Chapitre IX : Explications

La date de notre exposé oral approchait à grands pas, à mon plus grand effroi. Elisa partageait mon angoisse et cela me soulageait un peu car je ne souhaitais pas parler de mes peurs à Edward. Je ne m'imaginais pas lui avouer ma frayeur de passer un oral devant un amphithéâtre plein d'étudiants, quand je faisais face avec courage à une armée de vampire bien décidés à nous massacrer. Je reconnaissais moi-même que mes craintes étaient ridicules, mais celle que j'étais devenue gardait une part de celle que j'étais avant, et ma peur de parler en public en faisait partie. Et malheureusement, plus les jours passaient et plus j'avais de mal à contenir mon appréhension. J'évacuais mes angoisses en présence de mon amie mais nous ne faisions que nous communiquer notre stresse.

Et ce fut avec un trac à peine dissimulée que je m'avançai vers l'estrade le jeudi matin. Ma respiration s'était accélérée et si mon cœur en avait encore la possibilité il aurait battu la chamade, comme celui d'Elisa à mes côtés. La panique me cloua sur place une fois face aux gradins de l'amphithéâtre. Mon regard fit un rapide tour d'horizon et je constatais que j'étais le centre de toutes les attentions. Ce n'était pas un délire égocentrique de ma part, non, j'étais véritablement le centre de toutes les attentions. Je pouvais le voir, ou plutôt l'entendre. J'aurais encore préférée ne rien savoir des petites conversations privées qui se tenaient face à moi. Une bande de filles au cinquième rang critiquaient ma tenue, un pantalon gris et un chemisier en coton. Les garçons étaient plus partagés et je leur faisais globalement bonne impression. Il en était tout autrement d'Elisa qui perdait de plus en plus contenance à mes côtés. Je lui jetais un rapide coup d'œil tandis que nous prenions place derrière le bureau. Ses mains étaient si moites que les fiches qu'elle tenait commençaient à gondoler. Elle leva vers moi un regard implorant et me chuchota :

- Je suis morte de trouille, comment fais-tu pour être aussi décontractée ?

Je n'eu pas le temps de lui demander ce qu'elle entendait par là car le professeur Taylor assise au premier rang, se manifesta, coupant cours à la plainte murmurée d'Elisa.

- Si vous êtres prêtes mesdemoiselles, vous pouvez commencer.

Elisa était chargée de l'introduction et elle prit la parole avec difficulté. Dans la salle, des reproches commençaient à se faire entendre et Mrs Taylor du l'interrompre pour lui demander de reprendre plus fort. Elisa qui s'était littéralement noyée dans ses notes pour ne pas faire face aux visages des étudiants fut désarçonnée par ce commentaire. Elle reprit son paragraphe un demi ton au dessus, à peine plus audible. Je perçu un certain agacement chez notre professeur de littérature qui se permit un léger soupir avant de baisser la tête et de commencer à faire des annotations sur une feuille. Nous savions très bien que notre performance orale compterait pour un tiers dans notre note finale, et vu comment les choses débutaient, nous faisions déjà mauvaise impression. Je regrettais à ce moment que Jasper ne puisse être présent pour insuffler à ma camarade un peu d'assurance. Elle était brillante et j'aurais voulu que la note de cet exposé lui rende justice. La seule chose que je pouvais faire était d'essayer de rattraper un peu notre présentation.

