HOLD ON-Chapitre 10.

« … c'est pour ça que j'ai jamais voulu de gamins, 'voyez ? J'm'occupe déjà d'une bande d'abru… d'adolescents, et croyez-moi, c'est pas d'la tarte ! »

« Monsieur Finstock, calmez-vous s'il vous plait. On va reprendre depuis le début, d'accord ? »

Jordan Parrish fit signe à son collègue assis à côté de lui. Ce dernier comprit l'ordre silencieux et quitta la pièce tandis que l'adjoint du Shérif reportait son attention sur le coach, visiblement au bord du burnout.

« Simple curiosité, vous avez pris combien de cafés aujourd'hui ? » fit Jordan en observant l'homme parcouru de tics nerveux.

« On va me foutre en taule… Et vous, vous voulez savoir combien de cafés j'ai bus ! On vous paie pour quoi ?! »

« Un problème ? »

Le shérif Stilinski venait d'entrer dans la salle, suivi du jeune policier venu le chercher en renfort. Finstock contourna précipitamment le comptoir d'accueil et se posta devant eux, gesticulant comme une pieuvre.

Une pieuvre avec une tignasse brune et un vieux jogging rouge.

Ouais, l'image aurait pu être assez drôle si la situation n'avait pas été si grave.

« Deux minutes ! DEUX PETITES MINUTES et pouf ! Plus de gosse ! Je savais que j'aurais dû laisser ma mère amener le rejeton de l'enfer à son cours de gym chinoise ! Écoutez Stilinski, j'estime que c'est pas d'ma faute, d'accord ? Il est hors de question que je passe la nuit derrière les barreaux ! Et puis quoi encore ? »

« Attendez un peu… Vous êtes en train de me dire que vous avez perdu ma… ma nièce ? » Paniqua John en écarquillant les yeux.

« Évidemment que non ! Elle s'est échappée ! On était dans le jardin, elle a commencé à se mettre à chouiner alors j'ai cru qu'elle avait faim. Je suis parti à la cuisine deux minutes et quand je suis ressorti, elle était plus là ! »

« Vous avez laissé un bébé seul, à l'extérieur ? » S'offusqua Parrish.

« Oh vous, retournez à votre comptage de café, on vous a pas sonné ! » beugla Finstock.

« On se calme ! » S'exclama John avec autorité. « Comment a-t-elle pu s'échapper ? Elle ne marche même pas ! »

« Qu'est-ce que j'en sais, moi ? C'est vous le père de famille ! »

« Un enlèvement ? » Supposa alors Parrish. « On devrait aller sur place. »

« Je m'en occupe, restez à vos postes et ne lancez aucun avis de recherche pour le moment. »

Le shérif contourna Finstock et alla récupérer son blouson. Il s'apprêtait à sortir lorsque le coach lui barra la route.

« Et moi, alors ?! »

« Parrish va enregistrer votre déposition », soupira John.

« C'est tout ? Vous allez pas me garder en observation ? »

« Pourquoi ? Vous avez quelque chose à vous reprocher, Finstock ? » Rétorqua-t-il sur un ton menaçant.

Le professeur leva les mains en gage de bonne foi.

« Bien. Contentez-vous de retourner voir mon collègue. Je crois que vous en avez assez fait pour aujourd'hui. »

Et sans un mot ni un regard de plus, le shérif quitta le poste. Avant de grimper dans sa voiture de fonction, il composa le numéro de son fils et attendit que ce dernier décroche.

« … Stiles, il faut que tu rentres immédiatement. »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« C'est Cassie. Elle a disparu. »

OooOooOooO

La meute de Derek, le shérif et Chris Argent avaient passé la ville au peigne fin. Finalement, tard dans la nuit, ils s'étaient tous retrouvés à la lisière de la forêt, dernier endroit qu'ils n'avaient pas encore exploré.

Ils firent des groupes de trois et partirent chacun de leur côté. Stiles marchait aux côtés de son père et de Lydia, chacun une lampe-torche en main.

« Stiles, dis quelque chose », chuchota Lydia en lui attrapant machinalement le bras.

« Hum ? »

« Tu es trop silencieux, ça me fiche des angoisses », avoua-t-elle. « Cette histoire de rêve éveillé, c'en est où ? Tu as eu une autre crise, aujourd'hui ? »

« Tu as eu une autre crise ? » répéta le shérif en aveuglant son fils avec sa lampe. « Désolé… » reprit-il en voyant Stiles se protéger les yeux.

