Le début du chapitre est Rated M ! Âme sensible, s'abstenir !

Disclaimer : Narnia et ses personnages appartiennent tous à C.S. Lewis. Lorysha et Ethan m'appartiennent, ainsi que mes idées.

Fighting for the Light : Broken

Chapitre 9 : Le calme avant la tempête

La mégère se tenait en face d'Ethan et de Lorysha. Tous les trois étaient assis à la table de la cuisine, qui était dans un très mauvais état : les murs étaient noirs et les vitres avaient été fermées avec des planches de bois mal clouées. La lumière du jour passait à peine à travers ces volets improvisés et seule une lampe vacillante éclairait la grande pièce. Le sol n'avait pas été nettoyé depuis ce qui semblait une éternité et des vieilles épluchures de légumes et beaucoup de moisissures se trouvaient sur les plans de travail. Cela dégoûtait les deux enfants à chaque fois que la mégère leur permettait de descendre dans la grande pièce. Une étrange puanteur de moisi, de transpiration, de sang et de mort y régnait. Mais la mégère s'assurait que la table soit toujours en bon état, comparée au reste de la cuisine : une nappe grise y était posée, des livres pour Lorysha et des dessins pour Ethan ainsi que quelques hamburgers. C'était un des bons jours de la mégère : un des jours où elle ne les frapperait peut-être pas, où elle les nourrissait, même si les aliments n'étaient pas forcément équilibrés. La mégère apprenait à lire à Lorysha. Elle avait eu quelques difficultés au départ, car elle avait énormément souffert de l'absence de ses véritables parents et ne semblait pas s'habituer à cette femme égoïste et sans scrupules.

Les premiers temps, la mégère n'avait pas été violente avec la petite Lorysha, et une sorte de lien affectif s'était créé. Quelques mois plus tard, la mégère avait commencé à être extrêmement tyrannique avec elle. Lorysha avait fini par être tout le temps sur ses gardes car elle ne savait jamais quel côté de la mégère elle allait voir. La moindre petite erreur pouvait la faire sortir de ses gonds…

La mégère faisait lire un livre compliqué à Lorysha : Madame Bovary de Gustave Flaubert. Lorysha avait un bon niveau de lecture, mais elle ne comprenait pas tout ce qu'elle lisait… Et elle avait décidé qu'elle haïssait les livres français, à cause de ce Flaubert. Ethan dessinait et jetait des petits coups d'œil anxieux à sa sœur. Lui aussi se demandait si la mégère allait changer d'attitude… Aujourd'hui, elle les avait nourris et s'était occupée de leurs blessures. Les deux enfants supposaient donc qu'elle aller rester « gentille » avec eux pour la journée. La mégère caressait affectueusement les cheveux d'Ethan, et celui-ci affichait un air paniqué : il avait la tête baissée sur son dessin et n'osait pas regarder ailleurs. La mégère sourit aux deux enfants c'était un sourire doux, qu'une mère normale aurait pu donner à ses enfants. Mais Lorysha savait qu'il fallait qu'elle reste sur ses gardes. Elle lui fit donc un petit sourire également, puis retourna à sa lecture. Elle se tenait droite comme un piquet sur sa chaise et tenait ce maudit livre entre ses mains, en essayant de comprendre les agissements d'Emma Bovary envers son mari.

Soudain, un cri d'enfant se fit entendre à l'étage supérieur. Lorysha leva immédiatement les yeux vers le bruit. Elle avait peur que quelque chose comme cela arrive. Pourquoi fallait-il que ce maudit gosse hurle comme ça ? Ça allait énerver la mégère et celle-ci pourrait se retourner contre Ethan et elle pour faire passer sa rage…

Ethan enfonçait sa tête de plus en plus sur son dessin et la mégère grogna de fureur.

« Qu'est-ce qu'il a à gueuler comme ça, ce petit enfoiré ? », fit-elle.

Puis, elle se tourna vers Ethan et Lorysha et leur fit un doux sourire.

« Restez-là bien sagement, mes enfants. Je vais m'occuper de son cas… »

La mégère prit un couteau de cuisine et prit un air menaçant avant de monter les escaliers lentement, en faisant craquer chaque marche. Ethan leva des yeux apeurés vers sa sœur, qui lui fit signe de se taire. S'ils tentaient quoi que ce soit, ça allait très mal se passer pour eux… S'ils tentaient de s'échapper, la mégère les retrouverait et leur ferait des choses horribles… Peut-être même qu'elle tuerait l'un d'entre eux, pour leur faire comprendre que jamais ils ne s'échapperaient de son emprise.

