Problème 8 : La destruction.
Au fond de lui, il le savait, le « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » n'était pas quelque chose qu'il connaîtrait. Ô oui, il le savait, qu'il avait un caractère exécrable, qu'il était chiant, possessif et jaloux. Mais était-ce réellement une raison pour d'ainsi lever la main sur son époux ? Il ne le pensait pas, dieu, il s'en voulait en réalité. Ce soir-là, il avait pleuré, pleuré de tout son être, maudit jusqu'à souhaiter sa propre mort. Oh oui, Sora était idiot et il voulait s'excuser, lui parler, se faire pardonner. 17 appels, 27 messages, et jamais aucune réponse de la part de Roxas. Il était déjà 23h passé, Sora travaillait à 5h le lendemain, mais il ne dormait pas, dans l'espoir d'avoir un message, un signe de vie, mais rien ne vint.
Jour 1 – Sora alla travailler, comme si rien n'était, comme si sa vie parfaite continuait, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. En vérité, à chacune de ses pauses, il pleurait, pleurait l'absence de Roxas, pleurait son silence, pleurait son action.
Jour 2 – Une nouvelle habitude s'instaura pour le châtain. En rentrant du travail, un verre de vin fut servit. Vers 16h, un second fut servi. Vers 18h, un whisky apparut. Vers 22h, un dernier verre de vin termina la journée. Il ne pleurait plus.
Jour 12 – Il n'avait plus de vin, ni de whisky, il était passé au champagne, n'ayant plus que ça dans sa cave. Sora s'était finalement convaincu qu'il ne devait pas s'en vouloir, pour l'acte commis, pour la violence offerte, et pour la haine qu'il lui portait désormais dans son cœur. C'était, pour lui, normal. Un conséquence directe à l'affront que le blond lui avait fait, une punition, une 'récompense' à sa désinvolture.
Jour 19 – Sora tomba de fatigue à son poste et fut renvoyé chez lui. Les cernes étaient son nouveau maquillage, si naturel, sur son visage. Cela faisait trop longtemps à son goût que Roxas ne lui avait pas donné signe de vie, trop longtemps qu'il n'était pas rentré, trop longtemps que … tout. L'alcool était devenu une des dernières raisons de rester éveiller la nuit, dans l'attente de son amant. En vérité, l'homme avait fini par imaginer mille et une façons de se venger du blond, de lui faire payer sa façon d'être, lui faire comprendre toute la douleur qu'il accumulait depuis son départ. Ô dieu, il allait se venger, et comme il le fallait. Mais pas aujourd'hui, ni maintenant, car actuellement il attendait chez son médecin. Un arrêt de travail fut proclamé, une légère dépression fut diagnostiquée, Sora n'était plus lui-même, Sora était mort.
Jour 25 – Sora avait déjà imaginé des façons étranges et tordues de le faire souffrir. Il allait le suivre, découvrir cet amant, l'humilier. Il allait l'engueuler, pour un oui, pour un non. Il allait l'empêcher de sortir, l'accompagner à son travail, le chercher, le ramener à la maison. Il allait passer tout son temps libre à ses côtés, l'accompagnant jusqu'aux toilettes, jusqu'au plus profond de son intimité. Sora voulait que Roxas comprenne, réellement, sincèrement tout le mal qu'il supportait. Il avait regardé sur internet et avait trouvé un moyen de tracer facilement un téléphone. C'était une merveilleuse idée, qu'il allait essayer sur le blond.
Jour 27 ? - Sora avait perdu la notion du temps. Sa seule compagne maintenant était la bouteille. Même Prune était devenue une option. Elle ne bougeait que peu, allongée sur ses jambes. Oh bien sûr, il continuait de la sortir et de la nourrir, mais il ne jouait plus avec, la câlinait moins, l'aimait moins. Il n'aimait pour ainsi dire, plus grand-chose, Sora. Car Sora n'était plus, Sora n'existait plus.
Jour 29 ? - Était-ce vraiment le 29è jour aujourd'hui, que Roxas était parti ? Peut-être plus ? Peut-être moins ? Il n'y avait plus de Vodka non plus dans le bar.
Jour 30 ? - Sora dormait sur le canapé. Il ne faisait plus que ça, car il n'avait plus d'alcool, il était fatigué, alors il dormait, il dormait à longueur de temps, il dormait à longueur de journée, il dormait, et il oubliait.
Il aura fallu attendre le 31è jour pour que Roxas revienne.
La porte s'ouvrit, Sora comatait sur le canapé. Il décuvait, sûrement, de tout l'alcool qu'il avait jusqu'alors avalé. Un bruit de pas se fit entendre, Sora se redressa, comme un vampire, sortant de son cercueil. Le regard bleu de son amant croisa le sien. L'autre voulut ouvrir la bouche, et Sora lui signala de se taire, en se levant lourdement. Il s'avança vers lui, en titubant un peu, ne sachant réellement ce qu'il allait faire désormais. La vieille horloge indiquait 17h. Il aurait dû être au travail, et la surprise du blond le dévisageant, prouvait davantage cette hypothèse. Mais Sora s'en foutait maintenant, il voulait lui faire payer.
- Mais tu es saoul ! Constata Roxas.
- Non.
