Note d'auteur : Bon, si ça se trouve j'ai pas le droit de le faire ( ET POURQUOI ? ) mais je vais laisser une petite note à l'attention spéciale de Gwenhifar, qui m'a laissée une review anonyme. Donc merci du geste G., et j'espère que tu tombera sur ce nouveau chapitre prochainement. Oui je tenais à y répondre. Beaucoup.
Et sinon pour les autres, bonne lecture, et surtout merci de continuer à me suivre sur cette histoire, c'est la première fois que je poste une fic aussi longue, donc je m'attendais à un accueil plutôt mitigé, mais vous avez étés sympas, donc merchi tout le monde.
Bonne lecture les gens.
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Une autre journée commença, et le roi semblait revivre.
Cela agaça profondément Farah qui dut cesser son conflit ouvert avec lui, mais elle n'abandonnerait pas. Elle décida de revenir vers lui, tout sourire, charmante et serviable, mais le Prince ne semblait plus sensible à ses charmes. Il semblait totalement obnubilé par quelque chose, jusqu'à lui en faire dédaigner la belle brune.
Ravalant son hurlement de rage, elle se sentit soudain laide. Elle n'allait tout de même pas devoir le séduire une nouvelle fois pour regagner sa confiance ? L'archère eut une moue dédaigneuse, et suivit le Roi dans ses moindres déplacements, lâchant de temps à autre un commentaire désobligeant sur la manière dont il gouvernait le peuple.
C'est à ce moment précis que le Prince comprit pourquoi son sombre alter ego détestait tant Farah. D'un point de vue extérieur, s'il se détachait totalement d'elle et utilisait son cerveau plutôt que son cœur romantique, il voyait ses stratégies et comprenait que son sourire sonnait faux. Il se sentit trahi, mais cette impression disparut.
Après tout, n'avait-il pas promis à son double de renoncer à elle ?
La brune commençait de son côté à paniquer. Dans ses plans, le Prince devenait Roi et, éperdu d'amour pour elle, il la faisait Reine.
Cependant, le brun n'avait pas du tout l'air éperdu d'amour. Quelque part au fond d'elle, cela lui brisa quelque chose, outre sa fierté. Elle s'était endurcie au fil du temps, et désormais, elle n'était plus une jolie petite princesse adorable qui n'attendait que son prince pour commencer à vivre. Au contact des horreurs de la guerre de Sable, elle avait compris l'importance du pouvoir, de la puissance et de l'amour.
Car oui, elle était tombée amoureuse de son beau Prince mystérieux. Mais, et c'était diablement étrange, elle avait la certitude qu'elle le connaissait, d'autre part. Cette voix moqueuse, cette attention, cette gentillesse, et surtout, ses yeux bleus comme l'océan.
Océan... Eau, pluie...
Elle eut un sursaut en voyant passer dans un éclair de lucidité un jeune homme s'enfuir d'un balcon, avec un dernier mot à son adresse, dans un clignement d'oeil aussi bleu que la pluie qui tombait sur ses cheveux bruns.
« Kakouloukiam. »
Elle manqua de crier de surprise, mais se reprit bien vite. Ce n'était pas le moment de rêver à l'amour éternel, n'est-ce pas ?
Ce mot lui rappela la douce époque où sa mère lui contait les légendes de son peuple, la rassurait, et lui murmurait que lorsqu'elle perdait l'espoir, elle pouvait simplement demander de l'aide. Avec ce simple mot.
C'était parfaitement ridicule.
Mais pourtant...
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Plus tard dans la journée, elle mangea en compagnie du roi, qui, pour une fois, attrapa distraitement un fruit au hasard.
L'époque de l'innocence était révolue. Elle avait bien compris les rouages du gouvernement, et aussi le fait qu'en tant que femme, elle n'avait pas de réelle autorité tangible. Par contre, en épousant un roi... Cela changeait tout. Elle pourrait faire ce qu'elle voudrait, et il y aurait enfin une justice dans cette ville chaotique.
Malgré son impression de déjà-vu fulgurante, elle n'arrivait pas à aimer ce nouveau roi. Le jeune homme de sa vision, lui, elle l'aimait, ça elle en était certaine.
Mais lui, en dépit de sa ressemblance avec le mystérieux fuyard, elle ne parvenait pas à l'apprécier de la même manière. Et, c'était une règle immuable, on ne pouvait forcer l'amour. Et d'ailleurs, ce jeune brun n'existait sans doute pas, et c'était sans doute son esprit surmené qui lui jouait des tours douteux.