Elisa termina péniblement son introduction et j'enchainais immédiatement, essayent d'insuffler un peu d'entrain à notre prestation. Aussitôt le professeur Taylor releva la tête, le stylo en suspend au dessus du papier. Elle laissa de côté les commentaires qu'elle établissait et prêta toute son attention à mes paroles. Dans la salle le bruit des conversations, bien qu'il fût très discret pour des oreilles humaines, était devenu pratiquement inexistant. De temps à autre j'entendais un compliment sur mon aisance à l'oral. J'avais tellement relu mes fiches que les mots venaient sans que j'ai à les chercher, et je pouvais concentrer mon attention sur autre chose. Je modulais mes intonations pour donner de la nuance à ma voix et ainsi rendre mon discours moins monocorde, ce qui s'en ressentait sur mon auditoire qui sembla tout à coup moins endormi. Je pouvais maintenant regarder en face tous ces visages qui m'observaient sans éprouver aucune gêne. Je gardais une partie de mes sens concentrés sur celle qui se tenait à mes côtés, pour savoir si elle tenait toujours le coup. Etrangement quand j'eu finit ma partie et que je me tournais vers Elisa, elle me dévisageait d'un air à la fois incrédule et émerveillé. En tout cas son rythme cardiaque avait reprit une cadence moins inquiétante. Je lui souris, l'encourageant ainsi à poursuivre, et elle sembla sortir de son hébétude. Elle reprit ses notes mais cette fois son ton était beaucoup plus posé. Sa voix ne tremblait plus et elle ne mangeait plus ses mots. Elle osa même une ou deux fois quelques coups d'œil à l'auditoire. Elle semblait avoir reprit contenance et je perçu un sourire prometteur sur le visage de notre enseignante.

Nous enchainâmes les parties de notre exposé avec de plus en plus de confiance. Ce ne fut qu'en énonçant la conclusion de notre travail que je remarquais le sourire en coin que j'aimais tant, au fond de la salle, près de la porte de derrière. Etait-il là depuis longtemps ? Avait-il tout suivie où venait il d'entrer discrètement ? Il remarqua mon étonnement quand je l'aperçu et son sourire s'étira d'avantage. Je dû concentrer mon esprit pour m'arracher de ma surprise et plongeais le regard sur mes notes. Quand je levai à nouveau les yeux il ne me sembla pas que quiconque d'autre au perçu ma confusion. Jusqu'au dernier mot je me refusais de regarder à nouveau le fond de la salle, par peur d'être déconcentrée.

Une fois la dernière phrase prononcée je m'autorisais un léger soupire de soulagement et cherchais des yeux mon Adonis, toujours assis au dernier rang. Cependant ce ne fut qu'un bref coup d'œil car je senti Elisa s'agiter à coté de moi. Elle se tordait les mains avec angoisse en observant notre professeur qui annotait notre travail. Puis elle leva la tête, regarda sa montre, et avec un soupire annonça la fin du cours.

- Nous allons nous arrêter là. Pour la prochaine fois n'oubliez pas de relire le passage concerné par le prochain exposé. Bonne semaine a tous.

Les étudiants de levèrent et se dirigèrent lentement vers la sortie tout en discutant. Mrs Taylor avait ramassé ses papiers et regagnait son bureau sur l'estrade. Elisa et moi étions toujours plantées là, dans l'attente de notre note. Je jetai un rapide coup d'œil au dernier rang mais Edward avait disparu. Il était surement déjà sorti. Me retournant vers mon amie je me rendis compte qu'elle s'était approchée du bureau et attendais nerveusement un commentaire. Cette dernière finit par ouvrir la bouche pour statuer de notre sort.

- Mesdemoiselles vous avez fourni un travail très sérieux. Vous avez vraiment bien cerné les enjeux de ce texte, et pour une première année universitaire, je suis plus que contente de votre travail.

Elisa étouffa une exclamation avant d'afficher un air réjouit.

- Pour ce qui concerne votre expression orale …

J'avais peur que nos débuts désastreux jouent en notre défaveur.

- Eh bien, continua-t-elle, c'était tout à fait honorable. Surtout vous, mademoiselle Cullen. Vous avez un talent naturel pour les prestations orales. Songez-vous à une carrière de professeur ?

Sa remarque sur mon « aisance naturelle » à l'oral aurait pu me faire rire si la question qui suivait ne m'avait pas autant déstabilisée. Je ne m'étais jamais posée de questions sur l'aboutissement de mes études et je n'étais pas vraiment certaine d'être en mesure de me les poser. Je ne pouvais plus envisager le futur comme une personne normale.

- Non madame, en fait je cherche encore ma voie … éludai-je, les yeux rivés au sol.

- Bien, dans ce cas, si vous avez besoin de conseils ou d'informations, n'hésitez pas à venir me voir, toutes les deux, précisa-t-elle. Vous me semblez des étudiantes très prometteuses.