« Ça va, arrêtez de me regarder comme si j'étais une bête de foire. Je vais bien », esquiva l'adolescent.

« Stiles, tu me promets que tu prends bien tes cachets ? »

« Oui, p'pa ! Et si on restait concentrés sur Cassie ? »

Le silence se fit à nouveau, mais fut de courte durée. Lydia était mal à l'aise.

« Stiles, j'ai un mauvais pressentiment… »

« Comment ça ? Tu as crié ? »

« Eum… Banshee, c'est ça ? » Voulut s'assurer le shérif, qui essayait encore de mettre de l'ordre dans tout ce fatras de créatures étranges et absolument pas naturelles. Lydia acquiesça puis se tourna vers son ami.

« Non, pas dernièrement. Mais je sens que ça va arriver. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais c'est tout proche. »

Et comme pour appuyer les dires de la jeune fille, un coup de feu retentit non loin d'eux, les faisant tous trois sursauter.

Stilinski senior sortit son arme de service et retira le cran de sécurité tandis qu'il se postait devant les adolescents, pour les protéger d'une éventuelle attaque de front. Mais le shérif avait mal évalué la situation. Le cri de Lydia le fit se tourner brusquement alors que la jeune fille était projetée à terre par un bêta. Stiles le reconnut comme étant un des membres de la meute de Deucalion.

Avant que ce dernier ne leur saute dessus, Peter, Derek et Isaac arrivèrent et engagèrent le combat alors que d'autres bêtas de la meute ennemie surgissaient en masse d'entre les arbres.

Il ne fallut que quelques secondes pour que ce petit coin de forêt se transforme en véritable champ de bataille. Scott, Allison et Chris ne tardèrent pas à rappliquer pour faire face à une majorité de louves.

Dépassé par les évènements, et complètement effaré face à ce déchaînement de forces surnaturelles, le shérif attrapa Lydia par les épaules et tenta du mieux qu'il put de se mettre à couvert avec la jeune fille. Il chercha désespérément son fils du regard, la noirceur de la nuit n'aidant pas.

Mais Stiles n'était plus là.

Alors, John pria pour que sa progéniture ait eu la merveilleuse idée de partir se cacher le plus loin possible.

Mais Stiles ne se cachait pas vraiment.

Debout au milieu de la forêt, à une vingtaine de mètres des échauffourées, il attendait.

Deux louves venaient de le repérer et profitèrent du désordre de la mêlée pour s'occuper de cette proie facile.

Stiles se tourna vers elles et esquissa un sourire amusé. Les deux femmes s'échangèrent un regard suspicieux.

« Où est l'enfant ? » demanda l'une d'elles.

L'adolescent haussa les épaules, toujours flanqué de son sourire goguenard.

« Je croyais que vous l'aviez », finit-il par répondre.

« Il ment », assura l'autre en faisant luire ses prunelles dorées. « Il sait où est June. »

« June, hein ? Sympa ce prénom », railla Stiles, ce qui fit grogner les deux louves.

Celle de droite, toutes griffes dehors, s'élança sur lui et tenta de le frapper. D'un geste vif, Stiles l'arrêta à mi-chemin et lui tordit le bras. Un craquement sinistre plus tard et la louve hurlait, mettant un genou à terre. Elle se recroquevilla, tenant son bras blessé et lâchant une plainte aiguë.

Surprise, sa consœur recula d'un pas, hésitant une seconde. Puis elle attaqua. Mal lui en prit... quelques instants suffirent pour qu'elle s'avoue vaincue, se tordant de douleur.

Stiles s'agenouilla puis se pencha sur les deux femmes à l'agonie.

« Dites à Deucalion qu'il aurait mieux fait de m'arracher la gorge », susurra-t-il avant de se redresser.

Les deux louves, soudain terrifiées par le jeune homme, s'aidèrent mutuellement à se relever et déguerpirent en vitesse.

« Stiles ? »

Scott était arrivé derrière son meilleur ami, toujours immobile au milieu des arbres, un moment après que les deux louves soient parties.

« Hé, Stiles », appela une nouvelle fois le bêta en avançant vers lui.

Le susnommé sursauta et se retourna.

