Je voulais vraiment publié hier mais je me suis perdu dans ''life is strange''. Je n'en suis pas vraiment sortie même si j'ai fini le jeu...
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« C'était le dernier ! »
Shizuru passa le nez au-dessus des tuiles pour regarder Natsuki sortir de la maison. Le dernier carton contenant leurs affaires venait finalement d'être déposé.
Les cours avaient fini la veille et aucun travaux n'avait eu le temps d'être terminé : le toit fuyait toujours par endroit et l'intérieur nécessitait encore des aménagements. Pour tout dire, la fin de l'année scolaire était plutôt frénétique.
Les résultats de la plupart de leurs examens ne seraient annoncés que la semaine suivante, mais Shizuru avait déjà fêté la fin du lycée la veille au soir en compagnie de Reito. Au vu des tensions grandissantes entre le jeune homme et Natsuki, elle lui avait annoncé que cela était une sortie avec la plupart de sa classe. C'était un mensonge bien évidemment, sa classe et celles des autres terminales avaient organisé une fête le soir des résultats dans 6 jours très exactement.
De fait, Shizuru sentait une migraine poindre, sa consommation d'alcool n'avait pas été si excessive mais faisait quand même ses ravages. Cela n'était cependant pas suffisamment pénible pour ne pas aller finir le toit. Toutes leurs affaires venant d'être transportées dans la maison, il était absolument hors de question que les fuites perdurent plus longtemps. Elle devait finir aujourd'hui.
En réalité, leur départ précipité des dortoirs de Fuuka n'était pas nécessaire, elles auraient pu encore y loger deux semaines. Mais vivre en une telle promiscuité avec Natsuki était devenu intolérable. Natsuki avait une fâcheuse tendance à dormir dans des vêtements étriqués, à se pencher contre elle devant un film et à être beaucoup trop souvent dans son espace personnel.
Plutôt que laisser Natsuki continuer à jouer avec son malheureux cœur dans un dortoir étriqué, elle avait annoncé à son amie qu'elle se rendait dans sa maison maintenant que les cours étaient fini pour terminer ses travaux, proposant –souhaitant- à Natsuki de continuer à occuper le dortoir les deux semaines restantes.
Natsuki avait plaidé la solidarité et avait préféré emménager définitivement en même temps qu'elle. Alors malgré ses céphalées, Shizuru réparait le toit et Natsuki finissait de vider le coffre de voiture de leurs dernières affaires avant de s'en retourner aux câbles électriques étalées dans toute la maison.
Shizuru devait lui reconnaitre une chose, Natsuki voulait vraiment se montrer utile. Elle avait persuadé Haruka de convaincre son père de tirer un câble électrique et téléphonique. Shizuru ignorait ce qu'elle avait dit à leur camarade blonde pour la convaincre – aucune d'entre elles ne s'entendait particulièrement bien depuis le Carnaval ou avant cela d'ailleurs. Elle ignorait tout autant de la somme qu'elle avait déboursé auprès de l'entreprise de la Suzushiro Company, Natsuki s'était chargé de tout et avait refusé de lui montrer les factures, indiquant que c'était sa participation à la réhabilitation de leur maison.
Quoiqu'il en soit les lignes avaient été tirées et un compteur installé par la compagnie électrique sous-traité par la Suzushiro Company. L'eau avait été rouverte et un chauffe-eau électrique de 150L installé. Dès que Natsuki aurait fini la mise en place du réseau électrique interne à la maison, Shizuru comptait prendre contact pour ouvrir une ligne téléphonique avec internet.
Natsuki avait fait des plans de la maison et prévu en détail où allait se disposer toutes les fils électriques et les prises après en avoir discuté avec elle. Elle était déjà venue plusieurs fois les semaines précédentes pour avancer petit à petit dans ses propres travaux et avait pas mal avancés. Il n'y avait que Shizuru qui n'avait pas progressé. Natsuki, particulièrement dévouée, avait aidé aux travaux au moindre de ses temps libre, disant ''amen'' à tout ce qu'elle pouvait lui demander.
Au quotidien, elle s'était présentée à l'heure à tous les cours et clubs, rendus ses derniers devoirs après les avoir réellement travaillé le soir, fait la vaisselle, les courses et partit plus d'une fois travailler ici.
En comparaison, Shizuru avait eu l'impression de se servir d'elle.
Elle culpabilisait.
Shizuru comptait donc bien finir ce toit ce soir pour se rattraper. Il ne serait alors plus qu'une question d'aménagement intérieur et d'ameublement. Et un second futon ! Elle devait penser envoyer Natsuki acheter un second futon dans la journée, celui qu'elle avait prêté à Natsuki dans le dortoir n'allait certainement pas être partagée, Shizuru s'y refusait. Et il n'y avait pas d'autres possibilités de couchage ici.
