Ils s'étaient donné rendez-vous à la porte Est de la cité elfique, celle qui faisait face Monts Brumeux. Les Hobbits étaient apprêtés pour leur long périple, affublés de capes chaudes, leur nervosité les faisait presque trembler. L'idée de s'éloigner un peu plus de leur chère Comté semblait briser le cœur des Hobbits, en particulier celui de Sam, son visage était si crispé qu'il semblait en permanence sur le point de pleurer. Merry et Pippin cachait leurs inquiétudes derrière leur façade moqueuse, un air téméraire et un peu stupide s'affichait sur leur visage, comme s'ils partaient pour une promenade de santé, préparé tout juste à l'éventualité qu'il pouvait croiser un au deux animaux dangereux mais sans plus de dangers.
Frodon était tout blanc, il prenait sans doute pour la première fois, la pleine mesure de ses actes, ses traits se tordait dans des mimiques de souffrances dont on ne savait si elles étaient dû à l'inconfort de porter l'anneau ou à un quelconque regrets de ses paroles.
Gimli attendait impatiemment le reste des troupes, appuyés contre un arbre, fumant sa pipe, complétement sourd aux potentiels dangers qui pouvaient accompagnés son voyage, tout à fait prêt à écraser quiconque se dresserait devant leur quête.
Legolas était de même, mais seulement intérieurement, de par sa nature elfique, son visage de marbre n'exprimait pas ses expressions comme le commun des mortels, seul un très léger pli sur son front indiquait le souci qu'il se faisait à l'égard de leurs quatre petits compagnons, qui bien qu'ils soient courageux n'avaient rien à faire dans un pareil périple.
Boromir était sans doute le plus impatient de tous, il trépignait sur place traçant des sillons en faisant les cent pas et marmonnant dans sa barbe à propos de certains retardataires.
En effet, il ne manquait plus que Gandalf, Aragorn et le plus mystérieux de leur Compagnie, Calion. Tous avaient des avis différents à l'encontre de leur dixième compagnon, Gimli estimait que son mutisme le rendait indigne de confiance, on ne pouvait savoir ce qu'il pensait, Boromir ne pouvait pas le sentir, car même s'il ne lui avait rien fait, un instinct primaire lui dictait de se méfier, les quatre Hobbits étaient un peu effrayés par son attitude froide, plutôt sombre renforcé par son silence écrasant, quant à Legolas, le fait de le savoir ami de Gandalf et Aragorn semblait lui suffire pour ne pas avoir d'a priori, toutefois il émettait des réserves quant à sa place, de tout évidence contre son gré, de Calion.
Gandalf, Aragorn et Calion arrivèrent ensembles, accompagnés d'une quatrième personne, Bilbon qui voulait assister au départ de leur Compagnie.
De l'avis de tous, la ressemblance entre Calion et Aragorn était frappante, tous deux vêtus de noir, de la même façon, les cheveux noirs, bien que courts chez Calion, il avait le même regard, le même regard, la même détermination. Presque la même démarche, comme s'ils se côtoyaient depuis si longtemps que leurs habitudes avaient déteints l'un sur l'autre.
L'heure n'était plus aux embrassades et démonstrations d'affection, aussi Bilbon se contenta de souhaiter un bon voyage à son neveu, ses épaules se voutant sous le poids de sa culpabilité, car de son avis il était celui qui avait entrainé Frodon dans cette histoire.
Contre toute attente, après Frodon et ses cousins, c'est à Calion qu'il vint dire au revoir, lui faisant promettre de lui conter la suite de ses aventures avec Ron et Hermione. D'un hochement de tête, Calion lui promit, puis dans un élan d'affection envers le Semi-homme, il se baissa et lui enserra les épaules, lui chuchotant à l'oreille à quel point, le fait de l'avoir rencontré l'avait délivré d'un fardeau, celui de ses souvenirs.
Compatissant, Bilbon lui tapotant l'épaule, légèrement mal à l'aise, n'étant pas habitué à ceci de la part de son ami aux airs distants.
Lorsque Calion se redressa, sa posture avait changé, elle s'était faire plus droite, il semblait plus grand, avec son arc dans son dos et son épée au flanc, il avait une allure de grand guerrier, souligné par le feu brulant qui animait son regard, d'une certaine façon, il semblait à la fois rassurant et dangereux. Une contradiction qui en fit se méfier plus d'un.
C'est ainsi que débuta leur voyage, ils ne se connaissaient pas tous entre eux, ils étaient même méfiants les uns envers les autres. C'est sous ce climat tendu, entrecoupé par les mots d'affection de Sam envers Bill, le poney, que Fondcombe s'éloigna lentement mais surement derrière eux.
