Chapitre 10 – Coat of Many Colors
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Elle avait imaginé autrement sa rentrée à Poudlard. Ron et Harry Potter auraient dû être pour l'acclamer tandis qu'elle rejoignait la table rouge et or des Gryffondor. Elle aurait dû se faire des amis dans le train, à table et dans les dortoirs. Elle aurait dû se sentir à sa place à Poudlard. Elle n'aurait pas dû se sentir si seule au milieu de tant de personnes.
Mais Percy et les jumeaux avaient passé le banquet avec leurs amis, se contentant de l'acclamer quand son nom avait été prononcé par le Choixpeau suivi par le nom de leur maison.
Hermione Granger, qu'elle avait rencontré sur le Chemin de Traverse, sans vraiment parler, avait été la seule à lui adresser la parole. Elle était gentille, quoi qu'un peu trop sérieuse. Elle lui avait mis la pression au niveau des études en l'espace de quelques minutes. Cela dit, elle avait paru surtout inquiète qu'Harry et Ron ne soit pas là. Tout le monde en réalité, n'avait fait que parler de leur absence – les hypothèses les plus folles s'étaient succédées, puis on avait entendu un boum lointain, le professeur Rogue était sorti et Dumbledore avait fait son discours avant de tous les envoyer se coucher. Mais bien entendu, les Gryffondors n'étaient pas couchés.
Percy tirait clairement la tronche – lui qui visait le rôle de préfet-en-chef l'année suivante, il se retrouvait ridiculisé par son petit-frère qui prouvait encore une fois que le règlement importait peu (l'influence d'Harry Potter, sans doute). Ginny pensait qu'il se faisait du souci pour rien : il n'en était plus à un frère rebelle près, donc si les jumeaux n'avaient jamais éclaboussé sa réputation, Ron ne le ferait pas. Fred et George, d'ailleurs, semblaient désolés de ne pas avoir été de la partie.
Quand on vit apparaître le garçon à lunettes et son ami roux avec une coupure à l'arcade sourcilière, des applaudissements s'élevèrent. Ginny les regarda tenter de traverser la foule, un peu gênés devant tant d'admiration. Lee Jordan, l'ami des jumeaux les félicita pour leur imagination, et tout le monde alla se coucher.
Elles étaient seulement deux filles de première année à avoir été réparties à Gryffondor. Ginny lança un regard incertain à Artémis Coote. Celle-ci l'ignora tandis qu'elles montaient les marches vers les dortoirs que Percy leur avait indiqués.
- Salut ! firent trois filles plus âgées en les voyant entrer. Comment vous vous appelez ?
Visiblement, les premières et troisième année avaient été réunis dans la même chambre – inutile en effet de réserver un dortoir de cinq pour deux première année, quand il en restait un avec trois lits pris. Ginny regarda avec admiration la pièce remplie de baldaquins rouge et or qui semblaient avoir accueilli plusieurs générations de Gryffondors avant elle.
- Ginny Weasley, dit-elle.
L'autre première année leva les yeux au ciel. Clairement, elle aurait flairé une Weasley à ses cheveux et sa robe râpée aux coudes avant même le premier jour de classe.
- Et vous ?
- Katie Bell. Enchantée !
-Leane Peakes – mon frère est dans votre promotion, dit un autre brune, et Ginny acquiesça.
- Briséis, dit la dernière, une blonde à l'air timide.
- Artémis Coote, fit l'autre deuxième année.
Artémis ne lui adressa pas un regard de plus tandis qu'elles défaisaient leur valise. Elle écoutait les grandes. Ginny aussi, mais surtout parce que Katie était dans l'équipe de Gryffondor et que Fred et George lui avait dit que les trois filles de l'équipe de Quidditch étaient top. Une alliée potentielle dans cet étrange château. Une personne que ça ne dérangeait visiblement pas de parler à une Weasley. Les Coote n'étaient pourtant pas des gens qu'elle connaissait comme étant des Sang-purs fiers de leur lignée. Elle avait encore beaucoup à apprendre, visiblement.
- Et toi, Ginny ? fit gentiment Katie. Quelle matière t'intéresse le plus pour l'instant ?
- Le vol, dit-elle sans réfléchir.
Katie lui adressa un sourire éblouissant.
- Si on accepte une autre Weasley dans l'équipe, on va vraiment nous accuser de favoritisme, rit-elle.
- Bibine est une très bonne prof… dit Leane. Profites-en, les cours s'arrêtent après la première année…
Ginny sourit timidement. Elle venait de sortir le journal intime vierge de sa pile de livres. Elle le glissa discrètement dans le tiroir de la table de nuit. Tant qu'il était vierge, elle ne risquait rien, mais elle se mettrait en quête d'un sort de fermeture dès demain.
