Chapitre 10 :

Un peu plus d'une heure après l'arrivée de l'équipe du SWAT, le plan de libération était soigneusement établi. Il était convenu que des hommes grenouilles paralyseraient le bateau en bloquant les hélices de sorte que les ravisseurs ne puissent s'enfuir. Le lac était grand et leur puissant bateau risquerait de leur permettre d'atteindre une autre rive du lac en très peu de temps et de s'enfuir à bord d'une voiture. Ce n'est qu'après que l'équipe du SWAT, celle de Don, le shérif et deux de ses adjoints interviendraient. Ils emprunteront ensemble le chemin sur 300 mètres avant de se séparer en plusieurs petits groupes à l'approche du hangar. La phase la plus délicate de l'intervention serait d'entrer dans le hangar sans se faire repérer. En effet, ils n'auront pas d'autres choix que de parcourir les 50 derniers mètres à découvert. La seule solution serait donc de prendre les ravisseurs par surprise. A défaut, deux solutions sont envisageables dont l'une est plus favorable que l'autre. Soit ils paniquent et se précipitent à leur bateau sans penser à Don et Charlie. Dans ce cas, le temps qu'ils comprennent que le bateau est neutralisé, l'équipe de Don ainsi que les autres agents auront le temps de parcourir les fameux 50 mètres et les arrêter. Soit ils sont fortement armés et n'hésiteront pas à tirer, mais surtout, ils n'hésiteront pas à tuer les frères Eppes. Mais ces 50 mètres à découvert ne sont pas le seul point délicat de l'intervention. L'équipe de Don ignoraient combien de personnes étaient présentes dans le hangar. Il était évident que Carter et Mcbright n'avaient pas pu enlever Don et Charlie sans aide. La question était donc de savoir combien d'hommes les ont aidés. D'autant plus que selon toute vraisemblance, ces hommes ainsi que Carter et Mcbright sont des professionnels. Des amateurs ne pourraient jamais enlever deux hommes, dont un agent fédéral, et tuer trois agents fédéraux de sang froid en moins de deux jours. Ce dernier « détail » en disait long sur leur détermination et leur dangerosité.

Ils ne restaient donc plus qu'à passer à l'action et espérer qu'il ne soit pas trop tard pour Don et Charlie. La tension était à son maximum dans les véhicules roulant à destination du hangar. Chacun se rejouer sans cesse le plan dans sa tête et son rôle à jouer dans l'intervention. Les adjoints du shérif et le shérif lui-même étaient peut-être les plus anxieux mais aussi les plus excités. D'ordinaire, à Salina, il ne se passait jamais rien. Ils avaient beaucoup de travail l'été en raison de la saison touristique. Et encore, pendant cette période, les actes de délinquance étaient pour ainsi dire d'importance mineure: vols de sacs à main, infractions au code de la route, des jeunes trop bruyants, sans parler du traditionnel remake des « dents de la mer » jouaient tous les ans par des plaisantins en mal d'adrénaline. Le reste de l'année était plutôt calme. La population était constituée par des personnes âgées et des familles sans histoire. Et rare sont les jeunes qui reviennent dans leur ville natale après l'avoir quittée pour aller à l'université. Autant dire que le fait de participer du jour au lendemain à la délivrance de deux personnes avec une équipe du FBI et du SWAT était tout sauf ordinaire à Salina. Aucun doute, le shérif et ses adjoints feront la une du journal local le lendemain matin.

Megan, David et Colby avaient aussi leur part d'anxiété et d'angoisse. Cela faisait presque deux jours que les frères Eppes ont été enlevés. Tous les trois étaient bien placé pour savoir que les premières 24 heures sont toujours les plus importantes. Au-delà, il est rare que les otages soient retrouvés vivant. Dans le meilleur des cas, ils sont retrouvés extrêmement traumatisés psychologiquement et dans un état physique déplorable. L'équipe de Don ainsi que Billy voulaient être optimistes mais leur espoir était vraiment mince. Le temps jouait contre eux.

