Chapitre 10

Salle d'interrogatoire, 12ème District, 18h.

Derrière la vitre sans tain, alors que Castle s'était absenté pour répondre à un appel de Martha, Beckett et les gars, observaient les réactions de Lulu Weyburn, qui patientait, seule, dans la salle d'interrogatoire. Son ADN avait été prélevé, malgré ses objections initiales, et immédiatement transmis au laboratoire d'expertise scientifique. Etant donné l'heure déjà bien avancée, il faudrait sans doute attendre le lendemain matin pour avoir la preuve concrète, du moins ils l'espéraient, que cette femme était bien celle qui avait partagé les derniers instants de la vie de Victor dans la chambre 301. Elle s'était offusquée qu'on puisse prélever ainsi son ADN comme si elle était une vulgaire criminelle, mais les gars lui avaient clairement fait comprendre que ce serait le meilleur moyen de l'innocenter, et que de toute façon, ils obtiendraient un mandat pour effectuer ce prélèvement tôt ou tard. Elle avait fini par céder, se disant sans doute que coopérer jouerait en sa faveur, qu'elle ait ou non quelque chose à se reprocher.

Quelques minutes plus tôt, elle avait fait une arrivée très remarquée, escortée par Ryan et Esposito qui étaient allés la trouver sur son lieu de travail, dans les bureaux de « Sexy Dreams ». A peine avait-elle passé un pied hors de l'ascenseur que les regards de la gent masculine présente au poste s'étaient aussitôt posés sur les formes plantureuses de cette femme, joliment mises en valeur par la robe bleue au décolleté plongeant qu'elle arborait. Comme habituée à attirer l'attention, elle ne s'était pas souciée le moins du monde que les hommes la dévisagent ainsi, et, sans un regard vers eux, elle s'était contentée de se laisser entraîner vers la salle d'interrogatoire, le visage fermé, l'air soucieuse.

- Elle a dit quelque chose ? demanda Beckett à l'intention des gars, tout en scrutant la jeune femme, qui semblait un peu perdue.

- Non, pas grand-chose, répondit Ryan. Dauriac l'avait prévenue pour Victor. Et elle savait aussi qu'on allait venir l'interroger à cause de cette photo.

- Ils sont plutôt proches tous les deux, constata Kate.

- Oui, on se serre les coudes entre compatriotes, ajouta Ryan.

- Elle a dit qu'elle ne savait rien concernant la mort de Victor, et qu'elle ne l'avait pas vu depuis la soirée de jeudi, continua Esposito.

- Jeudi, c'est le jour où la photo a été enregistrée sur le téléphone, fit remarquer Kate.

- Oui. Elle a commencé par dire qu'elle ne voyait pas le rapport entre cette photo et ce qui était arrivé à Victor.

- Comme Dauriac en fait …

- Et puis elle a dû penser qu'il était préférable de se montrer coopérative, et nous a suivis sans souci, expliqua Esposito.

- Elle semble inquiète, constata Kate, observant le visage soucieux de Lulu Louise.

- Oui, plutôt … répondit Ryan.

- Mais est-ce que c'est parce qu'elle a empoisonné Victor, ou parce qu'elle a peur qu'on ne la croit coupable alors qu'elle est innocente ? se demanda Kate, comme si elle pensait à haute voix.

- Ou bien simplement parce que c'est la première fois qu'elle a affaire à des flics …, ajouta Ryan.

- En tout cas, elle est encore plus sexy qu'en photo, fit remarquer Esposito avec une petite mimique souriante en contemplant la jeune femme et son décolleté.

- Elle a de l'allure, oui, fit Ryan, observant lui-aussi leur suspecte avec un œil très masculin.

- De l'allure ? lui lança Eposito en le regardant d'un air ahuri, étonné par cette expression désuète.

- Oui … elle est …, reprit Ryan, cherchant le mot juste.

- Canon …

- Elégante …

- Hein ? fit Esposito, lui lançant un regard dérouté. Elle n'est pas élégante, elle est torride !

Alors que les gars commentaient à mots plus ou moins couverts le physique de Lulu Weyburn, Kate ne les écoutant que d'une oreille, observait la jeune femme, se disant qu'elle était effectivement vraiment jolie. Elle avait beau être extrêmement maquillée et apprêtée, elle devinait en elle une beauté simple, naturelle et innocente. Sa longue chevelure brune, vaporeuse, tombait avec légèreté sur ses épaules dénudées, accentuant la sensualité qui émanait d'elle. Ses yeux verts scrutaient la pièce avec appréhension, se portant sur le moindre élément à même d'attirer leur attention, avant, de temps en temps, tête baissée, de simplement fixer ses mains jointes sur la table. Kate remarqua que, de son pouce et son index, elle faisait machinalement tourner légèrement l'alliance qu'elle portait à la main gauche. Ce petit geste l'attendrit sans le vouloir, sans doute parce que c'était une des petites habitudes qu'elle avait elle-même adoptée. Quand elle s'inquiétait, ou qu'elle réfléchissait, ou bien que ses pensées divaguaient vers Rick, il lui arrivait, elle-aussi, de caresser du bout du doigt son alliance, et de s'amuser à la faire tourner. La femme qu'elle avait devant les yeux, malgré le peu qu'elle laissait entrevoir de ce qu'elle était pour l'instant, ne ressemblait pas à la libertine sûre d'elle, peut-être un peu dominatrice, qu'elle s'était imaginée. Certes, elle était sexy, aguicheuse dans son apparence, mais il se dégageait aussi d'elle une fragilité, qui à son sens, sautait aux yeux.