- Quelqu'un sait ce que veut dire « Anthochère » ? fit Leane à un moment. On dirait que la Grosse Dame s'est surpassée pour les mots de passe, cette année…
- Elle a surtout fêté la rentrée avec sa copine Violette… Elles ont sifflé deux des tonneaux de vins du tableau du deuxième étage… Fred m'a dit que Bacchus tirait franchement la tronche…
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La première semaine de Ginny fut très peu mouvementée, si on exceptait la Beuglante de Ron. Elle se sentait extrêmement seule. Les Serpentards, avec qui elle avait cours la plupart du temps, mettaient un point d'honneur à ne pas s'asseoir avec les Gryffondors… Artémis l'évitait… et Ginny ne trouvait pas qu'avoir Colin Crivey comme voisin soit une alternative enviable. Elle passait donc beaucoup de temps seule à son pupitre. C'était idéal pour la concentration, et elle avait déjà fait gagner 15 points à Gryffondor en Histoire de la magie et en Sortilèges, mais elle se sentait d'autant plus seule.
Luna, la seule tête qu'elle connaisse, était toujours avec des Serdaigles, qui, Ginny en avait bien l'impression, appréciait sa compagnie parce qu'elle était drôle malgré elle. Luna distinguait les moqueries de la sympathie, mais la nuance lui importait en réalité peu. Elle lui manquait un peu, même si Luna n'avait jamais été sa meilleure amie. C'était son ami d'enfance, mais pas le genre avec qui on avait forcément envie d'être vue. On était loin d'une amitié fusionnelle comme celle de Katie et Leane, de Parvati et Lavande - ces grandes amitiés que ses parents lui avaient vendu en parlant de l'internat de Poudlard. Elle aimait beaucoup Luna, mais elle ne voulait pas attirer l'attention sur elle en s'associant à une fille étrange, tellement dans la lune qu'elle oubliait votre existence dès qu'un papillon original entrait dans son champ de vision. Malgré son défaut de concentration, Luna avait atterri chez les Serdaigles, une surprise pour Ginny, à qui on avait appris que les studieux allaient à Serdaigle et les gentils à Poufsouffle.
La maison lui manquait. Elle avait pleuré chaque année qui lui avait pris un frère pour l'emmener vers cette destination réputée fabuleuse qu'était Poudlard. Quand Ron était partie et qu'elle s'était retrouvée toute seule, ç'avait été extrêmement difficile. Maintenant qu'ils étaient tous réunis, elle n'allait pas mieux. Une préfète de Serdaigle l'avait même consolée au coin d'un couloir - Ginny n'avait pas compris pourquoi cette inconnue s'était montrée si gentille, avant qu'elle ne la voit embrasser son grand-frère à pleine bouche.
Il n'en restait pas moins que Ginny avait l'impression que Poudlard lui avait été survendu. Le Terrier lui manquait. Ici aussi, il y avait des Weasley, les bâtiments étaient asymétriques et remplis de bruits étranges,… mais l'air n'avait pas la même odeur, elle n'avait des nouvelles de ses parents qu'une fois par semaine, la mare a été remplacée par le lac et leur verger par un terrain de Quidditch. C'était génial, et en même temps, ça la renvoyait à un chez soi qui était loin.
Alors Ginny écrivait dans son journal. Elle y écrivait sa solitude, ses journées de cours qui s'enchaînaient, à peine égayées par l'ambiance de la Salle commune, où ses frères tentaient de la dérider chaque soir, et où le Trio semblait une sphère brûlante de rires et de complicité auquel elle n'aurait jamais accès. Une amitié comme la leur lui manquait.
Elle était seule dans le dortoir, en train d'écrire des phrases particulièrement sombres dans son journal (Percy avait été chargé de lui dire que le chat familial était mort) et à pleurer, quand elle eut pour la première fois une réponse de Tom Elvis Jedusor.
Elle venait juste de finir d'écrire qu'elle était agacée que cette brosse à chaussure de Croûtard ait, lui, survécu à 12 années au régime Weasley et que son chat âgé de cinq ans, lui, soit mort d'une bête blessure infectée.
Bonjour Ginny,
Je comprends ta peine… J'ai moi-même perdu mon crapaud, il y a quelques années. Je pense fort à toi, ne te laisse pas abattre.
Tom
Elle avait regardé la page jaunie, interdite. Relu les mots. Puis ils avaient disparu, comme aspiré par le papier. C'était magique, visiblement, car les pages suivantes restaient blanches.
Elle approcha avec hésitation la plume du papier. Qui êtes-vous ?
Je m'appelle Tom. J'ai été étudiant à Poudlard. Comment as-tu trouvé mon journal ?
Je l'ai trouvé dans mes livres. Je pensais que c'était un cadeau, mais finalement, on dirait que c'est une erreur. Vous n'avez jamais écrit dans ce journal ?
Si, mais je l'ai ensorcelé pour qu'on ne puisse pas le lire sans m'avoir rencontré auparavant… Ce serait extrêmement indiscret de lire le journal de quelqu'un d'autre, n'est-ce pas ?
Un sort ne pouvait pas répondre de façon si humaine, n'est-ce pas ? Fred et George admettaient volontiers qu'un parchemin farceur avait besoin d'un stock de phrases pour fonctionner, que les objets ne pouvaient pas devenir entièrement autonomes. Alors était-ce vrai… ?