Alan avait pris place dans la voiture du shérif avec Megan et David. Ces deux derniers avaient vainement essayés de le convaincre de ne pas venir mais l'entêtement d'Alan Eppes était quelque chose de difficile à combattre. D'autant plus que le shérif, père de trois enfants, avait pris son parti. Si ses enfants étaient dans la même situation, il n'y aurait rien qui pourrait le convaincre de rester en retrait. Un compromis avait donc été trouvé : Alan resterait dans la voiture avec un gilet par balle et défense de l'enlever et de descendre de la voiture.

Alan n'était pas un homme naïf. Il avait très bien compris que la vie de ses garçons tenait à un fil. Aucune erreur ne serait permise, même la plus minime. Et les expressions qu'il voyait dans les yeux de l'équipe de Don ne le rassuraient pas. Même les membres du SWAT avaient paru pessimistes pendant l'élaboration du plan au poste de police. Alan avait aussi compris qu'un agent fédéral est rarement enlevé pour être tué aussitôt. Dans 90 des cas, un représentant des forces de l'ordre enlevé est torturé avant d'être tué. Ensuite, tout dépend de la force physique de la personne. Certaines tiennent quelques heures, d'autres peuvent tenir un jour ou deux. Mais Charlie n'était pas un agent fédéral. Etait-il déjà mort ? Don et Charlie étaient-ils tous les deux torturés ? Depuis le début, Alan et l'équipe se demandaient pourquoi Charlie aussi avait été enlevé. La seule hypothèse avancée était que Charlie servait à atteindre Don. La faiblesse de Don n'était un secret pour personne : son petit frère.

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Charlie n'a jamais été croyant et il n'avait jamais prié de sa vie. Mais ici, dans cette pièce froide et lugubre, il priait pour que l'aide arrive bientôt. Il s'est juré qu'il irait allumer un cierge à l'église s'ils sortaient d'ici vivant. Son frère n'avait toujours pas repris conscience. Don n'avait pas fait le moindre petit mouvement et sa fièvre avait considérablement baissé. Il était froid au contact et ses lèvres prenaient une coloration bleutée. Le seul signe de vie était son torse qui se levait et redescendait faiblement de façon très irrégulière. Charlie tentait désespérément de l'empêcher de sombrer de plus en plus vers la mort en parlant de tout ce qui lui passait par la tête et en lui tapotant fréquemment sa joue mais Don avait déjà atteint le point de non retour.

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A l'approche du chemin menant au hangar, toutes les discussions se sont arrêtées d'un seul coup et un silence pesant a pris place dans chacun des véhicules. Les conducteurs ont garés les voitures à l'entrée du chemin de façon à ce qu'elles ne soient pas trop visibles. Megan et le capitaine Calahan de l'équipe du SWAT étaient au commandement. Après s'être tous rassemblés en cercle, Megan a réexpliqué la tactique une dernière fois et le rôle de chacun.

Pendant ses explications, Cooper et un membre du SWAT sont partis en éclaireurs avec pour mission de déterminer combien d'hommes étaient présents dans le hangar. Ils ont tous les deux grimpaient dans un arbre et se sont servis de leurs jumelles. Ils ont aperçu un homme fumait une cigarette à l'extérieur, devant ce qui semblait être l'entrée principale du hangar. A travers la fenêtre, ils pouvaient apercevoir un autre homme assis à une table. Ni l'un ni l'autre n'étaient Carter ou Mcbright. Après avoir vérifié l'existence d'une autre entrée et la présence d'autres hommes, Cooper et son équipier sont revenus faire leur rapport.

« Quelle est la situation ? » A interrogé Megan en les voyant revenir.

