Chapitre 10.
C'est avec une certaine appréhension que Peter pénétra dans le club où il devait retrouver Matthew Keller. Il était très en avance sur l'heure prévue mais il avait besoin de faire un repérage des lieux avant l'arrivée du criminel pour parer à toute éventualité. Jones assurait ses arrières. Tous les deux craignaient un piège ou une manœuvre de diversion pour les éloigner de Neal mais Diana surveillait les lieux et Peter savait qu'elle ferait tout pour protéger ses amis.
Neal ne s'était réveillé que deux fois depuis qu'il avait quitté l'hôpital et Peter n'avait pas eu l'occasion de lui parler. Il n'aurait su dire ce qui lui manquait le plus…Voir ce regard bleu se poser sur lui ou entendre sa voix. Il fallait qu'il se fasse une raison, ses sentiments envers son collègue et ami avaient évoluer faire quelque chose de plus fort, de plus intense. Après avoir redouté le pire pendant trois ans, il devait, maintenant, admettre qu'il vivait assez mal le fait que Neal ait construit une nouvelle vie sans lui.
Saurait-il se contenter du rôle de l'ami, du grand frère ? Il le faudrait bien car il ne se sentait pas le droit de bouleverser le nouvel équilibre que son ami avait trouvé auprès de Jared et Sam. Mais, quand il repensait au baiser qu'ils avaient échangé, son cœur s'emballait. Neal ne l'avait pas repoussé. Peter avait, tout d'abord, attribué son absence de réaction à la fatigue et au choc mais le commentaire malicieux de son ami lui avait fait comprendre qu'il avait, lui aussi, apprécié ce moment.
A vrai dire, Peter ne savait plus vraiment quoi penser. Il avait envie de savoir ce que Neal ressentait pour lui mais, à chaque fois qu'il y pensait, c'était l'image de Sam qui apparaissait devant ses yeux. Il n'avait pas le droit de chambouler la vie de ce petit garçon. Il tenait énormément à Neal au point de le considérer comme son deuxième papa. Toutes ces interrogations et ces incertitudes trouveraient leur solution quand Neal se réveillerait vraiment. Pour le moment, il ne semblait avoir aucun souvenir de sa vie passée et Peter commençait à se demander s'il ne valait mieux pas que certains souvenirs restent dans l'ombre.
Les mots du médecin de l'hôpital résonnaient encore à ses oreilles. Il avait parlé de cicatrices sur ses poumons témoignant d'une noyade ou d'une grave maladie. Peter redoutait particulièrement que Neal ait perdu la mémoire à cause de ce que Keller et son acolyte lui avait fait subir. Le jeune homme, déjà fragilisé, n'avait probablement pas besoin de voir remonter à la surface ce genre de souvenir. Mais Peter avait aussi conscience qu'il leur faudrait du temps pour avoir certaines réponses et que Neal aurait besoin de l'aide précieuse de sa famille pour surmonter les longs mois qui l'attendaient.
En entrant dans le café, Peter observa attentivement les lieux. Il connaissait l'endroit pour y être venu déjeuner souvent même si Neal disait que leurs vins étaient imbuvables et leur café trop fort. Peter sourit en pensant à la manière dont son ami fronçait les sourcils à chaque fois qu'il lui proposait de sortir pour déjeuner. Il savait que Peter adorait le tiramisu qu'ils servaient et, la plupart du temps, ils ne venaient ici que pour savourer ce délicieux dessert. Neal était aussi gourmand que lui et, malgré ses protestations, Peter n'avait, généralement, aucun problème à le convaincre.
Il prit place au fond de la salle et, le reconnaissant, le patron lui apporta un café accompagné d'un croissant.
-Merci Paul…Mais le café suffira…
-Agent Burke, vous avez la tête d'un homme qui a besoin d'une petite douceur. Faites-moi confiance…Rien ne vaut une bonne viennoiserie pour vous redonner le sourire.
Peter était surpris que l'homme ait remarqué sa fatigue et son air préoccupé. Il avait croisé son reflet dans le miroir ce matin et il devait admettre qu'il avait une sale tête.