« Ça va, vieux ? »

« … Oui. Ça va », affirma Stiles. « Mon père ? »

« Il est avec les autres, on rentre… »

Quelques secondes plus tard, la Banshee poussa son cri.

OooOooOooO

Il était près de cinq heures du matin lorsque tout le monde regagna son chez-soi.

John Stilinski était épuisé, même s'il ne le montrait pas. Mais Stiles n'était pas dupe. Il aurait tant aimé épargner toutes ces histoires à son vieux père, mais il était maintenant trop tard pour faire machine arrière. Le shérif enjoignit à son fils d'aller dormir, lui assurant qu'il appellerait le lycée pour justifier son absence.

Pour ne pas l'inquiéter, Stiles obéit, s'enferma dans sa chambre et éteignit les lumières. Mais il ne pouvait pas dormir.

Il devait être tout aussi fatigué que son père, pourtant le simple fait de fermer les yeux l'angoissait. Depuis la veille, il luttait contre le sommeil et passait son temps à vérifier qu'il n'était pas en train de rêver et que tout ce qu'il vivait était bien réel.

Il se redressa sur son lit, sentant la panique monter une nouvelle fois. Ces deux dernières semaines avaient été encore plus éprouvantes que l'épisode de la meute d'alphas, de la Darach ou du Nemeton. Sa vie était une nouvelle fois plongée dans le chaos, même pas un mois après les évènements.

Sa respiration se fit tout à coup laborieuse. Ses mains se mirent à trembler.

Stiles se força à compter dans sa tête pour calmer son pauvre cœur qui faisait des loopings dans sa cage thoracique. Mais visiblement, cette petite technique de moine Shaolin ne fonctionnait plus. Alors, il fit ce qu'il faisait de mieux : parler.

« OK, Stiles… Relax mon vieux, tu es chez toi, hors de danger, tout va bien… Tu étais avec Derek dans la forêt et… oh Bon Dieu c'est vrai ! J'étais en train de bécoter Derek-grumpy-Hale dans la forêt… Bref… Cassie… Cassie a disparu, on est partis à sa recherche… »

Stiles se calmait graduellement, mais lorsqu'il essaya de relater les évènements de ces dernières heures, quelque chose le bloqua. Il ferma les yeux, une violente douleur lui vrillant le crâne.

Celle-ci s'intensifia et il se prit la tête dans les mains en grimaçant.

« Stiles… Stiiiileeees… », chantonna une voix guillerette à son oreille.

L'adolescent ne pouvait plus ouvrir les yeux, la douleur était trop intense, trop… trop. Il n'arrivait plus à respirer et il sentait cette présence penchée sur lui, qui murmurait son nom comme une douce litanie.

« Stiles… Laisse-moi entrer, Stiles…Stiiiles… »

« Non ! Allez-vous-en ! » geignit-il, recroquevillé sur lui-même.

« Stiles… Stiles ! »

« Non ! »

« STILES ! »

Le hurlement sembla le libérer de toutes ces entraves invisibles qui lui crispaient le corps. Il ouvrit brusquement les yeux et croisa le regard paniqué de son frère de cœur, qui le tenait par les épaules.

Les deux garçons étaient debout, au milieu de sa chambre. Les lumières étaient allumées.

« S-Scott ? » balbutia l'hyperactif. « Qu'est-ce qui… Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« J'étais à la fenêtre en train de t'appeler pour savoir si je pouvais entrer… Comme tu me répondais pas, je suis monté et là, tu t'es jeté sur moi ! »

Stiles tituba et se laissa tomber sur le lit, épuisé, les mains encore tremblantes.

« J'ai un problème, Scotty… Y'a quelque chose qui va pas chez moi… »

« Ton truc de rêve éveillé ? »

« Non, je… J'ai pas le souvenir de t'avoir vu entrer dans ma chambre, ni d'avoir voulu te réduire en charpie », dit Stiles les yeux dans le vague. « Désolé Bro', je… je voulais pas… »

« Derek avait peut-être tort finalement. La morsure de Deucalion doit faire effet. Faudrait aller voir Deaton. »

Stiles acquiesça, fébrile.