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De fil en aiguille Shizuru oublia toutefois l'achat pour lequel elle devait envoyer Natsuki. Elle s'était lancée à corps perdu dans son travail de réhabilitation et ne s'était arrêtée que pour boire à la petite gourde attachée dans à la ceinture dans son dos. Dans la lumière déclinante cependant, elle pensait bien en avoir fini avec le toit.
Alors qu'elle se redressait fourbue, en sueur mais heureuse du résultat, elle reprit conscience de son environnement. Si la lumière était déclinante, les sous-bois étaient déjà sombre, une obscurité renforcée par la lumière provenant sous elle.
Visiblement Natsuki avait suffisamment terminé de son côté.
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Elle descendit en quelques mouvements souples pour se retrouver au sol. Les grandes portes shoji étaient ouverte, laissant voir l'intérieur de la demeure. Les cartons avaient été repoussés dans un coin et Natsuki était en train de passer l'aspirateur sur les tatamis. Aucun fil ne trainait et des ampoules nues brillaient de toute part. L'aspirateur lui-même était branché à une prise. Natsuki avait même remplacé les tatamis pourri par l'humidité.
Shizuru ôta ses écouteurs et les glissa dans sa poche. Un triste sourire étira ses lèvres.
Elle revoyait sa mère en kimono en train de balayer pendant que son père assis en tailleur devant la table basse s'échinait à réparer leur petit poste radio. D'une certaine manière, cette scène de ménage lui manquait. Voir Natsuki aussi à l'aise dans sa maison de famille était doux-amer. Il n'était toutefois pas l'heure de s'appesantir.
« Wow, Natsuki, tu as fait un sacrée travail ! la félicita-t-elle. »
Natsuki éteignit l'aspirateur et lui offrir un large sourire. Elle était étincelante, exultant de fierté et de confiance en elle.
« On devrait même avoir de l'eau chaude ! »
Tout était donc bien installé et raccordé.
« A toi l'honneur, continua Natsuki en indiquant d'un vaste geste de la main la salle-de-bain. »
Shizuru acquiesça de bonne grâce, elle avait un besoin pressant d'une douche. Natsuki avait dû prévoir son effet car elle lui tendit des serviettes extirpées des cartons. Elle paraissait bien pressée de la pousser vers la salle de bain. Shizuru comprit immédiatement pour quoi. La salle de bain avait été rafraichie. La baignoire était d'un blanc étincelant qui avait dû demander à Natsuki du temps et de l'énergie pour lui rendre son apparence d'antan, de la même façon que le lavabo. Les meubles en bois avait été poncé et teint. Si ce n'était pour les murs, la salle-de-bain aurait eu l'air neuve.
« Je n'ai rien changé, énonça Natsuki en se dandinant derrière elle dans l'attente d'un verdict, mais je me suis dit que ce serait bien de… »
D'un geste de main, elle lui fit comprendre qu'elle avait souhaité lui faire plaisir en rénovant la salle. La lumière y avait aussi été installée.
« Tu as fait un travail merveilleux Natsuki, admit-elle.
- Je n'ai pas touché aux murs, répliqua Natsuki incapable de savoir comment réagir à un aussi simple compliment.
-On les peindra en blanc. »
Elle pouvait bien tenter d'éclaircir la salle de bain, de la rendre plus lumineuse.
« Au niveau de la zone pour se laver, nous pourrions carreler, ajouta-t-elle après coup.
-Comme tu le souhaites. On pourra aller voir ce qu'ils font question carrelage demain, enchaina Natsuki. Et acheter ce qu'il faut pour terminer les travaux. Enfin… si tu sais comment poser du carrelage.
-On se débrouillera, s'amusa Shizuru. On en profitera pour chercher une table et des armoires. »
Natsuki avait remarqué qu'il y avait en effet bien peu de meubles à l'intérieur de la maison. La plupart était probablement parti avec la famille lors de leur déménagement à Tokyo. Elle se mit à réfléchir à ce qu'il faudrait acheter, aux sommes qui allaient être dépensées et à ce qu'elle pouvait espérer payer malgré le refus de Shizuru à sa participation. Elle nota finalement que Shizuru la regardait, un sourcil haussé, semblant attendre quelque chose d'elle.
