Récapitulatif :

Règle 1 : Pas de balance

Règle 2 : Pas de bouche à nourrir inutile

Règle 3 : Ni photos, ni contact avec l'extérieur.

Règle 4 : Pas d'armes

Règle 5 : Ne pas se fier aux apparences

Règle 6 : Pas de sexe

Playlist : Twenty one Pilots - Guns for hands

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Bruce ne pourrait pas dormir ce soir-là. Il le savait pertinemment. Il avait dit à Phil qu'il pourrait aussi bien assurer toutes les gardes de la nuit, mais Phil pensait que c'était peu prudent de laisser quelqu'un assurer un voyage de nuit dans une région aussi dangereuse. Les montagnes du Kazakhstan pouvaient monter jusqu'à six mille mètres et les voies ferrées s'enroulaient autour et franchissaient les ravins sur des ponts parfois peu entretenus, alors vraiment, ce n'était pas prudent, même si depuis Urumqi leur vitesse variait de dix à trente-cinq kilomètres heures malgré le danger que leurs trois compagnons les faisaient courir.

Car après tout, si eux ne pouvaient pas aller plus vite à cause du terrain impraticable, leurs éventuels poursuivants non plus, et il faisait beaucoup trop froid pour qu'un hélicoptère ne se risque à partir en reconnaissance pour les mitrailler. A cette température, les fragiles moteurs givraient, sans parler de la glace qui risquait de bloquer les pales si l'humidité tombait.

Comme il ne prenait donc que la garde de onze heures à une heure, il restait seul dans le noir, allongé sur son lit, la photo de Betty éclairée par des rayons de lune. Il n'avait pas besoin de la regarder, la moindre tâche de rousseur était gravée derrière ses paupières. Il voulait juste ne pas la garder cachée ce soir-là, même si elle pesait sur sa poitrine comme du plomb et semblait vouloir écraser ses poumons. Mais c'était sans doute le chagrin et les remords qui faisaient cet effet-là.

Il entendit un cri et cligna des yeux, croyant s'être ensommeillé et avoir commencé un de ses innombrables cauchemars. Mais il reconnut du russe, et se redressa sur sa couchette pour ouvrir la fenêtre, tenant la photo pour ne pas qu'elle s'envole.

Il les vit. Ils couraient aussi vite qu'ils le pouvaient, le garçon aux cheveux gris soutenant la brune qui paraissait blessée. Bruce se pencha encore, et lorsque le vent lui fouetta le visage, il baissa les yeux et vit que la locomotive avait commencé la traversée d'un ravin sur un vieux pont en bois. Les deux fuyards ne pourraient pas les suivre, et la jeune fille titubait.

Il tourna la tête vers la locomotive et cria en anglais de s'arrêter. Loki de garde passa la tête par-dessus la barrière, et le médecin crut un instant qu'il n'allait pas enclencher le frein, mais le magicien retourna aux commandes et le train commença à ralentir doucement pour ne pas risquer d'accident.

Il regarda à nouveau vers la queue du train mais il ne voyait plus les fuyards. Par contre, sur le toit, une silhouette ressemblant à Tony courrait les bras écartés pour ne pas tomber et aller récupérer les fugitifs.

Bon. Apparemment, il avait du pain sur la planche, songea-t-il en ouvrant son placard pour en sortir sa trousse de secours. Sa nuit blanche ne serait pas passée à broyer inutilement du noir.

Il embarqua de quoi recoudre, un bistouri, des compresses, une attelle, ne sachant pas de quoi souffrait la fille ou si le garçon lui-même était blessé, et ouvrit sa porte. Il descendit sur les essieux puis sur le pont, mais celui-ci était trop étroit pour qu'il traverse collé au wagon sans risquer sérieusement sa vie, d'autant que les planches étaient brisées à endroits et laissaient voir le ravin.

Bruce se résigna à parcourir le train de bout en bout : de toute façon il fallait réveiller tout le monde puisqu'il fallait décider si embarquer ces deux-là augmentait leur risque de mourir.

Il traversa la cuisine déserte, la vaisselle en plastique laissée à sécher dans l'évier pour ne pas tomber partout dans les virages ou un freinage brusque, et sortit sur les essieux pour frapper à la roulotte de Thor. Il entra sans attendre de réponse (la fille avait l'air mal en point), et secoua rapidement le norvégien qui dormait.

