Chapitre 10

« On échappe pas à soi-même.

C'est une prison qui nous suit partout. »

'L'orage rompu' Jacqueline Harpman

Il était passé onze heures du soir et Harry s'inquiétait de plus en plus. Il n'avait vu aucun Maraudeurs de la journée et c'était plus qu'inquiétant car, les professeurs principaux étant partis, leur mauvais coup serait presque impossible à réparer.

De plus, le futur Survivant avait rendez-vous avec Rogue le jour même pour poursuivre l'élaboration de leur potion. Cependant, Harry s'inquiétait moins pour lui car, n'ayant pas vu Alessa non plus, le blond supposait que les deux Serpentards étaient ensemble.

'Ou alors, Rogue est allé prévenir son Maître du départ furtif du directeur'

Après cette nouvelle constatation, le Griffondor se dit que la deuxième solution était plus probable pour quelqu'un comme Rogue.

Le jeune homme se baladait encore dans Poudlard lorsqu'il vit, par la fenêtre du premier étage donnant sur le parc de Poudlard, deux ombres courir l'une derrière l'autre vers un énorme arbre.

Le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine et ses yeux verts se levèrent d'eux-mêmes vers le ciel sombre : La pleine lune.

Comment avait-il pu oublier la mort probable de Rogue cette année là alors que James l'avait sauvé de justesse ?

Harry se mit à marcher plus vite sans savoir pourquoi. Après tout, si James l'avait sauvé dans le futur, il ne pouvait mourir aujourd'hui. Alors pourquoi le fils de Lily sentait-il ce mauvais pressentiment assaillir sa poitrine ?

C'est au tournant d'un couloir qu'il entendit des voix excitées. Peter Petigrow et James Potter…

Harry s'approcha de l'entrée en entendant de plus en plus clairement les propos des deux Maraudeurs.

-…Servilo…Lunar…bien fait…

-…Pas sûr que ce soit une bonne idée…répondait James.

Le blond atteignit l'entrée du local où les deux amis parlaient, chacun assis sur un banc, face à face. Le regard marron entouré de lunettes rondes rencontra le regard vert foudroyant et comme à chaque fois que Harry regardait James, il crut voir son père reconnaître en lui Lily. Leurs yeux verts étaient identiques en tous points.

-Que fais-tu ici ?l'interrogea James, la voix posée.

Mais Harry était plus qu'énervé. Qu'est ce que son père faisait encore ici ? Serait-ce à lui de le prévenir ? Etait-ce possible que ce soit sur lui que la vie de Rogue reposait aujourd'hui ?

-Et toi, que fais-tu encore – il insista sur ce dernier mot – ici ? lança Harry avec une colère contenue.

-Je ne comprends pas, dit James, les yeux grands ouverts en signe de surprise.

-Je viens de voir deux personnes qui ne devraient pas se trouver ensemble courir l'une après l'autre dans le parc vers un arbre dont nous connaissons tous les deux l'utilité.

Les sourcils noirs de James se froncèrent alors qu'il descendait du banc pour faire face à Harry à hauteur égale.

-Comment sais-tu… ?

-C'est important ?dit calmement Harry. Te rends-tu compte des conséquences que pourraient avoir ce 'dernier coup' ?

Le garçon à lunettes ouvrit la bouche pour répondre, mais le blond le coupa :

-Je n'étais pas contre quelques blagues contre Rogue, mais le but d'une blague est de faire rire. Seras-tu capable de vivre avec sa mort sur la conscience, James ?

Cela faisait toujours bizarre à Harry de nommer son père par son prénom, mais en cet instant, il ne le remarqua même pas. Pourquoi défendait-il Rogue après tout ? Combien de fois n'avait-il pas regretté que son père l'ait sauvé ?

-Il n'aurait pas hésité si il s'était agi de l'un de nous !s'écria alors le futur traître.

Harry lui adressa un regard vide et dédaigneux avant de fixer à nouveau James. Ce dernier ne bougeait pas et le blond était de plus en plus nerveux. Aurait-il été préférable qu'il se taise ? Ou alors s'était-il trompé ?

Harry ne comprenait plus rien et vit, à la montre de James, qu'il était minuit et quart : L'heure de prendre sa potion.

Le cœur de Harry bondit violemment. Et si ce n'était pas James qui avait sauvé Rogue, mais lui-même ? Personne ne connaissait la vérité sur sa venue du futur. Il n'y avait que des doutes. Seul Dumbledore savait.