Il répondit par un sourire et, comme à son habitude, le patron tourna les talons sans ajouter un mot. L'homme avait l'habitude de voir des agents du FBI venir dans son établissement et il savait que la discrétion était une condition indispensable pour pouvoir garder cette clientèle. Peter se replongea dans ses pensées et depuis l'appel de Keller, il ne se passait pas une minute sans qu'il se demande ce que l'homme avait vraiment derrière la tête.
Il avait du mal à croire qu'après tout ce qu'il avait traversé, Keller se tourne vers le FBI pour demander de l'aide. Dans son métier, il avait certainement déjà dû se sentir menacé sans pour autant venir se livrer à la police. Il devait avoir un autre plan ou alors, il était impliqué dans quelque chose de vraiment trop gros pour lui. A qui s'était-il frotté pour en arriver à préférer la prison ?
Il dut mettre ses interrogations de côté en voyant Keller ouvrir la porte. A première vue, son attitude confirma les soupçons de Peter. L'homme ne paraissait nullement tendu et il réussit même à lui adresser un sourire alors qu'il s'approchait de la table où Peter se tenait, son arme à portée de main. Il se leva pour fouiller son invité et il ne trouva, sur lui, aucune arme. Il devait admettre qu'il était un peu déçu, il aurait aimé mettre la main sur l'arme qui avait blessée Neal et Jared pour rajouter une ligne à la longue liste des crimes qu'il comptait lui imputer.
-Agent Burke, vous ne pensez pas que je serais venu armé à notre rendez-vous ?
-Où est l'arme ?
L'homme ne lui fit pas l'affront de faire semblant de ne pas comprendre de quoi il lui parlait.
-Je m'en suis débarrassé. Je sui désespéré mais pas stupide…
-Assis…
Peter s'assit à son tour et fixa l'homme en face de lui.
Maintenant qu'il était proche de lui, Peter pouvait distinguer les cernes sous ses yeux, l'inquiétude dans son regard et la peur dans laquelle il avait passé les derniers jours.
-Je t'écoute…
-J'ai besoin de votre aide…Les hommes avec qui j'étais en affaire sont de vrais méchants…
Peter ne put s'empêcher de sourire à cette remarque.
-Pour un homme qui a enlevé et a tenté d'en tuer un homme sans hésitation…qu'est-ce que veut dire « méchants » ?
-Ne vous moquez pas, Agent Burke. Cette fois, j'ai mis les pieds dans un truc qui me dépasse. Ils sont complètement fous.
Peter garda le silence, attendant la suite. Pour lui, Keller était tout aussi malade que les hommes dont il prétendait avoir peur.
-Je les ai contacté pour leur remettre le tableau. J'espérais toucher l'argent qu'ils m'avaient promis et quitter le pays avant que vous me mettiez la main dessus mais tout ne s'est pas déroulé comme prévu.
-Tu m'en vois désolé…
Keller serra les dents. Visiblement, l'attitude de Peter lui déplaisait mais, signe qu'il était vraiment aux abois, il ne fit aucun commentaire et se contenta de poursuivre son récit. Peter commença à croire un peu plus à sa version mais il restait méfiant.
-Ils ont pris le tableau mais, au lieu de me payer, ils m'ont enfermé dans une petite pièce, sans fenêtre. Le commanditaire est venu me rendre visite, accompagné d'un colosse et il a commencé à délirer…parlant d'une grande œuvre qu'il devait réaliser, d'un sacrifice nécessaire…
Keller ferma les yeux un instant et, cette fois, Peter dut se rendre à l'évidence… Cet homme était terrorisé. Il ne jouait pas la comédie. Même si Peter savait qu'il ne devait pas lui faire entièrement confiance, il comprit qu'il pouvait, au moins sur ce point, le croire.
-Je n'ai rien compris mais ce que j'ai immédiatement réalisé c'est que ce sacrifice, c'était moi qui allait en payer le prix…Le type costaud s'est avancé vers moi pointant son arme sur ma tête et j'ai bien cru que ma dernière heure était arrivée.