« Lorysha…, murmura Ethan.

-Tais-toi », lui ordonna-t-elle, toutefois sans agressivité.

Ethan baissa les yeux et Lorysha s'approcha de lui et l'enlaça.

« Il va falloir que tu sois très fort, d'accord ? Elle va revenir ici, avec le môme, et on ne sait pas ce qu'elle va lui faire… Quoi qu'elle fasse, tu ne vas pas regarder, d'accord ? »

Ethan hocha vigoureusement la tête alors que la mégère revenait en tenant fermement l'enfant par les cheveux, et celui-ci hurlait de douleur et de terreur.

« J'en ai marre de toi, sale petit con ! Tu ne fais que crier tout le temps ! Sais-tu toute l'énergie que je dépense chaque jour afin de m'occuper de toi et des autres ? Et voilà comment tu remercies ta mère ?! »

Lorysha ferma les yeux une seconde et déglutit péniblement. Elle allait le tuer… Sous leurs yeux. Pour que ça serve de leçon…

La mégère balança l'enfant à travers la pièce et celui-ci commença à pleurer alors qu'elle lui asséna un violent coup de pied dans les côtes. Ethan pleurait maintenant, lui aussi. Il ne regardait pas, comme sa sœur le lui avait ordonné, et Lorysha avait les mains sur ses épaules. Elle s'était levée et regardait la scène. Elle se devait de regarder. L'un deux le devait. Sinon, la mégère leur ferait subir le même sort. Et Lorysha devait se rappeler que la mégère était un monstre, et qu'elle ne devait jamais se prendre d'affection pour elle, comme elle l'avait fait à une époque.

La mégère s'acharnait sur le pauvre enfant, qui hurlait de douleur. Du sang commençait à sortir de sa bouche tandis qu'elle le frappait encore et encore, son couteau de cuisine toujours à la main. Il était couvert de bleus, de sang et de sueur. Il n'en avait plus pour longtemps, et Lorysha déglutit une nouvelle fois, paralysée par la peur. Elle ne pouvait plus bouger, et elle pouvait à peine respirer.

« J'en ai assez de t'entendre hurler !, cria-t-elle. Tu es pathétique ! »

Elle lui asséna de nouveau un puissant coup et l'enfant s'évanouit. La mégère continuait de le frapper, et, quand elle fut assez épuisée, elle lui trancha la gorge. Lorysha posa sa main devant les yeux d'Ethan, qui avait sursauté lorsqu'il avait entendu le bruit. Lorsque tout fut terminé, Lorysha lâcha son frère et demeura silencieuse. Un sourire cruel se dessinait sur les lèvres de la mégère alors qu'elle traînait le corps de l'enfant au fond de la pièce. Du sang coulait encore de la blessure fatale et tâchait le sol, déjà noir de sang séché et de moisissures.

« Mes enfants, leur dit-elle en récupérant sa douceur d'il y a quelques instants, montez donc dans votre chambre. Je viendrais vous chercher pour dîner. »

Ils ne se le firent pas répéter deux fois et se dirigèrent avec une allure qu'ils espéraient normale pour la mégère dans la petite chambre froide et sombre.

Lorysha sentit des bras puissants l'attraper et elle hurla de terreur en se réveillant. Elle se débattit de toutes ses forces en tentant d'apercevoir son assaillant, mais lorsqu'elle reconnut Edmund, qui affichait un air terrifié et inquiet, elle se calma progressivement. Ethan était là également et la tenait dans ses bras. Lorysha calma sa respiration et passa une main sur son visage trempé de sueur.

Elle remarqua bien vite que la plupart des Narniens la regardaient avec un mélange d'inquiétude et de peur. Cependant, elle ne vit pas les autres Pevensie ni Caspian, elle supposa donc qu'ils n'étaient pas encore venus se coucher. Elle soupira bruyamment et s'affaissa contre Edmund, qui la tenait toujours dans ses bras.

« Qu'est-ce qu'il s'est encore passé ?, demanda-t-elle d'une voix faible.

-Tu n'as pas arrêté de hurler dans ton sommeil…, répondit Edmund. On n'arrivait pas à te réveiller…

-C'était quoi cette fois ?, demanda Ethan avec une voix emplie de tristesse.

-T'occupe », lui dit Lorysha.

