'en pouvait plus. Cette nuit allait être la plus importante et la plus impressionnante de son immortalité. Toutes ces émotions, toutes ces pensées qui se faisaient plus vives à chaque marche et qui s'emparaient de la jeune elfe la poussèrent jusqu'en haut de l'escalier.
« Nos dernières chambres libres sont au troisième étage, expliqua la jeune femme. On y trouve surtout des dortoirs lorsque nos clients sont nombreux, comme ceux qui sont arrivés tout à l'heure, mais il y a aussi quelques chambres confortables. »
Laïta ne parvenait pas à calmer cette anxiété oppressante qui ne cessait d'augmenter alors qu'elle se rapprochait du seigneur Aragorn, le personnage le plus puissant de la Terre du Milieu. Les couloirs qu'elle traversait et les escaliers qu'elle gravissait étaient déserts, les portes fermées à clé. C'est alors qu'elle arriva au troisième étage. L'étage où se trouvait le roi de Gondor.
Le couloir de ce premier était complètement désolé. Les portes du côté gauche ouvraient sur les chambres, celles du côté droit sur les dortoirs. Toutes étaient entrebâillées, sauf une qui, fermée à clef, donnait sur le dernier dortoir, au fond. Laïta n'avait pas besoin de se demander qui pouvait l'occuper. La jeune femme la conduisit à l'avant dernière porte du fond à gauche, qui donnait sur une coquette chambre. Elle donna la clé à Laïta et lui souhaita une bonne soirée.
La jeune elfe s'assit sur le lit, épuisée, essoufflée, son cœur battant la chamade. L'heure de faire face à Aragorn approchait, à grands pas, se disait-elle. Laïta remarqua même qu'elle tremblait légèrement. Quand soudain…
La seule porte qui pouvait être fermée au troisième étage s'ouvrit.
La jeune fille le sut grâce à un faible grincement. Puis elle devina qu'elle fut refermée. Le bruit des pas qu'elle entendit fut pour elle comme un compte à rebours final. Puis plus rien. Comme si le temps s'était arrêté. Comme s'il ne restait plus que Laïta prisonnière de ses émotions. Plus rien.
« Mademoiselle Vertefeuille…. »
Ce murmure ne pouvait être autre que celui d'Aragorn. Lui seul – et Gandalf, mais le magicien lui était sorti de l'esprit, à cause de toutes ces émotions…- savait qu'elle était là, pensait Laïta, plus troublée et plus mal à l'aise que jamais. Le moment le plus incroyable de sa vie d'elfe était arrivé. La jeune fille se leva avec effort, prit une grande inspiration et avança jusque dans le couloir.
Lorsque Laïta se tourna vers la personne qui l'attendait, elle s'arrêta immédiatement. Aragorn avait-il complètement changé d'image ? Devant elle se trouvait un homme pour le moins inattendu. Il était assez grand, entièrement vêtu de blanc, tout comme le long bâton qu'il tenait. Les traits de son visage révélaient un âge avancé, et sa barbe, sa moustache et ses cheveux étaient semblables à la neige. Laïta demanda en murmurant :
« Vous…vous êtes Gandalf le Blanc ? »
L'homme sourit et l'elfe s'inclina. Ainsi, elle faisait face au magicien le plus renommé de la Terre du Milieu, Gandalf le Blanc, les yeux brillants de sagesse même dans les ombres les plus denses, lui avait-on dit un jour. Laïta angoissait un peu moins, mais il restait encore une grande partie de cette anxiété en elle : lui aussi était un personnage important, et la rencontre avec Aragorn se produirait bientôt. Gandalf s'inclina profondément devant la jeune fille. Il l'avait déjà rencontré autrefois, et il pensa qu'elle avait peut-être changé depuis. Le magicien donna donc essor à son imagination. Il se souvenait de la chevelure bouclée et des yeux pers, mais Laïta était arrivée à un âge où son corps et son visage devaient se transformer. Alors, qu'y avait-il sous l'étoffe dont était drapée Laïta ? Un petit moment se déroula en silence, puis l'elfe retira sa large capuche. Ils se regardèrent d'abord dans les yeux. Gandalf essaya de cacher sa surprise malgré la pénombre du couloir, il voyait un regard bleu nuit, non pas d'un pers chatoyant. C'était donc que Laïta avait changé. Ce bleu saphir, profond, brillant d'intelligence…qu'est-ce que cela signifiait ? Ce n'était pas un phénomène naturel. Mais le magicien lut aussi dans ces yeux l'inquiétude, voire la peur, sûrement à cause de cette heure grave qui troublait tous les cœurs. Puis il contempla son parfait visage, fin, gracieux, magnifique. Gandalf crut lire dans ses traits le regret de la poésie de l'enfance, la candeur envolée si vite, à cause de la guerre et des nombreuses charges qui attendaient la jeune fille. Mais il savait qu'au fond de chaque personne dormait toujours profondément une innocence immaculée, et qu'il suffisait d'espoir pour l'éveiller.