Si la situation n'avait pas été aussi dramatique, Peter aurait bien sourit devant l'ironie de la scène décrite par Keller. Il ne put s'empêcher de faire un commentaire.
-J'aimerais te dire que je suis navré de ce qui t'est arrivé mais, en fait, la seule chose qui me chagrine c'est que ce type n'ait pas appuyé sur la détente…
Keller fixa sur Peter un regard cruel et froid et l'agent du FBI dut prendre sur lui pour ne pas lui balancer son poing dans la figure.
Peter se pencha au-dessus de la table attrapant le col e la veste de Keller. Il remarqua la grimace qui se dessina sur le visage de l'homme.
-Tu as essayé de tuer mon meilleur ami, tu as enlevé un petit garçon de 4 ans pour arriver à tes fins…Si ça ne tenait qu'à moi, je serais heureux de te laisser repartir en espérant que tes amis finissent le travail. La seule raison pour laquelle j'ai accepté de te voir, c'est parce que tu peux encore nous être utile…Alors, épargne-moi tes airs offusqués et ne t'attend surtout pas à me voir ressentir une quelconque pitié.
Keller sembla accuser le coup mais il hocha la tête. Lorsque Peter le relâcha, il le vit, une nouvelle grimacer de douleur. Si cet homme ne lui avait pas logé une balle en pleine tête, il semblait évident qu'il ne l'avait pas, pour autant, laisser indemne.
-Je vais essayer de faire court…Ils m'ont torturé mais ils n'ont pas été assez méfiants. Ils m'ont laissé seul dans une pièce avec, seulement une paire de menottes…A croire qu'ils ne sont pas plus malins que vous, Agent Burke.
Cette fois, ce fut au tour de Peter de serrer les dents. Il n'avait aucun besoin que Keller lui rappelle qu'il avait laissé son ami seul avec ce type dont il connaissait parfaitement les capacités.
-Ils sont vraiment malades. Ils n'arrêtaient pas de dire qu'ils avaient une œuvre à accomplir, une mission… Des fous…
-Je veux qu'on soit bien d'accord…Je t'arrête et tu nous déballe tout concernant l'enlèvement de Neal il y a trois ans, les conditions de sa détention, de son évasion…
Keller s'apprêtait à ouvrir la bouche mais Peter leva la main pour le stopper.
-En échange tu ne bénéficieras d'aucune remise de peine. Ton seul privilège sera de passer tes années de prison dans un établissement sécurisé.
-Il faut que vous les arrêtiez avant…
-Je transmettrais les informations que tu vas nous donner à une autre équipe qui s'occupera de l'enquête.
-Mais je n'ai confiance qu'en vous…
Peter n'en croyait pas ses oreilles et, s'il n'avait pas vu la peur dans les yeux de Keller, il aurait cru à une blague.
-Confiance… ? Comment oses-tu prononcer ce mot ? La seule chose que tu m'inspires c'est de la haine…Il est hors de question que je fasse plus que de recueillir ton témoignage et m'assurer que tu finisses tes jours en prison…
-Et ce cher Neal… ? Vous y avez pensé ?
Le Keller arrogant et sûr de lui était de retour. Cet homme devait vraiment souffrir d'une maladie mentale. Il passait de la peur à l'arrogance en un clin d'œil.
-Je pourrais aussi rester muet et laisser ce cher Neal se débrouiller avec sa mémoire défaillante…
Peter devait trouver une solution. S'il livrait Keller au FBI, il aurait vite fait de marchander et d'essayer de s'en tirer avec une peine minimum en échange de révélations et Neal se retrouverait à la case départ. Il n'était pas question pour lui de le laisser partir, même s'il devait admettre qu'il était tenté. Il n'avait pas vraiment le choix. Il sortit son téléphone et envoya le message convenu à Jones.
Son collègue entra quelques minutes plus tard dans l'établissement et Peter se leva pour aller à sa rencontre. Ils avaient la chance qu'à cette heure matinale, l'établissement était vide. Ils purent donc s'entretenir en toute discrétion.