De l'avis de Calion, il aurait fallu passer par les Hauts Cols de Mont Brumeux pour ensuite longer l'Anduin mais Gandalf ne semblait pas de cet avis et préférai longer les montagnes pour passer à travers le col de Caradhras. Sachant qu'il n'y avait aucune place au refus, Calion était contraint de suivre les ordres de leur vétéran.
Leur premier jour de voyage fut silencieux, même Merry et Pippin ne voulaient briser le silence pesant qui régnait sur la Compagnie, tourmentés par de sombres idées de manque d'herbe à pipe.
Ce n'est qu'au bout de quelques jours de marche, alors qu'ils faisaient une halte que Merry et Pippin se virent offrit une leçon d'armes. Boromir se chargeait de leur enseigner sous le regard bienveillant et avisé d'Aragorn.
Calion était assis sur une rocher, ses yeux verts fixant l'horizon. Il entendit des pas légers se rapprochant, sans doute l'elfe. Il ne se trompait pas, le grand elfe blond s'assit à ses côtés, fixant le même point invisible que son voisin. Calion l'ignora totalement, le moindre frémissement de sa part entrainerait des questions, il en était sûr. D'ailleurs il n'eut pas besoin de frémissements que l'elfe était en train d'ouvrir la bouche. Il s'adressa au vide, comme s'il s'attendait à ce que le vent lui réponde plutôt que son compagnon d'arme.
« Qu'est-ce qui a poussé un homme solitaire à participer à une quête qui pourrait être sans retour ? » Sa voix n'était presqu'un murmure mais Legolas savait que Calion l'avait entendu. Pourtant il n'eut aucun signe de réaction, pas le moindre haussement d'épaules dont Calion avait le secret, pas de froncement de sourcils qui montrait que son voisin s'agaçait, rien de tout cela, Legolas se permit de jeter un coup d'œil en biais afin de voir si Calion allait lui répondre. Mais celui-ci fixait toujours l'horizon, presque indifférent à tout ce qui se passait autour de lui. Aragorn et Gandalf bien qu'ils ne distinguent que quelques bribes de mots semblaient forts intéressés puisqu'ils dévoraient des yeux les interlocuteurs.
Legolas se remit à fixer l'horizon, des plaines de cailloux et d'herbes, pas un territoire hostile mais rien de très avenant. De toute évidence, il n'obtiendrait pas de réponse, Calion est fidèle à la réputation qu'il avait, un être renfermé, solitaire. Legolas soupira en son for intérieur, il ne voyait pas ce qu'Aragorn appréciait chez lui, il y avait forcément une raison mais elle était diablement bien cachée. Il ne savait s'il était triste pour ce jeune homme qui menait une si triste vie de solitude ou s'il le méprisait de cette inaccessibilité qui le rendait indigne de confiance.
Legolas se prépara à partir, il se leva et se retourna, apercevant à quelques pas Aragorn et Gandalf qui détournèrent prestement les yeux. Du coin de l'œil, il vit Frodon faire de même, même le hobbit se méfiait de lui alors que c'étaient des êtres de bonnes compositions qui voyait plus facilement le bien que le mal chez les gens.
« L'espoir ». Ce n'était qu'un chuchotis, sortant d'une gorge serrée par l'émotion. Mais ce chuchotis était parfaitement perceptible pour les oreilles d'un elfe. Il se retourna vivement, étonné que Calion ait répondu après ce long silence. Et il vit, il vit la même chose qu'Aragorn, et en cet instant il ne put que l'aimer. L'amour par la compassion. Calion ne regardait plus l'horizon, il s'était tourné vers Legolas, Gandalf et Aragorn ne loupaient maintenant plus une miette de l'échange.
« N'est-ce pas l'espoir qui vous fait avancer ? Ce qui vous fait aussi participer à cette aventure ? L'espoir de sauver des vies, sauver votre forêt ? N'est pas l'espoir qui a fait que les Hobbits sont là aujourd'hui ? Ce qui fait qu'ils apprennent à se battre ? Vous tous aspirez à quelque chose de grand. A sauver des vies, des royaumes, à sauver l'humanité »
Calion s'était détourné, comme si les paires d'yeux braqués sur lui était un fardeau trop lourd à porter. Il parlait maintenant à l'horizon, les Hobbits avaient cessé de se battre, Boromir suivait également la discussion. Chacun était tourné vers Calion, aucun d'eux, exceptés Aragorn et Gandalf ne l'avait autant entendu avant ce jour.
Celui-ci était debout face aux plaines, le léger vent qui soufflait soulever son manteau et emportait ses mots lourds d'émotion.