« Qu'est-ce que tu fais là, au fait ? »

« J'arrivais pas à dormir… J'me suis dit que ça faisait longtemps que j'étais pas passé chez toi, et je crois que j'ai bien fait ! Dis, Stiles… C'est la première fois que tu perds le contrôle comme ça ? »

« Aussi violemment, oui… Mais… Scott, je… On a retrouvé Cassie ? »

Le brun fronça les sourcils et décida qu'il valait mieux s'asseoir, car le reste de la nuit risquait d'être long, vu la tête de son meilleur ami.

Il tira la chaise de bureau de Stiles et s'y installa.

« Non, toujours pas. Apparemment, la meute de Deucalion pensait qu'on l'avait encore. »

« La meute de Deucalion ? Ils nous ont contactés ? »

« Euh… Stiles, on était dans la forêt avec eux… Ils nous ont attaqués par surprise. »

Stiles se massa les tempes. C'était donc cette information qui lui avait manqué.

« C'est de ça dont je me souvenais pas… Je me rappelle pas être allé dans la forêt, Scott. Rien. Nada… Le néant. »

« Peut-être que ton loup essaie de te protéger des évènements trop violents, non ? »

« Wow, wow, wow ! » s'exclama Stiles en se redressant. « Mon loup ? Scott, je suis pas un putain de loup-garou !... Sans vouloir te vexer », rajouta-t-il précipitamment. « Euh… Scotty… ? Tu fais quoi, là ?... »

Le jeune McCall s'était levé et reniflait Stiles avec application, sourcils froncés, le nez collé sur ses vêtements.

« J'essaie de voir si tu es un loup-garou… »

« Scott… Vieux… Ça devient gênant, là… »

Le susnommé se redressa une fois son inspection terminée.

« R.A.S. ! Tu sens l'humain… et un peu Derek, aussi. »

Stiles piqua un fard.

« Quoi ? J'ai dit un truc qui fallait pas ? »

L'hyperactif se mit à tortiller nerveusement ses doigts, et s'appliqua à ne pas croiser le regard étonné de Scott.

Le moment où Stiles avouait à son meilleur ami que l'abominable grincheux Hale lui filait une gaule d'enfer était peut-être arrivé. Après tout, Scott ét-…

« Tu… Quoi ? » s'étouffa Scott.

« … J'ai parlé à voix haute, c'est ça ?... Eh merde. »

Stiles pensa à cet instant qu'il avait dû naître pile au moment d'une marée haute, de l'alignement de planètes ou d'une catastrophe quelconque qui annonçait de mauvais présages.

Qui avait inventé cette putain de Loi de Murphy, déjà ?

Ah oui. Edward Murphy.

Stiles aurait bien deux mots à lui dire, à ce gus.

« Je voulais pas dire ça comme ça », essaya-t-il de se rattraper.

« Tu parles bien de Derek, hein ? Derek Hale ? L'Alpha ? »

Stiles soupira.

Scott était lent à la détente, parfois.

« Tu es en train de me dire que Derek te... plait ? » Poursuivit le bêta, et il semblait dire ça comme s'il ne comprenait pas du tout les mots qu'il prononçait.

« Ouais », répondit alors Stiles. « Quelque chose dans le genre… »

« Derek ? » répéta son meilleur ami, pas tout à fait sûr d'avoir compris.

« Oui, Scott ! », s'exaspéra l'hyperactif. « Derek Hale ! C'est venu comme ça, ça s'explique pas ! Même si je le trouvais déjà carrément bandant depuis longtemps, disons que je m'en suis vraiment rendu compte que récemment. Et ce qui paraît encore plus dingue, c'est que…eh bien, c'est lui qui est venu vers moi, tu te rends compte ? J'ai encore du mal à me faire à l'idée que je lui plais. On est quand même super différents, et on se déteste. Un peu moins maintenant OK, mais y'a des fois je le déteste toujours autant… »

« Attends, Stiles… T'es en train de me dire que toi et Derek vous êtes genre… ensemble ? »

Scott avait perdu toutes ses couleurs.

« Pas vraiment, en fait. On… flirte ? Ecoute Scotty, c'est bizarre. Il se passe tellement de choses en ce moment, j'ai du mal à faire le tri et maintenant, y'a cette histoire de morsure de Deucalion qui est en train de me rendre dingue… »

Scott vint s'asseoir à côté de Stiles et, pendant un moment, il garda l'air inspiré du mec qui résout un problème insoluble.

