Partie I. 2 : 11 ans - Medrigor
Premier
chapitre de la partie I.2. : Legolas a onze ans, et son
éducation se poursuit. Petite pensée pour Ely.
Un grand merci à tous les lecteurs et reviewers ! Je n'en reviens pas d'avoir déjà passé le cap des 100 reviews. J'en suis très fière
Chapitre 10 : Jour 1
C'est mon anniversaire ! Aujourd'hui, ça fait très exactement onze ans que je suis né. Enfin, d'après ce que Maman m'a dit, parce que moi je serais bien incapable de me rappeler le jour de ma naissance. Elles étaient longues, ces onze années, et bien remplies. Maintenant quand je croise des bébés dans notre camp, je me rend compte d'à quel point j'ai changé pendant ce temps.
Je ne suis pas encore très grand, je suis loin d'avoir fini ma croissance. Mais au moins je suis autonome : je marche seul sans que personne ne me porte, je mange seul sans que personne ne me nourrisse, je joue seul sans que personne ne me surveille. Depuis le temps, j'ai même appris à nager. Heureusement que je me débrouille mieux que ce jour où, quand j'étais encore tout petit, je me suis jeté dans une rivière pour essayer de nager comme un caneton et où j'ai failli me noyer. Ça, c'est Telith qui me l'a raconté. Je ne m'en souviens pas vraiment.
La seule chose dont je me souvienne dans ma toute petite enfance, c'est la voix de mon père. Son regard, aussi. C'est un peu perdu dans le flou de ma mémoire, mais je sais que j'ai connu mon père pendant quelques jours. Il n'est encore jamais revenu chez nous. Je sais que des messagers viennent régulièrement voir Maman pour lui apporter des nouvelles de Papa, même si ces dernières années ils se sont fait beaucoup plus rares. De temps en temps, je pose quelques questions à Maman mais elle me répond juste que Papa reviendra bientôt.
Bientôt ... ça fait onze ans qu'il doit revenir bientôt. Pour me consoler et ne pas ennuyer Maman, je pense à autre chose et je m'occupe ailleurs. D'abord, mon anniversaire ! J'aime beaucoup ce jour : déjà, il vient à la fin de l'été, et les plus fortes chaleurs ne sont plus que des souvenirs désagréables. Je n'aime pas beaucoup les journées d'été, mais de façon générale dans notre campement nous les supportons sans mal, surtout à mesure que les années passent. J'ai remarqué que plus les Elfes avancent dans la vie, et plus ils deviennent indifférents à ce genre de choses. Plus rien ne les fait souffrir. C'est une grande chance.
Et puis aussi, mon anniversaire, c'est le jour où on m'offre des cadeaux. J'en profite, parce que je crois que rapidement j'aurai vu passer tant d'années que ce jour d'anniversaire n'aura plus rien de particulier. En attendant, c'est encore une fête, et Telith et Fidya sont les premiers ce matin à venir me féliciter. Je les aime énormément, tous les deux. Aussi loin que je me souvienne, j'ai rarement passé un jour sans les voir. À ce que Maman m'a dit, ils sont nos Intendants personnels, à elle et moi : en somme, ils s'occupent de nous. Et ils le font très bien, ils sont très attentionnés.
Je ne peux pas dire que Fidya est ma deuxième Maman, parce que Maman est trop unique. Elle est tellement grande, belle et sage, tellement idéale, que je ne peux la comparer à personne d'autre. Fidya est une Elfe très douce, aux longs cheveux châtains, qui n'a pas dû voir passer beaucoup plus que deux millénaires. Quant à Telith, je pense que je le trouverais sombre si je ne le connaissais pas si bien. En réalité, il est facilement souriant et très dévoué. Il m'a appris beaucoup de choses, sur la nature et les saisons par exemple.
Quand je ne suis pas avec eux, je passe du temps avec Maman dans notre tente, ou bien je me promène tout seul dans le campement et ses environs. Je connais bien la région, maintenant, mais comme il n'est vraiment pas prudent de s'éloigner seul de notre groupe, je ne vais jamais très loin. J'aime bien rester avec Maman : souvent, je la regarde coudre : une nouvelle cape, ou une robe, ou bien une tunique pour moi. Fidya l'accompagne parfois, et aussi d'autres Elfes moins connues : il y a par exemple Helia, dont le mari est un très bon musicien, Suwiel – la plus âgée du groupe – et sa fille Surian, et aussi Elythiel, et j'en oublie.