Je crois que je serais violente si quelqu'un lisait mon journal sans ma permission, avoua-t-elle au Tom de papier. Si un de mes frères y touchait…
Ils ne le feront pas. Ce journal est protégé. Tu es la seule à pouvoir le lire. Seule une personne très puissante peut y arriver.
Ginny faillit rougir devant le compliment, ignorant que derrière le papier, Tom souriait affreusement.
De toute façon, le dortoir des filles est piégé pour qu'aucun garçon ne monte, mes frères ne pourront pas y toucher.
La réponse de Tom mit plus de temps à venir cette fois. Le mensonge prenait du temps à venir à cet avatar vieux de 50 ans.
Comment se passe ta rentrée ? Gryffondor est une super maison !
Tu étais à Gryffondor ?!
Oui
Et dès ce moment-là, Ginny cessa de se méfier. Les messages d'alerte que lui lançait son cerveau furent bien vite remplacés par la certitude qu'elle comptait pour quelqu'un.
Elle avait toujours peur de l'ennuyer avec ses histoires, mais lui niait toujours. Il nia quand elle lui parla de son amour pour le Survivant, quand elle lui raconta comment ses frères l'avaient cruellement surnommée « Ginny Geignarde » parce qu'elle avait boudé pendant tout un repas de famille il y avait des années de cela, quand elle pleura sur son journal parce que personne ne faisait attention à elle.
C'était faux, mais cela devint vrai au fur et à mesure que Tom Jedusor la rendait dépendante de lui et la coupait du monde.
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- Bonjour ! fit gentiment Hagrid en la voyant approcher de son potager.
Pour changer, Ginny piqua un fard.
- Bonjour, dit-elle poliment.
Elle observa les citrouilles qui grossissaient à une vitesse… pas très naturelle.
- C'est pour Halloween, fit Hagrid.
Ginny ouvrit de grands yeux. Elle adorait Halloween.
-Vous allez les découper ?
- Bien sûr. Tu voudras m'aider ?
- Avec plaisir, dit-elle après un temps d'arrêt, son premier sourire sincère de la journée creusant des fossettes dans ses joues.
- Tu cherches quelqu'un ? dit Hagrid, se pensant perspicace.
- Je sais que Ron, Harry et Hermione aiment venir vous voir.
Mais c'était un mensonge.
Elle regarda le chemin d'un air incertain. Pour être tout à fait honnête, elle n'avait aucune idée de ce qui l'avait amenée près de la cabane du garde-chasse alors qu'elle avait un cours de Potions, à l'autre bout du château, dans dix minutes.
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Ron était en retenue, et Ginny, qui avait espéré jouer aux échecs avec lui, ce soir, s'ennuyait. Percy la couvait, persuadé qu'elle allait mal – il n'avait pas tort, mais au lieu de voir qu'il lui manquait un ami – non un confident de papier perdu entre les siècles - lui était persuadé qu'elle couvait un rhume, et la forçait à prendre de la Pimentine dès qu'il lui trouvait la mine chagrine. Pour cacher les effets secondaires (une épaisse vapeur qui lui sortait des oreilles, et que ses camarades de classe ne manquaient pas de moquer), elle prétexta une envie pressante.
Pour une raison qu'elle ignorait, ses pieds prirent la direction des toilettes du deuxième étage, qui n'étaient pas les plus proches, et où sincèrement, elle n'aurait pas été, si elle avait été saine d'esprit : même quand elle était dans le coin, elle s'abstenait de déranger Mimi Geignarde.
Mais encore une fois, cela lui semblait la bonne solution. Et on ne questionnait jamais celles qui s'y rendaient – c'était le refuge des filles qui ne voulaient voir personne.
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- Dommage que l'équipe soit au complet pour l'instant, lui dit Mme Bibine au début du mois d'octobre. Gryffondor aimerait vous avoir. A quel poste est-ce que vous aimez jouer, miss Weasley ?
A vrai dire, elle ne savait pas vraiment. Quand elle jouait avec ses frères, elle prenait le poste que personne ne voulait. Elle n'avait quasiment aucune expérience comme Batteuse, parce les jumeaux monopolisaient cette place, mais elle était raisonnablement bonne Poursuiveuse, Gardienne et Attrapeuse.
- Pensez-y… Un joueur remplaçant est toujours utile… j'en toucherais quelques mots à Dubois.
Avec les Serpentards et leur arsenal de Nimbus 2001, Merlin savait que Bibine aurait bien aimé qu'on écrase la maison qui jouait sur le matériel plutôt que la technique et la qualité de ses joueurs.
- Merci madame…
Ginny s'imaginait déjà la plus jeune recrue depuis Harry Potter, mais bien entendu, rien ne se passa ainsi. Le Quidditch devint une préoccupation secondaire pour tout le monde après le 31 octobre 1992.
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Comment avait-elle réussi à mettre des plumes de poulet sur sa robe ?
Elle n'avait utilisé que des plumes de Jobarbille en cours de potions… Et ces traces de peinture sur ses mains… Elle n'utilisait que de l'encre… Elle monta vite se laver les mains avant le banquet d'Halloween.