Quand Castle passa la porte de la salle d'observation, tout en rangeant son téléphone dans sa poche, Kate se tourna aussitôt vers lui.

- Tout va bien avec Martha ? s'enquit-elle tout de suite.

- Oui, oui, répondit-il avec un sourire. C'était juste pour nous prévenir qu'il y aura du monde au loft ce soir. Elle organise une soirée qi gong avec ses partenaires de scène …

- Du qi gong ? fit Ryan. Ça se mange ?

Castle le regarda d'un air complètement dépité.

- C'est un sport qui permet de lutter contre le stress, expliqua-t-il avec un petit sourire en coin à l'intention de Ryan.

- Allez, Castle, on va interroger notre suspecte, fit Kate en s'avançant vers la porte.

- On peut s'en charger, Beckett, si vous voulez, fit remarquer Esposito avec un petit sourire qui pointait sous son air sérieux.

- Oui, c'est vrai, ajouta Ryan, a priori très motivé pour cet interrogatoire.

Kate se retourna pour les dévisager tous les deux.

- Je viens de passer cinq minutes à vous entendre fantasmer devant cette fille, et son corps sublime, et vous voudriez que je vous laisse l'interroger, vous vous moquez de moi ?

- On est des professionnels …

- Oui, bien-sûr … quand ce ne sont pas vos hormones qui pensent à la place de votre cerveau, leur lança-t-elle avec un sourire.

- Pourquoi Castle il a le droit de l'interroger lui ? marmonna Ryan.

- Je suis son partenaire, moi, affirma fièrement Rick. Et j'ai été sage …

Il regarda les gars avec un petit sourire malin qui les fit grimacer plus encore.

- Tu parles …, grogna Esposito.

- Et quand on est marié avec une femme flic, on ne fantasme pas sur les suspectes … sinon, on est mort ! continua Castle.

- Ouais, tu parles …, grogna à son tour Ryan.

- Castle, tais-toi, donc ! lui asséna Kate avec fermeté. Et viens …

Elle disparut dans le couloir, et Rick se hâta de lui emboîter le pas, refermant la porte dans son dos. Mais avant d'entrer dans la salle d'interrogatoire, elle se retourna vers lui et le regarda avec son air sévère.

- Ne t'avise pas de laisser traîner tes yeux n'importe où, Castle, sinon …, l'avertit-elle, très sérieusement.

- Euh … oui …, répondit-il presque timidement. Tu sais bien qu'il n'y a que toi qui …

- Chut ! N'en rajoute pas non plus …, soupira-t-elle.

Il aimait la sentir jalouse. Il ne lui avait jamais laissé la possibilité d'avoir la moindre crainte, bien au contraire. Il ne regardait plus du tout les femmes de la même façon depuis qu'il était avec Kate, bien avant même qu'ils ne soient officiellement en couple. Mais il était un homme, et elle savait bien qu'elle ne pouvait empêcher qu'il ait de temps en temps l'œil distrait. De même qu'il n'était pas dupe quand le regard de sa muse croisait le corps athlétique d'un autre homme, et il ne manquait pas de s'en offusquer, ce qui l'amusait beaucoup. Elle en jouait, titillant volontairement sa jalousie. Et ça fonctionnait à merveille. Lui avait tout intérêt à ne pas en jouer, car Kate était réellement terrifiante. Il avait toujours su qu'elle était jalouse, même si elle essayait de le cacher. Et ce dès les premiers temps de leur collaboration d'ailleurs, alors même qu'ils n'étaient que partenaires. Elle se contentait de lui lancer des petites piques, et il voyait bien les airs qu'elle prenait quand une fille venait lui tourner autour, ou que lui-même montrait un trop grand intérêt pour une jolie femme. Déjà à l'époque, il adorait ça. Et le mariage n'avait rien changé, pour son plus grand bonheur. Elle était tellement attendrissante quand elle était jalouse. Il aimait ce petit côté possessif, qu'elle tentait de dissimuler bien souvent. Il aimait l'idée de lui appartenir, et rien ne le rendait plus heureux que de l'entendre lui chuchoter « Tu es à moi », comme elle le faisait parfois. Il était son homme, et il aimait croire que celle qui osait s'approcher de lui mettait réellement sa vie en danger.