Elle avait rangé ses affaires dans son sac en cuire et descendit de l'estrade après nous avoir gratifié d'un sourire. Elisa se tourna vers moi, rosie par les compliments qu'elle venait de recevoir. Je pouvais sentir la chaleur émaner de ses joues où le sang s'était accumulé. Durant une fraction de seconde mes sens furent à l'affut de ce liquide si parfumé. Je pouvais entendre les douces pulsations dans les veines de son cou, comme une mélodie hypnotique, et il me fallu m'infliger une gifle mentale pour parvenir à détacher mon regard de sa gorge. Heureusement il restait un petit groupe d'étudiants dans la salle, au pied de l'estrade. Je me concentrai sur leurs voix et parvins à retrouver contenance.

- Bon, si nous y allions, décida Elisa. Je pense que nous avons bien mérité de déjeuner…

Elle n'avait rien remarqué de mon trouble et j'en profitais pour agir comme si de rien était, même si le venin avait déjà envahi mon palais.

- Oui, tu as raison, répondis-je. Je le pense aussi …

Je n'avais pas vraiment prêté attention au groupe qui se trouvait encore là et nous dûmes nous arrêter en bas des marches de l'estrade car ils bloquaient le passage.

Ils étaient cinq. Cinq garçons taillés pour le sport, aussi bien au niveau des muscles que de la carrure. Le genre de personnes qu'on évite quand ils se trouvent en bande et qu'on aurait sans doute laissé passer en premier dans un couloir étroit. Je remarquais immédiatement leurs coiffures impeccables, relevées au gel, leurs sourires tout droit sortis d'une pub pour dentifrice, et leurs tenues soigneusement étudiées pour avoir l'air cool et branchées. Une vraie meute de gendres idéaux adulés par toutes les filles. Et visiblement cette « meute » avait un chef puisque l'un deux, peut-être le plus séduisant, s'approcha de nous dans le peu d'espace qui nous restait. Je n'appréciais pas cette proximité. L'air était devenu irrespirable avec les effluves capiteuses de leur eau de toilette de luxe.

- Pas mal du tout votre exposé, nous félicita-t-il avec le sourire de marque qui s'imposait.

- Merci, répondis-je, polie mais froide.

Il ne sembla pourtant pas remarquer la nuance dans ma voix et m'emboita le pas tandis que je quittais la salle en poussant Elisa pour qu'elle me précède.

- Tu es une Cullen ? lança-t-il alors que j'allais passer le pas de la porte.

Je me figeais sur place. Je n'avais pas aimé son ton car bien qu'il présentait toutes les apparences d'une remarque anodine, je cru percevoir une nuance d'irritation. Je lui fis face avec tout le calme dont je disposai. Il m'énervait mais je ne devais pas déclencher une querelle. J'avais encore peur de me laisser emporter par mes émotions et d'accomplir sans le vouloir des actes … qui dépassait les capacités d'une fille de mon acabit.

- Oui, en effet. Mais j'ai aussi un prénom, c'est Bella, et tu peux t'en servir si tu n'aime pas mon nom de famille !

Celle-là je n'avais pas pu la retenir. Je n'aurais sans doute pas dû… Il s'embla déstabilisé un moment, avant de reprendre contenance et d'afficher à nouveau son impeccable dentition. Apparemment il n'avait pas l'habitude de déclencher ce genre de réactions défensives chez la gente féminine.

- Tu es de la même famille qu'Emmet Cullen ? Continua-t-il comme si de rien était.

Je ne m'étais pas attendu à cette question et ce fut surement avec un air un peu niais que je répondis par l'affirmative.

- Nous sommes dans l'équipe de football, expliqua-t-il en désignant le groupe derrière lui. Emmet était un bon joueur, on se demandait pourquoi il était parti ….

Moi aussi, et ma gorge se serra en y repensant.

- Enfin, continua-t-il, on ne le regrette pas vraiment. Il se la jouait trop perso … un type seul ne peut pas s'attirer tous les mérites en espérant se faire des amis.