-Deux jeunes nous ont couru après, ils sont blessés, expliqua-t-il. Viens, s'ils ne sont pas trop épuisés on va faire un conseil.

Ensommeillé, l'haltérophile se leva mécaniquement et le suivit.

Zemo était ingérable et faillit leur filer un coup de sabot quand ils traversèrent l'étable. Ultron hennit de rire à ça, et Bruce se dit qu'ils devraient réessayer de trouver un moyen de les tuer ceux-là, Thanos notamment.

Natasha était déjà levée et avait pris un couteau à sa ceinture comme elle en avait l'habitude.

-Ils n'ont pas l'accent kazakh, commença-t-elle en se dirigeant vers sa porte, je dirais plutôt Ukraine ou Sokovie. La fille a dit qu'ils étaient poursuivis et blessés, et le garçon qu'ils feraient n'importe quoi pour qu'on les laisse monter.

-Nous ferions bien de redémarrer alors, marmonna Bruce alors que l'espionne montait l'échelle.

-S'ils sont à bord, on dit à Loki de tailler la route.

Ils se retrouvèrent sur le toit, Natasha donnant des coups de talons pour réveiller les derniers membres de leur petite bande. Puis ils arrivèrent au dernier wagon, et virent Tony et Clint marcher sur le pont, soutenant les deux fuyards. Thor descendit les aider, et quand chacun fut sur le balcon, Bruce se retourna, et à l'autre bout du train, il vit Loki debout sur le tas de charbon, attendant leurs instructions. La lune était presque pleine dans un ciel sans nuage, ils étaient des cibles en néons. Bruce tourna la tête, les lumières d'Astana comme un halo dans la nuit.

Il leva le bras puis le baissa, et Loki sauta du tas de charbon. Quelques secondes plus tard, ils redémarraient et Bruce descendit l'échelle pour pénétrer dans le wagon équipement. Tony et Clint avaient allongé les deux blessés sur le sol du wagon, et le médecin fut choqué par à quel point leurs visages trop pâles avaient l'air jeunes. Natasha dit qu'elle allait faire le guet sur le balcon, et Thor qu'il allait prévenir Fury et Phil.

-Fracture, blessure par balle ? s'enquit-il en anglais.

Clint traduisit et le garçon dit quelque chose en russe, voulant se relever pour voir la jeune fille mais Tony le maintint au sol.

-Sa sœur est blessée au ventre par balle, lui a juste l'épaule démise, traduisit Clint, les sourcils froncés et couvert du sang de la fille.

Ils avaient également l'air d'avoir été passé à tabac, alors Bruce retroussa ses manches.

-Ils sont jumeaux, l'informa le newyorkais en répétant ce que lui avait dit son colocataire, ils fuient Astana et un type qu'ils y ont énervé très fort.

-Je vois ça Tony, marmonna l'indien en enlevant le manteau de la brune avec l'aide de l'Irlandais.

La balle n'avait fait que la frôler, mais vu son état, ses vêtements et ceux de Clint, elle avait perdu beaucoup de sang.

Le jeune homme dit à nouveau quelque chose en russe, et l'Irlandais lui répliqua quelque chose avant de traduire à Bruce :

-Il veut faire une transfusion.

-Je ne fais pas ça, je vais leur filer une infection à tous les deux.

-C'est ce que je lui ai dit.

-Mais la gosse a l'air anémique au possible, protesta Tony. Ils sont jumeaux, c'est parfait.

-C'est trop dangereux dans nos conditions. Une bulle d'air ou une seringue mal stérilisée et je tue l'un ou l'autre.

-Bruce, fais-toi confiance, lui asséna l'espion. Tu m'as sauvé la vie et sûrement plein de fois celle des autres.

-J'ai aussi tué beaucoup de gens, répliqua le médecin.

-Tu crois que je suis curé peut-être ? Allez, fais-le pour eux, la gosse perd connaissance.

Le médecin inspira par le nez et posa ses doigts sur le maigre poignet. Le pouls était beaucoup trop faible. Le nouveau avait raison.

-Deuxième placard à droite, étagère du bas. Cours, Tony.

L'espion reposa délicatement la tête de la blessée sur le plancher, avant de se lever d'un bond et de courir vers la porte. Clint délaissa le garçon pour venir prendre la place de Tony, murmurant sans s'arrêter des paroles rassurantes à la brune, qui s'accrocha à son pull et murmurait d'une voix faible. Natasha revint à l'agitation, et posa une question dans sa langue maternelle, et Clint lui répondit. Bruce, ne comprenant rien, se concentra entièrement sur sa tentative d'arrêter l'hémorragie déjà bien entamée. Le garçon finit par se redresser pour tenir la main de sa jumelle avec son bras valide.