Il commença par essayer de rassurer Laïta :
« Cela me fait plaisir de vous revoir, dit-il avec un sourire.
-Cela me fait plaisir aussi, répondit l'elfe, déconcertée par la nouvelle apparence du magicien.
-Ne vous tourmentez pas quant aux dangers à venir, nous vous protègerons et vous secourrons. Aragorn et Maître Eravar vous apprendront à manier l'épée. N'ayez crainte !
-Je vous fais confiance, Maître Gandalf, murmura Laïta. Je vous fais confiance, à vous, et à tous. »
La jeune fille ne pensait pas vraiment ce qu'elle disait, et cela, Gandalf le devina. Mais il se dit qu'elle apprendrait à se fier à la Communauté, qu'elle apprendrait à avoir confiance en elle. Elle apprendrait bientôt, et elle apprendrait vite.
Soudain, des cris d'homme affolé déchirèrent le silence du troisième étage :
« A l'aide ! A l'aide ! Bree est en feu ! Bree est attaquée ! »
Les hurlements venaient du bas, et la salle commune de l'auberge fut en une poignée de secondes remplie d'agitation, du fracas de vaisselle qui se brisait, ainsi que d'une crainte grandissante.
Gandalf et Laïta avaient sursauté lors de ce cri imprévu et poignant. Le magicien se précipita avec Laïta dans la chambre de celle-ci, qui rabattit sa capuche sur son visage.
« Je suis de retour immédiatement, souffla-t-il, et il s'enfuit aussitôt dans le couloir. »
Le magicien se hâta d'ouvrir la porte du dortoir, mais se retrouva nez à nez avec Aragorn. Les deux hommes se regardèrent dans les yeux, et le roi comprit que Laïta était ici. Il dégagea le passage pour laisser entrer Gandalf, puis retourna rassembler ses affaires. Mais pour l'heure, le magicien avait une autre priorité : il devait trouver des hommes pour protéger Laïta et l'emmener dans un endroit sûr. Il s'arrêta au milieu de la pièce et observa les guerriers occupés autour de lui. Ce ne serait pas Legolas l'elfe qui accompagnerait sa sœur hors de danger. Ce ne serait pas Gimli le nain, ni Faramir, ni Eomer, et sûrement pas Aragorn qui apporterait, avec lui, une aide précieuse pour défendre Bree. C'est alors que son regard rencontra quelqu'un de très intéressant : Eravar. Si le combat de Bree durait longtemps et qu'il n'y participait pas, le maître d'armes pourrait apprendre le maniement d'une lame à Laïta avant le retour de la Communauté. Cela leur ferait gagner du temps. Vinrent ensuite les quatre chevaliers du Rohan et leurs écuyers. Eux aussi pouvaient défendre efficacement Laïta, en tant que vaillants guerriers. Gandalf pensait qu'un maître d'arme notoire et quatre chevaliers solidement armés seraient capable d'assurer la protection de la jeune elfe. Il alla à leur rencontre et leur demanda de le suivre. Il les mena jusqu'à Laïta.