Il commençait sérieusement à me taper sur le système même si je voyais où il voulait en venir. Ces types devaient être les coqueluches de leur lycée grâce à leurs performances sportives, mais entrer dans l'équipe universitaire aux coté d'Emmet avait sérieusement dû leur faire de l'ombre.

Cependant que je tentais de garder mon calme, la masse de muscle devant moi semblait ne pas avoir finit sa tirade.

- Et il y a aussi le si charmant et mystérieux Edward Cullen, ironisa-t-il.

Cette fois encore je me trouvais désemparée, que voulait-il ?

- C'est le prince du département de médecine, continua-t-il… Toutes les filles tombent à ses pieds et les profs ne tarissent pas d'éloges sur son compte. Ma sœur est aussi en première année de médecine, et à l'entendre elle n'a d'yeux que pour Cullen C'est vrai qu'il semble talentueux, un peu trop peut-être…

Je sentais poindre la menace dans ses insinuations.

- C'est étonnant quand on y pense, comment une famille peut réunir autant de génies … C'est vrai, chacun excelle dans son domaine : Emmet dans le sport, Edward dans les sciences … et après l'exposé de ce matin, je remarque que tu n'es pas en reste non plus. Je ne pensais pas que quelqu'un réussirait à arracher un sourire à Taylor.

C'était pire que je le craignais … il était soupçonneux envers notre famille.

- Explique-moi qui parmi nous te pose un problème : Emmet, Edward ou moi ? Lui répliquai-je avec sèchement.

Ma question sembla l'amuser car ses lèvres s'étirèrent en un sourire séducteur.

- Mais tu ne me pose aucun problème, Bella, vraiment aucun …

Il avait fait un pas vers moi dans un geste engagent auquel j'avais répondu en reculant d'un pas vers la sortie.

- Quand à Emmet, reprit-il, ce n'est plus problème puisqu'il est parti. Non, en réalité c'est plutôt ce cher Edward qui me cause du souci.

Je ne voyais pas vraiment en quoi un étudient du département de médecine pouvait lui faire de l'ombre. Cependant le ton calme et posé de sa voix ne me trompait pas sur la portée réelle de ses paroles.

- Vois-tu il semblerait qu'il attire sur lui tous les regards et ma sœur c'est entichée de lui.

Ses propres mots lui arrachèrent un rictus qui montrait à quel point cette idée lui déplaisait.

- Bref, elle est brillante et n'a pas besoin d'une amourette lors de sa première année de fac. Je souhaiterais donc qu'Edward reste éloigné d'elle …

- Pourquoi, le coupai-je, il a tenté quelque chose envers elle ?

- Non, je ne crois pas … hésita-t-il face à la soudaineté de mon intervention. Mais je sais que beaucoup de garçons lui tournent autours, donc …

Intérieurement je trouvais la situation très drôle : ce grand gaillard venait me voir pour que j'avertisse Edward de ne pas s'approcher de sa sœur. Finalement il manquait de cran, contrairement à ce que son apparente décontraction laissait croire.

Visiblement il n'y avait pas que pour moi que cette situation paraissait ridicule car Elisa pouffa de rire avant de se reprendre devant le regard de reproche de mon interlocuteur.

- Que trouve tu si drôle ? Lui demanda-t-il de manière hautaine.

Elisa paru soudain gênée et répondit d'une voix timide :

- Je ne vois pas pourquoi il s'intéresserait à ta sœur puisqu'il est déjà marié.

Le grand costaud la regarda comme si elle venait de prononcer des paroles qui révélaient chez elle un trouble psychologique, et derrière lui la bande semblait dubitative. Cette conversation commençait à me lasser et je décidais d'en finir.

- Effectivement il est marié et donc je doute qu'il tourne autour de ta sœur. Mais si c'est effectivement le cas je peux t'assurer que c'est d'abord à moi qu'il devrait rendre des comptes !