-Je peux lui remettre son épaule, Bruce ? s'enquit la russe.

-Vas-y, fit-il en changeant la compresse et en continuant d'appuyer sur la hanche éclatée de la jeune fille.

L'os était touché, il en était sûr, mais il n'était pas question d'enlever les éventuels éclats dans son état, l'opération la tuerait.

Natasha posa une question, et le garçon parla longtemps d'une voix angoissée qu'il s'efforçait de ralentir. Tony revint les bras chargés d'une lourde sacoche alors que la russe traduisait :

-Orphelins sokoviens. Volent pour survivre. Seize ans. Prends une longue inspiration, lui dit-elle en russe.

Le newyorkais hoqueta à la mention de leur âge, le garçon ne put retenir un cri quand la russe manipula son bras pour lui remettre l'épaule en place, et Bruce s'efforça de refouler sa peur d'échouer en préparant le matériel puis en badigeonnant de désinfectant les creux du coude des deux adolescents. Clint continuait de murmurer du russe comme une litanie en épongeant la sueur sur le front de la jeune fille mais elle semblait glisser irrémédiablement vers l'inconscience. Puis le médecin respira profondément lui aussi, et perça l'un après l'autre les artères des jeunes sokoviens de ses aiguilles.

Ce ne fut que très tôt le matin qu'il la déclara sauvée et autorisa les trois espions, restés avec lui, à les déplacer dans des lits, le garçon ayant refusé de quitter sa sœur. Ce fut très compliqué de déplacer la jeune fille d'un wagon à un autre avec le train toujours en marche, alors Clint déclara qu'elle dormirait sur leur lit, à lui et Tony. Le garçon refusa de dormir ailleurs et était prêt à dormir sur le plancher, mais les deux espions lui dirent de juste dormir auprès de sa sœur.

Clint alla dormir avec Natasha, et en croisant le visage incertain mais surtout épuisé de l'américain, Bruce lui dit juste d'aller dormir dans sa roulotte, puisque lui allait rester dans la leur surveiller l'état de l'adolescente.

Puis il fut tout seul avec les deux orphelins dormant déjà, le garçon serrant toujours la main de sa sœur. Bruce s'assit sur une chaise, n'eut pas le courage de faire l'aller retour jusqu'à sa roulotte pour aller chercher un carnet de sudokus, et resta juste là à monter la garde. Epuisé par le chagrin qu'avait apporté le premier anniversaire de mort de Betty, la peur de causer la mort d'un énième être humain et la difficulté du soin prodigué, il piqua du nez sans s'en rendre compte.

Il fut réveillé par Clint le lendemain midi, la jeune fille heureusement stable et même réveillée. Alors l'espion convoqua tout le monde dans sa roulotte, et partit conduire la locomotive. Alors qu'il partait, Bruce capta son regard protecteur vers les adolescents, et se dit que l'Irlandais devait avoir eu des enfants à un moment donné malgré son métier.

-Merci, souffla le garçon dans un mauvais anglais. Je… s'appeller… Pietro et c'est ma fille Wanda.

-Sœur, corrigea Steve avec un sourire doux, c'est ça ?

-Oui, sœur, excuse-toi ! je peux… déclamer… russe ?

-Oh mon dieu ils sont trop mignons, marmonna Darcy.

-Da, confirma Natasha, sans que le médecin ne sache trop si elle répondait au garçon, à l'italienne ou aux deux.

Le garçon commença alors un long résumé, et l'espionne traduisit, parce qu'il avait un fort accent que Phil et Steve avaient du mal à comprendre. Fury, lui, paraissait de mauvaise humeur à l'idée de récupérer des parias aussi jeunes donc fragiles, pas trop utiles, et les mettant encore plus en danger.

-Orphelins de guerre, toujours vécu à la rue, quand ils ont été trop grands pour susciter la pitié et survivre en mendiant ils ont commencé à apprendre à voler.

L'espionne fit une pause et lança :

-Pour ceux qui croiraient encore que la Russie est un pays chaleureux, ça veut dire qu'ils ont commencé à cinq ans, donc qu'ils ont sans doute au moins trois objets de chacun d'entre nous dans leurs poches.