-Il a dit la vérité. Je pense qu'il est vraiment menacé. Ces hommes…ceux qui ont commandés les deux copies…Ils l'ont torturé… D'après lui au nom d'un sacrifice à accomplir…
-C'est un peu tordu…
-En effet mais je t'assure qu'il a vraiment peur. C'est peut-être un excellent acteur mais il ne feint pas la peur.
Jones hocha la tête. Il avait entièrement confiance en Peter. Son patron était un excellent juge pour ce qui était de la mentalité des criminels.
-Qu'est-ce que tu veux faire ?
-Il veut qu'on s'occupe de cette affaire et qu'on assure sa sécurité.
-En échange de quoi, il nous offre son témoignage pour blanchir Neal ?
-Oui mais je n'ai pas l'intention de m'occuper de cette affaire. Il y a trop d'inconnus, trop d'embrouilles possibles…
Peter passa une main sur son visage. La fatigue et l'incertitude de la situation lui posaient un réel problème. Il ne parvenait pas à envisager une solution satisfaisante qui leur permettrait de garantir la sécurité de Neal et de se débarrasser du « problème Keller » une bonne fois pour toute.
-Nous ne pouvons pas le laisser à la charge d'une autre équipe et je pense qu'il serait, pour le moment, judicieux de laisser le FBI à l'écart de cette affaire. Nous ne pourrons pas cacher Neal indéfiniment mais si Keller parle, ils voudront en savoir plus et rapidement. Je ne veux pas d'une enquête officielle pour l'instant.
Jones pouvait comprendre le désir de son ami de garder l'agence en dehors de leurs investigations. Il était devenu agent fédéral par passion et il en respectait les règles. Les contraintes afférentes à sa fonction ne lui étaient pas étrangères. Mais il avait appris à contourner certaines de ces règles quand le besoin et la nécessité s'en faisaient sentir.
Il sourit en pensant qu'avant de connaître Neal Caffrey, il n'aurait même pas envisagé cette solution. Le jeune homme lui avait ouvert les yeux sur certaines failles du système et sur le fait qu'il pouvait parfois être nécessaire de se montrer plus humain et plus tolérant pour arriver à ses fins. Neal avait toujours eu à cœur de préserver les innocents et le système dans lequel Jones évoluait, ne le permettait pas toujours.
Aujourd'hui, encore, il était convaincu que Keller pouvait grandement leur nuire s'ils le laissaient négocier avec le FBI. L'homme était suffisamment fourbe et pervers pour parvenir à sortir son épingle du jeu et marchander sa liberté. Il serait insupportable pour Neal de le voir s'en sortir aussi facilement et Jared avait été clair. Jamais il ne laisserait cette menace peser sur sa famille.
-On le planque en attendant qu'il nous livre son témoignage…Et on le livre tout ficelé au FBI une fois que notre dossier pour la défense de Neal est suffisamment solide.
La réponse de Jones fit sourire Peter. C'était exactement ce qu'il avait pensé faire sans oser le formuler à voix haute. En impliquant Jones dans cette affaire, il lui avait déjà fait prendre de gros risques et il était plutôt réticent pour l'impliquer davantage.
-Je ne vois pas d'autres solutions. Il ne s'échappera pas…Il a vraiment trop peur de ces types. Je pense qu'ils l'ont sacrément malmené.
-La question est de savoir où on peut le cacher…
-On n'a pas le choix. Je ne veux pas m'éloigner de Neal et il faudra qu'on se relaie pour le surveiller…
-Le club…. ?
Peter avait eu la même idée et, même s'il n'aimait pas savoir Keller aussi prêt de Neal, il devait admettre que c'était la solution qui s'imposait.