Et, sans réfléchir, Harry se mit à courir, il sentait son corps changer alors que le Polynectar perdait de son effet. C'était douloureux, mais le fils de James avait déjà vu pire. Il déambula dans les couloirs, évita les coups de Peeves, déjà facétieux à l'époque et atteignit la porte du château.

L'air frais du parc fit soulever les cheveux déjà bruns, les mettant d'autant plus en bataille. Harry vit l'arbre, l'instant d'avant limpide, se troubler devant sa myopie et courut en sa direction.

Il l'atteignit, lança un caillou précis – finalement, n'aurait-il pas fait un meilleur poursuiveur ? – et pénétra dans le couloir secret. Des bruits de voix et des grondements sourds appelèrent Harry à se presser.

Quelques instants plus tard, Rogue était dans son champ de vision, lui tournant le dos. Harry remarqua que les jambes du Serpentard tremblotait et, alors qu'il avançait toujours, il vit une énorme bête inhumaine.

Et bien qu'il ait déjà vu le loup-garou lors de sa troisième secondaire, le sorcier à la cicatrice ne put réprimer la terreur qui l'assaillit alors que la bête reniflait fortement, s'approchant de Rogue avec envie.

Harry ne prit même pas le temps de s'attarder sur le regard que lui jetait un chien, tapi derrière le loup-garou, qu'il attrapait Rogue par la manche et le tirait derrière lui.

-Cours !

Mais, après quelques pas seulement, alors que le loup-garou s'approchait d'eux plus rapidement après leur tentative d'évasion, Rogue s'arrêta :

-Tu penses que je vais te suivre Potter ? Après que ton cher ami Sirius Black m'ait amené ici, tu penses que je vais me fier à toi ?

La voix était sèche et pleine de colère. Harry se retourna alors, exaspéré par cette attitude puérile et surtout, terrifié par les bruits de pas de la bête qui arrivait.

-Rogue ! Ce n'est pas le moment !

Harry le vit froncer les sourcils et il sut que Rogue le reconnaissait.

-Tu n'es pas Potter.

Des bruits de pas retentirent derrière Harry alors que Lunar réapparaissait dans leur champ de vision.

-Par ici !cria une voix que Harry reconnue comme étant celle de son père. Protego !

Et Harry imagina plus qu'il ne vit le loup-garou bloqué par le sort de James alors qu'il se mettait à courir à la suite de son père. Les pas de Rogue les suivaient et c'est en quelques secondes qu'ils atteignirent la sortie.

L'arbre était toujours au repos et ils purent s'extirper des racines sans angoisse.

Une fois sortis d'affaire, James fixa Rogue avec intensité.

-Ne croies pas que m'avoir sauvé la vie va m'empêcher de toute répéter au directeur, Potter.

-Finalement, tu n'es peut-être pas si malin, lança James.

Et Harry remarqua une légère lassitude dans la voix de son père.

-Tu penses réellement que Dumbledore, connu pour tout savoir, ignore qu'il y a un loup-garou qui se balade sous son nez ? acheva l'animagus.

Un silence retentit alors que Rogue ne savait plus que répondre. Sa haine était palpable, mais il devait admettre qu'il serait étonnant que ce vieux fou ignore une telle chose.

Enfin, le Serpentard les regarda tour à tour et Harry sut qu'il commençait à comprendre certaines choses qu'il n'aurait pas dû saisir. Puis, il se retourna et se dirigea vers le château.

Un regard marron lui fit tourner la tête. Il avait presque oublié qu'il n'était pas seul.

Comment expliquer quoi que ce soit ? Finalement, James serait sûrement venu sans son intervention.

-Qui es-tu ?

-Es-tu certain de l'ignorer ?

Harry ne savait pas pourquoi il avait dit cela. Mais il sortit sa fiole de Polynectar et la but devant son père. En quelques secondes et plusieurs crampes, il était redevenu, sous les yeux circonspects de son père, le nouveau Griffondor de Poudlard.

-Harry ?

-Merci d'être venu pour Rogue.

-Si tu ne m'avais rien dit, je serais certainement arrivé trop tard. Alors, merci à toi. Mais…

-Je ne peux rien te dire. Je suis désolé.

-Pourquoi me ressembles-tu autant ?