-On sait Romanoff, on sait, marmonna Fury. Qui est-ce qui les poursuit. Si c'est du trop gros poisson, on les débarque immédiatement.

Natasha posa leur question et cette fois ce fut la fille, Wanda, qui répondit. Elle récupérait vraiment vite. Bruce la soupçonnait d'être de la même nuance de spécial qu'était Loki.

-Je vais parler un peu le anglais, commença-t-elle. Pour vous montrer que on veut rester et rembourser la datte. Dette ? Dette. On a vouloir voler beaucoup d'argent pour partir en Europe, donc on a voler quelqu'un de très riche, mais il a attrapé nous, nous a attrapé ? se corrigea-t-elle. Et on s'être échapper et voir train dans la nuit.

-On les adopte ? C'est nous deux tout craché, murmura Tony à Loki qui se tenait près de lui.

Le magicien sourit sans le regarder ni lui répondre, et Bruce fut assez amusé par le changement qui s'était opéré chez le sorcier nordique depuis l'arrivée du jeune espion de la CIA. Quelque chose lui disait que la règle numéro six n'avait aucune chance d'être respectée (et ce quelque chose était la distance d'à peine un centimètre entre leurs deux épaules). Pas que cette règle ait de toute façon jamais été prise au sérieux, entre Clint et Natasha, Darcy et la défunte Maria, et Bouddha savait qui d'autre. Pour Loki et Tony, ça allait leur faire du bien à tous les deux d'avoir quelqu'un auquel se raccrocher. Thor le pensait aussi, vu le regard suintant de guimauve qu'il leur lançait à chaque moment complice de ce genre.

-Poussez pas le bouchon trop loin vous deux, venait de leur lancer Phil.

-Ils sont chouquis ces gosses, fit Tony sans tenir compte de la menace.

-On a pas fait le test du couteau, l'arrêta Darcy.

-Pour une fois l'italienne a raison, approuva Fury, dis-leur qu'on est pas des rigolos Romanoff.

-C'est quoi le mot magique Nick ? le taquina le magicien en trouvant sans doute qu'il parlait mal à la russe.

-Occupe-toi des fesses du ricain, Loki.

-Je m'occupe de mes propres fesses, merci bien, s'étrangla Tony, et on est pas du tout-

-Chéri, tu vois bien qu'ils savent.

-Toi, le mythomane, la ferme.

-Je vois. Tu n'assumes pas notre relation. Je vois, fit le norvégien en levant la tête et en agitant sa main comme pour ravaler de grosses larmes qui menaceraient de couler.

Bruce laissa échapper un petit rire alors que pour la première fois depuis qu'il était là, voire même de sa vie qui savait, les pommettes de l'espion rosissaient.

-Je t'égorge dès qu'on est sortis, marmonna-t-il les bras croisés.

-Entendu, ronronna le magicien.

Les adolescents n'avaient pas l'air d'avoir compris grand-chose, mais avaient un sourire amusé et un peu incrédule sur le visage, aussi Bruce se dit encore une fois qu'ils étaient incroyablement jeunes.

Natasha fit une longue tirade, et ils retrouvèrent leur air sérieux.

-Nous savoir. Nous, vouillons ? voulons ? vous remercier de nous avoir sauver. Nous pouvons aider.

-Qu'est-ce que vous savez faire, dit lentement et en articulant bien Tony.

-Courir excrément vite, commença le garçon et Darcy rit convulsivement, Quoi ? s'enquit-il, j'ai dit mal ? Courir très très vite. Cuisiner, nettoyer…

-Cuisiner, nettoyer, répondit la sœur. Euh…

Ce n'était pas bien glorieux.

Natasha posa une autre question.

-Gymnastique ? Cirque ? Rien, répondit Pietro.

La fille parut hésiter mais ne dit rien. Ils devaient être du même niveau que Tony, mais le médecin ne le dit pas à voix haute pour ne pas vexer l'américain, qu'il aimait bien dans le fond.

-Ce n'est pas bien glorieux, répondit sans scrupule leur leader. On ne peut pas se permettre de bouche à nourrir inutile.

Natasha traduisit. Les jumeaux se regardèrent alors d'un air inquiet, et le garçon marmonna quelque chose à sa sœur. Vu le froncement de sourcils de tous les russophones présents, c'était du sokovien. La fille hésita, puis hocha légèrement la tête.