Des larmes coulèrent sur les joues du petit Ethan et Lorysha s'en voulut aussitôt. Elle savait qu'elle lui causait de la peine, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Comment pouvait-elle lutter contre ses cauchemars, contre son passé ?

Lorysha était toujours appuyée contre le brun, qui lui caressait les cheveux pour la calmer. Cela sembla fonctionner au bout de quelques minutes et les yeux de Lorysha se fermèrent petit à petit, même si elle les rouvrait souvent, comme pour lutter contre le sommeil.

« Tu dois dormir, lui dit Edmund.

-Non, je peux pas… Sauf si tu veux que je hurle à nouveau dans mon sommeil… »

Edmund soupira. Il fit signe à Ethan d'aller se coucher, et le petit garçon lui obéit après un moment d'hésitation. Il fit le même signe aux Narniens qui étaient toujours debout, soucieux. Parmi eux se tenait Ethnos qui lui jeta un regard plein de sous-entendus. Edmund comprit qu'il devait tenter de faire parler la jeune fille, mais ce n'était pas le bon moment. Il essaierait le lendemain, lorsqu'ils auraient tous dormi, au moins un peu. Le Centaure retourna auprès de sa femme et il fut bientôt suivi des autres Narniens, qui retournaient dans les bras de Morphée.

Edmund tourna de nouveau son regard vers Lorysha : elle était dans un état lamentable. Ses yeux étaient bouffis et rouges, tout son corps tremblait de froid et de peur et elle était en sueur. Elle levait des yeux légèrement apeurés vers lui alors qu'Edmund continuait de caresser ses cheveux.

« Je vais rester avec toi », lui dit-il.

Lorysha le regarda, surprise, puis acquiesça.

« Oui, s'il-te-plaît… »

Edmund changea de position et s'allongea en entraînant Lorysha avec lui. La tête de la jeune fille reposait sur son épaule et Edmund entoura la jeune fille de ses bras. Lorysha ferma les yeux, anxieuse, puis se laissa bercer dans le sommeil. Le brun la regarda s'endormir. Elle paraissait paisible, maintenant. Edmund ferma les yeux à son tour et s'endormit bien vite.


Caspian était assis, les pieds pendus au-dessus du vide, sur l'espèce de terrasse du tombeau, et il portait son regard au loin, sur la forêt. Il était épuisé. Il n'avait pas beaucoup dormi cette nuit-là, comme les Narniens, d'ailleurs. Tous étaient fortement atteints par la défaite au château, et la rumeur qu'il avait failli éveiller la Sorcière Blanche s'était très rapidement propagée au sein du camp, ce qui n'était pas à son avantage. Mais Caspian reconnaissait ses erreurs. Il n'aurait jamais dû se laisser emporter, ni se laisser influencer.

Il sentit la présence de son professeur derrière lui, et le Prince se retourna vers le vieil homme, qui lui sourit tristement. Cornelius vint s'asseoir aux côtés de Caspian.

« Pourquoi ne m'avoir jamais dit la vérité pour mon père ? », demanda le Prince.

Le professeur le regarda à travers ses lunettes en forme de croissant de lune et répondit :

« Ma mère appartenait au peuple des Nains Noirs de la Montagne du Nord. J'ai risqué ma vie durant toutes ces années afin qu'un jour, Vous soyez un Roi meilleur que ceux qui Vous ont précédés. »

Caspian soupira et regarda ses mains, le regard triste.

« Et je vous ai déçu…, conclu-t-il.

-Je Vous ai dit beaucoup de choses, je Vous en ai cachées beaucoup d'autres, mais c'est uniquement parce que je crois en Vous. »

Caspian le regardait à présent, surpris.

« Vous avez la chance d'incarner la plus noble contradiction de l'histoire, continua Cornelius. Le Telmarin qui a sauvé Narnia. »

Caspian lui fit un petit sourire triste : il ne pensait pas que cela soit vrai. Il n'avait rien sauvé du tout. Ses intentions envers Narnia étaient bonnes, mais avec tout ce qu'il s'était passé, le Prince ne pensait plus pourvoir sauver quoi que ce soit.


Cela avait été une rude nuit pour Lorysha. Elle avait revécu l'un des pires moments de sa vie en cauchemar, et elle détestait quand cela se produisait. Elle passa ses mains sur son visage en se l'aspergeant d'eau claire. Elle se lavait en compagnie de Susan, Lucy et Aliatha, la femme d'Ethnos. Elle s'était légèrement éloignée des deux filles et de la Centaure, voulant rester un moment seule dans ses pensées, même si ce n'était peut-être pas la chose à faire.