Pendant ce temps-là, dans la salle d'interrogatoire …

Lulu savait que ces policiers qui étaient venus la chercher étaient certainement en train de l'observer derrière la vitre sans tain, guettant ses réactions. Elle ne connaissait que trop bien leurs méthodes, malheureusement. Des méthodes pas si différentes d'un pays à l'autre. Elle n'avait pas été surprise quand elle avait vu ces lieutenants débarquer au bureau parce que François l'avait prévenue. Il l'avait appelée, lui disant qu'il sortait tout juste du poste où on l'avait interrogé concernant la mort de Victor. Et il lui avait parlé de cette photo que la police avait retrouvée sur le téléphone portable de la victime. Elle avait compris qu'il n'avait eu d'autre choix que de révéler, bien entendu, que la femme au masque de libellule, c'était elle. Malgré tous ses défauts, François était quelqu'un d'honnête et de franc, qui n'irait pas mentir à la police pour ce genre de choses. Jamais il ne mettrait sa carrière en jeu, ni son entreprise, ni sa confrérie, symboles de sa réussite et de son ascension sociale. Il ne comprenait pas que la police veuille l'interroger, elle, juste pour cette photo qui était tout à fait banale à ses yeux. Il ne lui avait pas posé la moindre question d'ailleurs à ce sujet, tant le partage de photographies et vidéos était chose courante au sein de la confrérie. Il ne lui était, a priori, même pas venu à l'idée qu'elle puisse avoir réellement un lien avec la mort de Victor. Il s'était surtout inquiété du fait que l'enquête était bel et bien lancée, et que la police avait maintenant entre les mains la liste complète des membres de « Plaisir masqué ». Il ne savait pas s'il devait avertir tout le monde de ce qui était arrivé à Victor, et de l'investigation de la police, ou bien s'il valait mieux attendre de voir la tournure que prenaient les événements. Elle lui avait conseillé d'attendre avant d'alerter leurs confrères, expliquant que cela n'avait peut-être rien à voir avec eux, et qu'il était inutile de les affoler avant d'en savoir plus. Il redoutait également une enquête très poussée qui n'amène les flics à mettre leur nez dans des éléments n'ayant rien à voir avec Victor. Là encore, elle avait tenté d'apaiser ses craintes.

Maintenant, elle se retrouvait là, dans cette salle d'interrogatoire, avec l'impression d'être subitement plongée dans une de ces séries policières américaines qu'elle regardait assidûment quand elle vivait encore en France. Sauf que là, c'était la réalité. Et elle n'en menait pas large. Elle n'avait rien à se reprocher. Concernant Victor tout du moins. Elle n'avait aucun rapport avec tout ça, excepté le fait qu'il soit mort en lui faisant l'amour. C'était un détail, certes, mais pour les flics, ça allait prendre du sens. Et s'ils poussaient l'investigation un peu plus loin, jusqu'en France, son cauchemar allait recommencer. Elle risquait gros. Elle craignait la réaction de Brad quand il apprendrait qu'elle avait retrouvé seule Victor. Elle ne voulait pas lui faire de peine. Elle redoutait aussi les réactions des gens, de ses collègues et amis quand ils sauraient ce qui s'était passé. Et elle s'inquiétait aussi pour la confrérie. Ces flics ne lui avaient pas dit grand-chose en venant la chercher. Simplement qu'ils voulaient éclaircir certains points concernant sa relation avec Victor. Mais elle craignait qu'ils n'aient des éléments incriminant à son encontre, ou que quelqu'un l'ait vue à l'hôtel hier soir. Dans tous les cas, elle ne dirait rien tant qu'on ne lui aurait pas fourni une preuve concrète qu'elle se trouvait en compagnie de Victor au moment de sa mort.

Quand Kate et Rick entrèrent dans la salle d'interrogatoire, elle leva les yeux vers eux, et les observa, guettant leurs premiers mots.

- Madame Weyburn, je suis le Lieutenant Beckett, et voici Richard Castle, annonça Kate, alors qu'ils s'asseyaient tous deux face à elle.

La jeune femme se contenta d'acquiescer du regard, scrutant fébrilement les éléments du dossier que Kate venait de poser sur la table. Elle savait qui ils étaient. François lui avait parlé de ce couple d'enquêteurs. Il lui avait vanté les charmes de cette femme flic, et, ne reculant devant aucun défi, il avait bien l'intention de la convaincre de venir découvrir les plaisirs du libertinage. Elle lui avait fait gentiment remarquer qu'étant donné que cette flic menait l'enquête au sein de la confrérie, il y avait très peu de chance qu'elle finisse un jour par accepter. Mais François était persuadé de toujours réussir à obtenir ce qu'il voulait. En tout cas, il avait omis de mentionner que son mari était tout aussi séduisant.

- Vous comprenez bien l'anglais ? demanda d'abord Beckett, voulant s'assurer que la suspecte comprendrait les questions qu'on lui poserait.

- Oui, bien-sûr, répondit Lulu avec un charmant petit accent français, soutenant le regard de Castle qui la fixait.