-Ce n'est pas bien, commença-t-elle, mais je peux… magie. Ce n'est pas bien mais très utile.

-Attends attends, intervint Loki. Faire de la magie ? demanda-t-il.

Les autres étaient trop incrédules pour réagir mais dans leur cerveau il se passait la même chose. Bruce l'aurait parié mais ça restait difficile à croire sur parole.

-Oui, magie, dit-elle en russe pour vérifier qu'elle utilisait bien le bon mot, je peux voler, déplacer des objets, rentrer dans le front des gens. Tête ? Rentrer dans la tête. Pas bien mais utile, répéta-t-elle.

-Tu rigoles, souffla Loki. C'est excellent.

-C'est super bizarre et super dangereux, grommela Fury.

-Voler genre voler ? s'enquit Darcy en agitant ses mains comme si elles étaient des ailes d'oiseau.

L'adolescente acquiesça, et alors de la poussière rouge s'échappa de son corps, et elle s'éleva du lit. Elle se stabilisa en position assise quinze centimètres au dessus des draps et un petit sourire naquit sur ses lèvres, provoqué par leurs mâchoires tombées au sol et le rictus impressionné de Loki.

-Je me sens moins seul, lança celui-ci d'un ton joyeux inhabituel.

-Attends mec, percuta Tony. C'est de la vraie magie ce que tu fais, pas des tours de passe-passe ?

-Tu crois que ton épaule a guéri comment ? Le bon dieu ?

-C'était toi ? …Tu m'as dit que tu m'apprendrais pour la serrure !

-Je t'ai rien dit du tout, c'est toi qui te dis des trucs tout seul.

-Bon le p'tit couple, vous pouvez arrêter d'être dans vot'fichue bulle personnelle ? grommela Darcy. Elle est en train de voler là. On fait quoi ?

-On les garde, asséna Loki.

-On les fout dehors, grommela Fury.

-Ok on se calme, lança Steve, et si on les laissait se reposer et qu'on en discutait ailleurs, hein ?

Ils étaient rendus dans la cuisine et le débat était passionné.

-C'est très impressionnant, nota Thor.

-Peut-être que le garçon a des pouvoirs aussi, avança Steve.

-La magie n'est pas génétique, mais c'est possible, lança Loki.

-Ils seraient d'une aide extraordinaire, non ? argumenta Tony. Et je ne parle certainement pas d'un numéro de lévitation.

-Il faut garder à l'esprit qu'ils sont sans doute très dangereux, avança Natasha, même si Bruce avait pu voir qu'elle avait un faible pour les adolescents.

-Ils nous vouent une reconnaissance éternelle, lança l'espion américain.

-Ou alors ils mentent très bien, contredit Phil qui gardait toujours la tête froide.

-Ils ont seize ans, chuchota Tony.

-Et alors, intervint Fury.

-Tony, la règle cinq, le réprimanda Natasha.

-A seize ans j'ai tué vingt-quatre personnes en trois jours.

Tony ouvrit la bouche mais rien ne sortit. C'était les lèvres de Darcy qui avaient bougé, les mots avaient été prononcés avec sa voix, mais il n'y croyait pas. Pourtant, vu son visage fermé et la façon dont elle détourna les yeux sous son regard incrédule, c'était sûrement vrai.

-Arrête de te fier aux apparences, sérieusement, marmonna-t-elle. Regarde Fury, c'est un gros nounours en vrai.

Fury voulut répliquer, mais il parut comprendre que l'italienne était mal à l'aise à cause de son aveu, et ne dit rien.

-Brise la règle six autant de fois que tu veux, continua-t-elle, mais pas la cinq. 'Fin la six, si c'est avec quelqu'un d'autre que Loki il va tous nous égorger. Quoique ?

-Darcy, grommela le magicien.

-Si vous voulez faire un plan à trois- ouais nan vous êtes mes grands-frères. C'est trop bizarre. Laissez tomber j'ai rien dit.

-Darcy arrête de parler, soupira Steve alors que, fait rare, Natasha se mordait la lèvre pour ne pas sourire.

-Donc, les jumeaux, les recentra Thor.

-On vote ?

-Clint est pour, dit Natasha, on en a parlé hier.

-Malgré les pouvoirs ?

-Il va l'être encore plus avec les pouvoirs.