Cette remarque déclencha un rire étouffé à quelques mètres de là. Je ne pouvais le voir mais je me doutais qu'il se tenait dans le tournant du couloir. Personne ne semblait l'avoir entendu en dehors de moi mais je n'attendais pas de vérifier leurs réactions. Je filais dans le couloir avant de me rappeler que j'étais sensée manger avec Elisa. Je me stoppai quelques mètres plus loin et l'interpellai

- Elisa, tu veux toujours que nous déjeunions ensemble?

- OUI, oui j'arrive, répondit-t-elle avec précipitation avant de s'engager à ma suite.

Comme je l'avais prévu Edward nous attendait un peu plus loin, bien caché derrière le recoin d'un mur. Il avait du mal à retenir un fou rire, ce qui ne fit que renforcer mon énervement. Nous nous dirigeâmes vers la sortie tandis que je tentais de calmer mes nerfs. Après tout il avait entendu cette conversation parce qu'il était venu assister à mon exposé.

- Je ne savais pas que tu viendrais. Pour notre exposé je veux dire.

- Tu étais présent ? demanda Elisa surprise.

- Oui, répondit-il, au fond de la salle. Tu ne croyais tout même pas que j'allais rater ca ? Répliqua-t-il. Avec tout le travail que tu as fourni pour ce devoir ! C'était vraiment un bon exposé, mes félicitations à toutes les deux. Je suis certain que vous aurez une excellente note.

Il nous gratifia d'un sourire à couper le souffle et Elisa sembla aux anges.

- Edward Cullen vous avez osé sécher un de vos cours ! Le réprimandai-je.

Je savais qu'il aurait même pu se passer des cours de ce semestre vu l'avance qu'il avait prit sur le programme.

- Je me suis arrangé avec Adam, il me prêtera ses cours.

Il acheva sa phrase sur un sourire entendu car je savais bien que même sans être présent parmi les élèves de médecine il avait pu suivre son cours à distance. Décidément l'état de vampire offrait de nombreux avantages ….

- Je me disais que nous pourrions fêter l'occasion comme il se doit, reprit-il. Après tout ce travail vous méritez bien un moment de repos. Pourquoi ne pas venir ce soir à la maison pour une petite fête ? Demanda-t-il à mon amie. Ce ne sera rien d'exceptionnel mais Jasper et Alice pourraient nous rejoindre…

L'association du prénom de ma belle sœur préférée et du mot fête éveillèrent en moi une vague d'appréhension.

- S'il te plait, je t'en prie, le pliai-je, n'emploi pas le mot fête devant Alice. Sinon il faudra s'attendre au pire.

Devant l'air interrogatif d'Elisa je dû lui expliquer mes résistances.

- Alice est vraiment adorable mais elle a un sens démesuré dans l'organisation des fêtes. Elle en fait toujours trop … si tu avais vu ce qu'elle avait mit sur pied pour célébrer notre diplôme …

- Tu étais pourtant bien contente de l'organisation et de la décoration pour notre mariage, me rappela Edward.

- J'aurais voulu voir ca, murmura Elisa d'un air rêveur que je ne lui connaissais pas.

- Nous avons des albums du mariage, Bella te montrera ça ce soir, répondis Edward avec enthousiasme.

Je ne pensais pas qu'il tiendrait parole mais nous passâmes une bonne partie de la soirée à feuilleter la centaine de photos qui avait été prise durant notre mariage. J'avais un peu honte de n'avoir pas encore ouvert notre album, et prit un grand plaisir à raconter cet évènement à Elisa. Renesmée s'était installée sur mes genoux et contemplait avec ravissement les photographies tout en me questionnant sur les visages qu'elle ne connaissait pas. Elle avait été ravie de reconnaitre les membres du clan de Denali avec qui elle s'était si bien entendu.

Alice et Jasper s'étaient joint à nous après la fin de leurs cours, et Esmée et Carlisle arrivèrent pour le diner. Alice semblait avoir comprit qu'il s'agissait de célébrer la réussite de notre exposé car Alice arriva les bras chargés d'un énorme gâteau.