Outre le fait qu'elle pensait à la mégère et qu'elle éprouvait une peur lancinante, elle se remémorait le geste d'Edmund. Lorsqu'il l'avait entendu crier dans son cauchemar, il avait été le seul, à part Ethan, à venir la prendre dans ses bras et à tenter de la réveiller. Puis, il lui avait proposé de rester avec elle pour la nuit, de veiller sur elle. Lorysha ne savait pas quoi en penser réellement, mais elle lui était extrêmement reconnaissante. Grâce à lui, ses cauchemars s'étaient arrêtés, du moins pour la nuit, et elle avait enfin pu se reposer et dormir paisiblement. Lorysha repensa soudainement à la manière dont Edmund l'avait entouré de ses bras protecteurs, puis elle repensa à son inquiétude et sa douceur. Le même sentiment incompréhensible s'empara d'elle et elle passa une main sur son visage. Elle devait arrêter de penser à lui. Elle devait arrêter de compter sur lui, d'être dépendante. Parce que c'était ce qu'elle commençait à devenir. Elle avait besoin de lui pour pouvoir dormir normalement, et elle n'aimait pas ça. Il fallait qu'elle affronte ses démons toute seule.

Elle entendit Lucy et Susan jouer dans l'eau chaude et rire, et Lorysha les envia. Elles avaient eu une vie à peu près normale, elles… Lorysha aurait tellement aimé vivre avec elles et leurs frères à leur époque. Même si la guerre y faisait rage, ils avaient une famille, ils n'avaient pas été torturés et mutilés… Ils étaient heureux…

« Lorysha !, appela Lucy. Viens avec nous ! »

La brune se tourna vers la petite Lucy et tenta de lui faire son plus beau sourire alors qu'elle s'avançait vers elles. Aliatha était déjà partie et elles se retrouvèrent toutes les trois à chahuter dans l'eau. Lorysha tenta de mettre ses mauvaises pensées de côté et de lâcher prise, de s'amuser. Ce fut Lucy qui réussit à lui changer les idées alors que la petite courrait vers elle et lui balançait un seau d'eau sur la tête. Lorysha hurla de surprise puis se mit à rire aux éclats, rejointe par les deux Pevensie. Les filles s'assirent dans l'eau et s'éclaboussèrent en riant pendant une dizaine de minutes, puis Susan les rappela à l'ordre et elles sortirent des bains. Elles devaient se rendre à l'entraînement, à présent. Lorysha se sentait un peu plus légère, et elle aimait ce sentiment. Elle avait l'impression de vivre, pour la première fois de sa vie.


L'entraînement, pour l'instant, se déroulait plutôt bien. Lorysha s'était un peu reposée et comprenait mieux les attentes de Susan. Elle touchait maintenant la cible à chaque fois, même si ses tirs n'étaient pas toujours bien maîtrisés et qu'elle atteignait très rarement le milieu. Ethnos entraînait toujours Peter, Edmund et Caspian mais voulait également entraîner les deux filles. Il avait remarqué que Lorysha n'avait aucune notion de self-défense et qu'elle ne tiendrait pas deux secondes dans la bataille, si bataille il devait y avoir. La brune devait apprendre à se défendre, mais également prendre du poids et du muscle. Elle serait un fardeau si elle s'avérait dans l'incapacité de se débrouiller.

« Ma Reine », dit Ethnos en s'adressant à Susan.

Les deux jeunes filles se retournèrent en direction du Centaure en abaissant leurs arcs.

« J'aimerais m'entraîner avec Lorysha, si Vous le permettez », reprit-il sur un ton très formel.

Susan regarda Lorysha et celle-ci lui envoya un regard interrogateur.

« Je n'y vois pas d'inconvénient, répondit Susan en haussant les épaules. Nous reprendrons notre entraînement plus tard. »

Lorysha hocha la tête et alla poser son arc. Le Centaure lui tendit une épée et la brune la prit en main. L'épée était très lourde pour elle et elle la laissa tomber au sol.

« Ah merde », jura-t-elle entre ses dents.

Ça commençait bien… Le Centaure allait penser qu'elle ne valait rien…

Lorysha ramassa l'épée sous les yeux attentifs d'Ethnos et tenta de se mettre en garde, comme elle avait lu dans quelques livres de science-fiction chez la mégère.

