Chapitre 10 : EXPLICATIONS, TENSIONS et SURTENSION.

A 19 heures, lorsque la bibliothèque ferma ses portes pour le dîner, les derniers élèves qui restaient partirent en direction de la grande salle. Parmi le flot de serdaigle, un groupe assez bruyant se démarquait. Après les départs assez remarqués de Rose, Démocrite, Médée et Daeva, le reste de la troupe avait fini de travailler dans une ambiance moins tendue.

Leucippe qui voulait rattraper ce qu'avait causé sa tête de mule de frère décida d'inviter la petite troupe à manger des confiseries dans une petite salle peu connue le samedi suivant pour qu'ils se retrouvent tous et apprennent à se mieux connaitre et ce dans une atmosphère plus ludique que concentrée. Seul Mazda décida de ne pas y aller, pour raison inconnue.

Ils se séparèrent alors à l'entrée de la grande salle, vers leur table respective. Antoine vint s'asseoir rapidement à côté de Morgan, le questionnant sur le pourquoi de la dispute entre Rose et Démocrite.

« Au début, il me regardait avec insistance, l'air méchant, j'avais bien remarqué qu'il n'en avait qu'après moi, et j'étais le seul à être de la maison, donc j'ai vite compris qu'il ne m'aimait pas à cause de cela. Je me taisais, laissant couler ses regards haineux sur ma peau…»

« … Morgan on se passera des métaphores » le coupa Scorpius. Il lui répondit en lui tirant la langue pourtant fier sa façon de raconter

« Puis Rose à remarquer son insistance, et lui à demander ce qu'il lui prenait et il lui a répondu, je cite « il me prend que je n'aime pas les serpents, et qu'il est reconnu qu'ils sont prompt à être diabolique », puis là Rose a commencé à voir rouge, je crois qu'elle n'a pas apprécié le fait qu'il englobe tous les Serpentards dans le même lot… Albus tu m'a sûrement sauvé la vie » fit finalement le môme aux cheveux de broussaille.

Albus luis sourit puis fit une grimace quand il sentit quelque chose trembler à ses pieds, il fixa avec étonnement son sac et chercha ce qu'il le faisait trembler comme si un séisme avait lieu. Trois paires d'yeux le fixaient se demandant ce qu'il se passait puis il sorti alors son parchevogh et l'ouvrit :

Conversation écrite demandée par ROSE W. Accepter ? oui – non (pointer la baguette sur la réponse choisie)

Albus releva le regard, et vit sa cousine sur la table pourpre devant lui, qui lui faisait signe d'écrire. Il pointa alors sa baguette sur le papier, et vit défiler des phrases en vitesse rapide.

'Hep Cousin, faut que je te parle… Démocrite, l'espèce de bouse de géant avec qui je me suis disputé à la bibliothèque, et bien après dans le couloir on s'est jeté quelque sorts et malgré moi, car loin de moi l'envie de le blesser, il a dû se rendre à l'infirmerie, McGo à l'air furax, il me faut des témoins pour prouver que je ne suis pas l'instigatrice de la dispute… help me ?'

Albus leva les yeux au ciel, et lança un regard exaspéré à sa cousine pour qu'elle comprenne son point de vue. Se tournant vers Morgan, il l'interpella et lui exposa le problème, en appelant au bon sens puis après avoir vu son regard hésitant, il lui rappela la dette qu'elle pourrait avoir envers lui après qu'il lui soit venu en aide.

'Morgan est prêt à te soutenir, moi je dois y aller, j'ai «à faire » comme dirait Scorpius. Tu devrais songer à passer des 'parchevogh' à Scorpius, Morgan, Antoine et à tous ceux qu'on fréquente régulièrement… bises Al.'

Puis il plia son parchevogh. Très vite l'interrogatoire changea de sens et se fut Antoine qui dut répondre aux questions de Morgan. On apprit donc que la famille Pucey était ruinée depuis la fin de la guerre. Les raisons sombres de cet évènement avaient toujours titillé Zabini depuis qu'il était au courant, soit quelques semaines cependant. Le fait que Médée se permettait d'être hautaine et d'agir comme Daeva l'exaspérait et il voulait rigoler un peu. Il ne pensait apparemment pas qu'elle réagirait si violemment.