Tout le monde semblait totalement détendu en la présence de mon amie humaine et la soirée se passa agréablement au milieu de rires et des conversations. Je remarquais cependant qu'Elisa portait un intérêt particulier, bien que discret, pour Jacob. Je commençais à suffisamment la connaitre pour remarquer les légères rougeurs qui coloraient ses joues durant la conversation qu'elle entretenait un l'indien. Je doutais que les occupations d'un garde-chasse puissent vraiment la passionner mais elle semblait boire ses paroles. Lui ne semblait pas remarquer l'intérêt qu'on lui portait mais pourtant ne manquait pas un seul mouvement de Renesmée, occupée à discuter avec Esmée. J'avais un peu de peine pour Elisa car elle n'attirerait jamais l'intention de Jake. Je songeais déjà aux paroles que je pourrais lui servir quand elle aborderait le sujet avec moi : « Je sui désolée mais je ne pense pas qu'il veuille sortir avec quelqu'un vois-tu, il est s'est imprégné de ma fille et maintenant un lien étrange les unis ce qu'il fait qu'il ne regardera plus jamais aucune autre fille ». Plus jamais ? Ça je ne pouvais pas en être certaine … peut-être Jacob aurait-il envie de passer du temps en compagnie de quelqu'un de son âge, en attendant de Renesmée soit plus grande.

Ce fut une fois Elisa parti et Renesmée couchée que Carlisle m'aborda d'un air sérieux.

- Si tu as un peu de temps à m'accorder Bella, je souhaiterais te poser quelques questions.

Nous nous trouvions alors tous installés au salon. Je sentis Edward se figer à coté de moi et je présumais que le sujet devait être important.

- En fait, poursuivit-il, je souhaiterais quelques précisions sur ta transformation. Pour mes recherches, précis-t-il.

Moi aussi je me figeais en entendant cela. Le sujet n'avait été abordé qu'une seule fois depuis que j'étais devenu vampire, et à ce moment j'avais réussit à éluder la curiosité de mon beau-père. Mes méninges redoublèrent d'activité pour tenter de trouver un moyen de me défiler à nouveau tandis que les souvenirs refaisaient surface. Je ne voulais pas mettre Edward au courant des souffrances que j'avais dû supporter, je ne voulais pas le blesser une fois de plus. Mais même en prenant Carlisle à part, je savais que l'intéressé finirait par être au courant un jour ou l'autre, il lui suffirait de lire dans les pensée de son père.

- Je ne vois pas l'intérêt, bredouillais-je, tous les cas se ressemble j'imagine…

- Plus ou moins en effet, concéda Carlisle, cependant ta transformation n'a prit que deux jours et non trois. De plus, d'après ce que m'a rapporté Edward, tu n'as semblé montrer aucune souffrance durant la mutation. J'aimerais savoir si mes suppositions sur l'utilisation de la morphine étaient justes. Je sais que c'est un peu confus pour toi mais j'aimerais que tu me face part de tout ce dont tu te souviens.

Je me trouvais face à un dilemme. Je pouvais mentir et prétendre que je n'avais aucuns souvenirs et me ficher des conséquences, mais qu'adviendrait-il si dans quelques décennies Carlisle décidait de créer un nouveau vampire. Je ne pouvais le laisser croire que le traitement qui m'avait été administré avait annihilé les souffrances. Ce souvenir était encore trop cuisant pour que je puisse soutenir le contraire.

Ma famille m'observait avec attention, attendant ma réponse. Je pouvais comprendre leur curiosité mais cela me mettait encore plus mal à l'aise. Edward s'était rendu compte que j'étais tendue et il ne cessait de me scruter tandis que son pouce dessinait des cercles sur le dos de ma main.

- Que voulais-tu savoir ? Me lançais-je.

- Pour commencer, te souviens-tu avoir ressentis une douleur lors de ta transformation, demanda-t-il avec la précision du médecin.

- Oui, répondis-je avec précaution.

- Pourrait-tu évaluer le niveau de cette douleur ? Poursuivit-il.

- Intense.

Je sentis la main d'Edward presser un plus fort la mienne.

- D'accord, mais j'aurais besoin de plus de détails. En comparaison … disons avec la morsure que t'avait infligée James.

- C'était plus douloureux.