Il fut grandiose. Hagrid avait finalement découpé les citrouilles seul – elle n'était pas revenue le voir. Pour la première fois, Ginny sourit, assise au milieu de ses frères et du reste de l'équipe de Quidditch. Katie semblait l'avoir prise sous son aile, remarquant son mal-être. Elle mit un point d'honneur à la faire rire, à lui raconter des ragots avec ses amies Angelina et Alicia. Ginny remarqua tout de même l'absence du fameux trio de Gryffondor.
Ce fut sa première vraie soirée depuis des mois. Mais la joie fut courte. Dumbledore leur souhaita bonne nuit, et dans un seul mouvement, les étudiants des différentes tables se levèrent pour suivre les préfets jusqu'à leur salle commune.
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Tom ! Quelqu'un a ouvert la chambre des secrets… Est-ce que tu sais ce que c'est ? Même les professeurs ont paniqué en voyant ce nom…
C'est une légende… Comment est-ce que ça s'est passé ?
Elle lui raconta la découverte de Miss Teigne et d'Harry, Ron et Hermione.
« Ennemi de l'héritier, prenez garde » ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Que les Sangs-purs vont se faire justice.
Tom était prudent : il n'employa jamais le mot « Sang-de-Bourbe » devant Ginny. Et comme son nom de famille à lui n'était pas celui d'un Sang-pur, elle fut certaine qu'il était de son côté.
Tom… j'avais de la peinture sur les mains avant le festin.
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Les autres élèves évitaient désormais de se promener seuls dans le couloir du deuxième étage. Mais en l'absence d'amis, Ginny le parcourait pour rejoindre la classe de Métamorphose. Elle fixa plusieurs fois les lettres tracées sur le mur, incapable de dire ce qui la gênait tant dans l'inscription (à part le fait qu'un malade avait écrit un tel message et avait attaqué le chat du concierge).
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McGonagall passait dans les rangs pour savoir qui restait à Poudlard pour Noël. Ginny, qui s'était fait une joie en septembre d'aller voir Bill, avait changé d'avis. Alors que la quasi-totalité de sa classe avait coché la case « Vacances en famille », elle s'était inscrite dans la liste des élèves qui restaient au château.
Bill aurait su tout de suite que quelque chose n'allait pas. Elle aurait même risqué de fondre en larmes devant lui et de tout lui avouer. Et elle était certaine que ses parents aussi se seraient rendu compte de quelque chose.
Elle ne tournait pas rond. Rien que cette semaine, elle s'était retrouvée par deux fois dans un endroit du château sans avoir la moindre idée de comment elle l'avait atteint. Elle qui disait que Luna était un peu folle, elle ne valait pas mieux…
Son seul réconfort, pendant ces vacances, fut l'arrivée des traditionnels pulls. Les couleurs ne variaient pas : vert pour son père, bleu pour Bill, rouge pour Charlie, gris pour Percy, bleu clair pour les jumeaux avec des majuscules (un repère visuel pour Molly du temps où ils étaient petits, et qu'elle n'avait pas changé depuis), violet pour Ron et pour elle…
Sa mère avait enfin retenu qu'elle n'aimait pas le rose. Cette année-là, ce fut un poncho multicolore, un patchwork de carrés à motifs de fleurs en crochet. Le poncho des fins de pelotes, un ensemble multicolore qui lui redonna le sourire un moment. Elle aurait pu jurer qu'elle pouvait déceler une odeur de Terrier derrière celle de la laine. Sa mère avait dû passer du temps dessus. Sa carte à motif de pyramide de Gizeh lui redonna le sourire.
Mais ça ne dura pas longtemps.
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Ginny fit beaucoup de cauchemars, cet hiver-ci. Des poulets dont elle tordait le cou intentionnellement, à la moldue… des chats figés au regard accusateur… des odeurs de canalisation… des mots écrits de rouge… et finalement, les yeux vides de Colin Crivey. Ça la changeait de ces nuits où Drago ricanait « Tu t'es trouvé une petite-amie, Potter ? », en boucle dans sa tête. Le mépris dans sa voix donnait envie à Ginny de pleurer, mais ces nouveaux cauchemars, frappants de réalisme la laissaient baignant dans une sueur froide. Percy avait même écrit à la maison pour dire qu'elle faisait insomnie sur insomnie.
Après une nouvelle nuit peuplée de formes sombres, Ginny se réveilla. Il n'était que 4 heures. Elle descendit dans la salle commune, où le feu était éteint mais les cendres toujours chaudes, et les remua.
Tom lui avait répondu la veille, après l'expérience du club de duel.
Tu ne devineras jamais ce qui s'est passé ! Harry Potter parle Fourchelang ! Et maintenant, tout le monde pense qu'il est l'héritier de Serpentard !
Comme toujours lorsqu'elle parlait d'Harry Potter, Tom prenait son temps pour répondre.
C'est ridicule, puisqu'il est à Gryffondor !
Elle était d'accord. Au fond, si Harry pouvait être innocent quand tout l'accusait, pourquoi elle ne pouvait-elle pas être innocente, alors qu'elle rêvait des scènes qui ne s'étaient pas passées et qu'elle avait de plus en plus de trous de mémoire ?