Harry sourit tristement.

-Je suis désolé.

Sur ces derniers mots, le futur Survivant s'en alla, à la fois heureux que son père l'ait enfin vu sous son vrai jour et triste qu'il n'ait rien pu lui dire.

Les combattants revinrent du Manoir de Voldemort le soir même d'après les rumeurs circulant à Poudlard. Alessa n'était pas réapparue, mais Rogue lui avait apporté les nouvelles.

La bataille avait fait peu de morts selon lui, dans les deux camps. Cependant, cela n'avait pas empêché Alessa de faire des cauchemars.

La jeune fille ne pouvait même plus se lever. C'était comme si elle mourait à petit feu sans pouvoir en finir. Et pourquoi Voldemort ne l'appelait-il pas pour savoir où en était son état ? Etait-il trop préoccupé ? Cela n'allait pas pour la déranger bien entendu. Cependant, la faire souffrir autant pour une chose qu'il reléguait au second plan irritait la rousse.

Il sembla à Alessa, malgré le fait qu'elle sombrait fréquemment dans le sommeil, que Rogue vint souvent la voir.

La guerre était déclenchée. Plus rien ne pourrait arrêter Voldemort dans sa folie destructrice.

Lundi 23 mars…

Harry se réveilla en sursaut. Il venait de faire un rêve plus que révélateur sur ses précédentes nuits insolites.

En effet, il avait pris la potion Revelis la veille et c'était comme si les songes n'avaient attendu que cela pour se révéler.

-Mais que fais-tu, Vian ?

La voix angoissée d'une jeune fille douce qui devait être à peine plus âgée que Harry résonna dans la pièce vide et froide. La blonde se tenait debout devant l'unique fenêtre de l'apparente auberge et tremblottait à chaque respiration.

Cette fois, Harry n'était pas dans son corps. Ou plutôt dans le corps d'emprunt qu'il avait depuis quarante huit jours. Il avait l'apparence d'un ectoplasme, mais un ectoplasme de Harry Potter et non de Harry Matthews.

La jeune fille passa à côté de lui, ne pouvant tenir en place, sans le voir.

Où était-il ? Qui était cette jeune femme ? Et surtout, d'où lui venaient de tels rêves ? Avaient-ils un rapport avec sa mission ? il l'espérait car dans 12 jours, le 4 avril, il serait obligé de repartir.

Harry se dit que, pourtant, il pensait avoir trouvé la solution. Réaliser Sanguinis Vitae pour sauver Alessa et surtout, empêcher Voldemort d'obtenir Eternity. Car, en effet, depuis que la rousse avait raconté son histoire au blond, allant de la mort de son père à son invention la plus recherchée, le fils de Lily n'avait cessé de penser à cette potion de « presque immortalité ». Et il était certain que Voldemort ne laisserait jamais passer une telle occasion de devenir éternel, même pour des siècles seulement.

Alors à quoi pouvait servir sa présence ici ? Peut-être était-ce juste les souvenirs d'une personne du passé que Harry avait intercepté et qu'il ne servirait à rien qu'il soit ici. Après tout, Mimi Geignarde n'attendait qu'à être plainte, alors pourquoi pas quelqu'un d'autre ? un fantôme désemparé de Poudlard ?

'Il ne manquerait plus que ça' soupira intérieurement Harry tout en suivant la jolie jeune fille des yeux alors qu'elle semblait mourir d'angoisse. Il avait peut-être encore une fois laissé sa curiosité le mener par le bout du nez.

Il n'en avait ni le temps ni le loisir…

C'est alors que la jeune fille tourna les yeux vers lui sans le voir. Pouvait-elle le sentir ? Elle était vraiment belle, pensa Harry. De longs cheveux blonds et lisses, de grands yeux noisettes et une peau de lait.

Soudainement, un coup se fit entendre sur la porte. L'habitante des lieux sursauta.

'Eh bien, se dit le blond, n'attendait-elle pas quelqu'un ?'

Mais en la voyant jeter un dernier coup d'œil à la cheminée, le Survivant se dit que la personne qu'elle attendait n'était pas censée arriver par la porte.

-Emily ? Tu es là ? résonna une voix d'homme d'apparence inquiète.

-…Victor ?

-Oui. Je t'en prie, ouvres. C'est Vian qui m'envoie.