« Sans compter l'entrée pour les bateaux, il y a une entrée principale et une entrée secondaire sur le côté gauche du bâtiment. On a seulement aperçu deux hommes armés. A supposer que Carter et Mcbright sont à l'intérieur, nous avons donc affaire à au moins quatre homme. Mais ils peuvent être plus.» A répondu Billy.

« Don et Charlie ? »

« Aucun signe ».

« Bien. Nous attendons que les plongeurs paralysent le bateau et nous intervenons ».

Megan avait à peine fini sa phrase que Calahan l'a informé que le bateau venait d'être neutralisé et qu'ils ne devaient pas perdre de temps pour agir.

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« Don ? Don, tu m'entends ? »

Charlie a posé sa main au dessus du cœur de Don et a eu un choc en constatant que son torse ne se soulevait plus.

« Don !»

De ses doigts tremblants, il a recherché un pouls au niveau de la carotide de son frère. Inexistant. Le jeune génie a alors pris le poignet de Don. Toujours rien. Aucune impulsion.

« Non ! Don, reviens ! »

Il a étendu son frère à terre et s'est penché sur lui pour détecter à l'oreille une respiration. Rien. Le néant. Aucun signe de vie.

Le cœur de Charlie s'est mis à marteler de plus en plus fort mais il a très vite retrouvé ses esprits en se souvenant des cours de secourisme qu'il avait suivi sur le conseil de sa mère il y a quelques années. Jamais il n'aurait pensé que la première personne sur qui il devrait les mettre en application serait Don. Il ne savait même pas s'il se souviendrait des bons gestes. Mais Charlie semblait marcher en pilote automatique et a pratiqué les gestes qui sauvent sans hésiter.

Il a incliné la tête de Don et libéré ses voies aériennes. Puis il a pratiqué deux insufflations profondes avant de revérifier la présence d'un pouls carotidien. Toujours rien.

« Don ! S'il te plaît, reviens !»

Charlie s'est mis à genoux perpendiculairement à Don à hauteur de son thorax et à commencer un massage cardiaque. 3 minutes. Il avait 3 petites minutes pour réanimer Don. Au-delà, Charlie savait trop bien que des lésions cérébrales irréversibles peuvent intervenir. Et chaque minute qui passait faisait perdre 10 de chance de survie à Don. 10 minutes. Charlie avait 10 minutes pour faire revenir son frère. Mais devait-il vraiment continuer le massage au-delà des trois minutes fatidiques ? Jamais Don ne supporterait de vivre avec des dommages irréversibles au cerveau le rendant dépendant. Charlie connaissait trop bien son frère pour savoir qu'il préférerait mourir plutôt que d'être condamner à vivre en étant complètement délaissé aux soins de sa famille. Devrait-il faire subir à Don ce qu'il redoute le plus ?

« Don ! Je te défie de mourir ! Aller respire ! Aller, fait un petit effort s'il te plaît ! Don ! C'est toi qui diras à papa que tu l'aimes, pas moi !»

« Un ! Deux ! Trois ! »

« Aller ! Je sais que tu es là quelque part alors respire et ouvre tes yeux ! »

Charlie commençait à sentir ses muscles brûlaient à force de faire des compressions sur le thorax de son frère mais il était bien déterminé à ne pas le laisser partir loin de lui. Il était tellement effréné à pratiquer son massage cardiaque qu'il n'a pas entendu la grosse porte en fer s'ouvrir.