Natsuki détailla les mèches humides de sueur plaqué contre son front, ses joues et sa nuque. Des gouttes de sueur avaient dessiné des trainées dans la poussière qui lui maculaient le visage. Son souffle était encore erratique suite à ses activités physiques, alors que ses joues étaient légèrement rougis par l'effort. Tout, jusqu'à ses vêtements plaqués contre sa peau, mettait en avant sa journée passé à travailler sur le toit. Natsuki dut se mordre la langue, Shizuru restait aussi belle qu'à son habitude, étonnement attractive malgré son état échevelée, même si ses avants bras étaient particulièrement rougis. Sans protection solaire, elle avait semble-t-il subis quelques coups de soleil. Son visage était épargné de manière surprenante, mais elle voyait que sa nuque -dégagée par ses cheveux attachés en chignon- n'avait pas eu cette chance.
« Tu as des coups de soleil. »
Shizuru parut surprise, avant de se regarder dans le miroir puis d'aviser ses bras. Elle se tortilla pour observer d'autres parties de son corps. Sa nuque était évidente, puis elle releva son t-shirt, découvrant une bande rouge à sa taille, juste au-dessus de la ceinture du jean.
Natsuki rougit, détournant aussitôt les yeux de la peau crémeuse du ventre plat de Shizuru. Elle se demanda si la jeune femme le faisait exprès, avant de se rappeler que si Shizuru suivait la bienséance avec une attention tout particulière, elle n'avait jamais été pointilleuse niveau pudeur. Et pourquoi l'aurait-elle été ? Les douches et vestiaires scolaires étaient communs, ainsi que les onsen où des voyages scolaires avaient déjà été plusieurs fois organisés même cette salle de bain était adaptée pour au moins deux personnes qui se laveraient en même temps. De plus, Shizuru n'avait certainement pas à avoir honte de son corps. C'était Natsuki qui était pudique, elle ignorait ce qui la gênait tant ou la manière de vraiment l'expliquer, mais elle n'avait jamais aimé qu'on puisse l'observer et n'avait jamais su où poser son regard quand d'autres personnes se changeait autour d'elle.
Pourtant, Natsuki se sentait enracinée au sol alors que Shizuru enlevait carrément son t-shirt avec un grommèlement. Elle se mit à nettoyer le plus gros de la poussière à l'évier et Natsuki se retrouva à l'observer.
Elle ignorait ce que voulait faire Shizuru plus tard, mais Natsuki ne doutait pas qu'elle puisse faire carrière dans le mannequinat. Elle n'avait toutefois pas grand-chose des standards japonais et elle se demanda si un de ses parents pouvaient être d'origine étrangère.
Sa peau claire possédait une teinte légèrement plus foncée que la sienne, nota-t-elle distraitement. Objectivement parlant, elle avait une silhouette magnifique et de sacrées courbes malgré la brassière de sport qu'elle avait choisi de porter.
Soudain, Shizuru releva son visage face au miroir, ses yeux rencontrant les siens dans le reflet. Natsuki se rendit compte qu'elle la fixait depuis un moment, un coup de chaleur flamba dans sa poitrine à ce constat, son visage rougissant en conséquence.
« Euh… je… je vais te laisser, balbutia-t-elle en s'échappant de la salle de bain. »
Elle claqua la porte coulissante à peine sortie avant de s'appuyer contre elle, le cœur battant de façon erratique. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer. Une impulsion soudaine la poussait à vouloir se défendre de son comportement face à Shizuru qui ne l'avait pourtant accusé de rien.
Elle inspira profondément et attendit que son corps se comporte à nouveau normalement avant de se diriger vers la cuisine. Elle devait s'occuper les mains : préparer de l'eau chaude pour le thé que Shizuru allait prendre sans le moindre doute après sa douche et un café pour elle.
Elle eut le temps de boire deux grandes tasses d'un vrai café –Natsuki avait investi dans une cafetière la semaine précédente, ne supportant plus l'instantanée dans le dortoir de Shizuru. Son amie prenait son temps dans la douche, probablement heureuse de retrouver l'accès à une salle de bain plus grande. Avant de commencer les travaux et avec les dires de Shizuru, Natsuki s'était attendue à un équipement désuet et rouillé. Indépendamment de la difficulté pour faire chauffer l'eau à l'époque de ses parents, ces derniers avaient pourtant admirablement bien équipé la salle d'eau.
Quand finalement Shizuru réapparut, elle ne portait plus que la serviette que Natsuki lui avait tendue. Elle plongea son regard dans son café, s'efforçant de ne pas regarder dans la direction de Shizuru alors occupée à fouiller dans les cartons pour récupérer des vêtements.
Elle revint finalement dans ce t-shirt de baseball trop grand et un énième pantalon yoga, les cheveux humides encore attaché dans un chignon désordonné. Natsuki lui tendit silencieusement la tasse de thé qu'elle avait infusé pour elle.
« J'espère que c'est encore chaud, s'excusa Natsuki. »
Shizuru haussa les épaules légèrement, buvant tranquillement son thé probablement froid tout en se dirigeant vers la cuisine pour préparer leur repas ce qui était devenu leur routine habituelle.