« … Derek ? Vraiment ? » Finit-il par répéter et Stiles lui flanqua une tape derrière le crâne.

« T'es vraiment le pire des meilleurs amis, tu le sais, ça ? » Railla Stiles qui ne put s'empêcher de sourire.

« Tu comptes le dire aux autres ? »

« Pas pour le moment. Je sais même pas où ça va nous mener, alors… »

Le silence se fit dans la pièce pendant un court instant. Le temps semblait s'être arrêté pour Scott et Stiles qui étaient dans leur bulle, celle-là même qu'ils partageaient plus d'un an auparavant, lorsque tout était « normal ».

« On doit retrouver June, Scott. Ça m'angoisse de la savoir perdue dans la nature. C'est qu'un bébé… »

« Qui ça ? » Tiqua le jeune McCall.

« Bah, Cassie. »

« Tu viens de dire June. »

Stiles se crispa soudain et porta une main à sa tête. La migraine revenait.

« Stiles ? » S'inquiéta Scott en posant une main sur son épaule.

L'adolescent se déroba et se releva alors que la pièce se mettait à tourner.

« Ça… Ça va… »

Le jeune loup se redressa et attrapa Stiles juste avant qu'il ne trébuche. Le jeune homme était pâle comme un linge.

« Shérif ! » Hurla Scott, en panique, alors que son frère de cœur s'agrippait à lui en murmurant des mots incompréhensibles.

John fit irruption dans la chambre une minute plus tard et se précipita sur les deux garçons.

« Ne le laissez pas entrer… » balbutia Stiles, parcouru de sueurs froides.

Le shérif et Scott échangèrent un regard inquiet et le paternel fit signe à l'adolescent de l'aider à redresser son fils.

« On part à l'hôpital. »

OooOooOooO

Sur le trajet menant au Beacon Hills Memorial Hospital, la crise de Stiles semblait être passée. Plus étrange encore, il assurait être en pleine forme, malgré la fatigue qui le tenaillait.

Mélissa McCall prit en charge l'adolescent et lui fit passer une série de tests. Elle voulut lui administrer des somnifères légers pour qu'il puisse se reposer un peu, mais Stiles réussit à l'en dissuader.

Il avait toujours aussi peur de s'endormir.

Trois heures plus tard, lui et Scott étaient dans une chambre d'hôpital et le bêta s'empiffrait de gâteaux qu'un infirmier leur avait apportés.

Le fils du shérif était allongé sur le lit, tapotant nerveusement des doigts sur son ventre.

« Comment tu peux manger autant ? » Fit Stiles, écœuré.

« Je chais pas… Cha doit être un chruc de loup ! »

« Pourquoi ils mettent autant de temps ? » S'impatienta Stiles en s'asseyant.

Scott déglutit avant de lui répondre, tout en ouvrant un nouveau paquet de gâteaux.

« T'inquiète vieux, ça doit être normal. Tu veux que j'aille chercher ma mère ? »

« Non, ça ira… Elle va bien finir par arriver. »

Scott se redressa soudain, tendant l'oreille.

« Scotty, parfois tu agis vraiment comme un canidé, c'est flippant… »

« C'est ma mère », dit-il. « Elle arrive… Ah, ton père aussi… Ils discutent. »

« Et qu'est-ce qu'ils disent ? »

Scott se concentra sur les voix de sa mère et du shérif, et retranscrivit la conversation à son ami.

OooOooOooO

« John ! »

Mélissa McCall, les traits tirés par sa longue nuit de service, s'avança vers le shérif qui était adossé contre une machine à café, un gobelet en main.

« Mélissa », sourit-il, fatigué. « Alors ? »

« Les résultats mettent un peu de temps à arriver, désolée. »

John soupira et lui sourit une nouvelle fois.

« Écoute, je… J'ai fait quelques recherches, par rapport aux symptômes que m'a décrits Stiles… », commença Mélissa d'une voix mal assurée. « J'ai relu le dossier médical de Claudia… Je ne veux pas m'avancer, mais… »

Elle ne termina pas sa phrase. La peine pouvait se lire sur son visage.

« C'est bon », souffla le shérif qui devint livide. « Je m'en doutais aussi… On doit lui faire passer un examen complet. »

« Je suis désolée, John… Tellement… C'est peut-être rien du tout, juste un trop-plein de stress… Avec tout ce que les garçons vivent en ce moment… »

« Les médecins avaient dit que c'était héréditaire. Stiles avait vingt pour cent de chances d'y échapper… Je pensais vraiment que… » s'étrangla-t-il.

