Ils n'avaient mis que de très courtes minutes pour arriver à la cascade. Le bruit de l'eau ruisselante sur la roche et s'écrasant dans le bassin naturel en contre bas était plus agréable que la plus douce des musiques. Julia accéléra le pas, impatiente de découvrir l'endroit, impatiente de pouvoir enfin se rafraîchir. Lorsqu'elle passa la dernière ligne d'arbres, elle se figea sur place un instant. La beauté du lieu lui coupa le souffle. L'eau était transparente et des milliers de petits cailloux recouvraient le sol du bassin et brillaient aux éclats du soleil les touchant. Sur la roche noire poussaient des fleurs rouges, luxuriantes. Le joyau semblait reposer dans un écrin, prisonnier des arbres imposants qui l'entouraient. La jeune femme resta là à regarder un instant les gouttelettes d'eau qui se formaient à la surface et volaient dans les airs. William arriva à ses côtés, regardant le même spectacle qu'elle.
-C'est absolument magnifique, dit-il dans un souffle.
Elle acquiesça sans pour autant le regarder et elle descendit la petite pente qui menait à l'eau. Julia se dirigea vers la roche pour tendre la main sous l'eau qui tombait. Elle en recueillit et elle but ce qui se trouvait dans le creux de sa main. Elle ferma les yeux en savourant la sensation de l'eau fraîche dans sa bouche et dans sa gorge. Enfin celles-ci n'étaient plus en feu, enfin elle pouvait boire à sa soif. Elle répéta le geste plusieurs fois et William la rejoignit pour en faire autant. Puis, lorsqu'ils furent désaltérés, ils se tournèrent vers le bord de l'eau.
-Je devrais me laver, dit-elle doucement, est-ce que vous...enfin...
Ils échangèrent un regard. Il avait bien compris sa requête, elle voulait être seule. Il le comprenait parfaitement, la Julia qui n'était pas son épouse aurait agis de la même façon. Elle n'était de loin pas prude, il se souvenait du jour où elle s'était montrée scandaleuse sur la plage à retirer ses chaussettes en laine, mais aujourd'hui elle se croyait fiancée à un autre et elle serait bien plus dénudée que ce jour là. Un frisson traversa le corps de William. La Julia qui était son épouse se serait simplement déshabillée devant lui en lui jetant un regard gourmand. Elle lui aurait sans doute sourit, prit la main et supplié de la rejoindre. Et il se serait exécuté avec la plus grande joie. Il l'aurait pris dans ses bras, il l'aurait embrassé, il aurait savouré la sensation de son corps contre le sien.
-Juste vous retourner, murmura Julia, le temps que j'aille dans l'eau.
Elle ne voulait donc pas qu'il s'en aille, il pouvait rester. Elle ne le rejetait pas, elle ne demandait pas d'avoir de la distance. Elle voulait juste qu'il se retourne, pas qu'il parte.
-Et vous pourrez ensuite y aller, je ne serait pas longue, promit-elle en lui souriant tendrement.
Oh il connaissait ce sourire et ce regard. Elle utilisait son charme pour l'amadouer. Mais William savait qu'elle n'en avait pas besoin. Il acquiesça alors simplement en souriant.
-Je vais remplir les bouteilles en verre que j'ai trouvé dans la cabane, nous aurons ainsi des réserves d'eau.