Il retourna vers Keller qui n'avait pas bougé de sa chaise. L'homme avait vraiment été secoué par l'épisode qu'il avait vécu mais Peter ne parvenait pas à éprouver une quelconque pitié pour lui. Jamais il ne pourrait lui pardonner d'avoir enlever Neal et d'avoir tenté de le tuer. Il avait même été tenté de ne pas venir au rendez-vous et de le laisser se débrouiller seul avec ses camarades. Mais l'avenir de Neal était en jeu et il ne pouvait se passer du témoignage de Keller pour éclaircir les circonstances de sa disparition. Le FBI ne se contenterait jamais de la seule parole de Neal…A supposer que celui-ci retrouve la mémoire.
-On va te mettre en sécurité pour quelques jours…
-On contourne la loi, Agent Burke ?
Le petit sourire qui commença à se dessiner sur le visage de Keller s'effaça quand Peter fit un pas vers lui.
-Je me fiche de la loi…tu vas nous raconter, dans le détail ce qui s'est passé il y a trois ans…Nous livrer ton témoignage que tu signeras en trois exemplaires… Et après, seulement, je te laisserai aux mains du FBI.
-Qu'est-ce qui me dis que vous n'allez pas me livrer à ces hommes ?
Ce fut au tour de Peter d'afficher un sourire ironique.
-Je croyais que tu avais confiance en moi… ?
Keller ne fit aucun commentaire. Il savait qu'il n'avait pas les cartes en mains et il devait s'en remettre à la décision de Peter.
Il fallut, aux deux agents, quelques minutes pour organiser le transfert de leur prisonnier et s'assurer que Diana les attendrait sur place. Ils avaient jugé préférable de ne pas prévenir immédiatement Jared. Peter préférait lui expliquer face à face les raisons de cette décision. Il savait que le jeune homme ne manquerait pas de souligner les risques qu'il faisait prendre à Neal… Et il aurait probablement raison… Mais, une fois de plus, ils n'avaient pas d'autre solution.
Ils prirent la direction du club, Keller installé côté passager dans le véhicule de Peter. Plus il l'observait, plus il avait le sentiment que l'homme avait vécu un cauchemar dont il lui était difficile de s'extraire. Il avait ce regard hanté que peuvent avoir les victimes de ce genre d'expérience. Même s'il n'éprouvait aucune satisfaction à voir cet homme souffrir, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait, dans ces événements, une certaine forme de justice. La souffrance avait changé de camp et Keller parviendrait peut-être, un jour à regretter ses actes.
En arrivant sur place, ils utilisèrent la même entrée qui avait servie à ramener Neal chez lui. Peter installa son prisonnier dans la petite pièce où Neal avait dormi à son arrivée, trois ans auparavant. Keller s'assit lourdement sur le lit et, Peter nota, à nouveau la grimace de douleur qui déforma son visage. Il aurait bien fait semblant de n'avoir rien vu mais il refusait de s'abaisser à agir comme Keller l'aurait fait. Il se tourna vers Jones qui les avait rejoint.
-Je vais aller voir si le médecin est déjà venu voir Neal. Je te l'envoie pour qu'il examine Keller.
-Il peut bien s'en passer.
-Ce n'est pas faux mais nous avons besoin de lui et ce geste ne nous coûte pas grand chose. Garde un œil sur lui.
Peter comprenait la réaction de son collègue. Il avait les mêmes doutes mais il devait rester fidèles aux valeurs sur lesquelles il avait bâti sa vie. Il se dirigea vers l'appartement mais il hésita devant la porte.
Il allait devoir parler à Jared et il appréhendait sa réaction. L'homme qui avait enlevé son fils, l'homme qui avait failli tuer Neal se trouvait à quelques mètres de lui, protégé par le FBI. Quand il poussa la porte et pénétra dans le salon où il trouva Diana assise sur le canapé en compagnie de Sam. La jeune femme se leva pour l'accueillir.
-Où est-il ?
-A côté…Jared ?
-Dans la chambre. Mozzie est avec lui.
Peter n'en dit pas plus. Il voulait s'entretenir avec Jared et, si possible, avec Neal avant d'expliquer à Diana ce qu'ils avaient prévu de faire.