Albus s'excusa auprès de ses camarades. Il devait retrouver le blond à 20h30 dans leur salle, il voulait donc profiter de l'heure dont il disposait pour aller emprunter un livre sur la potion de confusion qu'il avait choisi d'étudier. Elle était composée des plantes suivantes : canson officinal, livèche, achillée sternutatoire. Comme son nom l'indiquait, elle permet de rendre confus, toute personne qui la boit, et mène à des conduites impétueuses et téméraires. Il ne lui restait qu'à trouver la recette exacte, les dérives médicinales, criminelles et autres variantes, les raisons pour lesquelles les ingrédients sont si importants dans cette recette etc.… (Il savait qu'en rajoutant une dent de sirène on produisait une potion d'hilarité). Il avait beaucoup de travail à fournir, et il n'avait pas vraiment l'impression que son partenaire soit sensible à cette masse d'étude.

Il partit donc dans l'antre de la littérature, flâna entre les rayons et commença la recherche. Dix minutes avant son rendez-vous, il n'avait toujours rien trouvé d'intéressant. Aucun livre ne semblait s'épancher sur les variantes des potions. Albus s'en alla déçu, et de mauvaise humeur il rejoignit Scorpius. Il décida tout de même de se rendre plus tard, invisible, à la réserve pour trouver au moins un ouvrage avec quelques informations. Il jeta un « sang pur » morose à la statue qui gardait l'entrée de l salle des maître de potions, et s'affala sur un fauteuil sans même s'excuser de son retard.

Scorpius, lui lisait un cahier d'étude sur une potion de Poussoss sans les douleurs accompagnantes, qui étaient pourtant habituellement inévitable.

« Il a l'air bien ton bouquin, tu l'as pris tout à l'heure ? Je ne t'ai pas vu le prendre » fit Albus apparemment remis de sa déception

« Non je suis allé l'emprunter il y a un instant » répondit alors le blond nonchalamment

« ' Il y a un instant' ? Je reviens tout juste de la bibliothèque, et… » Commença Albus décontenancé avant que Scorpius ne le coupe

« … je n'ai pas dit que je l'avais emprunté à la bibliothèque »

« Alors à qui l'as-tu… ? »

« Al. » Le fit taire Scorpius « J'ai également quelques questions à te poser, alors si tu réponds… sincèrement… aux miennes tu sauras tout ce que tu voudras, es-tu d'accord ? »

« Ça dépend d… »

« Génial ! » Scorpius ferma bruyamment son livre et s'installa bien en face de son ami « Pourquoi restes-tu tous les soirs très tard dans la salle commune sur des devoirs que tu as déjà relus des dizaines de fois ? » Lui demanda-t-il en le sondant du regard,

« Tu… tu m'espionnes ? Nan, j'en reviens pas, t'es pas… »

« Je t'arrête tout de suite, je ne l'aurais pas fait si Roockwood ne m'avait pas mis la puce à l'oreille. »

« Et tu penses sincèrement que tout ce qu'elle dit est digne que tu lui porte une once d'intérêt ? »

« Quand il s'agit d'une personne que je côtoie tous les jours et que j'apprends à apprécier, oui ce qu'elle dit peut gagner mon intérêt ! »

« Ce n'était pas une raison pour m'espionner ! »

« Ni pour questionner Zabini, je suppose alors, n'empêche que j'ai été très étonné de ce qu'il m'a raconté… »

« Tu es au courant alors… » Albus se leva, mis les mains dans les poches de son jean sous sa robe, regarda par terre, puis le plafond puis enfin dans les yeux du jeune Malfoy « Que veux-tu que je te dise ? Excuse-moi Scorp. De ne pas t'avoir mis au courant, mais je ne voulais pas être une pauvre mauviette ? C'est vrai, j'aurais pu t'en parler, mais de toute manière que pourrait-tu faire de plus que moi ? Et je n'irai pas me plaindre à qui que ce soit, ce serait trop hilarant pour eux de voir le fils du héros avoué s'être fait tabassé le premier soir de son arrivée à Poudlard ! »

« Je pensais peut être juste te rendre la vie plus facile en jouant un peu de mon influence… »

« Daeva a vraiment trop d'emprise sur toi Scorp., ne devais-tu pas « ne pas te prendre la tête avec ces stupides sangs purs trop axés sur une hiérarchie dépassée » ? »

« Si ça peut aider un ami, je ne vois pas pourquoi je ne m'en servirais pas. » Albus tiqua lorsqu'il entendit le mot « ami », leva son visage vers celui de Scorpius, hésitant sur sa sincérité, puis le remercia en lui serrant le bras fermement.