Il s'éloigna d'elle en fouillant dans le sac qu'il avait en bandoulière et elle le regarda partir. Elle se baissa pour retirer ses bottines et son pantalon. Elle jeta alors un regard à William qui lui tournait le dos et elle ne put s'empêcher de sourire. Elle ne connaissait aucun homme comme lui, un parfait gentleman. N'importe qui d'autre aurait jeté un œil pour la voir en si petite tenue, mais William, lui, il respectait son intimité. L'espace d'une seconde elle se demanda s'il n'avait pas voulu qu'il soit comme tout les autres hommes, qu'il laisse glisser son regard sur son corps comme il l'avait fait ce matin là. Elle s'était demandée ce que cela aurait pu être de le sentir la rejoindre dans l'eau, qu'il pose ses mains sur ses hanches et qu'il ne l'attire tout contre lui. Un frisson la figea sur place et elle se demanda si se fut d'imaginer William la prendre dans ses bras alors que lors corps étaient mouillés ou l'eau fraîche qui se trouvait déjà à la hauteur de son ventre. Julia prit une profonde inspiration et en un souffle, elle plongea. A ce bruit, il se retourna un instant pour voir le corps de son épouse sous l'eau, ses cheveux défaits glissant derrière elle, le tissu blanc de sa chemise de nuit suivant ses mouvements alors qu'elle nageait au fond du bassin. Julia fit quelques mouvements au fond de l'eau avant de remonter à la surface. Il en eut le souffle coupé. Elle souffla l'air qu'elle avait encore dans ses poumons et de sa main valide, elle retira le sang de ses cheveux en les coiffant vers l'arrière de sa tête. Lorsque Julia ouvrit les yeux, elle capta aussitôt le regard de William. Il la regardait avec tant de désir qu'elle crut un instant qu'il allait se précipiter dans l'eau pour la rejoindre. Mais au lieu de cela, William restait là à la regarder simplement, perdu dans ses pensées.
-Elle est un peu fraîche mais ça fait un bien fou, lança Julia simplement, je vais sortir pour vous laisser vous rafraîchir vous aussi.
-Non je...tu peux encore rester si tu veux, bredouilla le jeune homme.
-Ça ira William, hum ...ma chemise de nuit est fine et hum...mouillée je...est-ce que vous...
-Oh oui, oh pardon, dit-il en se retournant en un bond pour la laisser quitter l'eau, regarde ce que tu peux mettre parmi les vêtements que j'ai pris.
-Ce me gêne un peu de prendre les vêtements de ces pauvres gens, répondit Julia en quittant l'eau, même si je sais que vous avez raison. Et s'il est évident que je ne peux plus porter cette chemise de nuit, dit-elle en riant doucement en voyant ses boutons défaits une fois encore.
William se mordit les lèvres, lui cela ne le dérangeait pas le moins du monde qu'elle porte cette chemise de nuit. A dire vrai, elle était sa préférée.
-Peut être que je la garderai simplement pour prendre mon bain le temps que nous sommes ici.
Oh mon Dieu oui, par pitié. Pensa-t-il.
Il ne la regarda toujours pas, il était concentré sur l'eau qui ruisselait sur la pierre devant lui. Il ne devait pas se retourner, il ne devait pas, il ne devait pas. Il jeta un œil. Julia essorait ses cheveux, légèrement penchée vers l'avant, encore vêtue de sa chemise de nuit devenue presque transparente. Il vit chaque courbe de son corps, chaque détail, chaque endroit qu'il aimait caresser, toucher, embrasser.
-Magnifique, murmura-t-il le souffle coupé.
Il la regarda se baisser, prendre une chemise ainsi qu'une jupe bleue nuit sur le sol. Puis, elle se redressa, tendant les vêtements devant elle à bout de bras pour voir s'ils étaient à sa taille. Il la vit faire une petite grimace et les mettre sur son bras et il tourna la tête à nouveau, honteux de l'avoir observé à la dérobée de la sorte, sentant son désir pour elle se faire plus évident dans son pantalon.
-Je vais me changer William, vous pouvez y aller.
-Oui, je...merci.
Il l'entendit s'éclipser derrière des feuilles et il relâcha enfin la pression. Il regarda un instant l'endroit où elle s'était tenue un peu plus tôt et il se dirigea vers le bord de l'eau. Il retira ses chaussures, ses chaussettes et sa chemise qu'il laissa tomber à côté du pantalon qu'avait porté son épouse. Son pantalon, qu'il avait emporté pour elle. William retira son pantalon, simplement vêtu de son justaucorps, torse nu, il rejoignit l'eau.