« Euh… C'est une bonne position ? Monsieur le Centaure ? », fit-elle, hésitante.

Un sourire naquit sur les fines lèvres d'Ethnos.

« Tu peux m'appeler Ethnos, lui répondit-il. Relève ton épée. »

Lorysha tenta de faire comme il lui dit, mais elle n'avait aucun muscle et l'épée était réellement lourde. Elle avait du mal à la garder en hauteur.

« Tiens-toi plus droite que cela, mais fléchit légèrement les genoux », lui ordonna-t-il.

Lorysha remarqua qu'Edmund, Peter et Caspian regardaient la scène avec beaucoup d'attention, et elle rougit violemment et perdit le peu de concentration qu'elle avait. Ethnos dégaina son épée et, en un seul coup, il la désarma. Lorysha n'avait pas vu le coup venir et rougit d'autant plus.

« Tu n'étais pas concentrée », fit remarquer Ethnos.

Lorysha marmonna quelque chose d'incompréhensible dans sa barbe et alla ramasser son épée. Ethnos lui lança un regard sévère tandis que la brune se remit en garde. Susan se dirigea vers ses frères et le Prince et les entraîna plus loin, ayant remarqué que leur présence dérangeait Lorysha. La brune fut reconnaissante à la Reine de ce geste et secoua la tête pour trouver de la concentration. Elle porta son regard à nouveau sur le Centaure et leva son épée aussi haut qu'elle le pu.

« C'est bien, dit Ethnos. Lève-la encore un peu plus si tu peux. »

Lorysha secoua la tête en signe de négation.

« C'est déjà assez lourd comme ça, j'arrive à peine à respirer…

-Détends-toi, lui dit le Centaure en s'approchant d'elle. Écarte plus tes jambes. Il faut que tes pieds soient à hauteur de ton bassin. Maintenant, respires à fond. »

Lorysha suivit les ordres d'Ethnos et elle remarqua que lorsque ses pieds étaient écartés, elle avait un meilleur équilibre.

« On m'a rapporté que tu faisais énormément de cauchemars et que tu dormais très peu la nuit », lui dit-il calmement.

Lorysha leva des yeux colériques sur lui. Pourquoi lui parlait-il soudainement de ça ? Que voulait-il d'elle ?

« Qui vous a dit ça ?, lui demanda-elle froidement.

-Ton jeune frère, répondit Ethnos toujours aussi calmement en corrigeant légèrement la position de la brune. Il s'inquiète beaucoup pour toi… Et j'ai également pu constater la véracité de ses paroles la nuit dernière.

-Je vais bien », répliqua Lorysha avec hargne.

Pourquoi Ethan était allé raconter ça au premier venu ? Le Centaure n'était peut-être pas digne de confiance, après tout ! Il pouvait être une menace pour eux.

Ethnos soupira.

« Il faut que tu te confies à quelqu'un. Ce qui t'arrive n'est en aucun cas anodin.

-Et qu'est-ce que vous en savez ? Vous ne nous connaissez pas, ni moi, ni mon frère ! »

Elle baissa son épée et regardait le Centaure avec fureur.

« Je comprends que vous êtes une personne importante ici, Ethnos, mais ne vous permettez pas de me juger. Je n'ai pas besoin de raconter ma vie parce que je n'ai rien à vous dire. Maintenant, si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je vais aller manger. »

Elle reposa l'épée parmi les autres et partit presque en courant, sous le regard inquiet du Centaure.


Susan, Caspian, Peter et Edmund étaient retournés près de la Table de Pierre, pour donner de l'espace et de l'intimité à Ethnos et Lorysha. Peter s'était tourné vers Susan sur le chemin et se tortillait nerveusement les mains. La Douce lui avait jeté un regard interrogateur et le Grand Roi s'était arrêté. Caspian et Edmund avaient continué leur route.

« Bon, dit finalement Peter à sa sœur. Il faut qu'on parle à Edmund. »

Susan arqua un sourcil et Peter lui fit une mine déconfite.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Par rapport à Lorysha… », fit Peter péniblement.

Un demi-sourire naquit sur les lèvres pleines de Susan et elle hocha la tête tout en essayant de rester sérieuse.