Il n'y avait pas grand-chose à cuisiner, le frigo était sur leur liste d'achat et leur vivre était en conséquence limité, quoique Shizuru ait tout de même refusé sa proposition de ramen instantané. Elle prépara donc une salade de crudité qu'elles mangèrent à moitié endormies.
Ce fut au moment de se coucher que Shizuru nota qu'aucun futon supplémentaire n'avait été acheté. Il n'y en avait donc qu'un à partager.
Si elle avait été moins fatiguée et qu'elle n'avait pas rendu ses clés de dortoir, elle serait retournée à l'Académie pour dormir. Natsuki était trop épuisée pour y songer –ça ou elle ne voyait pas de soucis à ce qu'elle partage le futon.
Shizuru s'arrêta nette. Se sentait-elle vraiment capable de partager une nuit sous la même couverture que Natsuki ? Elle avait déjà difficilement supporté de partager la même chambre.
Pourtant quand Natsuki plus endormie qu'autre chose, lui indiqua de venir se coucher, Shizuru obtempéra sans réfléchir.
Partager un lit occasionnellement avec des amis ne dérangeait pas Natsuki, qui s'était habituée à force de retrouver Mikoto se coller à elle lorsqu'elle se trompait de matelas. Toutefois quand le cadre rigide de Shizuru se coucha à ses côtés, Natsuki se rappela que ce n'étais pas Mikoto. C'était Shizuru. Shizuru qui avait des sentiments pour elle. La personne qu'elle avait fixée bizarrement dans la salle de bain un peu plus tôt. Ses interrogations se turent toutefois rapidement, vaincu par la fatigue, Natsuki s'endormit.
Shizuru eut toutefois plus de mal. Assurée que Natsuki était endormie, elle cessa de fixer le plafond pour se tourner vers elle, pour observer le profil de celle qui détenait malheureusement son cœur. Si près, lui cria son esprit. Elle pouvait la toucher rien qu'en tendant la main. Il n'y avait rien qui ne les séparait. Il lui suffisait de si peu de chose. Elle referma les yeux, fermant les paupières avec force.
Elle se rappela de toutes les fois où elle avait profité du sommeil de Natsuki pour oser franchir la distance. Caresser ses cheveux dans la salle du conseil étudiant. La prendre dans ses bras lorsqu'elle était blessée durant le Carnaval. C'était ici d'ailleurs que cela avait eu lieu, se rappela-t-elle.
Elle avait abusé de sa confiance par deux fois, un contact innocent mais dont la signification sous-jacente était… complexe, profonde et intime. Ces souvenirs étaient comme leur relation : intense mais douce-amère. Culpabilité et désir.
Il lui aurait été si facile de recommencer, Natsuki avait le sommeil lourd. Mais qu'est-ce que cela lui apporterait ? Un rappel cruel que tout ça ne serait jamais rien de plus que des moments volés. Des moments qui ne lui appartenaient pas et ne lui appartiendraient jamais. Et à quel prix ? Celui de la confiance de Natsuki et de sa propre dignité.
En comparaison, le baiser que Natsuki lui avait offert en guise d'adieu durant le Carnaval avait bien plus d'innocence. C'était un triste signe de reconnaissance pour ses efforts à être là pour Natsuki, des excuses pour ses réactions disproportionnées en apprenant ses sentiments. C'était un baiser doux mais sans désir, une douche froide sur la façon dont Natsuki la percevait. Elle tenait suffisamment à elle pour lui offrir un baiser, mais son cœur ne lui appartenait pas.
Les poings de Shizuru s'agrippèrent fermement à la couverture bien décidée à ne pas retomber dans ses travers passés. Elle ne fut néanmoins pas assez forte pour s'endormir autrement qu'en gardant ses yeux fixés sur son profil.
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Le réveil eut lieu en douceur. Il n'y eut rien comme dans les livres ou les films, pas de corps enlacés ou de positions compromettantes l'une sur l'autre qui les aurait mise dans une situation compliqué. Shizuru se réveilla en premier, à l'endroit et dans la position dans laquelle elle s'était endormie. Natsuki avait roulé sur elle-même pour s'endormir sur le ventre, les bras glissés sous l'oreiller, à en imbiber une partie de bave.
Dans la routine dont elle avait pris l'habitude, elle se prépara à son rythme laissant à Natsuki quelques minutes de sommeil supplémentaire avant qu'elle ne la réveille. Elle commencerait alors à préparer le petit déjeuné qui finirait d'être prêt au moment où Natsuki sortirait de la salle de bain.
Elles s'en iraient alors acheter un second futon et tout ce qui leur manquait ! Mais le second futon avant tout !