Au début elles m'intimidaient un peu, mais maintenant je les aime bien, et j'admire beaucoup les splendeurs qu'elles dessinent avec leurs aiguilles et leur fil. Je les écoute aussi discuter de leur vie, du campement, du temps, etc. Suwiel parle parfois avec Maman, parce que son mari Telorian est parti en même temps que Papa. C'était un ami de mon grand-père, le Roi Oropher. Mon grand-père que, lui non plus, je n'ai presque pas connu.
Mais pour en revenir à des sujets plus joyeux, Telith et Fidya arrivent chez nous ce matin pour me souhaiter un joyeux anniversaire. Je voudrais les inviter à prendre avec nous le premier repas de la journée, mais ça fait longtemps que Maman m'a expliqué que ça ne se faisait pas, et qu'ils refuseraient de toute façon. Je me lève pour les accueillir, et ils inclinent respectueusement la tête devant Maman et moi.
— Bonjour, Votre Majesté, dit Telith. Bonjour, Votre Altesse.
— Bonjour Telith, réponds Maman.
— Altesse, mon épouse et moi-même souhaitons que ce jour anniversaire de votre naissance vous soit heureux.
— Je vous en remercie, Telith, et vous aussi Fidya.
— En l'honneur de ce jour, nous vous avons apporté un présent, dit Fidya en s'avançant vers moi pour me tendre le cadeau.
Je la remercie avec un grand sourire, puis je dénoue les cordelettes du paquet fait de feuilles. À l'intérieur se trouve une charmante petite flûte, à ma taille, taillée dans une branche de beau bois clair. Ce joli cadeau me rappelle toutes les soirées que j'ai passé quand j'étais petit, dans les bras de Fidya, à écouter les musiciens du camp nous ravir du chant de leurs instruments.
— Elle est superbe, Fidya. Merci beaucoup.
— Telith l'a taillée lui-même, précise fièrement Fidya.
— Si vous le désirez, Altesse, je pourrais vous apprendre à en jouer.
Je lui souris en signe reconnaissance pendant que Maman se lève pour admirer l'objet.
— Ce serait une excellente idée, approuve-t-elle.
Je suis moi-même très enthousiaste en y pensant : je vais pouvoir jouer de la musique ! J'ai toujours trouvé qu'il n'y en avait jamais assez à mon goût. J'espère que je jouerai bien : une fois, j'avais essayé d'emprunter la flûte d'un musicien, mais les seuls sons que j'ai pu en sortir ont fait fuir tous les oiseaux.
Telith et Fidya restent encore un moment pour régler, comme tous les jours, quelques détails ménagers avec Maman, puis retournent chez eux. Maman, qui bien sûr m'avait souhaité un bon anniversaire dès mon réveil, me caresse gentiment les cheveux.
— Que feras-tu ce matin, mon Petit Prince ?
— Je pense que j'irai me baigner dans la rivière. Il fait encore assez chaud.
— Très bien, mais ne paresse pas trop. Et n'oublie pas de ne pas trop m'éloigner.
Je rassure Maman et je sors de notre tente. Dans le ciel, les restes de l'été éloignent tout nuage et je me réjouis d'avance à l'idée de ma baignade. Et conformément à ces prévisions, quand j'arrive à la rivière je me retrouve seul et tranquille, un vrai bonheur. Je passe dans l'eau un temps incalculable, jusqu'à ce que mon estomac me rappelle que l'heure du déjeuner approche et qu'il est temps que je retourne chez moi.
Là, en plus de Maman, je retrouve Maître Rindil. Je suis touché de voir qu'il a lui aussi pensé à mon anniversaire. Non pas qu'il soit habituellement occupé par une activité terrassante, puisqu'il est médecin. Les seules personnes dont il a vraiment à s'occuper sont les Elfes enceintes et leurs bébés, et depuis moi-même on ne peut pas dire qu'ils aient été très nombreux dans notre campement. Enfin, je préfère renoncer à comprendre ce que Maître Rindil fait de ses journées.
Je suis juste content de le voir aujourd'hui.