Elle écrivit dans le journal, à la lueur rouge des braises. Ce ne fut que quand Justin Flinch-Fletchey et Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme bien aimé des Gryffondors, qui avaient par plusieurs fois tenté de lui remonter le moral, furent retrouvés inanimés que Ginny se rendit à l'évidence.
Elle n'avait pas besoin d'une étude graphologique… Ginny avait reconnu sa propre écriture sur le mur. Ou plutôt… l'écriture d'un autre, mais dissimulée sous le tracé de ses doigts.
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C'était elle.
Elle savait comment tuer des poulets. La manière sorcière permettait de ne pas se salir les mains, mais Ginny n'avait pas besoin de taches visibles pour sentir sa culpabilité.
Elle était devenue une lady Macbeth des temps modernes.
Meurtrière, paranoïaque, névrosée. Mais sans mobile.
Non, elle refusait d'avoir le même destin qu'un personnage de tragédie.
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Elle rasait les murs.
Personne ne savait, et pourtant, elle venait d'accomplir son acte le plus courageux depuis des mois.
Elle ne s'était pas dénoncée. Mais elle s'était débarrassée du Journal. Les Incendio n'y avaient rien fait, et le journal était indéchirable, alors elle l'avait jeté dans les toilettes et tenté de tirer la chasse. Mais le journal était revenu, recraché, semblant la narguer… Alors Ginny l'avait jeté le plus loin possible d'elle et avait couru le plus loin possible des toilettes, là où il ne pourrait plus la retrouver.
Elle savait depuis qu'elle avait entendu Harry et Ron discuter. Elle avait espionné le Trio - d'abord parce qu'elle espérait toujours qu'ils se rappelleraient de son existence. Ensuite parce qu'elle savait qu'ils enquêtaient (sinon, comment Hermione se serait-elle retrouvée à l'infirmerie avec une tête de chat ?).
Se débarrasser du journal, de cette chose dont elle se sentait devenir dépendante et qui l'utilisait, avait été salutaire pour elle. Elle respirait mieux. Et en même temps, son ombre continuait d'assombrir son horizon.
S'il ne pouvait plus l'utiliser, Tom ne pourrait plus faire de mal à qui que ce soit… n'est-ce pas ?
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Elle était en train de fouiller sa tirelire pour participer à l'effort familial initié par les jumeaux : ils avaient lu la presse. Ils savaient que ses parents n'avaient pas les 50 Gallions d'amende que leur père devait payer pour l'incident de la voiture volante. Le fait que celle-ci ait disparu, et que la justice manque ainsi de preuves, avait permis d'arrêter les poursuites, mais les cinq Weasley savaient que ce n'était pas le pire. L'Acte sur la Protection des Moldus qui tenait tant à cœur à leur père était entaché par cette histoire de voiture.
- Tiens, dit-elle en tendant toute sa richesse (3 Gallions) à Fred.
Elle vit Harry entrer dans la Salle commune, et allait éviter son regard (son poème de Saint-Valentin avait entraîné force moqueries plus tôt dans l'après-midi…) quand elle vit ce qu'il tenait dans sa main. Un innocent carnet relié en cuir noir. En apparence innocent, mais que Ginny aurait reconnu entre mille. Elle avait failli s'évanouir, non pas de honte, comme le pensait Malfoy, mais de peur, quand elle l'avait vu dans la main d'Harry, dans le couloir où ce maudit Cupidon avait dévoilé ses sentiments pour Harry à une foule pas du tout charitable.
Elle avait espéré qu'Harry se désintéresse du journal, qu'elle savait être vierge aux yeux d'étranger, et qu'il le jette quelque part. Elle avait espéré. Et ses espoirs avaient été déçus.
Elle allait devoir prendre les choses en main.
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Mais elle sut qu'elle n'avait rien repris en main. Ou plutôt, que c'était Tom qui la manipulait de nouveau. Le lendemain matin, le journal était là, dans sa chambre, sans qu'elle se souvienne avoir été le chercher.
Elle avait pris la décision de le faire, mais elle ne se souvenait ni d'être montée dans le dortoir des garçons, ni de l'avoir visité. Or, d'après ce qu'avait dit Neville, tout avait été retourné. Si elle avait été aux commandes, elle aurait fouillé méthodiquement, mais aussi révérencieusement, les affaires de celui qu'elle aimait.
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Le poncho aux mille couleurs était devenu un refuge, une tente dont elle pouvait refermer les pans sur sa tête, une armure aussi, désormais. Un chapiteau de laine dans la confection duquel elle voyait tous les efforts mis et l'amour transmis.
Artemis l'avait regardée d'un air méprisant la première fois qu'elle l'avait enfilé – ce n'était clairement pas un vêtement classe ou d'excellente qualité. Mais c'était son refuge. Un morceau portatif de Terrier.
Mais aujourd'hui, la cabane colorée sous laquelle elle avait pris la peine d'écrire son journal pour qu'on ne lise pas par-dessus son épaule n'était plus une cachette fiable. Elle n'était plus une protection non plus. Le danger était déjà dans le bastion de ses secrets. Le danger était déjà en elle.