Bizarrement, il ne la regardait pas réellement, du moins pas comme elle avait l'habitude que les hommes la regardent. Elle ne voyait pas dans ses yeux cette lueur de désir qu'elle observait généralement dans le regard de quasiment tous les hommes qui la contemplaient. Elle aimait faire cet effet-là à la gent masculine. Elle avait toujours aimé ça. Et même en étant marié avec Brad qu'elle aimait de tout son cœur, sentir le désir dans les yeux des hommes qu'ils fréquentaient au sein de la confrérie, ou bien tout simplement qu'ils étaient amenés à croiser au quotidien, la ravissait. Elle en avait même besoin. Et d'ailleurs Brad aimait qu'on la regarde ainsi. Les hommes, en général, cherchaient à attirer son regard, ses œillades, à voir naître son sourire. Mais cet homme, Richard Castle, posait sur elle un regard dénué de désir, et empreint d'une énigmatique neutralité, comme si son seul objectif était de lire le fond de ses pensées. Cet apparent désintérêt pour sa personne l'intrigua. Elle détestait plus que tout être transparente dans le regard des hommes. Il était inconcevable qu'un homme ne manifeste pas un signe de désir, d'envie ou au moins un minimum d'intérêt pour la femme qu'elle était. Cette indifférence l'agaçait, et la stimulait en même temps pour mettre en avant la séductrice qu'elle était. Après tout, autant donner à ces flics ce qu'ils devaient s'imaginer d'elle. Ainsi au moins, elle ne laisserait pas paraître ses inquiétudes.

- Vous savez pourquoi vous êtes ici ? continua Kate en ouvrant le dossier pour en sortir des photos et documents.

- Oui, répondit simplement Lulu, sans même jeter un œil vers Beckett.

Kate avait remarqué que, d'emblée, le regard de Lulu Weyburn s'était posé sur Castle, pour ne quasiment plus s'en détacher. Elle l'observait, avec ce petit air à la fois innocent et aguicheur, comme si les craintes qu'elle semblait avoir il y a quelques minutes encore, s'étaient évaporées d'un seul coup. Kate surveillait Rick du coin de l'œil, mais celui-ci restait étonnement impassible. Elle le connaissait bien. Il était plutôt faible devant les femmes, non pas qu'il se laissât charmer – il n'avait pas intérêt d'ailleurs – mais il aimait plaire lui-aussi, comme tout un chacun, et quand une jolie femme lui faisait du gringue, il adoptait parfois ce sourire béat qui avait le don de l'agacer au plus haut point. Pour l'instant, en tout cas, Rick se contentait d'observer très professionnellement leur suspecte, soit qu'il ait réellement eu peur de sa petite menace pré-interrogatoire, ce dont elle doutait vraiment, soit qu'au final son décolleté affriolant n'eut pas d'effet sur lui, ce dont elle doutait aussi.

- Nous avons retrouvé sur le téléphone de la victime cette photo, commença Beckett, en faisant glisser vers Lulu l'agrandissement de la photographie. C'est bien vous avec Victor ?

La jeune femme délaissa un instant la cible de ses regards aguicheurs pour se concentrer sur la photo.

- Oui. C'était jeudi dernier, lors d'une soirée organisée par la confrérie, expliqua-t-elle, regardant pour la première fois vraiment Beckett.

- Vous lui avez envoyé cette photo ? demanda Castle.

- Oui, répondit Lulu, reportant ses yeux sur lui, avec un léger sourire.

Rick avait immédiatement compris à quel petit jeu jouait cette femme. Etre la cible de ses attentions n'aurait pas été pour lui déplaire s'il n'avait pas eu pleinement conscience qu'elle aurait adressé les mêmes œillades et les mêmes sourires enjôleurs à n'importe quel homme à ce moment précis. Elle était l'alter-ego au masculin de Dauriac, en moins perverse a priori. Etant sa bonne amie et compatriote, elle avait dû discuter de l'affaire avec lui, et elle n'était sans doute pas sans savoir non plus que Beckett était sa femme, ce qui ne la dérangeait pas le moins du monde pour tenter de le charmer, de manière très subtile, certes, mais tout de même. Il se fit la réflexion qu'entre François Dauriac et Lulu Weyburn, ils étaient servis. Pensant à son ami Bob Weldon, il espérait que cette confrérie ne soit pas un repaire de tous les séducteurs compulsifs qu'il existât à New-York.

- Pourquoi lui avoir envoyé cette photo ? continua-t-il.

Tout le monde échange des photos ou des vidéos pendant ou après ces soirées. On les partage, on les diffuse … ça permet de faire durer le plaisir au-delà du simple orgasme … si vous voyez ce que je veux dire, Monsieur Castle, expliqua-t-elle d'un air suggestif.

- Euh … oui …, balbutia-t-il.

