John lui sourit à son tour : il savait qu'elle ne le lâcherait pas tant qu'il n'accepterait pas. C'est donc dans un soupir, il obtempéra. Il savait qu'avec cet orage, elle ne monterait pas avec lui, il ne posa même pas la question. Cameron le regarda monter et resta sur le canapé le reste de la nuit. Et quand Nick se réveilla, 3h plus tard, et alors qu'elle allait monter le chercher, John descendit avec lui dans ses bras. Sur le visage du poupon, des sillons luisants trahissant un torrent de larmes. Son petit corps tremblait de sanglots et John ne savait plus quoi faire pour le calmer.

J : « Je crois qu'il a faim. »

C : « Je vais lui faire son biberon. »

John n'essaya même pas de mettre Nick dans son couffin, par peur que les pleurs ne redoublent et tenta de le bercer encore et encore jusqu'à ce que Cameron arrive avec le biberon tant attendu. John s'assit calmement, essayant de se convaincre qu'une fois le biberon en bouche, Nick se tairait, et Cameron s'assit à coté. Une fois le bébé placé correctement, Cameron ne tarda pas et tendit le biberon tant convoité aux mains du bébé. Bientôt … le silence … pour le plus grand plaisir de John et le bien-être de ses oreilles.

J : « Il était temps … »

C : « Il pleure souvent … »

J : « Leur seule manière de communiquer. Quand j'en aurais un, je ferais en sorte qu'il ne pleure jamais comme ça … »

Cameron releva alors la tête vers John : quand il aura un enfant … Même à John, cette phrase parue bizarre.

J : « Dans le futur … est-ce que … est-ce que je suis marié ? » dit-il sans oser regarder la jeune fille

C : « Je n'ai pas le droit de te révéler ton futur. »

J : « Tu l'as déjà fait. »

C : « Je ne t'ai raconté que ce qui était nécessaire ; ces données-ci sont superflues. De plus, si je te révèle ton futur, il serait susceptible à changements. »

J : « Dis moi juste si je suis le stéréotype du leader : seul, cynique et blasé de la vie. »

C : « Tu n'as jamais été blasé de la vie. »

J : « Alors dis-moi … »

C : « Non. »

Sur ce, elle se leva précipitamment et monta les escaliers.

C : « Je vais m'habiller. »

John aurait aimé savoir … Qui ne le voudrait pas ? Il savait déjà tellement de choses sur le futur, pourquoi ne pas en savoir davantage ? Marié ? Veuf ? Père ? Ou était-il ce type de héros solitaire et taciturne, broyant du noir et ne vivant que les volets clos ? Deviendrait-il un asocial ne vivant que pour la Résistance ?

Il savait pertinemment que Cameron ne lui disait pas tout, elle lui mentait même parfois. Et si il découvrait qu'il était effectivement marié et père, en quoi cela changerait-il le futur ? Au contraire, pour lui, qu'il ait finalement une vie le conforterait dans son envie de vivre … A moins que Cameron veuille ne pas lui faire de peine en lui disant qu'effectivement, il était et resterait seul … toute sa vie.

C : « A ton tour. »

John, plongé dans ses pensées, n'avait pas entendu la jeune fille revenir. Il lui céda la place en lui collant le bébé dans le bras, ce dont elle se serait bien passée. Quand il disparu en haut des marches, Cameron s'assit confortablement dans le canapé et berça tendrement Nick, rassasié. Comme il en avait à présent l'habitude, il lui attrapa une mèche de cheveux avec laquelle il joua.

I just down from the Isle of Skye
I'm no very big but I'm awful shy

Tout juste sorti de la douche, John fixa son reflet dans le miroir : les traits tirés, les cernes lui creusant le visage … oui, il était fatigué … Il s'aspergea le visage d'eau glacé avant d'enfiler son T-shirt et son jean …

All the lassies shout as I walk by,
"Donald, Where's Your Trousers?"

Nick ferma doucement les yeux, occultant l'orage au dehors … tenant toujours la mèche de cheveux entre ses doigts, il fixait la jolie dame qui le berçait.

I went down to London town
To have a little fun in the underground

John ouvrit la porte de la salle de bain, la serviette humide sur ses cheveux, et se dirigea d'un pas las vers la chambre d'ami quand … il fut interpelé par une voix … sa voix … Il fronça les sourcils : ça ne pouvait pas … lentement il descendit les escaliers …

All the Ladies turned their heads around, saying,
"Donald, where's your trousers?"

Oui, il ne rêvait pas : Cameron berçait Nick en lui chantant une comptine … Elle chantait ? Encore une chose qu'il ne savait pas … Il s'approcha doucement et vit Nick endormi dans les bras de la jeune fille. Elle fredonnait une berceuse, il eut du mal à le croire … Il murmura alors :

J : « Cameron … »

Elle stoppa net et leva les yeux vers le jeune homme ; à ce moment très précis, quand leur regard se croisa, John aurait tout donné, tout abandonné, tout échangé pour que ce moment s'éternise encore. Et tandis que Nick dormait paisiblement dans les bras de Cam, John se pencha alors et déposa sur le front de cette dernière, un tendre baiser.