Mélissa posa une main réconfortante sur son bras.

« Vingt pour cent, ce n'est pas négligeable. Attendons, John. »

L'infirmière se dirigea vers la chambre de Stiles. Juste avant d'y entrer, le shérif la retint encore quelques secondes.

« Ne lui dis rien pour l'instant. »

La jeune femme acquiesça, mais lorsque les deux adultes entèrent dans la pièce, il ne faisait aucun doute que Scott avait entendu leur conversation et avait tout dit à Stiles.

Ce dernier sortit de son lit, se passant une main sur le visage.

« Fiston… » commença le shérif. Stiles leva une paume tremblante pour le faire taire.

« J'ai besoin de prendre l'air. »

« Stiles ! »

Mais l'adolescent sortit en hâte de la chambre d'hôpital.

OooOooOooO

Stiles s'était mis à courir. Les passants le regardaient d'un drôle d'air, mais personne ne semblait vouloir l'arrêter. Tant mieux, parce qu'il ne voulait plus s'arrêter.

Il avait besoin de se sentir vivant. Ni angoissé dans un rêve éveillé ni pétrifié dans une réalité douloureuse.

Il était en colère, parce qu'une fois encore, il se sentait faible.

Mélissa avait raison, il avait sans aucun doute hérité de la maladie qui avait emporté sa mère, quelques années plus tôt. Maintenant qu'il y pensait, tout devenait plus clair. Plus logique.

Lorsque ses poumons commencèrent à être au supplice, il ralentit un peu et s'engouffra dans une nouvelle rue.

Pour une fois, son esprit n'était pas assailli par un million de pensées, il n'avait pour l'heure qu'une idée en tête : retrouver Derek.

Il fallait qu'il lui parle. Le loup aurait sans doute un avis impartial, il l'écouterait et ne le prendrait sûrement pas en pitié. C'était tout ce qu'il souhaitait.

Dès lors que son père et Mélissa avaient franchi le seuil de la chambre d'hôpital, leurs regards, outre la tristesse qu'on pouvait y lire, étaient baignés d'une lueur de pitié. Cette même lueur avec laquelle on avait regardé Claudia lorsqu'on lui avait diagnostiqué sa maladie. Et Stiles ne pouvait pas le supporter. C'était comme le condamner à une mort certaine, comme on avait condamné sa mère.

Il grimpa les marches menant au loft quatre à quatre et frappa avec humeur sur la porte blindée.

Derek ne tarda pas à venir lui ouvrir, surpris de le trouver devant chez lui alors qu'il était censé être en cours.

Ils se regardèrent un instant en chien de faïence tandis que l'hyperactif essayait de reprendre son souffle. L'alpha fronça le nez, une odeur d'angoisse émanait de Stiles, il en déduisit que quelque chose n'allait pas. Il s'apprêtait à le questionner à ce sujet, mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps. Sans réfléchir, il attira Derek contre lui pour capturer ses lèvres tout en le poussant à l'intérieur du loft, fermant la porte d'un coup de pied.

Stiles l'embrassait avec ardeur, accroché à lui, comme si sa vie en dépendait. Douce ironie…

Le loup fut d'abord complètement paumé, mais il ne chercha pas bien longtemps à comprendre. Saisissant en coupe le visage de l'adolescent, il mordit sa lèvre inférieure pour lui faire ouvrir la bouche et y glisser sa langue.

C'était brutal et empressé, tout ce dont Stiles avait besoin pour l'heure. Derek fit descendre une de ses mains dans le creux des reins du garçon et l'attira un peu plus contre lui, sans jamais cesser de l'embrasser. Stiles, impatient et fébrile fit glisser les siennes le long des hanches du loup et entreprit de lui retirer son t-shirt. Dans l'instant qui suivit Derek lui arracha le sien.

Ils en profitèrent pour reculer jusqu'au lit et s'y laisser tomber.

Tout en parsemant de baisers le cou et la clavicule de Stiles, Derek porta une main à son jeans et se débattit un instant avec les boutons qui finirent par céder.

