Bella a continué à m'entraîner. Elle m'a amenée dans diverses missions quand elle était seule. Cela a duré quelques mois. Aucun moyen de m'éloigner après cela. Elle me désirait. Je la désirais. On éprouvait la passion de la torture sur n'importe qui. Narcissa continuait à me parler autant que possible, continuait à espérer pour moi, je crois. Elle tentait d'apaiser mon esprit que faisait délirer Bella. Cissy n'était pas naïve ou en quête d'un espoir fou. J'avais été saine d'esprit à une époque. Mais avec Bellatrix que pouvais-je espérer, moi ? Avec Bellatrix aurais-je dû m'attendre à une vie calme ? Sûrement pas. Je n'avais plus moyen de rebrousser chemin.

Je ne sais pas pourquoi mais elle n'a plus tenté de m'amener au Seigneur des Ténèbres. J'oubliais presque pour qui je tuais finalement. Dans mon esprit, j'étais juste avec Bellatrix et d'une certaine manière c'était pour elle. J'avais à peine conscience de ce que je faisais. Il y avait des rumeurs sur mon existence dans les rangs mangemorts. Personne ne me connaissait mais tout le monde parlait de moi. Bellatrix ne m'a rien dit sur ce que pensait notre maître. Il savait juste que le travail était mené à bien. Nous formions un duo redoutable. Nous avons échappé tant de fois à l'Ordre sans même qu'il n'en soit au courant.

Je crois que je suis reconnaissante à Bella. Elle m'a tant appris. Elle m'a aussi détruite. Seulement, j'étais avec elle.

Je ne dois pas oublier Cissy. Quoi qu'on en dise, elle est un ange. Sans elle, Bella aurait fait tellement pire. Sans elle, je ne pourrais pas vous raconter tout cela. A Poudlard, elle m'a parlé.

Au fil des semaines, Bella devenait frénétique. Enthousiaste, elle se jetait sur moi; colérique, elle torturait des prisonniers ou même des mangemorts. Un jour, elle est arrivée dans la salle qu'on partageait toutes les trois et m'a interdit d'en sortir sans elle. Ils avaient des prisonniers et elle ne voulait pas que j'en sois reconnue. Je ne sais pas si c'était pour tromper l'ennemi en voulant que je joue l'appât plus tard ou si c'était pour cacher mon identité au cas où votre camp gagnerait. Ce n'est que plus tard que j'ai su qu'il s'agissait de Luna et Dean. J'ai regardé Narcissa qui lançait un regard interrogateur à sa sœur et puis j'ai haussé les épaules. Finalement, ça ne changeait pas vraiment. Je n'aurais pas le droit de regard sur ces prisonniers ni le droit d'en faire ce que j'en voulais, mais qu'importe il y en avait tellement d'autres dehors.

Mais un jour, tout a changé. J'ai entendu des cris de joie puis d'horreur. J'ai entendu Bellatrix hurler. J'ai eu peur pour elle, alors contre son avis et contre tout bon sens je suis sortie de la salle et j'ai surplombé le salon. Et là j'ai vu les trois indésirables, le Trio d'Or, les idiots s'étaient faits prendre. En les voyant, je me suis rappelée de moments ensemble et du fait que je servais quelqu'un que je considérais comme un maître sans l'avoir vu, sans avoir été marquée. Je me suis rappelée que je servais l'une des siens. J'avais tout abandonné, tout ignoré pour Bellatrix. Mais à ce moment, Bellatrix n'était plus celle que j'avais connue. Elle n'avait plus l'aplomb qui la caractérisait ni sa confiance en soi si redoutable. Elle était incontrôlable. Elle était hystérique. D'une certaine manière elle m'a fait pitié et j'aurais voulu prendre sa place. Je l'ai vue attaqué les rafleurs et je suis partie. Si j'avais su ce qui allait arriver à Hermione serais-je restée ? Si c'était le cas, aurais-je fait quelque chose ? Je n'en suis même pas sûre parce qu'alors j'aurais retrouvé la Bella que je connaissais et qui aveuglait toute réflexion. Je l'aurais peut-être même rejointe dans ce sacrifice.

Je n'ai même pas dit au revoir à Cissy. Je suppose qu'elle savait que je partirais encore. Ce n'était pas la première fois. Je ne sais pas si elle a cru que ce serait la dernière. Je l'ai laissée seule, d'une certaine manière. Je n'ai pas fait preuve de reconnaissance. Mais je serais restée et tout aurait été différent entre nous trois, me semble-t-il.