-Chacun dit son opinion et pourquoi, annonça Phil. Gardez à l'esprit qu'ils pourraient très bien mentir pour leur poursuite et juste être des pirates des rails. Ainsi qu'ils sont en pleine croissance donc ils mangent beaucoup, et enfin qu'il faudra bien qu'ils dorment quelque part.

La dernière proposition les refroidit d'un coup, jusqu'à ce que la mafieuse ne lance :

-Ils peuvent sans problème dormir avec moi. J'ai toujours un fantasme avec des jum-

-Tu n'es qu'une nymphomane Darcy, la coupa Steve dans un soupir et en s'appuyant contre le comptoir.

-Il en a mis du temps ton diagnostic captain pureté, répliqua l'italienne en croisant ses bras et en s'asseyant sur la table.

-Tu vas les traumatiser.

-Et ils sont mineurs, soupira Thor.

-Mais moi aussi, s'écria-t-elle. Aux Etats-Unis.

-Nicholas, dit Phil dans un soupir, commence avant que notre tête n'éclate.

-Je suis contre, déclara Fury. Trop de données inconnues sur leurs poursuivants et leurs pouvoirs.

-Thor, passa Phil comme son associé ne disait rien d'autre.

-Je… Leurs pouvoirs sont intéressants mais… connaissant les orphelins de guerre ils pourraient très bien être des pirates des rails.

-Parce que tu t'y connais en orphelins de guerre toi, renifla le magicien.

-Loki, chacun son tour on a dit, dit Natasha.

-Bruce.

-Je suis assez pour, dit le médecin. Comme dit Tony, ils ont l'air de vouloir aider.

-Merci vieux frère. Depuis trois semaines, mais vieux frère quand même.

-Steve.

-Je suis contre le fait de les débarquer maintenant, mais plutôt pour à la prochaine ville. Si on est nombreux on risque davantage de se faire repérer lorsqu'on s'arrête quelque part. Et c'est vrai qu'on ne sait pas qui ils ont fâché, déjà qu'on a le préfet d'Urumqi et pas mal de monde aux fesses. Alors contre.

-Natasha.

-Je suis pour, lança l'espionne à la surprise de tout le monde. La gamine est exceptionnelle. Mais surtout ils ont un terrible besoin d'une famille et on est ce qui s'y apparente le plus pour eux, alors ils ne nous feront aucun coup fourré. J'en mettrai mon pied à couper.

-C'est la main, glissa Phil.

-Les anglais et vos expressions à coucher dehors, chassa l'espionne d'un mouvement de la main.

-Tony, reprit le meneur.

-Je suis à fond pour, lança l'espion dont le cœur s'était apparemment transformé en guimauve. Comme dit Nat', on leur a sauvé la vie, et on a l'air d'une grande famille.

Phil toussa et Natasha et Nick avaient une moue sceptique.

-Ne serait-ce que la règle numéro un bordel, argumenta Tony. On surveille les arrières des autres et on abandonne personne en chemin. Vu ce qu'ils nous ont raconté, c'est genre le paradis pour eux.

-Seulement s'ils restent, lança Fury. Vous êtes tous en train de baisser vos gardes pour deux ados, mais ils ont vécu toute leur vie à compter uniquement l'un sur l'autre et à voler ou tuer tous ceux qui n'était pas eux. Vous étiez beaucoup plus méfiants lors de l'arrivée de chacun.

-Justement, je suis contre, lança Darcy et choquant tout le monde. Ils sont les deux faces d'une même pièce. Si l'un d'entre eux est blessé ou meurt, je ne donne pas cher de la peau de ceux qui sont autour.

-C'est vrai, dit Phil en baissant la tête d'approbation. Rappelez-vous que Thor m'a étranglé quand j'ai dit qu'on le gardait lui mais pas son frère parce qu'il était trop puissant pour nous.

-C'était juste pour que mon frère reste, soupira le grand blond.

-Il n'empêche que j'ai mangé de la soupe pendant une semaine.

-C'est bon, je me suis excusé, marmonna l'haltérophile en perdant subitement cent points de crédibilité auprès des autres membres.

-Si jamais Pietro meurt dans une attaque par exemple, inventa Darcy. Je peux tout à fait visualiser Wanda perdre le contrôle et tous nous transformer en sauce bolognaise. Et si éventuellement on récupère Bucky à Saint-Pétersbourg (Steve lui fit un petit sourire reconnaissant), on sera largement assez pour dégommer Hydra. Donc je suis pour les débarquer à Petropavl avec une petite somme pour les aider.