« Je vous charge de préserver cette jeune fille des blessures et des dangers. Menez-la dans un endroit sûr et veiller très attentivement sur elle. Nous vous rejoindrons dès que possible. Fuyez ! Fuyez à présent ! »
Tous les six se précipitèrent dans le couloir (les écuyers étant restés avec la Communauté), dévalèrent les escaliers et se retrouvèrent dans la salle commune de l'auberge ébranlée par la panique, noyée par des flots de gens affolés. Mais l'elfe et ses cinq gardes du corps ressentirent immédiatement une forte chaleur, alors qu'une odeur de brûlé empestait la pièce, accompagnée par les cris des hommes qui parvenaient aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur. Ils traversèrent tant bien que mal la grande salle, percutés, bousculés, poussés par les autres qui couraient en tous sens en hurlant. Enfin, lorsqu'ils parvinrent à la sortie, Eravar passa au devant, entrouvrit la porte et introduisit sa tête au dehors, quand soudain une tête ensanglantée vola et s'écrasa à terre sur les dalles. Le maître d'armes dégaina alors son épée, surgit à l'extérieur, se tourna vers la droite et tomba face à une créature monstrueuse. Il ficha aussitôt sa lame jusqu'à la garde dans l'abdomen de la bête, puis alla croiser le fer avec d'autres monstres qui affluaient. Deux des chevaliers accoururent pour l'aider, et ainsi laissèrent un passage moins dangereux à leurs compagnons en retenant les créatures hideuses qui ôtaient la vie aux habitants de Bree. Laïta sortit, et, flanquée de ses deux protecteurs, regagna les écuries du plus vite qu'elle le put. En arrivant, elle remarqua que le box à côté de celui de sa monture était occupé par celle de son frère. Elle eut un pincement au cœur : sortirait-il vivant de ce combat ? Elle et les deux chevaliers prirent leur clé et ouvrirent les portes des abris. Mais la petite escarcelle de la jeune file, mal attachée, glissa de sa ceinture et s'ouvrit sur le sol, les lyns se répandant à ses pieds. Laïta ne prit pas le temps de les ramasser : les pièces brillaient à la lumière d'un feu qui, partant du bout des écuries, se rapprochait dangereusement, avalant le bois, la paille, la chair. Elle sella rapidement son coursier, le sortit et se mit en selle alors qu'Eravar et les deux autres chevaliers les rejoignaient, et que les monstres approchaient. Pendant que les hommes sortaient leur coursier, la jeune elfe prit le temps d'observer les créatures : ainsi, l'ombre nouvelle qui se propageait comprenait aussi une partie des forces de Sauron, anciennement Maître des Ténèbres. Laïta reconnut ces monstres hideux, terribles et difformes à la peau noire, sale et rugueuse, au corps recouvert d'une armure aux piques acérés, au visage repoussant, au traits dépareillés, aux dents pourries et cassées, au regard effroyable. Ces horribles créatures étaient des Orques. Elles se battaient avec de courtes épées, savaient tirer à l'arc, et les poignards dont elles se servaient étaient empoisonnés. Plus les orques se rapprochaient des écuries en tuant cruellement des hommes, des femmes et des enfants sans défenses, plus on pouvait discerner leurs cris et leurs rugissements dans l'ensemble discordant des hurlements, de l'acier contre l'acier, du hennissement et du bruit des sabots des chevaux, mais on pouvait aussi sentir leur odeur abominablement nauséabonde qu'ils exhalaient et qui empestait les lieux. La sombre masse qu'ils formaient, se détachant sur le feu vorace et grondant, avançait très vite maintenant. Terrifiée, car les affreuses créatures avaient fixé leur regard acéré sur elle, elle jeta un regard vers ses protecteurs ils avaient à peine pris le temps de ré-harnacher leurs chevaux et s'élançaient déjà vers la troupe, au grand galop, la pointe de l'épée fièrement levée pour Eravar, écu au poing et lance haute pour les chevaliers. Mais il restait un des quatre combattants sous l'auvent. Il rejoignit Laïta pour veiller sur elle. Il était grand et musclé, comme les autres. Son visage glabre était orné d'un nez un peu allongé, d'yeux et de longs cheveux bruns. L'elfe se tourna vers lui, mais regardait souvent le combat, horrifiée -jamais elle n'aurait cru voir des orques d'aussi près.