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En deux files indiennes, toute l'équipe d'intervention parcourait le chemin silencieusement, courbait en deux. A l'extrémité du chemin, deux snipers ont pris positions dans les arbres et tous les agents se sont divisés en 4 groupes. David était à la tête du groupe 1, Megan du groupe 2, Colby du groupe 3 et Cooper du groupe 4. A l'extérieur du bâtiment, un homme était toujours en train de fumer sa cigarette. Pour ne prendre aucun risque, l'un des snipers lui a envoyé une fléchette paralysante. Une fois certaine que l'homme était sans connaissance, Megan a pris d'assaut avec son groupe, aussi discrètement que possible, le côté gauche du bâtiment où se situait l'entrée secondaire tandis que le groupe 1 menait par David se chargeait du côté droit afin de pénétrer à l'intérieur du bâtiment par l'entrée des bateaux. Par contact radio, David et Megan ont transmis leur position à Colby et Cooper leur donnant le feu vert pour qu'ils approchent eux aussi du bâtiment mais par l'entrée principale, le point le plus délicat. Colby a demandé à l'un des snipers si la voie était libre. Celui-ci a regardé par la lunette laser de son fusil et a constaté que la personne qui se trouvait à l'intérieur tournait le dos à la fenêtre.

« Sniper 1 à groupe 3 »

« Groupe 3 à l'écoute »

« La voie est libre. Le type tourne le dos à la fenêtre. Je le maintiens en visuel».

« Bien reçu ».

Colby s'est ensuite tourné vers Cooper et, d'un commun accord, ils ont menés leurs groupes en rampant devant l'entrée principale, sans se faire repérer. Le groupe 3 s'est posté à côté gauche de la porte et le groupe 4 sur la droite de la porte.

« Groupe 3 à groupe 1 et 2. Groupe 3 et 4 en position ».

« Bien reçu. Nous sommes prêts à entrer».

« Bien reçu groupe 2».

« Groupe 1 ? »

« Prêts à entrer aussi. Nous avons deux hommes en visuel devant une grosse porte en fer. Je croîs que c'est Carter et Mcbright».

« Bien reçu. A tous les groupes. A trois on y va. Un, deux, TROIS ! »

En hurlant FBI, tous les groupes sont entrés simultanément dans le hangar prenant tous les ravisseurs par surprise.

Le groupe 4 a fait sauter la porte principale et le groupe 3 l'a suivi à l'intérieur. Ils se sont directement dirigés vers la salle se trouvant sur la gauche où se trouvaient deux hommes. Ces deux derniers ont été étonnés mais, en bon professionnels, ils ont vite retrouvés leurs esprits en mettant la main sur leurs armes. Mais Colby et Cooper ont été plus rapide et ils ont réussi à les neutraliser sans tirer un seul coup de feu. En revanche, le groupe 1 mené par Megan a été obligé d'abattre le quatrième gros bras lorsqu'ils sont entrés.

« Groupe 3 et 4 à tous les groupes : deux hommes neutralisés »

« Groupe 2 à tous les groupes : un homme abattu ».

Les hommes du groupe 2, David en tête, se sont approchés, armes aux poings, vers Carter et Mcbright qui s'apprêtaient à entrer dans la pièce où se trouvaient les frères Eppes.

« FBI ! Carter ! Mcbright ! Lâcher vos armes ! »

Donovan et Connor, pris par surprise ont sursautés mais ils ont persistés à ne pas lâcher leurs armes.

« Armes à terre ! Plus vite que ça » A hurlé David.

Connor n'avait nullement l'intention de retourner en prison. Plutôt mourir que de revivre l'enfer carcéral. Avec un sourire narquois sur son visage, il a visé David et celui-ci a tiré avant que Connor ne mette feu lui-même à son arme. Carter, courageux mais pas téméraire, se trouvait dépasser par la situation.

« Carter ! Lâcher votre arme ! Maintenant ! »

Ne sachant plus quoi faire et se sentant cerner de toute part, il a posé son arme à terre et à suivi les instructions de David.

« A genoux, les mains derrières la tête, pouces vers le haut. Plus vite que ça !»

David a fait signe à l'un de ses hommes de s'approcher de Donovan afin de lui passer les menottes. David s'est approché de Connor pour vérifier qu'il était bien mort et a ramassé son arme.

- « Groupe 1 à tous les groupes : Carter neutralisé. Mcbright abattu ».