Il faillit répondre instinctivement à son sourire, mais la petite voix de la raison, une petite voix qui ressemblait beaucoup à celle de Kate, lui intima de rester de marbre. Cette femme était aussi sexy en vrai qu'en photo, mais c'est tout autre chose qui attirait son attention. Sans vraiment qu'il sache quoi précisément, au-delà même du fait qu'elle était leur principale suspecte, elle l'intriguait davantage pour l'histoire qu'elle semblait dissimuler que pour son joli minois. Et comme toujours, il fallait qu'il comprenne. Il réfléchissait donc, tout en observant ses réactions aux questions de Beckett. Elle avait eu l'air plutôt soucieuse et intimidée à première vue, mais en quelques secondes, c'était comme si la séductrice et la femme fatale qui étaient en elle avaient repris le dessus. Jouer ce rôle qu'elle maîtrisait à la perfection était-il un moyen pour elle de contrôler ses émotions ? Ou de mieux préserver ses secrets ? Ou bien était-ce le reflet de sa personnalité tout simplement ? Il se demandait si Lulu pouvait être la veuve noire qu'il soupçonnait. A première vue, malgré son apparente innocence, elle avait tout de la femme prête à tout pour attirer dans sa toile l'homme sur lequel elle avait jeté son dévolu.

- Madame Weyburn, reprit Kate plus sèchement, agacée par l'allusion sexuelle non dissimulées que Lulu venait de lancer à son mari. Quels rapports entreteniez-vous avec Victor ?

Il travaillait pour la confrérie. Et il faisait très bien ce pour quoi il était payé, si c'est ce que vous voulez savoir, répondit-t-elle un brin provocatrice, tant elle savait pertinemment que ce n'était certainement pas le but de la question.

- Ce qu'on veut savoir, c'est si vous avez couché avec lui, continua Kate, toujours aussi froidement.

- A votre avis ? lança-t-elle avec un petit sourire malicieux.

- On n'est pas là pour jouer aux devinettes, Madame Weybrun. Avez-vous couché avec lui ? insista Kate avec fermeté.

- Oui, sourit-elle, comme si elle en tirait une certaine fierté.

- Quand ? Et où ? enchaîna Beckett.

- La semaine dernière, la confrérie a organisé deux soirées. Et avec mon mari, Brad, on a fait connaissance avec Victor.

- Le contrat de Victor n'impliquait pas de relations sexuelles, pourtant, fit remarquer Castle.

- Nous sommes tous des adultes consentants … Victor y compris. Il n'a rien fait contre son gré, bien au contraire, assura-t-elle.

- Vous lui avez donné de l'argent lors de ces soirées pour qu'il dépasse … le cadre de son contrat ? demanda Kate.

- Non. Nous n'avons pas eu besoin de payer Victor, affirma Lulu. Vous savez ce que c'est, emportés dans le feu de l'action … et puis, Victor aimait le sexe. Comme tout le monde, non Lieutenant Beckett ?

Kate ne répondit rien, mais elle se demandait à quel jeu jouait cette femme. Une chose était sûre, elle aimait la provocation. Mais son attitude contrastait totalement avec ce qu'elle avait pu observer quelques minutes plus tôt, derrière la vitre sans tain. Son air soucieux, et la fragilité qu'elle avait décelée, avaient disparu pour laisser place à une assurance certaine. Dans l'état actuel des choses, elle aurait été bien incapable de dire si Lulu était ou non coupable. Jusque-là, en tout cas, elle avait eu l'air honnête dans ses réponses.

- Avez-vous vu Victor en dehors de ces deux soirées ? enchaîna Kate.

- Non, mentit-elle, avec aplomb.

Elle ne savait pas si les flics avaient autre chose en leur possession que cette photo pour la faire parler. Ils avaient relevé son ADN, oui, mais elle les savait capables de bluffer juste pour qu'elle avoue. S'il y avait une chance d'éviter qu'on sache qu'elle était dans cette chambre avec un homme, qui avait fini par mourir quasiment dans ses bras, elle la prendrait. Elle savait bien que ce mensonge pourrait lui nuire par la suite, mais elle avait trop à perdre en avouant si les flics n'avaient rien de plus contre elle. Elle était joueuse. Elle préférait prendre le risque.

- Vous n'étiez pas hier soir au Belleclaire Hôtel ? insista Castle, en la dévisageant.

- Hier ? Bien-sûr que non, je suis mariée, Monsieur Castle, répondit-elle, sans hésitation, en soutenant son regard.

Kate sentit tout de suite que quelque chose clochait. Elle avait l'habitude des menteurs, bien-sûr, et savait déceler les petits signes qui la plupart du temps ne trompaient pas. Soit Lulu cachait quelque chose, soit elle mentait, mais Kate avait le sentiment qu'elle en faisait un peu trop. Un peu trop dans sa façon de s'afficher tantôt comme une séductrice sûre d'elle, tantôt comme une femme mariée totalement fidèle.