Comme s'il venait de se rendre compte de son geste, il se releva vivement, écarquillant les yeux.

J : « Je … je … vais déjeuner … »

Il se réfugia dans la cuisine, s'appuyant au bord de l'évier : mais qu'est ce qui lui avait pris ?!?

C : « John ? »

Il n'osa se retourner … Comment expliquer son geste alors que lui-même n'avait pas de réponse ?!? Il sentait le regard de Cameron sur lui …

C : « John … »

J : « Bon ! J'ai faim !! » la coupa-t-il « Tu veux quelque chose ? »

C : « Non. »

Après avoir rempli son bol de céréales, il s'assit à table, suivi de Cameron. Elle le regarda manger prestement, le nez plongé dans son bol, sans un regard pour elle.

J : « Je ne savais pas que tu chantais … » dit-il le nez toujours dans son bol

C : « Je l'ai apprise. »

J : « Par qui ? »

C : « Est-ce vraiment important ? »

John, surpris qu'elle ne lui réponde pas, tenta une autre approche.

J : « Comment as-tu su qu'il fallait la chanter à Nick pour le calmer ? »

C : « Je en comprends pas. »

J : « Tu l'as déjà fredonné à quelqu'un d'autre auparavant ? »

C : « Oui. »

Rongé par la curiosité, John aurait bien voulu tirer les vers du nez de Cameron, mais c'était aussi impossible que de croire qu'elle puisse un jour s'habiller en lapin !

J : « Tu ne m'en diras pas plus ? »

C : « Le devrais-je ? »

J : « Si je te le demande, tu me répondras ? »

C : « Essais toujours. »

J : « Tu la chantais à qui ? »

Cameron le fixa silencieusement … il fit de même, et alors qu'il pensait ne plus avoir de réponse …

C : « A toi. »

La réponse fut si subite et si … étonnante que John ne su quoi répondre. A lui ? Pourquoi lui chantait-elle une berceuse. D'un seul coup, des centaines de questions se bousculèrent dans sa tête.

C : « Tu ne manges pas ? Il faut que tu manges. »

J : « Oui, oui je vais … Pour moi ? Tu me chantais ça à moi ? »

C : « Tu aimes bien cette chanson. »

J : « Mais … »

Il ne savait plus quoi penser : il s'imaginait, dans le futur, Cameron lui chantonnant cette comptine et lui la tête sur ses genoux … c'était tellement surréaliste qu'il en doutait même.

J : « Cameron … »

Le téléphone sonna alors, John répondit :

J : « Maman, tout va bien ? Oui, oui nous aussi … Non, elle n'a tué personne … Oui maman, elle ne s'approche pas du bébé … Ok, à ce soir. »

C : « Sarah s'inquiétait ? »

J : « Comme toujours. »

C : « Tu lui as menti. »

J : « ? »

C : « Pour le bébé. Tu lui as menti, pourquoi ? »

J : « Parce que j'aurais eu droit à une litanie sur la responsabilité et le risque ect … Et je sais maintenant que Nick ne craint rien avec toi. »

Cameron sourit alors comme pour le remercier de lui faire confiance, John lui rendit son sourire. Elle débarrassa la table, aidée par John … Et alors qu'elle faisait la vaisselle, John laissa tomber les couverts dans l'eau, éclaboussant la jeune fille de mousse. Elle sursauta et fronça les sourcils : et si elle se demandait si c'était voulu ou une simple maladresse de la part de John, elle eut sa réponse en se tournant vers lui : il retenait mal un sourire.

J : « Désolé … Pas fait exprès. »

C : « Tu mens encore. »

J : « Moi ? Absolument pas ! C'est pas comme si je faisais ça … »

Il trempa ses doigts dans l'eau et arrosa la jeune fille. Elle le regarda alors : mort de rire qu'elle reste impassible, il continua, l'éclaboussant un peu plus à chaque fois. A présent le haut de la jeune fille était humide et celui de John sec … Pour y remédier, Cameron plongea sa main dans l'eau et alors qu'elle partait pour faire un geste qui aurait eu raison de l'intégrité du T-shirt de John, ce dernier la stoppa net :

J : « Oh non ! »

C : « Tu veux être le seul à jouer ? »

J : « Parce que si je joue contre toi, je sais que je vais perdre. »

John, dont la main était posée sur celle de Cameron dans l'eau, s'approcha doucement de la jeune fille.

J : « A moins que tu ne me laisses gagner … »

Et alors qu'ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, Cameron, d'un geste sec, retira sa main de l'eau, aspergeant John et son T-shirt. Fière de sa réussite, elle s'éloigna, John pestant que son T-shirt lui collait à la peau.

C : « Je vais chercher mon autre débardeur. »

Elle disparue derrière les portes de la buanderie, se trouvant à la cave, tandis que John enleva son T-shirt trempé.

J : « Elle m'a eut … »

Puis soudain la sonnette retentit ; John regarda par l'œil de bœuf et … un frisson lui parcouru la colonne vertébrale. Quand il ouvrit la porte, il n'en croyait toujours pas ses yeux :

J : « Riley ? »

suivre ….