Il entra dans la petite chambre et fut heureux de voir Neal réveillé et, visiblement en meilleur forme que la veille. Il répondit au sourire que lui offrit son ami par un sourire encore plus radieux. Neal semblait détendu et, en regardant Jared, il comprit qu'il n'avait probablement rien dit à Neal à propos de son entretien avec Keller. Ça n'allait pas lui rendre la tâche plus facile.
Il s'approcha du lit et resta un moment silencieux, savourant tout simplement le plaisir de voir ce regard se poser sur lui. Jared fut le premier à parler alors que Mozzie avait quitté la pièce. Peter le remercia d'un hochement de tête alors qu'il passait la porte.
-Comment ça s'est passé ?
Neal regardait alternativement les deux hommes, ne comprenant pas de quoi ils parlaient. Peter prit la chaise et s'assit, cherchant comment commencer son récit. Il se tourna tout d'abord vers Neal.
-Dans la nuit, Keller a téléphoné. Il voulait me rencontrer pour se livrer au FBI. Je l'ai vu ce matin et il m'a raconté que les personnes avec qui il avait tenté de faire affaire, le menaçaient et qu'il craignait pour sa vie.
Peter regardait attentivement son ami, inquiet de voir sa réaction. Mais le jeune homme semblait calme…Du moins, plus calme que Jared qui avait du mal à contrôler sa colère.
-Tu le croies… ?
La question de Neal n'était pas anodine et Peter réalisa que son ami ne remettrait pas en question sa réponse. Il devait peser ses mots.
-J'ai vu la peur dans ses yeux. Ces types l'ont malmené et je pense qu'il dit la vérité.
Neal se contenta de hocher la tête mais Jared ne pouvait plus tenir en place. Neal le sentit et il se redressa légèrement avant de lui tendre la main.
-Chéri, calme-toi, s'il te plait.
Jared prit une profonde inspiration et s'avança vers le lit. Il sembla hésiter avant de s'asseoir sur le rebord du lit et de prendre la main de Neal dans la sienne.
-Laisse Peter finir de nous expliquer ce que Keller a dit.
Jared se résigna à écouter Peter.
-Nous avons décidé qu'il était préférable de ne pas le livrer au FBI. On a besoin de son témoignage et je pense qu'il avait l'intention de négocier sa libération en échange d'informations sur ce groupe.
-Où est-il ?
Jared ne pouvait garder plus longtemps le silence. Il sentait que Peter avait pris une décision qu'il n'allait pas apprécier.
-Nous avons cru préférable de le garder avec nous…Il est à côté…
-Comment… ?
Jared s'était levé violemment et Peter en fit de même quand il vit la douleur déformer le visage de Neal.
-Comment as-tu pu amener cet homme ici ?
-Jones est avec lui et, crois-moi, je n'aurais pas pris ce risque si je n'avais pas cru cela indispensable.
Jared était trop en colère pour se rendre compte que son attitude rendait Neal très mal à l'aise. Le jeune homme avait fermé les yeux et il respirait bruyamment.
-Jared, il faut que tu te calmes…
-Que je me calme…Cet homme a enlevé mon fils…Il a tiré sur Alec et tu le ramènes sous mon toit.
Peter s'approcha de lui et le prit par les épaules. La surprise empêcha Jared de reculer.
-Jared, Neal ne va pas bien et ton comportement ne l'aide pas. Je sais que ce n'est pas facile et je veux bien que tu passes ta colère sur moi mais pas devant lui…
Peter avait murmuré mais les mots eurent l'effet escompté.
Jared reprit ses esprits et reporta son attention sur Neal qui luttait toujours pour reprendre le contrôle de sa respiration.
-Je suis désolé, mon amour.
Jared se pencha vers son ami et déposa un baiser sur son front. Il posa une main sur sa poitrine. Ce simple geste sembla le rassurer et, peu à peu, Neal se calma. Et Jared fut soulagé de le voir ouvrir, à nouveau, les yeux.
-Comment tu te sens ?
