Morgan avait du mal à contrôler sa nausée.
Si ce que Megan disait était vrai, alors Hotch était un auditoire captif de sa propre humiliation, de sa propre éviscération émotionnelle. S'inclinant aussi loin que ses liens le lui permettaient, Derek ferma les yeux et tenta de retrouver une certaine mesure.
- Morgan, tout va bien. Si quelqu'un peut comprendre, c'est bien Hotch.
La voix douce de Prentiss visait à apaiser Morgan, mais il y avait une tonalité sous-jacente qui trahissait un certain inconfort. De savoir que son patron, étendu là sur ce lit, le pantalon béant, écoutait leur conversation.
Le tintement du rire cristallin de Megan incita Morgan à lever les yeux. Il y avait une indignation amère sur chaque ligne de ses traits. Megan s'amusait énormément. Elle sirotait son vin et considérait l'agent par le rebord de son verre, les yeux pétillants de joie malveillante.
- Aaahhh… trésor, ne t'en fais pas avec ça, dit-elle d'une voix trainante. Si Aaron peut t'entendre et s'il est un homme bien… pourquoi ne te pardonnerait-il pas ? Qu'en penses-tu ?
- Si ?
Morgan capta la petite lueur d'espoir, même si sa colère s'était enfoncée de quelques crans.
- Que voulez-vous dire par "si" ? Peut-il nous entendre ou non ?
Avec un soupir ennuyé, la suspecte leva une épaule dans un geste d'indifférence alanguie.
- Est-ce que cela importe ? Aucun de vous n'y peut rien de toute façon.
Elle passa la langue le long du rebord de la flûte de champagne en observant ses proies à travers ses paupières mi-closes.
- Mais puisque vous avez trempé l'orteil dans l'eau, aussi bien plonger pour de bon à présent. Quels sont les autres petits secrets d'Aaron ?
Prentiss n'aimait pas la façon de la meurtrière de dévisager Morgan. Il était préférable de garder les hommes au périmètre de sa perception plutôt qu'au centre de la scène. Si cela était possible. Derek pouvait devenir trop facilement un autre jouet entre les mains Megan, tout simplement à cause de son sexe. Hotch était déjà une cible sans défense, mais la sensibilité féminine d'Emily détectait une douce qualité dans l'intérêt de Megan pour le chef de l'unité. Peut-être est-elle attirée par lui, malgré elle ?
Néanmoins, Prentiss préférait la prudence plutôt que l'affliction. Elle tenta de détourner l'attention vers elle-même.
- Il n'a pas tant de secrets. C'est simplement un homme réservé. Il ne va pas déblatérer sur sa vie personnelle à qui que ce soit parce qu'il est plutôt introverti. Et non parce qu'il cherche à dissimuler quoique ce soit.
- Oh ?
Megan émit un rire d'incrédulité amusée.
- Oh, vraiment ? Un homme qui n'a pas de secrets ?
- Un homme qui garde tout pour lui. Un homme qui ne s'ouvre pas facilement. Un homme qui préfère ne rien dire plutôt que d'utiliser la malhonnêteté comme bouclier. Un homme bien !
- Mmmmmm… que tu dis.
La suspecte referma l'album photos et le lança au pied du lit. Elle s'étendit et posa sa tête tout près de celle de Hotch afin d'étudier son profil. Ses paupières s'affaissèrent, lourdes de sommeil.
- Il est vraiment un bel homme en tout cas. Tu m'entends, Aaron ? Tu es un sacré beau morceau.
Emily regarda Morgan en biais. Peut-être que le champagne commençait à faire effet.
Ils ne pouvaient qu'espérer.
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- Rien ? Vraiment ?
L'agitation de Reid était clairement évidente. Rossi et JJ étaient regroupés autour du haut-parleur ; avec Garcia en ligne.
- Je sais ! Je suis désolée ! Je vais continuer d'essayer mais il n'y a aucune trace écrite identifiable, et il y a tant de titres et d'actes dans les reçus, que nous ne savons même pas quels individus sont liés à la suspecte dont nous ignorons toujours le nom, et les avocats tournent autour des… et… et… et…
La détresse et l'accablement étaient palpables dans la voix de l'analyste technique.
- Nous comprenons, chaton, protesta Rossi. Mais… continue de creuser.
- Je n'arrêterai jamais…
La connexion fut coupée sur le sanglot de Garcia.
Dave se retourna pour regarder les visages inquiets de ses collègues.
- Vous savez de qui nous avons besoin pour ce genre de choses ? dit-il avec une pointe d'humour amère.
- De Hotch.
JJ passa une main lasse sur son visage.
- Il était procureur général. Il saurait comment passer à travers toute cette foutue merde juridique sans aucun effort.
- Il s'est écoulé un délai de 24 heures depuis que nous avons perdu tout contact avec le reste de l'équipe.
Chaque minute qui s'écoulait diminuait les chances de retrouver leurs collègues… leurs amis. Vivants et indemnes.
- Je n'ai jamais passé à travers tout un système juridique auparavant, dit JJ en croisant les bras autour de sa poitrine pour chercher un certain réconfort. Il y a des dizaines et des dizaines de riches magnats qui courent les rues. Ils sont invincibles parce que nous ne savons même pas qui ils sont.
- Nous avons déjà confronté ce problème auparavant, soupira Rossi. Tous les magnats peuvent s'en tirer avec des cascades. Généralement, ils ne le font pas. Mais elle est toujours là... cette puissante structure… qui garde profil bas.
- Ce qui me tue c'est que cette tueuse est capable de les repérer, d'en faire ses proies. C'est précisément ce type d'homme qu'elle cherche. On pourrait penser que l'un d'entre eux pourrait l'arrêter.
Reid semblait tout aussi amer que dérouté.
- Pour certaines personnes, la perte d'une réputation pourrait se traduire par une perte de revenu... ce qui est un sort pire que la mort. Ils préfèrent prendre la chance d'être assassinés, tant et aussi longtemps que leurs cadres juridiques vont nettoyer et conserver leurs souvenirs et leur héritage intacts.
JJ secoua la tête en poussant un soupir de dérision.
- C'est leur immortalité. Leur argent. Leur entreprise. Ils risquent de mourir pour ça et en fin de compte, ils vivent. C'est complètement malade.
Rossi soupira.
- Oui et bien…ça dépend du point de vue de chacun.
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Megan caressait Hotch, à travers le fin tissu de son short. Les yeux rendus brumeux par l'alcool, elle semblait avoir perdu quelques inhibitions.
- Je vous en prie, ne lui faites pas ça.
Morgan ne pouvait supporter que son supérieur soit caressé, molesté. Spécialement s'il était conscient de ce qui se passait. Prisonnier dans son propre corps. Impuissant et sans défense.
- Pourquoi pas ? dit la suspecte d'une voix pâteuse. Aaron et moi avons tellement en commun ! Pourquoi ne devrions-nous pas être ensemble ?
Prentiss serra les dents lorsque la main de Megan se fit plus insistante, plus rythmée. Elle devait couper court aux effets brumeux du champagne.
- Parce que comme nous l'avons dit, c'est un homme bien. Peut-être que vous et Hotch avez certains points de votre enfance en commun mais ce que vous êtes devenue par la suite n'a rien à voir avec lui. Au final, vous n'avez rien en commun avec lui !
Elle crachait ces mots pour détourner l'attention de cette femme.
- Compris ? Il est bon et noble. Et toi tu n'es qu'une merde.
Son manège fonctionna.
Mais pas de la façon que Prentiss s'y attendait.