Cette réponse parut désorienter mon interlocuteur tandis que l'humeur d'Edward s'assombrissait de plus en plus.

- J'ai du mal à comprendre, la morphine n'a-t-elle eu aucun effet?

- Je ne saurais vous dire, je n'ai pas tellement de point de comparaison …

- Cela me semble surprenant, puisque tu n'as eu aucune réaction jusqu'à ton réveille, la souffrance devait-être supportable, murmura le médecin plus pour lui-même qu'à mon attention.

- Montre-moi, me demanda Edward d'une voix rauque.

Il était tendu et je voyais bien que la situation le torturait. Pourquoi voulait-il que je lui face partager de tels souvenirs !

- Que veux-tu qu'elle te montre ? Questionna Carlisle.

- Montre-moi, répéta-t-il plus fort sans prêter attention à la remarque de son père.

- Non, répondis-je apeurée à la perceptive qu'il découvre ce qu'avait été ce moment pour moi.

Je préférais qu'il ne sache pas, qu'il pense que la morphine avait eut l'effet escompté et que je n'avais pas souffert mille morts.

- Bella … insista-t-il, presque implorant.

Le laisser dans l'ignorance était mieux… ou peut-être était-ce pire ? Maintenant qu'il se doutait de quelque chose, il n'aurait de cesse de me questionner jusqu'à ce que je lui montre mes souvenirs. Il me prit par les épaules et me força à me tourner vers lui, plongeant son regard dans le mien. Gênée, je baissais les yeux.

- C'était donc à ce point ? murmura-t-il d'une vois sombre.

- Edward, à quoi cela te servirait-il se connaitre les détails. C'est finit, c'est passé, et je n'aurais jamais à le revivre.

- Carlisle a besoin de savoir, répondit-il bien que je compris tout de suite que l'intérêt scientifique de son père n'était pas sa motivation première. Je sais déjà que ca à été plus douloureux pour toi que je ne l'avais supposé, tu peux tout m'avouer maintenant.

J'abdiquais. Je sentais sur moi les regards de ma famille tandis que je me concentrais pour repousser la protection mentale qui empêchait Edward de lire mes pensées. Je fermais les yeux pour éviter de penser que c'était la première fois que je pratiquais cet exercice devant quelqu'un d'autre que mon époux, ou de Zafrina qui m'avait entrainé. Les Cullen n'étaient pas au courant que je parvenais à me détacher de mon bouclier comme je parvenais à l'étendre. Je n'avais révélé cette capacité qu'à Edward et je me sentais gênée de devoir le pratiquer autrement que dans l'intimité. Il était toujours déroutant pour moi qu'on puisse lire mes pensées. Edward me tenait toujours par les épaules et patientait tandis que je me concentrais.

« Excuse-moi » pensais-je au moment où je parvins à rompre la protection invisible qui lui interdisait l'accès à mon esprit. Puis je laissais les souvenirs se dérouler comme je les avais vécus. Il n'y avait pas d'images, uniquement des sensations. Tout d'abord la douleur, uniquement elle, qui accaparait mon corps et mon esprit. Ce feu qui courait dans mes veines, incendiant chaque centimètre carré de ma peau. Cette souffrance insoutenable qui avait vaincu mes résolutions et m'avait fait souhaité la mort.

A cet instant je sentis les mains d'Edward quitter mes épaules et s'abattre sur ses genoux. Sa respiration était devenue haletante et m'interpela. Je rouvris les yeux. Il semblait souffrir, souffrir physiquement. Son expression de douleur me rappela les tortures que lui avaient infligées Jane lors de notre séjour à Voltera.

- Edward, est-ce que ca va ? S'inquiéta Esmée.

- Edward, que c'est-il passé, s'empressa Carlisle.

Il ne parvenait pas à reprendre son souffle, les yeux fixés sur ses mains.

- Je suis désolée, je n'aurais pas dû … m'excusais-je.

- Continue, murmura-t-il essoufflé.

- Non, je …

- Je dois savoir la suite, parvint-il à articuler.

Je m'exécutais, me concentrant de nouveau sur le fil de mes souvenirs.