-Ça va…
Peter ne se sentait pas vraiment à sa place mais il ne pouvait bouger sans briser cette scène. Les deux hommes ne se lâchaient pas des yeux et l'amour qui les liait inondait la pièce.
-Je ne supporte pas de savoir cet homme si proche de toi, de nous. J'aimerais tellement que tout ça ne soit jamais arrivé.
-Je sais et je suis tellement désolé de vous avoir entrainé là-dedans, toi et Sam.
-Alec, rien de tout ça n'est de ta faute…
Neal serra la main de Jared et ferma les yeux, essayant de retenir les larmes qui lui montèrent aux yeux.
-Je t'en prie, Alec… Tu dois me croire, jamais je ne pourrais t'en vouloir de ce qui s'est passé. Tu n'y es pour rien et je ne regrette absolument pas ce jour où tu as poussé ma porte.
-Jared…
-Laisse-moi finir s'il te plait. Tu as bouleversé notre vie et j'ai pu, enfin, voir mon fils heureux. Rien n'est plus précieux pour moi que ces moments que l'on passe ensemble. Rien ne pourra changer mes sentiments pour toi…Alec ou Neal, ce n'est pas un nom qui changera qui tu es vraiment.
-Si seulement je pouvais être certain de savoir qui est vraiment Neal Caffrey…
Peter fronça les sourcils en entendant les mots prononcés par son ami. Que voulait-il insinuer ? Il n'avait pas envisagé que Neal puisse avoir retrouvé ses souvenirs aussi rapidement mais ces mots laissaient entrevoir cette possibilité. Peter vint se placer à côté de Jared.
-Neal est-ce que tu te souviens de quelque chose ?
-Je ne sais pas.
Peter avait toujours pu dire quand Neal mentait et son ami venait de le faire.
-Neal si tu te souviens de quoi que ce soit, il faut me le dire.
Jared se tourna vers Peter, prêt à lui faire le reproche de son insistance.
-Nous aurons besoin de tous les éléments possibles pour monter un dossier pour l'aider à retrouver sa liberté. Je ne cherche pas à brusquer les choses mais j'ai besoin d'informations pour forcer Keller à nous donner son témoignage. S'il sent que nous avons quelques renseignements, il pourrait se montrer plus loquace.
Jared comprenait la démarche mais, seule la santé de Neal lui importait pour le moment et il sentait qu'il n'était pas vraiment prêt à parler à Peter.
-Je pense, que, pour le moment, Alec a besoin de repos.
Peter n'insista pas et il quitta la pièce. Il devait informer Diana de l'évolution de la situation et il ne voulait pas rester éloigné trop longtemps de Keller. Il devait procéder à son interrogatoire mais il souhaitait, pour cela attendre que le médecin ait effectué son examen. Mozzie et Diana étaient toujours au salon. Sam était parti jouer dans sa chambre.
-Mozzie, à quelle heure doit passer le médecin ?
-Il ne devrait pas tarder…Pourquoi ?
-J'ai besoin qu'il examine Keller.
Mozzie s'avança vers Peter, l'air soudain très sérieux.
-Peter, je sais que mon avis à peu d'importance face à la grande mission du FBI mais permet-moi de te dire que tu fais courir un risque inutile à Neal et à sa famille. J'espère que tu en es conscient.
Peter était un peu surpris par le ton de son ami. Mozzie l'avait habitué à plus de légèreté mais Peter comprit qu'il le soutiendrait. Malgré sa remarque, il avait, lui aussi, conscience que leur ami risquait de retourner derrière les barreaux s'ils ne parvenaient pas à faire parler Keller.
-On le tient à l'œil mais je ne pense pas qu'il tente quoi que ce soit. Ces hommes veulent sa peau et il n'a aucun intérêt à nous faire faux bond.
-Peut-être mais il pourrait faire du mal à Neal en s'attaquant à sa famille.
Peter avait, bien sûr, envisagé cette possibilité et il comptait bien écarter tout risque.
-Nous ne lui en laisserons pas la possibilité.