« Ne me regarde pas comme ça, Susan !, s'exclama Peter. Tu sais très bien que ça a été un moment très difficile pour moi quand Maman m'a fait la morale par rapport à ça ! Et maintenant, c'est à nous de nous en charger pour Ed ! »

Susan ne tint plus et explosa de rire, ce qui acheva Peter, qui se prit la tête entre les mains. Susan lui posa une main sur l'épaule.

« Et bien, qu'attends-tu alors ?, fit-elle en riant.

-J'avais espéré que tu m'aides !, fit Peter.

-Tu peux toujours rêver !, répliqua la brune en rejoignant à grands pas son autre frère et le Prince.

-Mais… Susan ! Reviens ! », s'écria Peter.

Il se prit une nouvelle fois la tête entre les mains. Il n'allait pas aimer faire ça, il le sentait…

Lorsque Susan arriva vers Caspian et Edmund, elle les trouva en grande conversation sur ce qu'il faudrait faire une fois que les Telmarins auraient décidé d'attaquer. Elle les interrompit en disant à son jeune frère que Peter voulait lui parler. Ce dernier ne tarda pas à arriver avec une mine déconfite et il n'oublia pas de lancer un regard noir à Susan, qui lui tira la langue. Edmund prit un air interrogateur tandis que Peter se posta devant lui, très formel.

« Alors voilà, Ed… », commença Peter, visiblement très mal à l'aise.

Caspian lança un regard surpris à Susan, qui lui répondit par un sourire narquois et lui chuchota d'attendre.

« Susan et moi avons remarqué que tu t'étais beaucoup rapproché de Lorysha ces derniers temps, et… euh… »

Edmund soupira. Il croyait déjà savoir où est-ce que tout ça allait le conduire, et il n'avait aucune envie d'entendre parler de ça maintenant.

« Peter, je t'arrête tout de suite : je ne comprends pas cette fille.

-Ne pas la comprendre ne veut pas dire ne pas éprouver une sorte de… de… enfin tu vois… »

Peter marmonnait de plus en plus et Susan se retenait de rire. Elle avait la main devant sa bouche et couvrait ses gloussements en toux. Le Grand Roi lui lança un nouveau regard noir et Susan ferma les yeux. Caspian tenta de se faire discret, car lui aussi avait commencé à rire.

« Une sorte de désir ! Voilà ! », finit Peter brusquement.

Edmund ouvrit de grands yeux choqués et Susan explosa de rire. Peter s'en sortait tellement mal que c'était hilarant.

« Sérieusement, Susan, tu pourrais m'aider, quand même !, fit le Grand Roi, exaspéré.

-C'est toi qui a voulu lui parler, pas moi !, gloussa la brune.

-Je comprends plus rien, là… », fit Edmund, paniqué.

Peter soupira bruyamment et tenta de ne pas tenir compte des gloussements de sa sœur et des regards en biais que lui jetait Caspian. Oh, non… Pas lui aussi… Il devra s'en occuper… Mais pour l'instant, la priorité, c'était Edmund.

« Bon, reprit Peter en posant une main sur l'épaule de son jeune frère, je t'ai déjà surpris à plusieurs reprises avec Lorysha dans des situations disons… pas normales pour un jeune de ton âge. »

Edmund leva les yeux au ciel à ce commentaire.

« Tu sais, tu dors avec elle et tu prends des bains avec elle aussi…

-C'était qu'une seule fois, le bain !, répliqua Edmund. Et en plus, ce n'était même pas volontaire ! Je l'ai juste trouvée là… nue… et… »

Susan hurlait toujours de rire face aux comportements de ses frères, ce qui les déconcentrait légèrement. Caspian, lui, ne savait plus où se mettre.

« Justement, reprit Peter. Il faut que tu fasses attention… En plus, ton corps va commencer à… à ressentir… des choses… »

Edmund se couvrit les yeux avec la paume de la main pendant un bref instant.

« S'il-te-plaît, Peter, je n'ai pas envie de parler de ça maintenant… C'est hyper gênant…

-Mais c'est aussi très important ! », répliqua son frère.

Si seulement il n'avait pas à faire ça… Il aurait tellement aimé déléguer la tâche à quelqu'un d'autre, mais Edmund était son frère et en l'absence de leurs parents, c'était à lui que revenaient les responsabilités comme celle-ci. A son plus grand malheur… Il y avait des jours où Peter détestait être le grand frère.

« Tu arrives à un âge où ton corps va produire des hormones et… tu vas ressentir du désir… pour les femmes… »

Edmund soupirait bruyamment et ne regardait pas son frère en face. Ses joues étaient devenues rouges et il se sentait actuellement très mal à l'aise.