Elle serra ses genoux contre elle en observant le carnet maudit. Que faire… ?
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Il semblait que pour une fois, l'école toute entière soit d'accord sur quelque chose.
- On ne peut pas interdire le Quidditch !
… C'est la seule raison pour laquelle j'ai accepté de venir ici et d'être enfermée dans un château écossais avec mes frères ! faillit dire Ginny.
Et puis McGonagall prononça des mots qui les glacèrent peu à peu.
- Tous les élèves doivent immédiatement retourner dans leur salle commune où il leur sera donné de plus amples informations…
Ca ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose. Il y avait eu une nouvelle attaque. Ginny lançait des regards affolés autour d'elle. Ses frères étaient tous là. Elle pouvait apercevoir Luna dans les gradins. Percy, qui semblait lui aussi analyser la foule d'élèves, était pâle. Elle le vit interroger une élève de Serdaigle qui lui répondit par la négative. Plus loin, elle vit McGonagall faire signe à Harry de la rejoindre et Ron qui les rejoignait. Elle comprit avant eux. Le Trio n'en était plus un.
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Ginny était à deux doigts de tout dire, en voyant la tête de Percy quand elle rejoignit la salle commune. Elle savait que Pénélope comptait beaucoup pour lui – il avait de la chance qu'elle ne soit que pétrifiée. Ils échangèrent un regard et elle l'étreignit brièvement, avant que McGonagall ne monte leur donner les nouvelles directives.
Dumbledore fut renvoyé et Hagrid arrêté la semaine suivante. Clairement, Harry et Ron en savaient plus que tout le monde sur l'affaire. Ginny faisait partie des seules personnes avec eux à encore défendre leur garde-chasse contre les Serpentards réjouis.
Trois jours avant les examens de fin d'année, le professeur McGonagall leur assura que les pétrifiés allaient vite reprendre vie. Ginny sut qu'elle devait agir à ce moment-là. Tom ne laisserait pas ses plans pour l'école être ainsi contrecarrés… Il allait vouloir agir et elle devait le prendre de court.
Alors au petit-déjeuner, elle se dirigea vers Harry et Ron pour leur parler. La proximité avec Harry la rendait confuse, elle se sentait perdre ses moyens, mais surtout, surtout, c'était comme si à chaque fois qu'elle voulait ouvrir la bouche, une main exerçait une pression de plus en plus désagréable sur sa gorge. Elle ouvrit plusieurs fois la bouche, comme un poisson cherchant de l'air, mais aucun son n'en sortit. Finalement, quand Percy lui demanda sa place sans comprendre le combat qu'elle était en train de mener contre elle-même, elle se leva d'un coup, sentant que chaque pas qui la mènerait plus loin de ceux qui pouvaient sauver l'école lui permettrait de mieux respirer.
Mais pendant ce temps qu'elle avait passé à se faire violence, Tom s'était réveillé. La fillette était courageuse. Elle le trahirait bientôt. Et lui avait moins d'un mois pour agir. Alors il reprit le contrôle, et Ginny Weasley ne rejoignit jamais son cours de Défense.
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« Elle allait nous dire quelque chose d'important ! ». Percy ne s'en remettrait jamais. Il avait été si sot, à vouloir manger son fichu petit déjeuner quand sa sœur avait peut-être eu une information cruciale à lui dire… Il était clair maintenant que l'Héritier de Serpentard avait voulu la faire disparaître… sinon, pourquoi attaquer une Sang-Pur ?
Enfermer tous les Gryffondors dans leur tour semblait la pire stratégie pour faire oublier ce qui s'était passé. Percy avait envoyé une lettre aux parents. Il y avait promis que jamais plus il ne les perdrait de vue. C'était trop tard, cependant. Tout le monde savait que la frêle Ginny Weasley n'avait aucune chance face au monstre qui avait pétrifié un fantôme.
Percy savait qu'il n'avait pas eu les bons mots avec Ginny. Pendant ses premiers mois à Poudlard, au lieu de lui dire que tout irait bien, il lui avait dit de s'endurcir, qu'avoir le mal du pays faisait partie du package quand on allait dans un internat. C'avait été le conseil de Charlie et Bill, quand lui était entré en première année avec ses airs de premier de la classe. Ses frères aînés avaient joué un moment les gros bras, mais ils avaient fini par lui dire qu'il devait apprendre se défendre, qu'ils ne seraient pas toujours là pour lui sauver la mise.
La première fois que Percy avait suivi leur conseil et qu'il s'était battu, ç'avait été pour protéger deux élèves de première année. C'avait été la première fois qu'il s'était senti courageux. Ensuite, il avait surtout utilisé sa tête et sa bonne réputation pour devenir le haut de la chaîne alimentaire – un préfet était intouchable et il était capable d'enlever des points.
Et pourtant. Percy ne pouvait pas arrêter le monstre qui allait tuer ou qui avait tué sa petite sœur en jouant des points ou en usant de son autorité.