Pour la seconde fois, le nom de Vian rappela quelque chose à Harry qu'il ne parvenait pas à saisir.

Après une dernière hésitation, la blonde ouvrit la porte. Et il ne fallu pas une seconde de plus au fils de James pour comprendre à quel point cela avait été une mauvaise idée.

L'homme était barbu de trois jours environ, vêtu négligemment et dégageait une effluve nauséabonde très désagréable. Puis, le jeune homme se rappela qu'il ne pouvait sentir les arômes en tant qu'ectoplasme et comprit que c'était l'odeur de l'âme de cet homme.

Pourrie, ne put s'empêcher de penser Harry.

-Alors, ma poupée, on attend encore ? sussura-t-il d'une voix qui fit froid dans le dos du brun.

-Que veux-tu dire ? murmura la jeune fille terrorisée.

Souriant sadiquement, l'homme s'approcha d'elle d'une façon malsaine. Qui était-il ? Harry s'était levé et, même si sa raison lui disait que, de toute façon, il ne pouvait rien faire, son côté Griffondor l'empêchait de rester en place.

Il aurait voulu faire face à cet homme capable de s'en prendre à une jeune fille sans défense. Car le brun l'avait compris en voyant la façon de vivre de la femme et surtout en s'apercevant de l'absence de baguette. Emily était une moldue.

-Lâches-moi !s'écria-t-elle alors que Victor la tenait pas le bras pour la garder collée à lui. Où est Vian ?

Il rit d'un rire pernicieux.

-Vian ? Ne me dis pas que tu t'attendais à ce qu'il vienne en personne ? Mon cher frère, je dois bien l'avouer, à toujours eu du goût pour les jolies choses, poursuivit-il tout en scrutant Emily avec perversité. Mais il est un Sang-Pur et le restera. Jamais, il n'aurait pu abandonner sa famille pour une moins-que-rien telle que toi, dit-il encore méchamment.

-Non, sanglota-t-elle en cessant de se débattre. Il m'a promis qu'il viendrait…

-Et tu l'as cru ? Vian est un Matthews et il le restera. Il ne gâchera pas tout pour une pauvre moldue comme toi.

Harry n'en pouvait plus de tenter de se faire remarquer par Victor. Il voulait l'effrayer, l'empêcher de faire pleurer Emily, la défendre. Il détestait être sans défense et encore plus cet homme qui se vantait d'être un Sang-Pur.

-Vian m'a demandé de te transmettre un message : « Tu m'as offert du bon temps, mais toutes les bonnes choses ont une fin ».

-Non !! s'écria Emily en se laissant tomber sur le sol, Victor la relâchant avec dégoût.

Elle continua à pleurer quelques secondes alors que Harry se mettait désormais à haïr ce dénommé Vian qui avait osé envoyé son ordure de frère. Mais toutes ses pensées cessèrent brusquement lorsqu'il vit Victor sortir doucement sa baguette, un sourire carnassier sur les lèvres.

Il n'allait tout de même pas… ?

-Sectumsempra !

Et c'est sous les yeux désemparés de Harry que Emily mourut, tranchée de toute part par des lames invisibles, se vidant de son sang, hurlant de toute son âme. Harry se rendit à peine compte qu'il pleurait lui aussi.

-Harry !!! s'écria James.

Le blond sembla sortir de sa rêverie alors que son père lui criait dessus depuis apparemment dix bonnes minutes.

-Quoi ? dit-il en sortant la tête de son lit à baldaquin.

Etant arrivé plus tard, il ne partageait pas le dortoir des Maraudeurs, mais celui d'un jeune homme timide qu'il ne voyait presque jamais. Un certain Théodore Sertius.

Mais alors que faisait James dans son dortoir, déjà habillé et l'air aussi alarmé ?

-Habilles-toi, Dumbledore nous attend tous dans la Grande Salle.

-Quoi ? Mais que se passe-t-il ?

-Tu-sais-qui attaque Poudlard.

Sur ces derniers mots et sans même attendre que Harry réalise, James lui dit quelque chose à propos de prévenir les autres et ferma la porte derrière lui.

Le blond n'en croyait pas ses oreilles. Mais il ne mit pas plus longtemps à réaliser et il se vêtit aussi rapidement que possible, habitué aux nouvelles tragiques.

Un mouvement attira son attention de l'autre côté du dortoir. N'étant que deux, trois lits étaient innocupés et Théodore avait pris le coin le plus éloigné de Harry lorsque celui-ci était arrivé.