Peter se dirigea vers le club, suivi par Diana. Ils laissèrent Mozzie seul et le petit homme alla rejoindre Sam qui était en train de faire un dessin. Mozzie s'arrêta sur le pas de la porte et observa le petit garçon, penché sur sa feuille, tellement concentré qu'il ne semblait pas l'avoir entendu entrer.
-Je fais un dessin pour mon papa.
Mozzie s'avança et constata que Sam avait dessiné fidèlement sa famille. Même sans précision, il reconnut Neal et Jared qui tenaient un petit garçon par la main. Les traits étaient enfantins mais Mozzie avait l'œil pour repérer les signes d'un talent naissant.
Sam avait respecté les proportions et il avait su rendre une image parfaite du bonheur et de la joie qu'il ressentait visiblement à vivre avec Neal et son père.
-C'est un très joli dessin, Sam. Je suis certain que ton papa sera très content.
-Quand je fais des dessins, il les affiche dans son bureau…Avec ceux d'Alec.
-Alec fait des dessins, aussi ?
-Oui, ils sont tellement jolis que papa il voulait les mettre dans un musée.
Mozzie ne sut quoi répondre. Il avait, lui aussi, pensé il y a quelques années que la place des œuvres de Neal était dans un musée et pas dans le garde-meuble où il l'avait obligé à les conserver. Il se souvenait de la conversation qu'ils avaient eue et du temps qu'il lui avait fallu pour le convaincre de ne pas se débarrasser de ces toiles.
Aujourd'hui, encore, il conservait précieusement les clés de cet endroit en attendant le jour où Neal lui demanderait de les lui rendre. Ce jour viendrait peut-être…Mozzie savait qu'il pourrait compter sur le soutien de Jared pour amener Neal à ouvrir les yeux sur son talent.
Jared avait attendu que Peter soit sorti avant de se pencher vers Neal pour l'embrasser tendrement. Il avait besoin de lui parler sans sentir le regard de Peter posait sur eux. Il savait que l'homme avait à cœur la sécurité et le bien être de Neal mais il se comportait trop souvent comme si Neal était le même homme que celui qui avait disparu trois ans auparavant. Mais Jared n'était pas certain que ce soit vraiment le cas. Même si Neal retrouvait la mémoire, il avait changé, fondamentalement.
-De quoi tu te rappelles ?
Neal ne chercha pas à nier. Jared le connaissait trop bien pour qu'il tente de lui mentir. Peter avait, lui aussi, comprit qu'il tentait de lui cacher quelque chose.
-Rien de précis…Mais je crois me souvenir de certaines enquêtes, de certains moments.
-De quel genre… ?
Neal parut réfléchir un instant. Il n'aimait pas le ton employé par Jared. Il avait eu le même genre de réaction un soir, alors qu'un client lui avait fait des avances.
-Jared, qu'est-ce qui ne va pas ?
-Rien, je veux seulement t'aider.
-S'il te plait…Cette fois, c'est toi qui ment.
Jared prit une profonde inspiration. Il ne voulait pas blesser son ami en lui exposant ses doutes mais ils ne s'étaient jamais rien cachés. Depuis le début de leur relation, ils avaient tout partagé.
-Je suis désolé, Alec mais je n'ai pu m'empêcher de noter à quel point vous étiez porches.
Neal ne put s'empêcher de sourire en voyant Jared baisser les yeux comme un enfant pris en faute.
-Peter et moi avons traversé de nombreuses épreuves et, même si je ne me souviens pas de tout, je sais qu'il a toujours été à mes côtés. Nous avons eu des hauts et des bas mais nous sommes amis.
Jared releva lentement les yeux.
-Seulement amis… ?
-Approche…
Jared s'exécuta et se pencha vers Neal, son visage à quelques centimètres du sien.
-Je t'aime…toi et rien que toi…
Jared ne put se retenir de sourire et embrassa une nouvelle fois l'homme qui venait de prononcer ces mots si précieux. Neal les avait déjà prononcé mais il se laissait rarement aller à confier ses sentiments les plus profonds. Jared en était d'autant plus ému.