« Et tu aimes bien Lorysha, non ?, demanda Peter.

-Euh… Bah elle est sympa…, marmonna Edmund en se tortillant les mains nerveusement.

-Je crois que Peter veut Vous demander si Vous la trouvez jolie », intervint Caspian.

Edmund les regarda tour à tour et s'apprêtait à s'enfuir en courant, mais son frère lui agrippa l'épaule fermement.

« Bah je sais pas moi… oui, elle est jolie… Lâche-moi Peter… »

Son frère ne l'écoutait pas et échangea un regard avec Caspian.

« Alors il ne faut pas que tu fasses de bêtises, tu comprends, Ed ?, fit Peter avec gravité.

-Oui, c'est bon ! J'ai plus cinq ans ! Arrêtes de me parler comme si j'étais un demeuré ! », s'énerva-t-il en repoussant son frère et en tournant les talons.

Peter, Caspian et Susan échangèrent des regards.

« Ça aurait pu être pire, fit Peter en haussant les épaules et essayant de se rassurer.

-Ça aurait pu être mieux, fit remarquer Susan.

-Si tu m'avais aidé, aussi, on n'en serait pas là ! », grogna le Grand Roi.

Caspian sourit légèrement et préféra se retirer lui aussi.

« C'est toi qui va parler à Lorysha ! », lança Peter à Susan.

La Douce leva les yeux au ciel et partit en direction de l'armurerie, où elle y retrouva Ethnos, seul.

« Où est passée Lorysha ?, demanda-t-elle au Centaure.

-Elle est partie très énervée après que j'ai tenté de lui parler de ses cauchemars…, répondit-il en soupirant.

-Très bien, merci », dit Susan en repartant.

C'était maintenant à elle de jouer. Elle espérait avoir plus de chances que Peter…


Susan chercha Lorysha partout : aux bains, dans l'immense dortoir, sur la terrasse, mais elle ne la trouvait nulle part. Elle commençait à désespérer lorsqu'elle vit la brune marcher droit sur elle.

« Salut, Susan, lui lança-t-elle en mangeant une nectarine.

-Ah ! Te voilà ! Je voulais te parler… »

Susan commença à se tortiller les mains. Elle n'avait pas réfléchit à la manière dont elle allait aborder le sujet. Peter n'avait pas été très subtil, il fallait qu'elle le soit bien plus, surtout avec une personne comme Lorysha, qui était très lunatique.

« Me parler de quoi ?, demanda la brune en s'essuyant la bouche avec sa main.

-D'Edmund, annonça la Douce de but en blanc.

-Et ben quoi ?, répliqua Lorysha avec un regard interrogateur.

-J'ai remarqué que tu étais devenue très proche de lui, et je me demandais si tu l'aimais bien…

-Bah oui, il est cool, dit Lorysha en haussant les épaules. Il est marrant… »

Elle tentait de cacher la gêne qui s'emparait d'elle. A la mention d'Edmund, Lorysha avait tendance à ne pas savoir comment réagir. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait : c'était comme si ses joues étaient en feu, ses mains devenaient moites et elle avait du mal à respirer. Elle repensait à l'attaque de Telmare, lorsqu'ils étaient tous les deux sur la tour, accompagnés du Griffon qui était légèrement resté en retrait, et que le brun s'approchait d'elle. Elle repensa également à leur moment dans les bains, puis à la veille, lorsqu'il l'avait prise dans ses bras et qu'ils avaient dormi ensemble.

Lorysha secoua la tête pour nettoyer son esprit de ces pensées, ce que Susan remarqua.

« Pourquoi cette question ?, demanda Lorysha en feignant l'indifférence.

-Oh, non, pour rien… Je veux juste que tu ne te sentes pas obligée de faire des choses dont tu n'as pas envie, et il en va de même pour Ed.

-Quelles choses ?, demanda Lorysha, réellement intriguée maintenant.

-Est-ce que tu ressens des sensations étranges quand tu es proche de mon frère ? », demanda soudainement Susan.

Oui, pensa Lorysha.

« Euh, non, pas spécialement », répondit-elle en rougissant légèrement.

Susan tenta de masquer son sourire en coin lorsqu'elle remarqua le rougissement de la brune.

« Je vois… et bien, si cela devait se produire, je veux que tu saches que c'est tout à fait normal, et que si tu veux en parler à quelqu'un, je suis là. D'accord ?