Stiles, le souffle court, affolé par tant de peau nue, venait de délaisser le dos musclé de Derek pour plaquer fermement les mains sur ses fesses. Dans le même temps, il se cambra et leurs deux érections se rencontrèrent. Au contact, les deux hommes haletèrent et l'excitation monta encore d'un cran.

Les lèvres de Derek quittèrent la peau fiévreuse de l'adolescent et il se mit à genoux pour lui retirer ses Converses et son jeans. Stiles, à présent en boxer, se redressa et attrapa la ceinture de l'alpha, qu'il dessangla avec une étonnante dextérité tout en goûtant la peau hâlée de son torse, retraçant le galbe des muscles avec sa langue, le faisant frissonner et grogner. D'une main ferme, Stiles fit s'allonger Derek afin de le libérer du carcan de son jeans.

Derek passa une main tendre dans les cheveux en bataille de Stiles qui mordait doucement la peau de ses cuisses tout en lui retirant son pantalon.

Le loup eut un éclair de lucidité pendant une fraction de seconde, se disant que Stiles était soudainement bien trop habile pour un adolescent sans expérience et surtout beaucoup trop… calme.

Ses pensées s'arrêtèrent là, car Stiles s'allongea sur lui puis dévora sa bouche, lui volant une nouvelle fois le souffle, alors que son bassin ondulait contre le sien de manière totalement débauchée.

N'y tenant plus, Derek libéra d'un geste rapide leurs virilités tendues et les prit en main, les faisant tous les deux gémir. Stiles rejeta la tête en arrière, haletant, alors que le loup imprimait un mouvement de va-et-vient quelque peu chaotique, essayant de maîtriser les vagues de plaisir qui l'assaillaient un peu trop violemment.

Stiles, les yeux fermés, se mordait la lèvre en gémissant, bougeant ses hanches en rythme, toujours accroché à Derek comme s'il ne voulait plus jamais le lâcher.

Quand ce dernier se rendit compte que des larmes coulaient le long des joues rougies de l'adolescent, il arrêta tout mouvement.

« Stiles, est-ce qu-… »

« T'arrête pas, bordel… » Grogna-t-il. « Continue… Plus vite… »

Derek s'exécuta et accéléra la cadence. Il vint passer sa langue sur la peau brûlante et sensible du cou de l'hyperactif, la mordant doucement d'abord, puis la suçant jusqu'à y laisser une marque violacée. Il n'en fallut pas plus à Stiles pour que tous les muscles de son corps se tendent et qu'il soit terrassé par un orgasme qui le laissa sans voix et sans souffle.

Derek le suivit quelques secondes plus tard, ses yeux de loup rivés dans ceux, voilés, de son partenaire.

Une fois la passion retombée, il les nettoya sommairement et fit basculer sur le dos un Stiles, muet comme une tombe.

« Stiles ? » s'inquiéta-t-il au bout de quelques instants.

L'adolescent regrettait peut-être ce qui venait de se passer ? L'alpha tourna la tête vers lui. Il regardait le plafond, concentré sur un point invisible. Clairement pas le comportement auquel il l'avait habitué.

« Dégénérescence lobaire fronto-temporale », lâcha Stiles dans un souffle.

« Pardon ? »

« Maladie neurologique. C'est ce qu'a eu ma mère. »

« Je sais, Stiles. Mais pourquoi tu- »

« J'ai entendu la mère de Scott et mon père en parler. Y'a huit chances sur dix pour que ce soit ce que j'ai. Et si c'est pareil que ma mère, j'ai presque aucune chance de… de m'en sortir… »

Stiles fixait toujours le plafond, les sourcils froncés, la gorge nouée.

« Ma vie n'était pas assez en bordel comme ça, fallait en plus que je tombe malade… Putain, mais qu'est-ce que j'ai fait au ciel pour mériter ça ? »

Des larmes de colère se mirent une nouvelle fois à couler paresseusement sur ses joues. Derek l'attira contre lui et lui caressa le dos pour l'apaiser, essayant de mettre un peu d'ordre dans ses pensées.

« Attends d'avoir confirmation du diagnostic avant de dire ça, Stiles », souffla-t-il. « Dans tous les cas, on trouvera une solution. »

L'adolescent lâcha prise et se mit finalement à pleurer, épuisé.

Il avait vécu la maladie de sa mère, il savait comment ça se passerait pour lui aussi. Et il avait peur.