Une heure plus tard, ils avaient presque fini de mettre au point l'opération « booster les Poufsouffles ». Il ne restait plus qu'à attendre le lendemain pour la mettre en œuvre. Alors qu'ils rentraient dans leur salle commune, Albus partit soi-disant faire un tour pour se débrouiller un peu l'esprit que cette journée poussée à réfléchir, avait fait surchauffer. Arrivant au détour d'un couloir, et lorsqu'il fut sur que Scorpius ne le suivait pas, il se rendit invisible, au prix des nombreux sorts sur lesquels il s'était entrainé depuis leur première utilisation plutôt macabre. Il arriva à la réserve plus vite également, connaissant le chemin maintenant, et n'ayant plus qu'à faire attention aux allées et venues du concierge. Tout en cherchant un livre sur sa potion, il repensait à sa discussion avec Scorpius, et se rendit compte qu'il en avait profité pour éluder ses questions à lui. Scorpius était malin, et manipulateur finalement. Il se promit de savoir s'il n'avait pas répondu à ses questions, que pour l'interroger ou également pour éviter de révéler leur réponse. En sortant avec deux livres sous le bras, il se rendit au bord du lac pour profiter d'une des dernières nuits douces de cet automne. En se promenant sur la rive, jetant des cailloux dans l'eau calme, il remarqua quelqu'un assis sur les graviers. Un jeune homme avait le coude gauche posé sur son genou gauche, le bras ballant, le bras droit tendu derrière lui et le regard dirigé vers la lune.

En s'approchant de lui Albus reconnut Démocrite. Il retira alors toutes ses protections, et s'assit à ses côtés. Il posa ses livres à ses côtés, et ramena ses jambes devant son torse les entourant de ses bras, les laissant reposées au creux de ses coudes.

Démocrite, l'avait regardé s'installer avec un regard vide. Sa dispute avec Rose, lui en avait mis un coup. Ses parents semblaient pourtant si surs que les Serpentards étaient mauvais par nature. Mais après s'être fait hurlé dessus par la rousse en furie, il avait réfléchit à ce qu'elle lui avait dit. Il était vrai que son cousin n'avait, à un seul instant, été méchant, ni même dictateur, ou même impoli. Il avait été… agréable… presque sympathique. Mais ses parents ne pouvaient pas avoir tort sur toute la ligne tout de même. Maintenant, Albus ne s'était pas assis à côté de lui sans une idée en tête.

Démocrite, pour la première fois depuis longtemps, n'avait pas le dessus sur la situation. Est-ce que c'était ça grandir ? Se retrouver sans son frère et face à une personne que l'on n'aime pas ? Ne plus croire en ce que vous dise vos parents ? Se faire incendier par une fille… disons… flamboyante ? D'habitude il n'avait pas autant de problème à régler ses petits incidents, mais son frère n'était pas là pour le supporter dans son idée, et tous semblaient se liguer contre lui…

Albus, lui avait évité de rencontrer ses yeux, de peur d'y voir de la haine. Il ne savait que trop bien ce qu'il trottait dans la tête du garçon à ses côtés. Ils avaient tous les deux été élevés dans un monde où la plupart des survivants détestaient cordialement le moindre Serpentard sortant de Poudlard, où chaque adulte ne voit que des mangemorts ricaner dans le blason de la Maison verte et argent. Laissé sur la touche par son frère à cause de cela, Albus ne voulait pas que Démocrite grandissent avec cette idée dans la tête.