J'ai erré. Je ne savais pas où aller. Poudlard n'était en rien sûr. Et puis Dumbledore mort comment y serais-je entrée ? Ce n'est pas Minerva qui aurait pu quoi que ce soit. Je ne comptais pas sur vous. Comment aurais-je pu m'installer ici ? Comment aurais-je pu avoir l'audace de vous demander asile ? J'étais seule. C'était pathétique.

J'ai croisé des groupes de mangemorts. De temps en temps, sans qu'ils ne le remarquent je me joignais à eux. Quelques fois, plus rarement, j'évitais à certains les douleurs des sbires du Seigneur des Ténèbres. Et puis j'ai eu envie d'aller à Pré-au-Lard. Pourquoi ce jour-là précisément ? Pourquoi une soudaine envie ? J'avais peut-être senti qu'elle y était. Au fond, j'en avais peut-être marre d'être seule et voulais la retrouver. Au fil de mon voyage, j'entendais parler d'elle partout. J'entendais comme elle avait été horrible avec des prisonniers, comme elle avait réussi avec succès de nombreuses tâches, comme elle avait été si impressionnante et effrayante. C'était la Bellatrix que je connaissais et aimais. Je pouvais la retrouver intacte.

Mais tout ne s'est pas passé comme prévu. Des élèves de Poudlard avaient eu la bêtise de sortir durant le week-end, dont votre fille. Ils étaient attaqués par un groupe de mangemorts. Ginny m'a vue. Ses yeux priaient pour de l'aide. Que n'aurais-je pas fait pour elle ? Elle m'avait manqué. Mais je n'étais plus la même. Je n'étais plus une alliée, je n'étais plus une amie, je n'étais plus rien. Je l'avais trahie en vous trahissant tous. Elle souffrait et je n'ai pas pu supporter, alors j'ai fait diversion. Je me suis approchée d'elle, je l'ai soignée rapidement et lui ai dit de fuir, de repartir au château et de ne plus s'aventurer à l'extérieur. J'ai été soulagée de la revoir lors de la Bataille finale. Elle allait bien et c'était le principal. Entre temps, j'ai vu Bellatrix arriver. Elle était encore plus majestueuse qu'avant. Elle prenait la tête de ce raid et a fait plus de dégâts que quiconque. J'ai essayé de combattre mes pensées, mes sentiments. J'ai fait tout ce que je pouvais pour m'en aller. Je n'ai rien pu. Molly, je n'ai rien pu faire... je suis si faible. C'était atroce. Je savais pertinemment que c'était mal et pourtant...

Vous devez tellement m'en vouloir. Je ne mérite pas votre compassion. Je ne mérite pas d'être là quand vous avez perdu votre fils. Je suis une injure ici. Vous ne pouvez pas comprendre, je n'en doute pas, mais si vous saviez à quel point elle m'avait touchée.

Avant qu'elle ne parte, elle m'a regardée. Elle a formé les mots « tue-le pour moi et reviens-moi ». Elle désignait un sorcier qui se battait avec Dolohov et un autre mangemort. J'ai lancé l'avada et avant que quiconque ne remarque quoi que ce soit j'ai transplané dans mon enfer. Cissy a accouru en m'entendant mais tous ces jours a voyagé sans but, les transplanages et ce dernier sort ont payé de ma personne. J'ai entendu un cri avant que tout ne devienne noir.

Je me suis réveillée plusieurs heures plus tard. Je sentais un corps allongé à côté du mien et je sentais une troisième présence. J'espérais que Bella soit à côté mais j'avais peur que ce ne soit l'inverse alors je n'ai pas osé tourner la tête jusqu'à ce qu'une voix douce et calme s'élève dans la chambre, celle de Cissy.

-Isé, tu es réveillée ? J'ai eu si peur. Non, ne bouge pas tu es vraiment affaiblie. Qu'est-ce qui t'a pris de transplaner sans même être sûre d'y arriver ?

-Elle me l'a demandé.

Je n'avais pas mieux comme réponse et c'était si vrai. Un claquement de doigt, un regard n'importe quoi pour moi et j'arrivais. C'est si affligeant et si terriblement vrai.

Le regard de Cissy a changé, furtivement, mais j'y ai vu la peur, la pitié. Elle espérait encore que je m'en aille pour de bon.

-Ne m'en veux pas. Tu sais que je ne peux pas.

-Je ne t'en veux pas, Isé. Je suis contente de te revoir mais j'ai peur pour toi, m'a-t-elle répondu en me prenant dans ses bras. Quand tu es partie Bellatrix t'a cherchée. Elle a fait tout le manoir, la forêt. Elle a essayé de te suivre mais n'a pas pu. Elle est rentrée il y a peu. Elle est venue directement là. Je crois que d'une certaine manière elle était soulagée.

-Tu n'as pas dormi ?

-Si, ne t'inquiète pas. Repose-toi encore.