« Je veux pas mourir, Derek… » Sanglota-t-il, désespéré.

« Tu ne vas pas mourir », dit le loup, plus pour le rassurer qu'autre chose. « Je suis là, Stiles… Je suis là… »

Il continua à lui répéter ces mots réconfortants en faisant courir ses doigts le long de son dos. Il ferma les yeux, un sentiment d'angoisse lui tordant l'estomac. Il savait comment Claudia Stilinski était décédée. Il ne pouvait pas admettre que Stiles doive subir une telle épreuve. Pas maintenant, alors qu'ils s'étaient enfin rapprochés. Pas maintenant alors qu'il était sûr et certain que ce mioche occupait une place essentielle dans sa vie et dans son cœur.

La voix de Derek et sa chaleur rassurante eurent bientôt raison de Stiles, qui finit par s'endormir, vaincu par ces trois derniers jours de lutte pour échapper aux bras de Morphée. Car ceux-là n'avaient plus rien de rassurant.

OooOooOooO

Plusieurs heures plus tard, alors que le soleil commençait à disparaître derrière les immeubles, Stiles se réveilla en sursaut, empêtré dans les draps.

Il regarda ses mains tremblantes un moment et compta ses doigts.

« Je rêve pas », souffla-t-il, soulagé. Il se sentait beaucoup mieux.

« Bien dormi ? » fit la voix de Derek à l'entrée de la cuisine.

« J'ai dormi combien de temps ? Il est quelle heure ? Faut que j'appelle mon père ! »

Derek esquissa un sourire, content de retrouver le Stiles « normal ».

« J'ai appelé ton père, il sait que tu es là. Et tu as dormi cinq heures. »

Stiles soupira et se massa les cervicales en grimaçant. Il avait encore dû dormir dans une position improbable.

« Tu veux manger quelque chose ? » Proposa Derek en venant s'asseoir au bord du lit.

« Tu me ferais à manger ? » Railla Stiles qui se souvint de leur dernière conversation quant au fait que Derek détestait cuisiner.

« Monsieur Cho nous a livré y'a une heure », répondit le loup-garou sur le même ton en passant une main sur la nuque de Stiles pour lui masser les cervicales.

« C'était trop beau pour être vrai ! » S'esclaffa l'hyperactif en soupirant d'aise. « Eh ! Pourquoi tu t'arrêtes ? »

Stiles sentit les doigts du loup s'attarder sur son omoplate gauche.

« Derek ? »

« J'avais jamais fait attention… Tu as une tâche de naissance ? »

« Non, pourquoi tu me demandes ça ? »

« Il y a des veinures qui montent vers ta nuque », déclara-t-il en retraçant les marques légèrement violacées.

Stiles se contorsionna pour essayer de voir par lui-même, mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, un bruit étrange parvint jusqu'à eux.

Derek fronça les sourcils et se releva.

« C'est quoi ? » Chuchota Stiles en observant la porte blindée, de laquelle s'échappait un bruit continu de… grattements ?

Derek se dirigea vers la porte du loft, et lorsqu'il l'ouvrit, quelque chose fila entre ses jambes et sauta sur Stiles qui en perdit l'équilibre, étouffant un juron surpris.

En voyant l'animal foncer sur lui, l'adolescent s'était protégé le visage avec ses bras, s'attendant à se faire mordre, mais il sentit une langue râpeuse lui léchouiller le visage. Il réussit à écarter l'animal en l'attrapant à bout de bras.

« Cassie ?! » S'exclama-t-il, abasourdi.

Le louveteau au pelage gris et au regard ambré remua la queue avec joie alors que Derek s'approchait d'eux.

Stiles lui lança un regard appuyé, histoire qu'il confirme ses suppositions, ce qu'il ne tarda pas de faire d'un mouvement de tête.

« C'est possible, ça ? » Demanda Stiles. « C'est vraiment elle ? »

« Ma mère avait aussi la capacité de prendre cette forme à sa guise. Mais elle n'a pu le faire qu'à partir de l'adolescence. »

« Et comment on fait pour lui faire comprendre qu'elle doit reprendre sa forme humaine ? »

Derek haussa les épaules.

Ils allaient au-devant d'un nouveau problème.

Encore.


Le petit citron sucré vous a plu ? ;)

Ah, pauvre Stiles...