-Loki.

-Même si leurs fautes en anglais sont adorables et qu'ils sont à tomber tous les deux, ajouta l'italienne pour elle-même comme si elle était déçue au point qu'elle n'avait pas réussi à le garder pour elle.

-On a compris Darcy, soupira Natasha.

-Loki ?

-On les garde, asséna le magicien. La fille est évidemment stupéfiante, mais on ne sait pas ce que le garçon peut faire, et de toute façon ils sont un lot de deux. Je ne sais même pas pourquoi vous vous posez la question, Clint va vous tuer si on les débarque dans le pays où ils sont recherchés. On va en Europe, eux aussi, ils ont une dette à vie envers Bruce et un très évident besoin de reconnaissance et d'affection. Il vous faut quoi ? Qu'ils vous fassent des muffins ? On les emmène jusqu'à Monaco, point final.

-Le score est de cinq pour et quatre contre, annonça Phil alors qu'il ne restait plus que lui.

Ils attendirent. Si leur deuxième meneur était contre, ils avaient un sérieux problème.

-Je suis pour, dit finalement l'anglais. Ils ont un potentiel immense et une loyauté à toute épreuve envers nous grâce aux talents de médecin de Bruce. Quant à leurs poursuivants, ce n'est pas un pays de plus ou de moins qui va changer grand-chose. À nos trousses, nous avons les services secrets nazis, l'Italie, la Slovaquie, la Russie, la Suède, la Navy, l'Inde, un joli combo pour la Chine et maintenant, un type riche au Kazakhstan. On les garde.

-Six contre quatre, résuma Tony. Ils restent.

-Bon, voilà qui est réglé, capitula Fury. Avec les deux mille dollars de Bonnie and Clyde, on s'achètera un nouveau wagon à Petropavl.

-Je leur file mon lit, annonça Darcy, et en attendant qu'ils aient le leur je dors avec quelqu'un. …Me regardez pas comme ça bon sang, règle numéro six merde. Loki et Tony comptent pas, ils auraient été un camembert et une girafe ils finiraient quand même par baiser ensemble à la-

-DARCY, s'étrangla Tony et le magicien, sa veine ressortant sur son front, avait sorti un couteau, tandis que Thor riait bruyamment.

-Loki règle quatre ! rappela inutilement Steve.

-Dispersion tout le monde ! ordonna Fury. Phil, Romanoff, allez annoncer la nouvelle aux jumeaux, Darcy, va relever Clint, et je t'en prie arrête de provoquer Loki.

-Nick, pour la dernière fois je suis pas ta bonniche, feula Natasha.

-Ok ok Lokitty c'était une blague, assura l'italienne. Baisse ce bowie tout de suite, tu es la girafe d'accord ? Pas le camembert !

-Un Bowie, tiqua l'espionne en se retournant, LOKI TU M'AS VOLE LE COUTEAU DE STEVE.

-Non, je l'ai récupéré dans la poche de la petite sorcière, nuance, appuya le magicien en montant sur un tabouret pour échapper au couteau suisse de l'espionne et en filant un coup de pied à Darcy qui cherchait à agripper sa jambe pour le supplier de la pardonner.

Tony soupira, et retourna se coucher.

Bruce, lui, comme souvent, se demandait comment il avait atterri là. Recherché pour meurtre, sans cesse obligé de fuir, il avait décidé une nuit d'aller à la gare marchande de Calcutta et de se cacher dans n'importe quel wagon à bestiaux pour quitter le pays. Mais au lieu de se retrouver au milieu de cages de poulets quand il avait forcé une porte, il avait trouvé une jeune italienne en pleurs sur le plancher serrant un sac de frappe contre elle. Puis elle l'avait menacé avec un flingue, il avait raconté son histoire, et elle avait lancé t'es médecin c'est trop bien t'inquiète on est tous des tueurs psychopathes ici on s'en fout de ton problème de violence je crois que tu peux rester par contre faut qu'on se barre vite fait, puis avait sifflé trois fois par la fenêtre, une voix avait crié quoi, maintenant ? en anglais et quand elle avait répliqué, oui, maintenant.

Le train s'était ébranlé, les essieux avaient entraîné les roues et neuf tueurs étaient partis vers l'aurore.

Six mois plus tard, ils étaient douze, et la locomotive poursuivait un soleil disparaissant lentement derrière les montagnes enneigées.