Bonjour à vous, futurs lecteurs (puisque je vois bien que d'actuels lecteurs, il n'y en a pas) ! Voici un nouveau chapitre, que j'ai tardé à écrire, mais comme je n'ai pas de lecteurs, je doute que qui que se soit vienne s'en plaindre. J'espère tout de même que si quelqu'un se perd dans les environs, il appréciera. A nouveau, les reviews, c'est la vie, n'hésitez pas en laisser, des petites, des longues, des gentilles, des méchantes, comme vous le sentez ! ;)
Bonne lecture !
10
Le sang de Shaé battait douloureusement dans ses tempes. Sa gorge était si serrée qu'elle se demandait comment elle pouvait encore respirer. Même la métamorphose n'avait été capable de juguler l'angoisse qui l'avait saisie en entendant les paroles d'Eryn. Elle arpentait les couloirs de la Maison, mais les sens aiguisés de la panthère ne percevaient rien. Après un énième tour à tous les étages, elle reprit sa forme humaine, résignée. Il n'y avait plus personne. Découragée, elle se laissa choir sans accorder d'attention à l'endroit où elle se trouvait. Etrange effet du hasard, son dos heurta une porte.
Non.
Pas une porte.
La porte. La porte métallique que les enfants avaient empruntée, quelques secondes à peine avant que Shaé entrât dans la Maison. Lorsque la porte entra en contact avec les pans de peau que sa légère tunique laissait nus, Shaé vit la jungle, les miasmes, la touffeur inhospitalière. Elle avait trop tourné, ceux qu'elle cherchait était déjà hors de vue. Elle ne savait pas, et ne saurait jamais, qu'en poussant cette porte elle aurait pu les rattraper.
Le dos contre le mur, elle glissa jusqu'à se trouver assise sur le sol. Un long sanglot agita son échine, et, le menton posé sur la poitrine, elle se mit à pleurer dans le silence de l'Ailleurs.
Elle ne se reprit que lorsqu'elle entendit une porte s'ouvrir et des pas retentir.
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Arrivée à la Vigie, Ewilan avait effectué son pas sur le côté. Elle n'avait pourtant pas choisi la lisière d'Ervengues pour destination.
Alors qu'elle s'était dit qu'elle ne remettrait plus jamais les pieds dans la Maison, alors qu'elle savait que traverser la Mer de Brumes d'un pas sur le côté était impossible, elle n'avait pas hésité une seconde. Elle n'avait pas le luxe d'hésiter. Elle devait aller vite.
Et comme rien n'est pas impossible pour une mère voulant protéger son enfant, le pas sur le côté avait fonctionné. En un battement de cœur, elle était arrivée dans l'Ailleurs.
Hors d'haleine, elle s'arrêta une poignée de seconde pour scanner la Maison de son Pouvoir. Elle ne trouva rien d'autre que l'aura de Shaé. Cédant à la panique, la jeune Sentinelle courut tout de même rejoindre son amie.
- Ils sont partis, sanglotait cette dernière.
Un cri déchirant ébranla le sol et les murs. Ewilan, impuissante, s'effondra et joignit ses sanglots à ceux de la Métamorphe.
Une éternité plus tard, ce fut Shaé qui sécha ses yeux. Elle se leva, épousseta son pantalon de toile, et se tourna vers sa compagne, toujours prostrée à même le parquet.
- Nous ne devons pas rester là. Ils sont partis, nous ne pouvons plus rien y faire. En revanche, ils ont sans doute besoin de nous près de la porte. Et je pense qu'il faut prévenir les autres...
Ewilan se redressa timidement et hocha la tête. Ses muscles semblèrent crier lorsqu'elle tenta de se mettre debout, mais la jeune femme ignora leur appel.
Main dans la main, deux mères liées par la même peine quittèrent l'Ailleurs.
En Gwendalavir, le dôme de verre tenait toujours, mais de peu. Il laissait voir un grouillement si infâme qu'il outrepassait l'imagination. Les mêmes monstres qui avaient auparavant envahi la clairière se pressaient contre les parois du dôme, le faisant trembler de leurs coups. Le dessin, créé pour être éternel, semblait déjà montrer des signes de faiblesse.
Ellana, Salim et Natan furent rassurés de voir arriver les deux jeunes femmes. Elles ne seraient pas de trop face à l'ennemi qui se dessinait là. Ces dernières n'eurent toutefois pas le temps de leur adresser le moindre mot.