Le mouvement provenait du compagnon de dortoir de Harry, qui s'habillait calmement, mais prestement.

-Tout va bien ? interrogea Harry en voyant le visage cerné de Sertius lorsqu'il s'approcha de lui et de la sortie.

-J'ai toujours voulu qu'un tel jour arrive, mais maintenant que c'est le cas, je dois avouer que je suis terrifié.

Le brun avait dit cela d'une voix nerveuse. Harry se demanda de quoi il parlait, mais n'en eut pas le temps que déjà, McGonagall les faisait tous sortir des dortoirs pour descendre dans la Grande Salle « plus vite que ça ».

D'abord emporté par la foule, Harry fut tiré par la manche gauche alors qu'ils venaient d'atteindre le deuxième étage. Sirius, James et Remus.

-Qu'y a-t-il ? demanda-t-il.

Il voyait d'un mauvais œil que ces trois là n'étaient pas où ils devraient être. Mais, après tout, ce n'était pas aujourd'hui que leur destin devait s'accomplir.

-On a pas le temps d'aller écouter le discours Dumbledore, s'énerva James alors que lorsqu'il était venu le prévenir dans son dortoir, il était plus serein.

Harry fronça les sourcils et comprit avant même que son père ouvre la bouche que son angoisse avait un rapport avec sa mère.

-Lily fait partie des élèves qui ont disparus.

-Quoi ?s'étrangla Harry, bientôt aussi angoissé que James.

-C'est en voyant la disparition de quelques uns des élèves que les professeurs ont compris, expliqua le plus calme de la petite troupe, Rémus.

-Je pense avoir entendu parler d'une lettre aussi, parla Sirius, d'une voix un peu plus précipitée qu'à l'ordinaire.

-Un message de Voldemort ? demanda Harry.

-Tout juste, Auguste, murmura Sirius, comme par habitude.

-Il faut faire quelque chose, répéta James, de plus en plus alarmé.

-Bon, dit Harry, quel est votre plan ?

-Aller chercher Lily.

-Ca, j'aurais compris, répondit son fils en soupirant.

Son père ne leur serait d'aucune utilité aussi stressé. Comment lui faire comprendre qu'il ne lui arriverait rien de grave ? Mais, finalement, pouvait-il en être sûr ? Car, même s'il savait qu'elle resterait en vie, aurait-elle vécu des choses tellement affreuses que son beau visage ne serait plus jamais aussi innocent qu'il l'avait été cette année ?

-Mais comment ? Tu ne comptes tout de même pas entrer chez Voldemort, prendre Lily sur ton épaule et repartir comme si de rien n'était ?

Le fait que Harry prononce le nom de Voldemort avec aussi peu de respect lui valut trois regards troublés. C'était toujours mieux que des cris d'horreur.

-Savez-vous au moins où se trouve sa demeure ?

-…

-Génial… soupira Harry. Bon, écoutez, je sais comment le savoir.

En effet, lorsqu'elle lui avait raconté son histoire, Alessa avait appris à Harry que sa sœur était retenue quelque part par Voldemort et qu'il la faisait chanter. Elle devait donc savoir où était cet endroit. En tous cas, il l'espérait.

Encore fallait-il la trouver… La rousse était absente depuis quelques jours et il n'avait aucune idée de l'endroit où la jeune fille pouvait se trouver.

-Bon, je m'arrange pour savoir ça. Vous, vous faîtes ce que vous pouvez pour réunir quatre balais et un moyen de sortir du château sans qu'on nous voie. On se rejoint dans les cachots, c'est le seul endroit où les professeurs ne viendront pas nous chercher.

Les autres ne firent qu'acquiescer devant l'air décidé de Harry et celui-ci pris immédiatement la direction de la Salle Commune de Serpentard.

Une fois qu'il eut tourné à l'angle du premier couloir et qu'il fut certain d'être seul, le blond se mit à courir. Car, si Rogue était encore là, ce n'était plus pour longtemps étant donné son rôle dans la bataille. Voldemort ferait certainement appel à l'un de ses principaux fidèles.

