Après un demi million d'années, voici enfin le dernier thème ! Woot ! Bon, j'ai tout de même quelques circonstances atténuantes pour avoir mis autant de temps à pondre, mais je vais vous épargner. En théorie, ce texte fait référence à la fin du chapitre 108 mais je ne crois pas qu'on puisse vraiment parler de spoiler, parce que ça pourrait aussi être à n'importe quel moment de l'histoire. Juste c'était pour vous situer mon état d'esprit en écrivant.
Merci à toutes et tous pour avoir patienté jusqu'ici, j'espère que vous ne serez pas trop déçus par la tournure de cette histoire.
Rêve éveillé - (10 - Somnophilie - au bois dormant)
Il n'avait ordonné au commandant Armstrong de rassembler ses hommes que quelques heures plus tôt, pourtant, il s'impatientait déjà de ne pas avoir de ses nouvelles. Par conséquent, il avait eu besoin de venir vérifier par lui-même que son message avait bien été délivré comme prévu. Et qu'elle allait bien continuer à le suivre.
C'était très probablement une précaution inutile et quelque part, il le savait, seulement, c'était également une fabuleuse excuse pour justifier sa présence en ces lieux, alors même qu'il aurait dû se reposer et surtout, la laisser se remettre. Ses blessures avaient été traitées sans difficulté et ses jours n'étaient plus en danger, il avait soigneusement pris la peine de vérifier auprès d'une infirmière, mais il avait besoin de la voir, juste pour être vraiment sûr.
En silence, il s'approcha de sa chambre et sans prendre la peine de frapper, il entra. Son cœur retrouva d'un coup son rythme normal en la découvrant sagement endormie au milieu d'un petit lit étroit et il soupira, rassuré de constater qu'on lui avait pas menti. Elle était toujours aussi pâle que dans son souvenir, la transfusion n'avait sans doute pas suffi à lui redonner ses couleurs. Et elle avait besoin de repos. Mais elle était vivante, entière et à part une fatigue qui durerait sans doute plusieurs jours, sinon, elle allait bien.
Toujours sans un bruit, il s'avança et s'assit au bord du matelas, se retrouvant pratiquement contre elle alors même qu'il ne cherchait qu'à l'observer. Pourtant, la tentation était trop grande pour qu'il résiste. D'abord, il effleura sa main, juste du bout des doigts, pour se convaincre définitivement qu'il ne rêvait pas, qu'elle était bien là, puis il remonta vers son poignet, pour prendre son pouls, sentir que son cœur battait encore, régulièrement et calmement. Suivant le tracé d'une veine, il avança jusqu'au pli du coude où le cathéter était planté pour lui apporter les compléments nutritionnels qui lui manquaient après ce massacre et qui devait également lui fournir le mélange de drogues nécessaires à la maintenir dans ce sommeil forcé. Elle récupérerait plus vite de cette manière.
Pour autant, il n'aimait pas la savoir reliée à une poche de produits étranges qui altéraient sa volonté et sa conscience. Seulement s'ils l'empêchaient de souffrir, il ne s'y opposerait pas. Elle avait eu son lot de douleur pour toute une vie à cause de lui. Rien qu'aujourd'hui, il avait encore failli la faire tuer, simplement à cause de ce qu'il ressentait pour elle.
Depuis longtemps déjà il avait compris que ses sentiments étaient une faiblesse, le problème était qu'il était incapable de s'en séparer. Il avait beau se raisonner et tenter de garder ses distances, rien n'y faisait. D'ailleurs, malgré lui, ses doigts avaient poursuivi leur route le long de son bras, refusant de quitter sa peau et ils atteignirent son épaule et la chair meurtrie au niveau du cou, là où la coupure profonde était supposée l'achever. Le souvenir de son sang s'écoulant autour d'elle pendant qu'il était bloqué lui donna un haut-le-cœur et inconsciemment, il laissa sa main descendre sur la cicatrice. La blessure avait été sévère et elle s'étendait bien plus que ce qu'il avait imaginé sur le moment.
Repoussant le drap, il découvrit que l'entaille continuait sur sa gorge et disparaissait sur le fin tissu de la chemise d'hôpital supposée préserver un minimum sa pudeur. Seulement l'heure n'était plus à ce genre de considération et sans se soucier de leur position respective ni de comment son comportement pourrait être interprété, il défit le haut de son vêtement pour estimer l'ampleur des dégâts.
Ce n'était pas du tout ce qu'il avait prévu. Il n'avait réellement eu aucune mauvaise intention en s'introduisant dans sa chambre alors qu'elle dormait, pas plus qu'il n'avait pensé à mal en écartant cette blouse. Tout ce qu'il avait cherché, c'était à se rassurer, se convaincre qu'elle allait bien et mesurer l'ampleur des dégâts qu'il avait indirectement causés. Mais une fois qu'il l'avait partiellement découverte, il n'arrivait plus à penser aux raisons rationnelles et honnêtes qui l'avait poussé à s'installer ainsi à ses côtés. Il ne voyait plus les séquelles de leur combat ni les marques des précédentes batailles. Non, tout ce qu'il avait sous les yeux c'était la femme qu'il aimait et qu'il avait failli perdre, entendue sur ce lit, offerte et encore plus belle que dans ses souvenirs.
Posant le front au creux de sa clavicule, il murmura quelques excuses, comme s'il pouvait effacer le passé et changer ce qu'ils avaient vécu plus tôt. Il l'embrassa doucement, descendant sur sa gorge en suivant le tracé exacte de l'épée qui l'avait frappée et bien vite, il se retrouva l'oreille sur son cœur à écouter ses battements réguliers tout en la caressant. Il n'avait pas la prétention de faire disparaître la plaie, juste d'apaiser un peu la culpabilité qui rongeait sa conscience, alors continuant sur sa lancée, il répéta ses paroles désespérées et la supplia de lui pardonner.
Ce n'était pas correct de profiter ainsi de la situation, ce n'était pas correct d'abuser de son sommeil, mais de toute façon, même si elle avait été éveillée, ce qu'il faisait aurait été mal et elle n'aurait pas eu la force de l'arrêter, alors à quoi bon se priver ?
Ses lèvres trouvèrent les siennes dans un baiser qui se voulait plein de remords teinté d'une promesse d'avenir meilleur pendant que ses mains continuèrent d'explorer son corps. Elle vibrait sous ses doigts avec la même intensité que lorsqu'elle était consciente et elle poussa même ce petit soupir étouffé qu'il avait découvert des années plus tôt, quand pour la première fois, il avait eu la chance de la toucher. Ce son avait le don de lui faire perdre la tête et pourtant, en cet instant, ce fut ce qui le rappela à l'ordre et l'empêcha de continuer.
Elle devait se reposer et s'il poursuivait dans cette voie, il allait forcément finir par la réveiller. Et aussi tentante que soit cette possibilité, ce n'était pas le moment. Ils avaient tenu jusque là, ils arriveraient bien patienter un peu plus. Bientôt, ils n'auraient plus de besoin de se cacher.
Un jour, il pourrait se comporter de cette manière sans retenue. Un jour, ils en profiteraient réellement, tous les deux, ensemble.