« J'ai dit des mots stupides comme « agueu agueu » à ma sœur quand elle est née. J'ai fait une rose en papier pour ses trois ans. J'ai fait exprès de casser le vase de ma grand-tante pour éviter que mon frère soit le seul à être puni lors des vacances de noël de sa première année. J'ai regardé la rediffusion complète de « one tree Hill » avec ma mère quand elle a déprimé lors de son huitième mois de grossesse. Je chante une chanson créole française appris par une tante, à chaque fois que je fais le ménage avec mon père… Je pourrais te sortir une liste immense de ce genre d'actions car ma vie en a été remplie, mais je ne suis pas sûr que tout t'intéresse. » Albus regardait droit devant lui, et ne vit donc pas le regard qui flottait entre l'étonnement et l'incertitude que lui lançait son voisin.

« Mais penses-tu vraiment, qu'une personne vile et méchante, ayant un avenir tout tracé dans la dictature fasciste, aurait attendu d'être sous le Choixpeau pour le devenir ? » Albus tourna la tête vers le gryffondor aux yeux noisette reflétant la Lune presque pleine. Démocrite perdait pied devant le discours du brun. Il ne venait pas lui soutenir une idée comme ses parents l'avaient fait. Il ne venait pas se défouler sur lui comme le gros du quartier avait pu le faire sur Leucippe quand il n'avait pas été d'accord avec lui. Il ne venait même pas lui jeter la pierre pour avoir des idées aussi extrêmes. Il lui demandait simplement son avis sur ce qui semblait être sa vie.

« Excuse-moi Albus, j'ai été nul. On ne m'a répété que des horreurs sur votre maison depuis que je suis haut comme trois pommes. Je n'ai même pas imaginé un seul instant que vous ne puissiez pas être à la base méchants, et que seules une époque et une minorité vous avaient fait cette réputation »

« Morgan serait surement heureux de l'entendre »

« Amis ? » Démocrite regardait le brun droit dans les yeux et tendait sa main droite dans sa direction attendant nerveux sa réponse. Il lui serra avec vigueur, content de ce revirement de situation. Ils discutèrent encore quelques temps aux abords du lac, se promenant au gré des chemins. Ils se retrouvèrent bien vite devant les portes de Poudlard et décidèrent de se séparer et de se dire au revoir.

Au même moment, dans la salle commune des Serpentards, Scorpius, travaillant fermement un devoir d'histoire de la magie fut surpris d'entendre la voix de Médée provenant du couloir qui menait aux chambres des filles. Il arrêta sa réflexion un moment, pour se pencher et tenter de voir ce qu'il se passait. La salle commune à cette heure-ci était déserte. En fait il ne restait que lui attendant le retour d'Albus. Alors quand il surprit la discussion entre les filles, il ne se fit pas prier pour une peu de divertissement depuis ces… déjà une heure et demie d'attente. Il ne voyait que Daeva accroupi devant ce qui semblait être les genoux de Médée. Une voix tremblotante dit alors :

« Je te jure Daeva qu'il a de la chance que je ne sois qu'une faible fille de première année pour le moment, car je me vengerai. Il peut y compter, je ne le laisserai pas s'en tirer comme ça. Je mettrais un an à préparer ma vengeance s'il le faut, mais je m'en moque il paiera pour ce qu'il a dit »

« Calme toi Médée, et puis je ne pense pas que dans un an tu te souviendras encore de ce qu'il a dit. »

« Daeva, soit tu es avec moi, soit tu es avec lui, depuis le temps qu'on se connait, je ne t'ai jamais fait faux bond je te demande juste de m'épauler sur ce coup-là. »

« Ma Mée tu sais très bien que je serais là pour toi, aller viens. Va dormir, demain on prépare son châtiment. » Il vit les genoux se déplier, des bruits de robes qui se frottent et des portes qui se ferment. Scorpius n'avait jamais eu autant envie de s'enfuir de toute sa vie. Cette école était remplie de fous.

« Non mais sérieusement, il ne manquerait plus qu'Albus rentre avec un bras en moins parce qu'il se serait fait choper par l'autre con…cierge… et en plus je deviens vulgaire monde de perversion ! »

« Tu parles tout seul ? »

Albus, était entré dans la salle commune, surpris par la voix de Scorpius. Il avait beau regarder partout il ne voyait personne. Une main poussant la porte de l'entrée, l'autre sous la cape tenant ses deux livres, il fut surpris du regard horrifié qui lui lançait le blond alors qu'il lui demandait s'il parlait tout seul. Dérouté il s'avança, posa ses livres sur la table et vit le regard acier monter au ciel.