Harry se doutait que, si Rogue faisait tout cela pour Alessa et que, dans le futur, elle n'était plus auprès de lui, c'était qu'il avait dû se passer quelque chose de grave. Certainement avait-il fini sa mission pour Voldemort quant à Alessa…

Car Harry était persuadé que jamais Rogue ne pourrait réellement tomber amoureux sans jouer un jeu. Mais alors… Qu'était-il advenu de Alessa dans l'histoire ? Ou plutôt, qu'adviendrait-il d'elle ?

Harry atteignit l'entrée et tenta le mot de passe qu'il avait entendu la fois où il avait secrètement rendu visite à la jeune fille.

Le passage glissa sur lui-même.

Mais, alors qu'il allait dire 'ouf', le fils de James se retrouva face à Bellatrix Black. Son sang ne fit qu'un tour. L'assassin de Sirius se trouvait juste face à lui, ses yeux noirs dans les siens, émeraude.

-Que fais-tu ici, toi ? lui aboya-t-elle dessus, furibonde.

-…

-Tu vas me répondre, oui ? s'emporta-t-elle en s'approchant du garçon. Ou alors, as-tu peur ? soupira-t-elle de plaisir en se passant la langue sur les lèvres.

-Tu n'es pas encore allée rejoindre ton Maître ? Ou peut-être n'a-t-il pas besoin de toi cette fois encore ?

Il regretta immédiatement ces paroles en sachant pertinemment que la jeune fille se poserait davantage de questions sur lui et qu'elle irait rapporter ses propos à son cher Maître. Harry ne devait pas se faire remarquer.

-J'y vais de ce pas, traître à ton sang.

Harry se demanda si c'était l'insulte générale de tous ceux qui n'étaient pas des adeptes de Voldemort. Car la jeune fille ne connaissait certainement pas la généalogie de Harry avec suffisamment de précision pour savoir s'il était un Sang-Pur ou pas.

-Alors ? Que veux-tu ?

Harry ne pouvait pas sciemment lui dire qu'il voulait voir Rogue. Leurs « rapports » devaient rester clandestins. Les Maraudeurs ne lui adresseraient plus jamais la parole s'ils apprenaient que le nouveau voyait Rogue en dehors des cours.

-Je…

-Black ? Que fais-tu encore ici ?interrogea une voix froide et vide.

Rogue. Harry n'avait jamais été aussi content de le voir. Enfin… 'Content' était peut-être un grand mot. Surtout en raison de la façon dont le Serpentard le fusillait des yeux.

-Je n'ai pas de compte à te rendre Rogue ! s'irrita la jeune fille.

-En effet, répondit l'autre avec indifférence. Mais peut-être aimerais-tu savoir qu'Il t'attend ?

-Il te l'a dit ?murmura-t-elle avec férocité.

Severus ne répondit pas. C'était inutile. Elle partit précipitamment, sans un regard en arrière. Harry était étonné qu'ils parlent aussi ouvertement de leur Maître devant lui. Cependant, la plupart de ces jeunes Mangemorts ne devait attendre qu'une seule chose depuis leur entrée dans les rangs de Tom Elvis Jedusor : La reconnaissance en tant que membre de la belle famille de Voldemort.

-Que veux-tu ?s'emporta immédiatement Rogue.

Décidémment, les Serpentards ne l'étaient pas pour rien…

-Où est Alessa ?

Harry avait réfléchi et en avait conclu qu'il était hors de question de dire à Rogue la véritable raison pour laquelle il voulait savoir où se trouvait la rousse. Ainsi, il avait pris son ton le plus méfiant.

-En quoi cela te concerne-t-il ?

-Si tu ne l'as pas encore remarqué, Rogue, je prépare cette potion avec toi et sans moi, tu n'aurais rien su faire ! Je me demande où les professeurs ont trouvé ton fameux talent pour les potions, poursuivit Harry d'un ton qu'il voulait menaçant.

Il exagérait un peu. Sans Rogue, la potion n'aurait jamais existé, c'était certain.

-Alessa est mon amie et si tout le monde se pose des questions sans agir quant à sa soudaine absence, il est hors de question que je te laisse la faire souffrir en la remettant entre les mains de ton Maître.

Il avait craché ce dernier mot avec hargne et Rogue fronçait imperceptiblement les sourcils. Enfin, il sourit sacarstiquement.

-Je n'ai pas de compte à te rendre, Matthews… Si c'est ton véritable nom, poursuivit-il encore, scrutant le moindre geste de Harry.