« Je suis Holdran, lui dit le chevalier sur un ton qui se voulait courtois, en inclinant légèrement la tête. »
Il désigna un homme à la barbe, à la moustache et à la chevelure d'un noir luisant cachée par un heaume et précisa :
« Ce chevalier, à dextre, se nomme Noryon. »
Il montra ensuite à la jeune fille un homme blond qui luttait avec rage.
« Puis, plus à sénestre, se bat Ojah. A ses côtés, ce jeune homme blond aux yeux bleus, d'une vingtaine d'années, se prénomme Tyan. Il est le fils d'Ojah. Vient ensuite Eravar, célèbre maître d'arme, cet elfe aux cheveux d'argent. »
Un craquement et un soulèvement de fumée lui coupèrent la parole.
« Aurais-je l'honneur de connaître votre nom ? demanda-t-il très poliment en essayant de couvrir le vacarme alentour de sa voix. »
Mais soudain, l'auvent sous lequel ils se trouvaient vibra. Les deux cavaliers levèrent la tête. Leurs chevaux, pris de panique, bondirent brusquement en avant. L'auvent s'effondra et souleva un énorme nuage de poussière, d'où se détachèrent des silhouettes sinistres d'orques. Holdran fondit sur eux incontinent. Le chevalier leur assénait de violents coups avec une dextérité exemplaire. Mais Laïta était bien trop anxieuse pour essayer de retenir le moindre de ses mouvements. Prise entre deux combats, l'elfe se tournait et se retournait pour voir où en étaient l'un et l'autre. Son palefroi, affolé, ne cessait de bouger. La jeune fille regretta de ne pas savoir se servir d'une épée ou d'un arc. La situation dans laquelle elle se trouvait était handicapante. Les chevaliers et le maître d'armes devaient non seulement se défendre eux-même, mais aussi la défendre elle, car elle ne pouvait le faire toute seule. Un jour, cette situation entraînerait des problèmes. De graves problèmes.
L'issue du combat dans lequel Noryon, Ojah, Tyan et Eravar étaient engagés approchait. Noryon se retira de la lutte pour prêter main forte à Holdran, alors qu'Ojah, son fils et l'elfe aux cheveux d'argent égorgeaient les derniers orques qui venaient à eux. Enfin, les deux affrontements s'achevèrent. Les cinq gardes du corps de Laïta la rejoignirent et l'encerclèrent, puis tous prirent le galop. Eravar et les chevaliers tranchaient la tête des orques qui se trouvaient sur leur passage et les importunaient, et parfois se détachaient du groupe pour venir en aide à des habitants en difficulté. Enfin, lorsqu'ils atteignirent la route, ils découvrirent que des troupes d'orques cernaient la colline. Ils se jetèrent sans réfléchir dans la mêlée et les cinq guerriers créèrent, non sans difficulté, un passage dans ce marécage mouvant de monstres. Leur monture lancée au grand galop, ils dépassèrent l'anneau des orques. Lorsqu'ils se furent assez éloignés dans la plaine, les cavaliers s'arrêtèrent et se retournèrent. Un fleuve noir d'orques coulait au pied de la colline. Les flammes dansaient dans la cité. D'immenses nuages de fumée s'élevaient dans les cieux obscurs peignant les nuages de gris et d'oranger. Et Bree brûlait, comme brûle une torche dans la nuit.