« Moi aussi, j'ai de l'espoir. Mais rien de comparable à vous. C'est un espoir terriblement égoïste. Je n'aspire pas à sauver le monde, ni même mon foyer, je n'en ai guère. Le voilà mon espoir, avoir un foyer. Une famille. Vous cherchez à la protéger votre famille. Moi, je la cherche encore. C'est en ça que nous sommes différents, c'est aussi ça qui me rend indigne de confiance, autant à vos yeux qu'aux miens. »
Calion s'était affaissé, comme si sa peine était physique, la tristesse lui empoignait le cœur et lui broyait les poumons, s'il avait été seul, il se serait recroquevillé sur lui-même, cherchant par tous les moyens de faire sortir cette douleur, il se serait fait du mal même, tirant sur sa peau comme si elle était trop petite, lui enserrant la poitrine et l'empêchant de respirer. Une telle douleur qui lui donnait envie de se rouler sur le sol. Mais il n'était pas tout seul, il ne pouvait paraitre si faible. Un seul instant de faiblesse et ils pouvaient tous être pulvérisés sur place, sa magie ne l'aidait en rien au contrôle de ses émotions.
Legolas le détaillait, semblant avoir compris ses tourments intérieurs, les sourcils froncés, il se posait milles questions mais ne voulait empiéter sur la vie privée du jeune homme. Pourtant il ne put s'empêcher.
« Que s'est-il passé ? » La question était plus pour lui-même que pour Calion, il voulait percer le mystère.
Legolas n'attendait pas de réponse, il pensait que Calion avait terminé de parler pour la semaine entière.
Pourtant, Calion n'avait pas fini de vider son sac.
« Il y eut un moment, un moment décisif, j'ai été placer face à un choix, celui de continuer ma vie d'avant ou celle d'en entamer une autre. J'ai choisi de démarrer une nouvelle vie. Mais pour le moment, il s'avère que ma nouvelle vie ressemble fort à l'ancienne. »
Calion ne se retourna pas, il ne voulait plus de questions, il venait déjà de faire un gros effort. Legolas se détourna, surpris, inquiet et interrogatif. Inquiet de savoir comment la mentalité de Calion allait évoluer, les hommes qui ont vécu de dures épreuves n'en sortent pas toujours plus fort, mais plus sombres. Mais il voyait maintenant le potentiel qu'avait décelé Aragorn, tout l'amour que renfermait Calion qui n'attendait qu'à être distribué mais celui-ci avait peur de se faire rejeter et d'avoir mal.
Borormir partageait les mêmes sentiments que Legolas, décidant de voir ce qu'il adviendrait de Calion, il ne choisissait pas de lui faire confiance mais il choisit de me plus s'en inquiéter.
Aragorn avait un petit sourire aux lèvres, comme fiers de progrès de Calion, comme si celui-ci suivait une thérapie. Et Gandalf se demandait encore ce qui avait poussé les Valars à le mettre sur leurs chemins. On ne trouve pas sa famille sur les sentiers de la guerre, m'enfin !
Gimli surgit de derrière un rocher, tout le monde en fut surpris, et le regardèrent comme si un effroyable cadavre venait de pousser comme un champignon à ses pieds.
« Un gros nuage arrivent sur nous, il me semble suspect » dit-il dans son fort accent, pas le moins du monde attentif à ce qu'il venait de se passer. Mais avisant tous ces regards sur lui, il se dandina sur place, mal à l'aise.
« Heum, j'ai manqué quelque chose ? » demandât 'il,
Un rire franc et sonore s'éleva dans les airs. Tout le monde se retourna surpris vers son propriétaire, stupéfaits. Calion riait à gorge déployé. Devant les mines ébahies, il se mit à rire encore plus fort, se délestant de la tristesse qui venait de s'abattre sur lui. Il ne savait si c'était nerveux ou sincère, mais cela lui faisait du bien.
Le rire de Calion était très communicatif et bientôt ce fut toute la Communauté qui se mit à rire, excepté Gimli qui ne savait si c'était de lui qu'on riait ou d'une situation antérieure, ce qui n'était pas la même chose.
En fait le rire de Calion était bien plus que communicatif, il avait un quelque chose, qui rendait heureux, un petit plus qui projetait son bonheur dans les airs, le communiquant à ses pairs. Gandalf se mil alors à entrevoir l'origine du nom de Calion, le porteur de lumière.
Malheureusement cet instant de répit ne fut pas long, lorsque Legolas avisa la situation et qu'ils durent se cacher. Mais Calion en sortit soulagé, comme s'il venait de franchir une étape.
Face à lui, se dressait le col enneigé de Caradhras, laissant derrière lui les vastes plaines.
Les paysages de la Terre du Milieu était à son image. En face de lui se dressait la montagne, symbole de son ascension au bonheur, des dures épreuves qu'il allait travers pour y parvenir, délaissant ces plaines vides de toute vie, laissant sa solitude, se libérant de ses chaines.
Car Calion avait réappris à rire.