- Ça ne vous empêche pas de tenter de séduire d'autres hommes, fit remarquer Kate sèchement, pensant aux regards qu'elle adressait à Castle.

- La séduction est un des petits plaisirs de la vie. Cela ne cause de tort à personne, répondit-elle avec un sourire ironique, adressé à Beckett, comme si elle s'amusait de faire de l'œil à son mari devant elle.

- Vous avez essayé de séduire Victor ? demanda Castle.

- Le séduire ? Non. Le but n'est pas de séduire lors de ces soirées, mais de donner et prendre du plaisir.

- Vous certifiez donc ne jamais avoir vu Victor en dehors des soirées de « Plaisir masqué » ?

- Non. Jamais, réaffirma-t-elle avec conviction.

- Où étiez-vous hier soir entre vingt heures et minuit ? enchaîna Beckett, pressée d'en venir aux faits.

Elle sentait que, coupable ou non, Lulu n'était pas décidée à leur faciliter la tâche, et ne dirait rien sans y être contrainte.

- Chez moi, répondit-elle banalement.

- Quelqu'un peut en témoigner ? demanda aussitôt Kate.

- Mon mari est en déplacement professionnel. J'étais seule, expliqua-t-elle, tout simplement.

- Et hier après-midi ? enchaîna Castle.

- Je travaillais. J'étais au bureau.

- Jusqu'à quelle heure ?

- Seize heures. Pourquoi ? Vous pensez que j'ai tué Victor ? leur fit-elle, les dévisageant tour à tour, comme si elle peinait à croire qu'on puisse s'imaginer une telle chose.

- Vous ne l'avez pas tué ? répondit Castle aussitôt.

- Bien-sûr que non ! s'offusqua-t-elle. Pourquoi l'aurais-je tué ?

- Dites-le nous justement.

- Je n'ai pas tué Victor, affirma-t-elle.

- Vous travaillez pour « Sexy Dreams ». Que faites-vous exactement ? demanda Beckett.

- Je conçois des jouets sexy … et divers produits érotiques, répondit Lulu, avec un sourire.

- Des jouets sexy …, fit Rick, songeant très sérieusement, à la façon dont un jouet pourrait être utilisé comme vecteur de poison.

- Oui …, vous savez, ces petites choses très utiles pour donner du piment au sexe, et prendre du plaisir en s'amusant, répondit-elle, regardant Castle avec un petit air coquin.

- Merci, on voit de quoi il s'agit, répondit Kate.

- Vous devriez consulter nos catalogues, Monsieur Castle …, vous trouveriez certainement le jouet idéal pour satisfaire votre épouse, lui fit Lulu, avec un petit sourire aguicheur.

- J'ai des jouets très efficaces que ma femme adore, répondit Rick, agitant ses mains pour montrer qu'elles étaient bien plus utiles que tous les produits de « Sexy Dreams ».

Kate ne put se retenir d'esquisser un léger sourire, songeant au pouvoir des mains de Rick sur son corps.

- Madame Weyburn, avez-vous dans votre catalogue des produits qui se dégustent ? demanda Beckett, songeant à la poudre d'Aconit Napel qu'on aurait pu faire ingérer à la victime en la faisant passer pour autre chose.

- Oui, bien-sûr.

- Des poudres ? demanda Castle, qui avait compris où voulait en venir sa muse avec sa question.

- Oui, de la poudre gourmande, aux différentes saveurs. Fraise, banane, poire … et même à la carotte, ma préférée, expliqua Lulu, qui ignorait la façon dont Victor avait été tué.

- A la carotte ? s'étonna Castle.

- Oui, c'est peu connu, mais la carotte peut avoir un pouvoir aphrodisiaque absolument génial …, sourit-elle.

- Comment utilise-t-on ces poudres ? demanda Beckett.

- Comme bon vous semble, Lieutenant. Il n'y pas de limite. Saupoudrer, étaler, lécher …, expliqua Lulu, appuyant volontairement sur chacun des mots qu'elle prononçait.

- Vous faites profiter les membres de la confrérie de vos produits ?

- Oui. Des coffrets sont offerts, et mis à la disposition de tout le monde lors des soirées que nous organisons.

- Que contiennent exactement es coffrets ?

- Un peu de tout … Des poudres, des jouets, des pilules aussi …

- Des pilules ? sembla s'étonner Rick.

- Oui … des petites pilules bleues pour booster le désir de ces messieurs, sourit Lulu, en fixant le regard de Castle. Vous savez, nos membres ont plus de quarante ans … ils ont parfois besoin de quelques stimulants …

Castle fit une petite moue, se disant que décidément, cela faisait deux fois aujourd'hui que la quarantaine semblait être source de problèmes sexuels. De nouveau, Kate sourit légèrement en voyant la mine songeuse de son mari.

- Et ces coffrets sont accessibles à tout le monde ? demanda Beckett.

- Oui.