Ce dernier resta de marbre. Il n'avait pas le temps pour cela. Cependant, il comprit qu'il n'obtiendrait rien de Rogue par la menace. Il changea donc de tactique.

-Bon, très bien, fit-il mine d'admettre. Je suppose que Bellatrix Black n'est pas la seule à être attendue, commença-t-il sous l'œil méfiant de Rogue, et Alessa sera nécessairemment seule toute la soirée. Nous savons tous les deux de quoi elle souffre. Il pourrait se passer beaucoup de choses en une nuit. Laisse-moi au moins la voir.

Rogue sembla réfléchir, puis, dans un murmure, parla d'une salle au septième étage.

Après avoir hoché la tête, Harry se remit à courir, traversant les couloirs de Poudlard aussi vite qu'il le pouvait.

Alessa était allongée sur un matelas, bordée et endormie. Elle était encore plus pâle que la dernière fois qu'il l'avait vue et semblait agitée dans son sommeil.

-Alessa… ? murmura-t-il plusieurs fois.

La jeune fille entrouvrit les yeux, trop épuisée pour se redresser.

-Harry ? Qu'est ce que… ?

Mais un spasme la prit et elle ne put que hurler sa douleur. Le jeune homme était horrifié.

-Il n'y a rien que tu puisses faire, le rassura-t-elle dans un médiocre sourire. Que se passe-t-il ? Severus me dit que tout va bien, mais je sens bien la tension dans les murs du château.

-Oui… Voldemort attaque.

-Le troisième coup, chuchota-t-elle.

-Alessa, j'ai besoin de savoir où se trouve la demeure de Voldemort avec exactitude.

Il vit un léger froncement de sourcil lui indiquant qu'elle se demandait ce qu'il se passait pour qu'il ait besoin de savoir où était le Manoir.

-Lily a été enlevée.

Alors qu'il pensait qu'elle allait tenter de le retenir, elle lui souffla le moyen de s'y rendre.

-Harry ?

-Oui ? demanda-t-il alors qu'il se levait pour partir.

-Si tu vois une petite fille blonde aux yeux verts d'environ neuf ans, emmène là avec toi d'accord ?

-C'est promis.

Le parc de Poudlard était envahi de créatures plus effrayantes les unes des autres : Loups-Garou, Détraqueurs et Géants étaient les plus nombreux.

Des membres du Ministère s'étaient rassemblés pour faire face à de nombeux Mangemorts masqués. Ils tiraient dans le tas, se fichant bien de savoir si leurs victimes étaient encore en âge de faire des études ou pas.

Beaucoup de morts revêtaient déjà le parc vert de leur sang chaud. L'air frais du matin rougissait les joues des combattants démasqués. Le professeur McGonagall se battait contre un Mangemort aux allures élégantes et élancées.

-Eh bien professeur, je vous ai déjà vue plus habile, lança la voix amusée du Mangemort masqué.

-J'en doute, Malefoy. Vous ne m'avez jamais vue au sommet de ma forme.

Plus loin, trois centaures lançaient des flèches sur des loups-garou enragés. Aucune flèche ne manquait sa cible, cependant, ils ne purent empêcher une dizaine de loups-garou de les atteindre, blessés, mais affamés.

Deux auras puissantes traversèrent le champ de bataille, se dirigeant l'une vers l'autre. Alors que les deux sorciers ne semblait pas se formaliser de ce qui les entourait, tous les combattants sur leur passage s'écartaient à leur arrivée. Dumbledore s'arrêta alors que Voldemort se tenait à une petite dizaine de mètres devant lui.

-Comment vas-tu, Tom ?

-Bien mieux que toi dans quelques instants, répondit avec hargne le Mage Noir.

Alors que l'aura de Tom Jedusor brûlait tout alentours, celle de Dumbledore était tranquille et légère. Il était connu de tous que le seul sorcier que Voldemort craignait et ait jamais craint était Albus Dumbledore.

Enfin, le plan se limita à un seul combattant, jetant des sorts avec dextérité et puissance. Un Mangemort aux yeux sombres et au corps élancé. Ce dernier mit hors d'état de nuire ses deux adversaires, des apprentis Auror.

Il leur tourna le dos pour voir où en était le combat entre son Maître et le vieux fou, mais quelqu'un se plaça dans sa ligne de mire.