Plus tard, quand il se rendit compte que Ron et Harry avaient quitté la Salle Commune (Neville vint l'en avertir), il se dit qu'il n'avait pas été aussi courageux qu'il aurait pu l'être.
Au fond, il avait toujours plus été un Serdaigle qu'un Gryffondor – il avait rejoint la maison des lions pour être un bon fils. Pour ne pas se faire remarquer. Pour ne pas être seul aussi : il savait qu'il n'était pas doué pour se faire des amis. Il aurait dû compatir avec Ginny, parce que lui savait ce que ça faisait de ne pas se sentir à sa place : il était un élève ambitieux comme un Serpentard, droit comme un Poufsouffle et studieux comme un Serdaigle, mais certainement pas courageux comme un Gryffondor. Il se rendait à la première difficulté.
Voilà ce qu'il se disait, tandis que McGonagall l'écoutait. Il se disait qu'il aurait dû faire tout ce qui était en son pouvoir - se plonger dans plus de livres, comme il savait si bien le faire, sur la Chambres de Secrets, par exemple.
Il était le grand-frère, mais il n'avait pas su veiller sur sa petite sœur. Il n'avait surtout pas été aussi téméraire que Ron. Et il constatait que Lockhart, Harry et Ron étaient encore les mieux placés pour faire quelque chose.
McGonagall faisait ce qu'elle pouvait – et en l'occurrence, aussi peu qu'elle le pouvait. Sans Dumbledore et Hagrid, qui connaissait si bien les lieux de Poudlard, il était difficile de fouiller entièrement le château. C'était surtout inutile, vu le nombre de recherches qui avaient été faites dans l'histoire de Poudlard. Percy se proposa d'aider, mais la directrice ne voulait risquer la vie d'aucun autre élève - tout préfet qu'il soit.
- Si Harry et Ron n'ont pas refait surface, c'est qu'ils ont trouvé l'entrée !
- Par où suggérez-vous que je commence ? Croyez-vous qu'ils aient laissé la porte ouverte et une trainée de petits cailloux pour nous y mener ? fit McGonagall. J'ai tous les fantômes et les peintures du château sur le coup, et pas l'ombre de votre frère ou d'Harry ! A moins que vous ne sachiez où se trouve la Chambre des Secrets, il faut que vous vous attendiez à ce que de mauvaises nouvelles vous arrivent d'ici quelques heures ou quelques jours…
Elle avait un sanglot dans la voix. Elle tapote l'épaule de Percy.
– Ce n'est pas suffisant ! dit-il en se dégageant.
McGonagall n'était pas impressionnée (après des années à côtoyer les Gryffondors, on n'a plus peur que quelqu'un hausse le ton devant soi). C'était la première fois qu'elle le voyait s'emporter pour autre chose qu'une action peu fair-play au Quidditch.
Percy abandonna - parce qu'il savait qu'elle avait raison.
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Perdre un enfant.
Les gens ne savaient pas, quand ils compatissaient en disant que c'était la pire chose qui puisse arriver à des parents. C'était l'impensable et l'éternellement redouté en même temps. C'était « la faute à pas de chance » sur des millions de belles histoires. C'était surtout une impression de vide dont on ignorait la localisation exacte mais qui refroidissait le corps dès l'annonce de la mauvaise nouvelle.
- Notre Ginny… Mais pourquoi notre Ginny ?
Ah. La fameuse question. Pourquoi nous ? Pourquoi pas un enfant moins méritant, moins beau, moins prometteur… pourquoi pas un enfant malheureux, un enfant habitant à l'autre bout du monde, un enfant qui n'était pas le leur ?
- Vous avez dit que le monstre pourchassait les Nés-Moldus ! fit Molly, presqu'accusatrice, en direction de Dumbledore.
Etait-ce leur façon de vivre qu'ils devaient remettre en cause ? Etre des traîtres-à-leur-sang (dans la bouche de leurs ennemis, car eux se disaient « partisans de la bonne entente entre Moldus et sorciers ») avait-il entraîné la mort de leur fille ? Ne pas être fier de la pureté de leur sang allait-il condamner leurs enfants ?
- Elle savait quelque chose qu'elle n'aurait pas dû savoir. Voilà pourquoi. Je suis terriblement désolé.
Arthur ne disait rien. Il était au-delà des larmes. Selon Dumbledore, il y avait des chances pour qu'on ne retrouve jamais son corps.
Si Harry, Ron et Lockhart ne refaisaient pas surface avant l'aube, on pourrait avoir des espérances aussi pessimistes à leur sujet. Les Weasley ne le permettraient pas… Perdre deux enfants en une nuit, ainsi qu'un garçon que Molly avait considéré comme son fils pendant un mois… Im-pos-sible pour une mère.
Vu le façon dont Dumbledore avait parlé du professeur Lockhart, son héros jusque-là, elle doutait qu'il puisse ramener sa fille et son plus jeune fils à bon port et en vie.
Dumbledore regardait en fronçant les sourcils l'espace que Fumseck avait laissé sur son perchoir : chaque minute qu'il mettait à rentrer l'inquiétait un peu plus.