- Bien sûr que si, tu ne tiens plus debout !
- Non.
- Retourne sur le canapé !
- Non.
- On doit parler de toutes les façons !
- Non.
- Arrête de dire « non » !
- Arrête d'être con.
Le blond se tut et dévisagea de nouveau Sora. Pourquoi le regardait-il ainsi, maintenant c'était de sa faute à lui, la tromperie, les mensonges et les absences ? Roxas ne se fichait-il pas un peu de sa tête ?
- J'ai eu le temps de réfléchir, tu sais … souffla Sora.
- Moi aussi, et nous devons parler désormais.
- Tu vas souffrir, comme j'ai souffert. Et tu pues, t'étais chez ton nouveau mec, c'est ça ? Avoue ?
- Sora …
- Va te laver, c'est une horreur !
D'un geste brusque, Sora envoya Roxas vers la salle de bains, en prenant soin de garder toutes les affaires du blond, il voulait le faire souffrir, et il allait commencer maintenant.
La salle de bains se ferma, l'eau de la douche s'alluma et Sora en profita. Il fouilla en premier temps le sac de son époux. Des habits, ne lui appartenant pas, un parfum, un peu kitch, et un collier en acier, vraiment kitch. Il fouillait encore et trouva enfin ce qu'il cherchait. Le téléphone portable. Il regarda dedans, comme à son habitude, Roxas avait bien pris soin de tout effacer. Mais cela ne dérangeait pas le châtain. Il s'était renseigné, et maintenant, il pouvait faire en sorte de tracer le téléphone de son amant. Il fit, en un tour de maître, tout le nécessaire. Dès maintenant, peu importe où Roxas était, Sora y serait aussi.
Le blond était sorti de la douche et avait surpris son époux fouiller ses affaires. La dispute ne se fit pas prier et éclata instantanément. Reproches, haine, menaces. Ils se séparèrent en froid. Roxas prit son casque et s'enfuit de la maison, Sora avait regagné le canapé. Il n'attendit pas des heures avant de, à son tour, prendre son téléphone et pister la trace de son 'mal-aimé'. Il se dirigeait vers des quartiers assez mal fréquentait et allait dans un bar assez étrange, portant un nom horrible : *Le Blender*.
Veste mise, voiture démarrée, voilà Sora en direction du bar. Il ne savait pas où il allait, ni même ce qu'il allait y trouver, mais il se devait d'y être. Il se gara, non loin de l'endroit et observa la rue. La moto de Roxas était là, garée juste à côté de l'endroit en question. Plus de doute possible, son époux était ici. Voiture éteinte, fermée, direction l'entrée du bar.
L'intérieur puait la cigarette froide, l'ambiance était rock et les gens n'étaient pas comme ceux qu'il fréquentait habituellement. Le décor était assez rougeâtre, des néons un peu passés jonchaient les mur. L'endroit était sale. Sur scène, un groupe indépendant jouait. Les serveurs riaient avec les clients leur parlaient comme à des amis, et un grand un peu étrange s'avança vers Sora. « Alors mon chou, t'es nouveau ici ? Tu ne t'assois pas ? » Il ne prit pas la peine de regarder ni son nom, ni son visage qu'il demanda simplement « Roxas ». L'autre, non surpris de la question, lui indiqua qu'il jouait actuellement sur scène avec son groupe. Était-ce une blague ? Roxas faisait de la musique ? Si c'était ce qu'il souhaitait, n'aurait-il pu tout simplement pas lui en parler ? Même si son mode de vie était vraiment, terriblement, horriblement BCBG, Sora savait jouer de la guitare électrique, il avait appris avec son cousin, son affreux cousin, qui actuellement … jouait sur scène avec Roxas.
Sora était allé jusqu'à la scène, observait, était dégoûté de ce qu'il voyait. Vanitas, son détestable cousin était là, non loin de SON mari. Bien qu'il l'aimait moins, bien qu'il ne souhaitait plus l'avoir réellement comme tel, il refusait pour autant rompre leurs précieux vœux. Il venait ainsi de s'imaginer Roxas dans les bras du noiraud, et cela, non, il le pardonnerait encore moins qu'un autre. Même le type roux très moche aux côtés du beau blond, était plus présentable que Vanitas.
Pendant un court instant, il oublia sa présence ici, profitant de la prestance de son époux, sur cette petite scène de fortune. Il avait l'air heureux, trop heureux, et jouait divinement bien. Pourtant, un baiser volé du roux au blond fit redescendre sur terre Sora. Tout se passa alors si vite.
Il était monté sur la scène, avait giflé Roxas, agressé le roux, puis partit avec le blond loin du bar, laissant Vanitas et sa bande de dégénérés sur place.
Roxas ne s'était pas débattu, n'avait pas bronché et avait alors suivi Sora, comme un chien en laisse suivant son maître.
Ce fut alors que, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, Sora collait Roxas comme une sangsue, qu'il engueulait le blond comme un enfant fautif et empoisonnait sa vie comme le dard d'un scorpion traversant la chair. Sora voulait lui faire payer, et oh ça oui, il y arrivait. Il le détruisait à petit feu et prenait bien tout son temps pour le détruire. Ne disions-nous pas que la vengeance était un plat qui se mangeait froid ? Sora le voulait gelé.