Kate lança un regard à Rick, alors qu'ils se faisaient intérieurement la même réflexion. La poudre contenue dans ces coffrets avait pu être remplacée, et servir à empoisonner Victor, ce qui achevait de compliquer les choses. Le coupable pouvait très bien s'être contenté d'intervertir les poudres, sans avoir administré lui-même la poudre fatale. Quant à Lulu Weyburn, elle pouvait aussi avoir utilisé un de ses propres coffrets, même si elle niait toujours avoir revu Victor.

- Vous possédez des talons aiguilles rouges ? demanda Beckett.

- Pourquoi ? demanda Lulu, réalisant que les flics connaissaient quelques petits détails incriminant.

- Répondez, lui fit sèchement Kate.

- Oui, comme quasiment toutes les femmes qui fréquentent « Plaisir masqué ». Les talons, et le rouge … rien de plus efficace pour exciter un homme, expliqua-t-elle avec un sourire.

- Madame Weyburn, un témoin a vu une femme entrer dans cette chambre hier soir. Et c'était vous.

- Ce n'était pas moi ! Toutes les femmes de la confrérie ont accès à ces chambres.

- Mais vous êtes la seule dont Victor avait la photo sur son téléphone, constata Beckett.

- Une photo qu'il avait enregistrée, et voulu conserver, ajouta Castle. Ce qui montre que vous entreteniez une relation particulière avec lui.

- Et vous n'avez pas d'alibi.

Kate vit le regard de Lulu se voiler d'inquiétude le temps d'un instant, comme si cette succession de constats évidents l'avait déstabilisée. Ses sourires charmeurs avaient disparu, de même que ses regards envoûtants à l'égard de Castle. Elle cherchait probablement une solution, un moyen d'échapper aux questions, de démontrer qu'elle n'avait rien à voir avec tout ça. Elle reprit néanmoins très vite une contenance, mais il était trop tard, Kate avait perçu la faille.

- Si vous n'avez rien de plus que cette photo, je crois qu'on en a fini, affirma sèchement Lulu en se levant.

Elle ne voulait pas faire se prolonger cet interrogatoire. Visiblement, les flics n'avaient rien de concret, mais les questions se faisaient de plus en plus précises, et elle sentait bien qu'ils n'étaient pas dupes. Elle prenait conscience qu'ils ne cherchaient pas juste à savoir si elle se trouvait bien dans la chambre 301 hier soir, mais également si elle avait tué Victor. Elle était leur suspecte principale, à cause d'une photographie qu'elle avait eu le malheur d'envoyer à Victor. C'était simplement pour lui rappeler le bon moment qu'il avait passé avec elle, et lui donner envie de recommencer, juste tous les deux. Et si ça continuait comme ça, elle allait se retrouver accusée de meurtre, et les flics allaient approfondir leur investigation, passer sa vie privée au peigne fin, son passé, les activités de la confrérie. Ce lieutenant Beckett avait l'air tenace, et la regardait plutôt froidement. Certes, elle avait lancé des regards charmeurs à son mari, et il y avait de quoi être agacée. C'était le but d'ailleurs : autant que de séduire les hommes, elle aimait rendre leurs femmes jalouses. Mais Lulu sentait aussi que le lieutenant Beckett était le genre de flic déterminé à ne rien lâcher tant qu'elle n'avait pas entendu les réponses qu'elle voulait entendre.

- Non, nous n'en avons pas fini, lui asséna Beckett avec autorité. Asseyez-vous, Madame Weyburn.

Elle obéit, laissant échapper un soupir de lassitude, et joignit ses mains sur la table, attendant la question suivante. Kate la vit recommencer à faire tourner légèrement son alliance autour de son doigt. Ce petit geste, instinctif, mais aussi rassurant pour elle, montrait que la séductrice, libertine et sûre d'elle, s'était effacée pour laisser apparaître la femme, tout simplement, avec ses inquiétudes et sa fragilité. Ce qui signifiait qu'il fallait continuer de creuser.

- Vous n'irez nulle part tant que nous n'aurons pas les résultats des analyses ADN, reprit Kate. Nous avons retrouvé des cheveux féminins dans le lit de Victor. Bruns, comme les votre. Si vous étiez dans cette chambre, les analyses seront formelles.

- Je n'étais pas dans cette chambre, affirma-t-elle, triturant toujours son alliance.

- Vous mentez ! lui lança Kate sèchement. Vous étiez dans cette chambre hier soir quand Victor est mort.

- Et l'ADN le prouvera … Vous avez tout intérêt à avouer avant que la science ne le fasse pour vous, Madame Weyburn, fit remarquer Castle.

Lulu ne répondit rien. Ils n'avaient pas l'air de mentir concernant cette histoire de cheveux. Elle avait pris soin de récupérer le préservatif, et de ramasser quelques cheveux épars, mais avec Victor, ils s'en étaient donnés à cœur joie dans ce lit. Il n'était pas impossible que les flics aient trouvé des cheveux. Elle sentit la panique la gagner, sachant pertinemment que son cauchemar allait recommencer. L'angoisse lui serra le ventre, et des larmes lui montèrent aux yeux, qu'elle refoula aussitôt, baissant dans le même temps la tête pour regarder ses mains. Ils avaient raison. Il fallait qu'elle dise la vérité. De toute façon, ils allaient la découvrir tôt ou tard, et plus elle allait continuer de mentir, plus ils allaient la croire coupable.