Le Prince ne lui accorda pas plus d'attention que les jours précédents, mais elle ne s'en vexa pas. Après tout, elle devrait s'en sortir par ses propres moyens désormais.
Elle allait le renverser et récupérer ce qu'elle voulait depuis le départ. Et peut-être en apprendre plus sur cette mystérieuse apparition.
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Le Prince ne grignota que peu, mais semblait moins affaibli qu'avant. Il avait repris son air combatif et avait l'air plus sûr de lui. Cependant il retourna assez vite à sa chambre, en prenant le soin d'écouter avant les entraîneurs des nouvelles recrues.
Les nouvelles étaient bonnes. Une armée prenait peu à peu vie, lentement, mais sûrement.
L'esprit prisonnier du corps ne savait plus quoi penser. Sa proposition était très intéressante, mais le prix à payer, lui...
Evidemment, la perspective de retrouver son véritable corps et sans doute son royaume était plus que satisfaisante. Mais ce que le Prince de l'Ombre exigeait lui semblait trop. Il s'était toujours douté que
ce qu'il lui avait dit n'était pas totalement faux. Dans la dimension de lumière, si Farah ne l'avait pas rappelé, il serait resté. Et il n'aurait rien regretté.
Si... ?
« Non, tu n'aurais pas regretté.
Le Prince rougit intérieurement. Il n'avait pas réalisé qu'il n'arrivait toujours pas à cacher ses réflexions.
- Mais...
- Bientôt, très bientôt, je serais assez fort pour reprendre mon vrai corps. Tu as accepté le marché.
- Oui... »
Il ne savait plus quoi répondre d'autre. Il était prisonnier de son corps, et même lorsqu'il en serait à nouveau le seul maître, il devrait se plier aux désirs de son double. Au final, cette captivité resterait inchangée, seuls les termes pour la désigner seraient modifiés.
Son alter ego avait encore les pouvoirs de reprendre sa liberté après «usage». Mais quelque part, le Prince se doutait que, pour une fois, il se montrerait honnête.
Du moins, il l'espérait de tout cœur.
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Farah se désespéra de ne pas trouver le moyen d'accéder au pouvoir.
Enfin, si, elle en avait trouvé quelques uns, mais elle ne les appliqueraient qu'en dernier recours. Elle pouvait le tuer. Elle pouvait aussi l'épouser.
Mais elle n'en avait aucune envie. Cependant, elle pouvait monter sa rébellion. Le peuple n'attendait qu'un meneur. Elle avait les épaules pour endosser ce rôle. Pourtant le découragement la prenait. Peut-être devrait-elle repartir dans son royaume d'origine et s'occuper de son véritable peuple. Ces gens avaient plus de valeur à ses yeux que le trône du Prince, après tout.
En fin d'après midi, après avoir longuement exploré toutes les possibilités, elle prit sa décision, choisissant de faire ce qui lui semblait le plus juste.
Déterminée, elle s'approcha de son arc et de ses flèches, et s'en équipa, seule dans la chambre qui lui avait été attribuée.
Mais avant, elle avait quelque chose à faire.
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Le Prince de l'Ombre restait tranquillement adossé à sa terrasse, les bras croisés sur le torse qu'il avait dénudé, pour profiter du soleil, qui diffusait encore une lumière chaude.
Plongé dans ses pensées, il parcourait du bout des doigts son bras anciennement meurtri par la chaîne, qui malgré son utilité, était restée douloureuse.
Sous son index, il redessinait distraitement les cicatrices pâles, quasiment imperceptibles, qui semblaient dater de plusieurs années, alors que les maillons tranchants ne s'étaient retirés de lui que quelques temps plus tôt. Cela lui semblait déjà des siècles...
De temps à autres, il tentait de se « projeter » hors du corps du Prince, et cela lui restait horriblement difficile. C'était comme essayer de soulever un poids beaucoup trop lourd pour ses muscles, et à l'issue de chaque tentative, il en sortait épuisé et abattu.
Tout ceci se faisait bien entendu à l'insu du Prince. Son double veillait toujours à ne rien laisser paraître; de plus, se laisser voir faible allait à l'encontre de son caractère même.
Cependant, à force d'utiliser cet sorte de muscle, il se renforçait et augmentait ses chances de parvenir à son but. Bientôt il serait en mesure de se matérialiser tel que le Prince aparaissait lorsqu'il se laissait dominer par lui. Pas très longtemps sans doute, mais il n'avait besoin que d'une nuit pour se satisfaire. Tenir une nuit, il en était capable... Peut-être.