Le premier réflexe d'Ewilan fut de tenter de remplir le dôme d'eau, afin de noyer les monstres. Mais le temps qu'elle franchisse le seuil de l'Imagination, ce dernier avait explosé, projetant des éclats de verre partout alentour.
La lutte reprit alors, impitoyable. Les cinq amis, animés par l'énergie du désespoir, prenaient tous les risques pour se défaire d'un envahisseur qui ne connaissait pas la peur.
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Natan se démenait avec son sabre. Il n'avait jamais eu en main une arme si efficace. Ewilan ne lui avait pas menti. Mais même aidé du meilleur sabre du monde, il commençait à faiblir. Il avait cessé de prêter attention au temps qui passait lorsque la nuit était tombée sur Ervengues. Il avait expliqué à Ewilan comment vaincre les lycanthropes, et celle-ci s'en débarrassait avec brio, armée de balles d'argent sorties de son imagination. Il restait toutefois à Natan les Kharx et les Ohmolks, que ses amis ne pouvaient vaincre. L'art du dessin était sans effet sur eux, et Salim et Ellana, malgré leur rapidité, finissaient par être rapidement débordés. Seul le jeune Cogiste semblait à la hauteur. Les deux marchombres, accompagnés de Shaé, se concentraient sur des ennemis de moindre envergure.
Natan évita brusquement une patte monstrueusement griffue et se reconcentra sur le combat qu'il était en train de mener. Il était trop épuisé pour penser à autre chose qu'à vaincre son adversaire. Le Kharx qui lui faisait face lui donnait du fil à retordre, c'était certain. De forme presque humanoïde, il se tenait sur ses pattes arrière, et mesurait au moins trois mètres. En guise de peau, il possédait, comme les autres monstres de son espèce, des plaques de chitine rougeâtre, aussi solide qu'une armure de vargelite. Ses griffes mesuraient plusieurs dizaines de centimètres, tout comme les trois rangées de dents qui remplissaient sa gueule. Son front, comme ses coudes et ses genoux, était orné d'épaisses pointes osseuses, aiguisées comme des rasoirs.
Natan secoua la tête. Il n'avait jamais été vaincu par un Kharx, et ne comptait pas commencer maintenant. Sans crier gare, il bondit, au-dessus de la tête du monstre. Evitant griffe et croc, il fouetta l'air de son sabre. La tête de la créature fit un bruit sourd en heurtant le sol.
Tel un félin à l'affût, Natan se remit en garde pour s'approcher d'un nouvel ennemi. Il était le combattant parfait, invincible. Malgré la fatigue, il tenait bon. Mais pour combien de temps encore ?
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A quelques centaines de mètres de là, une femme blonde menait un escadron d'une vingtaine de guerriers. Hommes et femmes vêtus de cuir et armé d'un simple sabre, ils galopaient depuis si longtemps que leurs montures écumaient.
- Siam, ça suffit ! Nous allons tuer nos chevaux si nous continuons à ce rythme ! lui cria un de ses lieutenants.
La princesse de la Citadelle hocha la tête, et, se redressant sur sa selle, fit signe à ses compagnons de ralentir.
- Nous ne sommes plus très loin désormais, nous devons avoir toutes nos forces. Qui sait ce que nous allons trouver en arrivant.
Pour une des premières fois de sa vie, Siam était réellement angoissée à l'idée de mener un combat. Elle avait dû rassembler des hommes dans la précipitation, et son escouade avait quitté la forteresse une petite demi-heure après avoir reçu les ordres du Seigneur. Ils n'avaient rien emporté d'autre que leurs montures et leurs armes, ne connaissaient ni le terrain sur lequel ils allaient se battre, ni les ennemis qu'ils allaient y affronter. L'inconnu n'effrayait ordinairement pas la jeune femme, mais ce combat-là lui laissait un pressentiment amer.
Elle n'eut pas le temps de poursuivre ses réflexions. Un immense chien rouge à la gueule écumante sortit des taillis juste devant les sabots de son cheval, qui se cabra. Siam profita du mouvement de sa monture pour glisser à terre. A la seconde où elle s'était réceptionnée souplement sur ses pieds, son sabre avait déjà fait son œuvre de mort.
- Je crois que nous venons d'avoir un échantillon des ennemis que nous devons combattre, fit-elle simplement.
Sa remarque laissa la place à un silence de mort.
D'un accord tacite, les cavaliers calmèrent leurs montures, et, sans plus se soucier de leur fatigue, reprirent le galop pour franchir les derniers mètres qui les séparaient de leur destination.