-Oui, OK… D'accord. Je peux y aller, maintenant ?, fit Lorysha en se grattant la nuque.

-Susan ! Lorysha ! », appela une voix derrière elles.

Les deux jeunes filles se retournèrent et découvrirent Edmund qui courrait vers elles. Lorysha grogna en le voyant et Susan sourit.

« Vous devriez venir… Sur la terrasse… Je vais chercher Peter… »

Le brun reprit sa course et les filles échangèrent un regard intrigué. Elles partirent en direction de la terrasse.


Peter était assis sur le bas de la Table de Pierre et fixait depuis quelques minutes déjà l'immense statue d'Aslan. Il ne savait pas quoi faire. Il commençait à douter de tout le monde, mais également de lui-même. Avait-il prit la bonne décision lorsqu'il avait ordonné l'attaque du château de Telmare ? Il pouvait maintenant voir que non. Il avait perdu la moitié de son armée, et ceux qui restaient ne savaient pas manier les armes. Ils étaient quelques uns à pouvoir réellement se battre et à avoir une chance de survivre, si une bataille devait avoir lieu. L'armée de Miraz était terrible et depuis qu'il avait été couronné Roi, elle s'était encore élargit. Le Grand Roi soupira.

Lucy vint s'asseoir à côté de lui et posa sa petite tête sur l'épaule large de Peter. Celui-ci la regarda et lui fit un petit sourire, qui se voulait rassurant, mais qui apparaissait plus comme une grimace.

Peter pensait à la Sorcière Blanche. Comment se faisait-il qu'il n'ait pas été capable de lui résister ? Il avait faillit la ramener à la vie, et il était reconnaissant qu'Edmund l'ait tuée avant. Mais de nouveau, Peter s'interrogeait : comment Edmund avait été capable de résister au pouvoir de la Sorcière ? Qu'avait-il de plus que lui ? Il regarda la statue d'Aslan, comme pour demander au Grand Lion des conseils.

Peter soupira à nouveau.

« Tu as de la chance, toi, au moins, dit-il à sa petite sœur.

-Que veux-tu dire ?, lui demanda-t-elle en arquant un sourcil.

-Tu l'as revu… »

Les deux Pevensie tournèrent à nouveau leur regard en direction de la statue majestueuse.

« J'aurais aimé qu'il me donne à moi aussi une sorte de preuve… », ajouta le Grand Roi en soupirant.

Lucy le regarda. Elle voyait à quel point son frère doutait de lui-même, et elle lui fit un petit sourire.

« Peut-être qu'il attend que nous fassions nos preuves », répliqua-t-elle.

Peter la regarda à son tour, affichant une mine confuse. N'avait-il pas déjà, par le passé, fait ses preuves ? Qu'est-ce qu'Aslan attendait de lui ?

Les deux Pevensie tournèrent le regard vers Edmund qui s'avançait vers eux, hors de souffle et l'air plus qu'inquiet.

« Peter… Tu devrais voir ça… »

Le Grand Roi se leva et suivit son jeune frère en tenant la main de Lucy. Ils furent rejoints par Susan qui était accompagnée de Lorysha, puis par Ethan, Ethnos, Trompillon et Caspian. Ils allèrent en direction de la terrasse, et, une fois arrivés, la terreur s'empara de chacun d'eux : l'armée de Miraz était là.


Désolée pour cet immense retard, mais là, j'ai une justification valable ! On a eu un énorme orage dans mon village et ma maison a subi d'immense dégâts, du coup j'avais pas forcément la tête à écrire, surtout qu'il a plut dans ma chambre et que j'ai du la vider à toute vitesse et mettre mes affaires n'importe comment dans le reste de la maison en attendant d'avoir des cartons pour les ranger… Du coup les experts passent bientôt et on verra bien ce qu'ils nous disent…

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Sinon, merci beaucoup à Ananas23 et à Charly1902 pour vos reviews qui m'ont fait très plaisir ! Je suis contente que l'histoire vous plaise et j'espère que ce chapitre vous a également plu :D

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Annonce générale : il me reste cinq chapitres à écrire ! Donc le premier livre sera bientôt terminé, j'espère pouvoir le finir avant le 22 septembre (ma rentrée) et pouvoir commencer Fire tout de suite après ;) Je peux déjà vous dire que Fire va se composer de sept chapitres et qu'il sera bien plus sombre que Broken (il sera Rated M, alors que Broken était un gros T)