« ça va ? » demanda-t-il un peu perdu.

« Euh, oui oui ça va, j'ai eu un moment d'absence, peut-être dû à l'heure que je viens de passer à t'attendre… tu mets longtemps pour faire une ballade dans l'école… »

« J'ai fait une rencontre disons …inattendue »

« Warrington ? »

« Ah non, pas du tout, enfin c'est une autre histoire… tu faisais quoi ? » demanda-t-il s'intéressant à la pile de feuilles raturées, portant les marques de pliures intempestives et dont l'écriture fine et gracile (très peu courante à cet âge-là) de Scorpius noircissait la blancheur originelle.

« Le devoir sur les gobelins »

« Tu sais quoi Scorp., la journée a été rude, pour tous les deux, je pense que ce serait sympa si on allait dormir, et qu'on laissait ça à demain. On va avoir besoin d'être frais et dispo.»

Après avoir étouffé un bâillement, le blond accepta sa proposition et ramassa ses affaires.

Le lendemain au petit-déjeuner, Scorpius fut surpris de voir l'un des jumeaux de Gryffondor se diriger fermement vers les Serpentards de première année regroupés au même endroit. Seuls manquaient les jumeaux Kray, Crabbe et Bulstrode. Les deux premiers ne mangeant jamais le matin, et les deux autres soi-disant introuvables ce matin. Le Pythéas qui avançait était le plus grand des deux et celui avec le visage le plus carrée, soit Démocrite. Zabini qui se liait de plus en plus d'amitié avec Smith, se redressa, ses yeux noirs lançant des menaces claires et précises pour qui venait en ennemi.

« Tout doux Zabini, je viens en paix » fit Démocrite en soulevant sa baguette dont il fit sortir un drapeau blanc qu'il agita doucement. Si le jeune homme à la peau couleur café regarda le drapeau blanc un sourcil arqué et une expression presque déçue sur le visage, il cessa quand même le regard de tueur. Il resta cependant sur ses gardes près à dégainer au moindre faux pas du rouge et or.

« Bonjour Smith. » Démocrite resta debout face au garçon, attendant qu'il lui réponde. Celui-ci paraissait assez troublé par sa venue, ne sachant quelle attitude adoptée.

« Euh Bonjour, je peux faire quelque chose pour toi ? » Dans son malheur, Morgan se dit qu'il avait quand même de la chance d'être de l'autre côté de la table. Il n'osait pas le regarder dans les yeux alors pour ne pas paraitre plus peureux qu'il ne l'était, il décida de prendre une posture qui se voulait désinvolte, parlant d'une voix lente et regardant dans le vide. S'il n'avait pas l'habitude comme Scorpius, celui-ci trouva qu'il le faisait plutôt bien pour quelqu'un qui n'utilisait jamais se stratagème.

« Non, je voulais te présenter mes excuses pour avoir été stupide hier. C'est tout. Sur ce, bon appétit et à plus tard » Et sans demander son reste le Gryffondor se retourna et rejoignit sa table.

« Courageux mais pas téméraire le p'tit père… je lui ai fait trop peur ça se voit trop ! »

« Zabini les chevilles ! »

« Oh c'est bon Malfoy ! Si on ne peut plus se réjouir de faire fuir un de ses fichus Gryffons… »

« T'es-tu seulement rendu compte qu'il remettait en doute ses préjugés sur nous, et que toi tu te complet dans ceux qui te sont propres ? »

« Nan mais sérieux Malfoy ? Tu t'écoutes parler des fois ? On dirait ma mère qui fait une imitation de son ancienne prof de divination… et je te jure que ce n'est pas beau à voir… »

S'en fût alors une série d'anecdotes sur la dite professeur qui apparemment avait été virée quelques années après la fin de la guerre.

Pendant ce temps Albus se tenait dans un couloir adjacent à la grande salle, attendant l'arrivée des Poufsouffles de première année, se camouflant dans la pénombre encore persistante de ce matin-là.