- Nous allons aller les chercher… dit Molly.
- Grands dieux, est-ce un trait Weasley de vouloir jouer les héros ? dit McGonagall. Personne ne sait où ils sont. Personne n'a l'ombre de la queue d'une piste… mais faites donc, allez les chercher…
Minerva avait raison, pensa Molly, d'autant plus écroulée.
Et puis, ils entendirent des pas dans le couloir. Quatre paires de pas.
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« … comment Lord Voldemort a réussi à envoûter Ginny alors que, d'après les informations qu'on m'a données, il se cache à l'heure actuelle dans les forêts d'Albanie… »
La phrase de Dumbledore résonnait encore dans les oreilles d'Arthur – il aurait dû être au comble de la joie, mais cette phrase sonnait comme un tambour sombre à l'arrière de sa tête.
Ce jour-là, bien avant l'annonce de son retour par Harry, la lutte contre Voldemort était redevenue une affaire personnelle pour la famille Weasley. Et bien avant qu'ils ne rejoignent l'Ordre du Phénix, tous avaient ressenti que rien n'arrêtait un Weasley décidé à sauver un autre Weasley.
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Deux cents points chacun, pensa Ginny tandis qu'elle regardait ses parents disparaître par la Cheminette du Directeur. Ron et Harry avaient de quoi être fiers… avec ça, ils gagneraient sans doute la Coupe.
Elle avait convaincu ses parents de la laisser rester. McGonagall était déjà en train de réveiller toute l'école et les cuisines pour improviser un festin dans la Grande Salle.
Il ne s'agissait pas seulement de célébrer le retour de Ginny, saine et sauve, la fin du règne de terreur instauré par la Bête, mais aussi la guérison de tous ceux qui avaient été pétrifiés.
Ginny savait qu'on ne serait sans doute pas tendre avec elle si l'affaire s'ébruitait. Pour l'instant, la version officielle restait qu'elle n'avait été que la victime, non le pantin, de l'Héritier. Elle savait que tôt ou tard, on saurait. Les tableaux d'ici étaient bavards.
Mais Ginny voulait sentir ce qu'était l'école, sans le poids qu'elle avait eu sur les épaules dès le moment où elle avait trouvé un certain journal parmi ses livres scolaires.
L'ascenseur émotionnel, entre l'annonce d'un mort puis le retour victorieux d'Harry, Ron et Ginny, avait mis l'école dans tous ses états. Sans doute dans l'euphorie du moment, les professeurs décidèrent d'annuler les examens de fin d'année (BUSE et ASPIC exceptés).
- Ginny ? fit une voie rêveuse dans son dos.
Ginny se retourna. Luna la serra dans ses bras.
- Merci de ne pas être morte !
- Bah… de rien, dit Ginny, un peu gênée. Tu m'as manquée aussi.
Luna, qui était en pyjama rose à motif de licornes, la serra de nouveau dans ses bras, pas inquiétée pour un sou par le fait que Ginny porte des vêtements sales, mouillés et qui sentait les égouts. On ne faisait pas des pyjama-party avec toute l'école tous les soirs…
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En rentrant, Ginny déchira tous les Sorcière Hebdo Junior qui lui avaient conseillé d'écrire un journal. Elle en avait pris l'habitude pendant sa dernière année avant Poudlard, quand elle n'avait que sa mère à qui parler et plus aucun frère de qui se cacher (en garder un secret sous leur nez aurait relevé de l'exploit).
Elle avait dû faire face à une surveillance accrue par ses parents – à la limite de la paranoïa, comme si elle était sans cesse à la limite d'une rechute. Elle savait qu'ils se faisaient du souci pour rien : elle avait appris la leçon. Mais les Médicomages avaient dit de faire attention : être possédé fragilisait l'esprit.
Sauf qu'elle était forte. De nouveau.
Le Quidditch était sa thérapie. Trop heureux que leur sœur soit vivante, ses frères la laissaient jouer avec eux. Fred et George étaient certains qu'elles pourraient devenir remplaçante l'année suivante.
Les visites de Luna, l'amitié qu'Hermione lui avait témoignée pendant les dernières semaines d'école, et les liens avec ses frères qui s'étaient resserrés depuis son sauvetage, tout lui faisait espérer que l'année prochaine s'ouvrirait sous des auspices meilleurs.
Ginny était sur son balai, son poncho coloré sur les épaules, en train de marquer un panier parfait dans le cerceau que Percy avait fait léviter en guise de but, quand leur père sortit de la maison en courant.
- J'ai gagné ! J'ai gagné à la loterie de la Gazette !
Les cinq hurlèrent de joie.
Et on disait que les retours de karma n'existaient pas…
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Merci à tous ! Je comprends que tout paraisse aller vite, mais je ne veux pas trop répéter les livres… Bonne lecture et à bientôt !
PS1 : J'imagine la dépendance de Ginny vis-à-vis de Tom comme suivant assez bien les mécanismes de la perversion narcissique. Mais ça n'engage que moi…
PS2 : le titre est une référence à une jolie chanson que je vous conseille d'écouter ^^