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« Un ! deux ! trois ! »

« Don ! »

Essouffler mais doter d'une détermination féroce, Charlie s'évertuait à réanimer son frère. Son attention était exclusivement concentrée sur son frère. A un tel point qu'il n'a pas entendu l'agitation à l'extérieur de la pièce. Il n'a pas entendu les tirs et il n'a pas entendu Colby, Megan, David et Cooper s'approchaient rapidement de lui et de Don. Il a à peine senti David mettre ses mains sur ses épaules.

«Aller Don ! Respire !»

« Charlie ! Laisse Megan et Colby continuaient le massage. Charlie tu m'entends ?! »

N'obtenant pas de réponse, Cooper a aidé David à éloigner Charlie de son frère en le prenant par ses bras.

« Non ! Lâcher-moi. Vous n'aurez pas mon frère ! »

« Charlie ! C'est moi, David ! »

« David ? Billy ? ». Etonné et à la fois soulagé, Charlie s'est alors aussi rendu compte de la présence de Megan et de Colby.

« Oh mon dieu ! Merci ! » Charlie s'est effondré dans les bras de David : « David ! Don est mort ! »

David a pris Charlie dans ses bras et a essayé de le sortir de la pièce mais Charlie était déterminé à rester aux côtés de son frère.

Par radio, Cooper a demandé à Calahan d'envoyer une équipe d'infirmiers le plus rapidement possible.

« Don ! Reviens ! Tu ne peux pas me laisser ! Donnie ! »

« Charlie, depuis combien de temps son cœur ne bat plus ? Charlie, réponds-moi ! »

Charlie a regardé Colby en train de faire des compressions sur le torse de son grand frère et a répondu en bégayant :

« Je…je suis pas sûr. Environ Tr…trois minutes ».

Toute l'équipe s'est regardée avec angoisse mais personne n'a rien dit. Trois minutes. Trois minutes étaient tous ce qu'ils devaient savoir.

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De la voiture et malgré la distance, Alan avait entendu les coups de feu. A chaque coup de feu, son cœur faisait un bon. Les pires scénarios rejouaient sans cesse dans sa tête. Ses enfants étaient-ils les victimes de ces tirs ? Le cœur d'Alan palpitait à vitesse grand V. Il a essayé de prendre de grandes inspirations profondes mais son angoisse était telle que le moindre petit mouvement l'effrayé. Un oiseau qui s'envolait brusquement d'un arbre et il sursautait, incitant son cœur à battre encore plus vite. Il a regardé sur sa droite et a aperçu les infirmiers s'agitaient. Ils semblaient avoir reçu un appel radio leur disant d'intervenir le plus vite possible. N'y tenant plus, Alan, en dépit des ordres qu'il avait reçu, est sorti de la voiture et s'est dirigé vers l'équipe d'urgence.

« Qu'est-ce qui passe ? »

Aucun des infirmiers ne lui a répondu.

« Je vous en prie, dites-moi ce qui se passe ? »

« Nous ne pouvons rien vous dire monsieur tant qu'on ne connait pas la situation ».

Démuni, Alan a regardé les urgentistes partir en courant, avec tout le matériel de secours, en direction du hangar.

Alan est resté en place, ne sachant quoi faire. Son cœur lui disait de courir vers ses enfants mais sa raison lui disait de rester là où il était, en sécurité. Mais pourquoi devrait-il être en sécurité si ses enfants étaient en danger ? N'écoutant que son instinct parental, Alan s'est aussi dirigé vers le hangar. Après tout, si les infirmiers sont intervenus, c'est que les ravisseurs ont été arrêtés. Sur le chemin, Alan a aperçu un adjoint du shérif venir en sens inverse.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« L'opération s'est bien passée. Il y a eu seulement quelques tirs. Deux suspects ont été abattus. Les autres ont tous été arrêtés ».

« Et les otages ? » La bouche sèche et les poings serrés, Alan a attendu avec angoisse la réponse.