Rester sous une forme qui lui était propre était très difficile. A long terme, il avait même peur des représailles. S'il insistait trop, peut-être n'aurait-il même plus assez de force pour retourner dans le corps du Prince et en reprendre le contrôle.
S'il échouait, il redeviendrait une voix désincarnée, sans pouvoir et sans emprise sur son double. Et il était certain que plus jamais il ne le laisserait reprendre le contrôle, même partiel. Il ne l'écouterait même plus... et il était inutile d'espérer que sa demande l'avait éclairé sur ses sentiments.
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Et en effet, le Prince n'était pas pour le moins du monde éclairé. Il tentait d'analyser clairement la situation, et en avait conclu qu'il devait simplement attendre d'être libéré. Si il avait bien compris le marché, il serait libéré, et son double aurait son propre corps, et en retour, il se doutait bien qu'il devrait laisser le corps noir tatoué d'or l'approcher d'un peu plus près que nécessaire.
Mais le doute planait. Peut-être attendait-il autre chose.
Le Prince de l'Ombre avait conservé la même position depuis un long moment, et malgré les tentatives de son double, il ne parvint pas à déchiffrer ses pensées.
Soudain une idée le frappa, et s'imposa telle une solution miraculeuse à lui.
Il n'avait qu'à le tuer, lorsqu'il serait face à lui, plein de désir. Il pouvait se sauver de lui-même.
Il eut froid. Froid de l'intérieur.
« Je... je ne peux pas faire ça ! Je ne peux pas le tuer. »
Pourquoi, pourquoi se disait-il cela ? Ridicule. Jamais il n'avait tremblé à l'idée de tuer un homme. Sur l'île du temps, malgré tout ce qu'avait pu dire les autres à propos de son comportement égoïste, voire monstrueux, il n'en était pas moins resté un guerrier impitoyable et efficace, quoiqu'un peu trop sanguinaire.
Il avait tant rit sur les cadavres de ses ennemis se noyant dans une flaque de sang à ses pieds. Il avait craché au visage de ceux qui osaient le défier, puis leur avait dérobé leur vie, d'un violent coup d'épée bien placé.
Mais maintenant, voilà qu'il faiblissait brusquement à la perspective de tuer son double. Pourquoi ?
« Tant de questions et si peu de réponses petit Prince... Tu ne peux pas me tuer. »
L'interpellé s'insulta mentalement. Mince, il ne savait jamais comment se préserver de l'esprit de son alter ego...
Au fond de lui, le Prince savait que son double avait raison.
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Le Prince de l'Ombre frissonna et sortit de sa torpeur. Il était peut-être temps de dormir un peu... Il fronça les sourcils et partit se coucher. Il sentit la présence de l'esprit de son double faiblir, puis s'endormir. C'était une sensation étrange, comme s'il somnolait sans être fatigué pour autant.
Une fois qu'il se fut assuré d'être « seul », il réfléchit aux bribes de pensées qu'il avait pu saisir tout à l'heure.
Alors, il le haïssait tellement qu'il voulait aller jusqu'à le tuer dès qu'il en aurait l'occasion ? Oui, c'était tout à fait plausible. Cependant le doute qu'il avait perçu dans le flot d'idées, de sons et d'images était quelque peu rassurant.
Après tout, s'il sentait lui aussi le plaisir lorsqu'il s'accordait un moment de détente, il sentirait sûrement la douleur d'une dague qui transperce un corps.
Sur ces sombres pensées, le Prince de l'Ombre regarda une dernière fois son bras guauche strié de cicatrices presques invisibles.
Demain soir, il essaierait de se libérer.
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Au même moment, une jeune femme encapuchonnée était penchée sur une table dans le couloir en face de la suite royale. Elle termina d'écrire un long message adressé au Prince de Perse, nouvellement Roi. Elle attrapa une de ses flèches et la laissa simplement en bas du morceau de parchemin. Ce serait sa signature.
Farah tira un peu plus sur sa capuche, résistant à l'envie d'écrire un « Au revoir ». Mais c'était bien une lettre d'adieu, n'est-ce pas ?
Dans un bruissement de cape, l'archère disparut dans la nuit, ne laissant derrière elle qu'un message planté d'une flèche sur la porte d'un Roi qui l'avait oubliée.
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Fin