La souffrance était toujours aussi violente, mais peu à peu la raison me revenait. Une raison : ma fille. Mon enfant que j'avais à peine eu le temps de sentir dans mes bras avant qu'elle me soit enlevée. Il fallait que je me batte que j'endure cette souffrance. Il fallait que je la revoie.

Puis j'avais prit conscience de la présence d'Edward à mes côtés, je n'étais plus seule dans cet enfer. Peut à peu ma conscience me revenait, plus vive qu'elle pouvait l'être avant. Je continuais ainsi mes souvenirs jusqu'à ce que j'ouvre les yeux sans reconnaitre la main d'Edward dans la mienne.

- C'est donc pour cela que tu étais si perturbée à ton réveil, conclu-t-il d'une voix sombre.

- N'y a-t-il que moi qui n'ai pas comprit le sens de ce qui vient de se passer ? S'exclama Jasper.

Alice lui infligeât un coup de coude dans les cotes pour le punir de son intervention. C'était le seul à avoir osé s'exprimer face à ce spectacle qui devait sembler pour le moins étrange.

- Edward, reprit Carlisle, que vient-il de se passer entre Bella et toi ?

- Elle m'a montré.

- Mais montré quoi mon chéri ? Intervint Esmée.

- Ses souvenirs, souffla-t-il en levant son regard vers moi.

Je pouvais y lire un mélange de tristesse et de remords. Carlisle allait demander des explications mais son fils l'interrompit brusquement avant qu'il ait pu formuler une phrase.

- La morphine n'as pas agit, lui expliqua-t-il. Elle n'en a pas eu le temps, le venin à été plus rapide.

- Elle a donc … commença le médecin qui semblait peut à peu comprendre comment j'avais vécu ma transformation.

- … tout ressenti, acheva Edward. De la même manière que nous tous.

- Mais il n'y a pas eu un cri, pas un signe qui montrait qu'elle était consciente de la douleur, plaida le médecin

Edward baissa la tête et je me sentie honteuse j'avais voulu l'épargner mais apprendre la vérité maintenant, devant toute la famille réunie, et ce cette manière, c'était encore plus cruel.

- J'ai préféré ne pas crier, je savais que ca ne servirait à rien. Et je ne voulais pas qu'Edward se fasse encore plus de soucis pour moi.

- Donc pendant tout le temps de la transformation tu étais consciente ? Me demanda Carlisle avec un calme qui cachait mal son étonnement.

- En grande partie, je pense. Oui.

Je ne pus m'empêcher de baisser moi aussi la tête.

- Un tel control de soi est particulièrement étonnant, murmura le médecin pour lui-même. Je suis désolée que mes théories médicales ne se soient pas révélées justes. J'aurais voulu t'empêcher de souffrir …

- Tout est de ma faute, s'accusa Edward avec force, j'aurais du administrer la morphine bien plus tôt. J'aurais du lui laisser le temps d'agir …

- Cessez de vous en vouloir tous les deux, m'écriais-je. Les choses se sont passées pour moi comme pour chacun de vous. Je n'avais aucune raisons pour mériter un traitement spécial. J'étais préparée à souffrir, j'avais fait mon choix. Maintenant que j'ai répondus aux questions de Carlisle j'aimerais ne plus revenir sur le sujet.

Je me levais pour mettre fin à la discussion. Edward se leva aussi et me suivit tandis que je me dirigeais vers la porte.

- J'ai une dernière interrogation, s'exclama Carlisle au moment où j'allais sortir. Cet échange de pensée entre vous, c'est une évolution de ton bouclier ?

Le sujet était plus anodin que la conversation précédente, il n'en restait pas moins gênant d'avoir omis ce détail à ma famille depuis tout ce temps. Après tout, les progrès de mon don concernaient aussi la famille dans les situations dangereuse comme lors de la visite des Volturi.

- Je me suis entrainée l'an dernier avec Zafrina. Maintenant je parviens également à faire disparaitre mon. C'est comme cela qu'Edward peut entendre mes pensées.

- Il peut enfin t'entendre… Murmura Alice avec un sourire à l'adresse de son frère.