« L'un d'entre eux semble en bonne santé, étant donné les circonstances. Quant à l'autre…il est vraiment dans un sal état ».

Alan a senti son cœur s'arrêté et ses jambes bouclées sous lui. Il voulait demander lequel de ses garçons était dans un « sal état » mais ses mots ne sortaient pas de sa bouche. En transe, il a couru vers le hangar, aussi rapidement que son corps âgé et fatigué le lui permettait. Ignorant volontairement les conseils des membres du SWAT de ne pas entrer dans le hangar, Alan a pénétré à l'intérieur et s'est dirigé vers les voix qui semblaient provenir d'une petite pièce sur la gauche, près de l'entrée à bateau. Lorsqu'il s'est approché suffisamment près de la grosse porte en fer, Alan a reconnu la voix de son plus jeune. Il a accéléré son pas pour s'arrêter net aussitôt en entendant distinctement les mots et les pleurs de Charlie :

« Don est mort ! »

Donnie ! Non ! Alan est entré précipitamment dans la pièce et a eu un choc en voyant les infirmiers choqués avec un défibrillateur le corps de son fils étendu à terre, un masque d'oxygène sur son visage.

« Do…Donnie ! »

En entendant la voix de son père, Charlie s'est enlevé des bras de David et s'est jeté au cou de son père.

« Papa ! »

« Charlie ! »

Alan a serré de toutes ses forces son plus jeune fils, heureux de tenir dans ses bras au moins l'un de ses fils. Il s'est reculé et a bercé le visage de Charlie dans ses deux mains tout en recherchant des signes de blessures, mise à part son entaille sanglante sur son front.

«Charlie tu vas bien ? »

« Oui. Mais Don… »

« Non Charlie, ton frère ne vas pas mourir ! »

Certain que son cadet allait bien, Alan l'a remis aux mains de David et de Billy pour aller s'agenouillé à côté de la tête de Don.

« Donnie ! »

Tout en passant sa main dans les cheveux de son aîné, Alan a regardé avec horreur l'un des infirmiers rechargeait le défibrillateur tandis que l'autre plaçait les palettes sur le torse de Don

« Charger à 200 ! Dégager !»

L'infirmier avait à peine enlevé les palettes que le corps de Don s'est soulevé du sol pour retomber aussitôt lourdement à terre.

Tous les regards se sont tournés vers le moniteur cardiaque. Rien. Aucun bip bip indiquant un battement de cœur.

- « Charger à 260 ! Dégager !»

Toujours rien. Ligne plate.

Les mots de son fils quelques jours plutôt sont revenus implacablement hantés Alan. Le nuage noir va s'en aller pour toujours et tu retrouveras le soleil. Le nuage noir va s'en aller pour toujours !

« Non Donnie, tu n'es pas un nuage noir. S'il te plaît respire. C'est toi mon soleil ! Je t'aime Donnie !»

Charger à 300 ! Dégager ! »

Une nouvelle fois, le corps de Don à arquer contre le sol mais toujours aucun bip sonore.

« Charger à 360 ! Dégager ! »

Alan, en larmes, a pris la main de son fils et l'a serré fortement tandis qu'il traçait de petits cercles sur la temple de Don avec son pouce magique. 360. La charge maximale. Si ça ne marchait pas maintenant, alors Don ne sera jamais réanimer. Les infirmiers réessayeront plusieurs fois mais le cœur de Don était déjà bien fatigué.

« Dégager !»

Toujours rien. Les infirmiers se sont regardés, se demandant s'ils devaient continuer ou non. Avec un dernier signe d'assentiment, ils ont réessayés une dernière fois.

« 360 ! Dégager ! »

Un silence lourd s'est installé dans la pièce, l'attention de chacun était tournée vers le moniteur cardiaque. Rien. Aucun bip sonore. La ligne restait désespérément plate. Le nuage noir va s'en aller pour toujours.

A suivre.