Comme avait pu le remarquer Albus, ils étaient souvent les derniers à s'installer dans la grande salle. Ne les suivaient que les rares élèves ayant eu des pannes de réveil et lorsqu'il entendit la voix stridente de Sara Quin, il sût qu'ils arrivaient. Il sortit sa boite d'allumettes avant de leur jeter une première incantation.

Les Poufsouffles de première année entrèrent en trombe dans la grande salle une dizaine de botte rouges chaussées à un pied de bois à leur trousse. Scorpius agita sa baguette et un message défila sur les grandes portes qui s'étaient refermées. Sur les cris stridents des élèves apeurés, l'opération pouvait commencée.

'Enfant sans énergie, adulte sans vie remplie ; enfant trop mollasson, avenir sans grande fonction ; Poufsouffle reprend toi, ou on te bottera !'

Scorpius lança une deuxième incantation sur les bottes, la baguette sous la table, pour qu'elles ne bottent l'arrière train de l'élève auquel elles étaient assignées que lorsque son attention se relâche, lorsqu'il ne faisait pas d'effort et lorsque l'ennui commençait à s'installer dans sa tête. La salle entière regardait le groupe de Poufsouffles apeuré qui fixait la phrase avec horreur, sauf quelques professeurs qui cherchait la provenance du scandale. C'est à ce moment qu'Albus fit son entrée, un parchemin à la main et le regard vissé dessus, fonçant apparemment malgré lui dans la rangée de bottes. La directrice le héla et il leva le regard juste attend pour ne pas s'étaler en beauté en tombant sur l'armée rouge. Il lança un regard désorienté sur les chaussures, les contourna et finit le chemin jusqu'à sa place sans les quitter des yeux. En s'asseyant il tapa dans la main que lui tendait Scorpius sous la table et demanda innocemment :

« Euh je peux savoir ce qu'il se passe là ? » et dans le silence ahuri de la salle qui lisait le nouveau message qui s'était affiché, sa question eut un écho dans toutes les têtes présentes.

'Si en histoire de la magie tu tiens bon, le calvaire pour toi sera terminé, mais si au contraire tu tombes dans les méandres du sommeil ou de l'ennui, le supplice ne se terminera qu'à la fin de la journée'

« Il se passe M. Potter, que quelqu'un ici, s'amuse à torturer mes élèves, et qu'avec ou non de bonnes raisons je le somme de stopper tout ceci tout de suite ! »

Le silence qui se fit entendre fut éloquent et la colère que l'on pouvait lire dans les yeux de l'écossaise s'agrandit. On entendit tout de même Luna Lovegood dire ceci ;

« Je me souviens que les cours d'histoire de la magie étaient redoutables, ce pourraient être une bonne leçon que de surmonter cette épreuve… non ? » sa voisine de table la regardait effarée et la directrice lui envoya un regard parlant pour elle. Luna garda un ai rêveur et reprit le déroulement de son petit-déjeuner. C'est alors qu'une nouvelle phrase apparue.

'Il est évident que la motivation manquait cruellement chez certaines personnes, les cibles d'aujourd'hui ne sont que les premières, en réussissant l'épreuve elles pourront se prouver à elles-mêmes qu'elles sont capables de mieux.'

Le message disparu à peine une minute plus tard et les bottes s'installèrent au pied de chaque élève qui lui était associé. Leurs regards effrayés défrayaient la chronique et Albus et Scorpius ne purent s'empêcher de faire des commentaires déplacés sur les têtes que faisaient les pauvres Poufsouffles. La table de Serpentard se mit à s'esclaffer sans retenue. Jusqu'à ce qu'une nouvelle phrase apparaisse.

'Rira bien qui rira le dernier, moquez-vous en silence bande d'ingrats, la liste des suivants ne demande qu'à s'agrandir'

Scorpius afficha une mine offusquée dont seul Albus pouvait entrevoir la commissure des lèvres remontée. La directrice regardait la scène impuissante et commença à envoyer des sortilèges sur les bottes qui se retournèrent contre elle. Elle fit sortir tous les élèves de la grande salle et fut enfin débarrassée des chaussures rouges qui fonçaient sans préavis sur son postérieur.

Les Poufsouffles qui pensaient alors être débarrassés de leur torture, virent les bottes revenir en vitesse lorsqu'ils sortirent de la grande salle.