- Madame Weyburn …, insista Kate, d'une voix plus douce, sentant qu'elle était sur le point de craquer.

- Oui, j'étais avec Victor à l'hôtel. Mais je ne l'ai pas tué …, je ne lui ai rien fait …

Castle et Beckett se lancèrent un petit regard satisfait. Mais rien n'était gagné. Que Lulu se soit trouvé avec Victor au moment de sa mort ne faisait pas d'elle son assassin, le poison lui ayant été administré plus tôt dans l'après-midi.

- Que s'est-il passé ? demanda Castle.

- Je ne sais même pas vraiment ce qui s'est passé …, on faisait l'amour … tout à fait normalement, expliqua-t-elle, le visage fermé, les regardant l'un et l'autre avec inquiétude. Et puis tout à coup, il a eu du mal à respirer. Et il ne me répondait plus. Il est tombé. Il était mort.

- D'autres éléments étranges avant qu'il ne meure ? demanda Kate.

- Il avait des démangeaisons. Il disait que ce n'était sûrement rien, une allergie peut-être.

- A quelle heure avez-vous retrouvé Victor à l'hôtel ?

Ils écoutèrent Lulu leur expliquer le déroulement de sa soirée avec Victor. Elle avait rejoint le jeune homme à l'hôtel, après avoir quitté son bureau, sans pouvoir dire précisément à quelle heure elle l'avait retrouvée. Il l'attendait comme prévu dans la ruelle où se trouvait l'accès du personnel. Ils étaient montés dans la chambre ensemble, lui entrant le premier. La suite, ils la connaissaient déjà. Elle n'avait pas appelé les secours, et avait cherché à masquer les traces de sa présence, par peur qu'on découvre, et son mari en particulier, qu'elle couchait avec un autre homme par peur également qu'on l'accuse de l'avoir tué, volontairement ou non d'ailleurs.

- Pourquoi être allée retrouver Victor seule ? Vous l'aimiez ?

- Non. Je le connaissais à peine.

- Alors pourquoi ? insista Beckett.

- Pour le sexe, rien d'autre …, avoua-t-elle, comme une évidence.

- Et combien vous l'avez payé pour qu'il accepte ? demanda Castle.

- Trois cent dollars …

- Trois cent dollars pour la soirée ? s'étonna Castle, l'air sidéré par l'ampleur de ce chiffre.

- Pour la fin d'après-midi, la soirée et la nuit … Il en valait le coup, ajouta-t-elle, avec un léger sourire.

- Vous étiez jalouse que Victor ne couche pas qu'avec vous ? demanda Kate, tentant de mieux cerner la relation qui unissait Lulu et leur victime.

- Non, mentit-elle. Ce n'était que sexuel. Je ne l'ai pas tué. Pourquoi l'aurais-je tué ?

- Il voulait peut-être vous dénoncer, suggéra Castle, en la fixant dans les yeux.

- Me dénoncer ? A qui ? Si vous pensez que je suis la seule au sein de la confrérie à payer pour du sexe …

- Et si votre mari l'avait su ? continua Beckett. Si Victor vous avait demandé plus d'argent menaçant de tout dire ?

Lulu ne répondit rien, comme si elle-même était consciente qu'elle pouvait avoir un mobile. Beckett enchaîna alors les questions concernant le poison, l'Aconit Napel, histoire de tester les réactions de Lulu, qui expliqua n'avoir jamais entendu parler de cette plante.

- Madame Weyburn …. Vous nous avez menti en niant avoir été au Belleclaire Hôtel hier. Vous avez attiré Victor, l'amenant à déroger aux règles de son contrat. Vous l'avez payé pour qu'il couche avec vous, ce qui s'apparente à de la prostitution. Vous avez fui la scène de crime, emportant des preuves avec vous …, énuméra Kate comme autant d'évidences.

- Mais je ne l'ai pas tué !

- Pour l'instant, tout prouve le contraire.

- Je veux un avocat. Et prévenir mon mari.

Lulu Weyburn venait de prononcer la phrase fatidique. Ils ne pouvaient continuer à l'interroger. De toute façon, sans davantage d'éléments à charge, sans connaître avec précision le moment où Victor avait été empoisonné, sans avoir établi une preuve du mobile, ils n'obtiendraient rien de plus. Dans tous les cas, elle allait passer quelques heures en garde-à-vue dans l'attente des résultats ADN, et de l'arrivée de son avocat. Ils allaient pouvoir obtenir un mandat pour perquisitionner chez elle en quête du fameux poison ou de tout autre élément à même de l'incriminer. Mais pas avant le lendemain matin.