De l'endroit où elle se tenait elle l'avait vu retirer ses vêtements. Elle avait retenu son souffle en voyant son torse nu, ses muscles si parfaits, son dos, ses bras forts. Elle avait plissé les yeux en ayant cru voir des marques rouges sur sa peau; des marques de griffures. Non, cela ne pouvaient être des marques d'ongles, William n'était pas marié, il n'aurait jamais été intime avec une femme. Elle devait se tromper, ces marques devaient être d'autres blessures. Julia voulait et devait s'en convaincre, car jamais elle n'aurait supporté de savoir qu'il accordait son amour et ses attentions à qui se soit, personne à part elle. Et pourtant. Pourtant, elle allait épouser un autre. Quelque chose sonnait faux dans son esprit. Elle n'arrivait pas à se convaincre qu'elle allait être l'épouse du Docteur Garland, elle devait oublier quelque chose, quelque chose d'important mais elle n'était pas certaine de pouvoir le demander à William. Elle avait toujours peur de faire quelque chose de mal, de dire quelque chose qui le ferait se renfermer sur lui-même. Et ce jour là, elle désirait plus que tout qu'il se montre ouvert avec elle. Ils étaient seuls sur une île déserte, loin de tout, elle ne voulait pas gâcher cela. Mais à cet instant, elle ne pouvait chasser de son esprit cette pointe de jalousie, cette jalousie de savoir que William avait été intime avec une femme. Peut être avait-elle oublié qu'il fréquentait quelqu'un? Peut être était-ce la raison pour laquelle il la regardait avec tant de désir? Cette pensée lui brisait le cœur.
Mon William, il restera toujours mon William, quoiqu'il arrive, même si nous ne sommes pas ensembles, personne ne pourra jamais l'aimer comme je l'aime. Peut être mal parfois mais de tout mon cœur et de toute mon âme. Je l'aime comme personne ne le pourra jamais.
Julia secoua la tête de gauche à droite. Ce ne pouvait et ne devait être des traces d'ongles, il fallait qu'elle s'en convainc.
Elle termina de boutonner sa chemise et elle ressortit de derrière les arbres, croisant le regard de William toujours dans l'eau et qui attendait le bon moment où son corps ne brûlerait plus de désir pour en sortir. Elle le vit rougir, mais elle ne se formalisa pas davantage pour cela et elle lui sourit simplement.
-Ces vêtements me vont, dit-elle, vous devez connaître ma taille, Détective.
-Il n'y avait guère beaucoup de choix. C'était un simple coup de chance.
-Mmh, je dois tout de même avouer que je me sens bien plus à l'aise avec un pantalon même si je ne porte pas de sous-vêtements ni de corset sous ces vêtements.
A peine avait-elle dit cela, qu'elle le regretta sur le champ.
Tu viens de lui dire que tu es nue sous cette jupe et cette chemise, mais tu es folle!
-Je vais voir si je trouve des...des bananes, bredouilla Julia avant de s'éclipser et de lever les yeux au ciel.
Il resta encore dans l'eau quelques secondes avant de la quitter et de passer lui aussi d'autres vêtements qui pour lui étaient un peu trop grands. William en profita pour rincer ceux qu'ils avaient porté en venant. Dans la poche de son pantalon il trouva les bagues de Julia qu'il y avait glissé lorsqu'elle était tombée du navire. William soupira profondément en regardant la pierre rouge briller sous les rayons du soleil. Il aurait voulut lui dire, lui montrer cette bague et lui avouer qu'elle était sa femme. Mais il savait qu'il risquait de faire une erreur, elle devait retrouver sa mémoire elle-même. Tout était là, dans son esprit, il fallait simplement que les souvenirs remontent à la surface. Il devait se montrer patient, tout simplement.
-William j'ai trouvé de quoi avoir un bon festin, chantonna la jeune femme en émargeant entre les arbres.
Il fourra les bagues dans le pantalon qu'il portait à présent et il se tourna simplement vers elle pour voir les dizaines de bananes qu'elle tenait à bout de bras.
-Cela suffira pour aujourd'hui je pense, continua-t-elle en les posant au sol, mais peut être que vous pourriez-vous pêcher demain? Il y a de quoi faire un harpon dans votre sac.
-C'était mon idée, acquiesça le jeune homme, je voulais le faire en retournant à la plage ce soir.
-Je n'en doute pas, répondit-elle en souriant, maintenant si vous voulez bien, je meurs de faim.
Il la regarda s'asseoir en tailleur sur le sol et prendre deux bananes, dont une qu'elle lui tendit. Il la prit simplement avant de la rejoindre. Et ils mangèrent, en silence chacun perdu dans ses doutes et ses pensées.
à suivre...