Un jeune homme brun aux allures nerveuses qui avait les larmes aux yeux. Son air déterminé contrastait avec cette attitude de soumission. Cependant, la main qui tenait sa baguette ne tremblait pas, elle.

-Tu ferais mieux de te choisir un autre adversaire, murmura la voix froide de Severus Rogue.

Le garçon inspira profondément.

-Au contraire, dit-il d'une voix tremblante. Tu es bien celui que je cherchais.

Severus fronça des sourcils derrière son masque. Qui était ce garçon ? Il lui disait vaguement quelque chose, mais de là à lui en vouloir personnellement.

-Si c'est ce que tu veux, poursuivit indifféremment Severus en levant sa baguette.

Mais le jeune homme le devança, tenant apparemment à lui dire certaines choses.

-Tu ne me reconnais pas ? grinça-t-il. Non, bien entendu. Je ne suis pas suffisamment intéressant pour qu'on daigne m'adresser un regard !

Ce garçon comptait-il lui reprocher sa réputation plus qu'ennuyeuse ? Parce que si c'était le cas, ce n'était pas à lui qu'il fallait le dire. Sa réputation n'était pas ce qu'il y avait de plus glorieux à Poudlard. Peut-être devrait-il lui conseiller Black ?

Celui-là serait certainement content d'aider un pauvre petit malheureux tel que son adversaire.

-Mon nom est Théodore Sertius.

Rogue se souvint alors où il l'avait déjà vu. C'était un Griffondor qui n'avait pas les mêmes options que lui, raison pour laquelle il ne le voyait que rarement. Mais ils étaient tous deux en septième et avaient été répartis en même temps.

-Cela me fait une belle jambe, grogna Rogue qui commençait à en avoir assez de cette petite conversation.

-Et tu sais quoi ? s'écria alors l'autre, provoquant les regards de nombreux combattants alentours. Je me fichais bien d'être ignoré de tous ! Je m'en fichais ! hurla-t-il encore. Mais toi ! Toi, tu as tué mon frère !

Le sang de Rogue ne fit qu'un tour. Son frère ? Mais il n'avait jamais touché à un dénommé Sertius auparavant. Cependant, connaissait-il toujours le nom de ses victimes ? Il grinça des dents.

-Il était innocent, il n'était même pas sorcier ! poursuivait l'autre en semblant ne jamais pouvoir s'arrêter. Tout ça … pour sceller des unions fictives !

Des unions ? L'esprit de Rogue fonctionnait à sang à l'heure. Les mariages ? Les trois enfants qu'ils avaient tué ? Le plus âgé… ?

« La mort n'est pas la fin, c'est la soumission qui l'est ».

-Et en admettant que ce soit vrai, comment as-tu appris ce que tu avances ?

-C'est tout ce qui t'intéresse ? rit faussement Théodore. Eh bien saches que ton Maître n'est pas le seul à connaître la technique de l'espionnage.

Un silence retentit. Rogue réfléchissait, mais Théodore en avait fini de parler. Il leva sa baguette.

-Je suis venu te tuer.

-J'espèrais bien que tu n'étais pas venu juste pour discuter, sourit sardoniquement Rogue, levant lui aussi sa baguette.

-Endo…

D'un geste négligent de la main, Rogue évita l'attaque.

-Ne me dis pas que c'est tout ce que tu peux faire. Je ne t'es pas écouté pour rien.

-Endo… !

Rogue l'évita à nouveau, lisant dans l'esprit du garçon comme dans un livre ouvert.

-Je pensais que c'était me tuer que tu voulais.

Cela sembla choquer Théodore, mais il se remit rapidement.

-Ava…

-Avada Kedavra ! prononça plus rapidement le Serpentard.

Le corps déjà sans vie de Théodore Sertius toucha le sol en quelques secondes à peine, une expression d'étonnement sur le visage.

Dans un cri suraigu, Alessa se réveilla en sursaut. Etait-ce réellement ce qu'il se passait en ce moment même sur le champ de bataille qu'elle venait de voir ? Cela semblait si réel… Et surtout, … ce que Severus avait fait…

La rousse avait beau se dire que sans cela, il serait mort lui-même, elle ne pouvait s'empêcher de se demander combien de gens Rogue avait déjà tué sans aucune expression sur le visage.

Dans un gémissement, elle tenta de se rendormir sans plus penser ni à la douleur, ni à la peur qui la tiraillait de ne pas voir Severus revenir…