Voilà un chapitre écrit bien en avance - comparé à mes envois vers 2h du matin. J'espère à tous ceux qui suivent cette histoire qu'ils y prennent plaisir. N'hésitez pas à me faire des remarques si vous en ressentez le besoin. J'accepte toutes les critiques du moment qu'elles sont constructives. Ça ne peut qu'améliorer le récit. :P

Rappel : Un récapitulatif des personnages et des pokémons est disponible en fin de chapitre.


Le soudain calme de la forêt me faisait frissonner. Les pokémons qui se trouvaient dans la zone avaient fuit, tous sans exception, suite aux évènements qui venaient de se produire. Cela ne faisait qu'aggravé mon mal. Mon cœur était déchiré, j'avais l'impression d'avoir perdu une partie de moi. Ce sentiment était déjà présent au fond de moi avant mon arrivée dans ce monde et avec ce que je venais de faire ça l'avait aggravé. Comme quoi... Il ne suffisait pas de se découvrir une nouvelle vie pour soigner son esprit. Le stress que j'avais ressenti lors de mon enlèvement n'avait été rien face à l'abasourdissement de découvrir un monde, que j'aimais, être réel. Mais ce n'était qu'une illusion. Rien de plus qu'une illusion... La réalité de la vie m'avait rattrapé.
Des sabots familiers s'approchèrent de moi. Je levais la tête vers le seul qui était resté à mes côtés après mon acte sanglant. Celui qui m'avait poussé à le faire et qui quelque part était en partie responsable de ce que je ressentais. Mon regard était vide. Mais malgré ce que je me disais de lui à cet instant, lorsque mes yeux se posèrent sur son visage noble je n'arrivais pas à lui en vouloir. Dans ma vie, il y avait une chose qu'on m'avait enseigné c'était qu'on avait toujours le choix.

Et j'aurais pu refuser d'ôter la vie à cette Haydaim.

Mais ma faim et mon envie de survivre avaient pris le dessus. Soutenue par ce grand chef de harde, j'avais découvert cette force incroyable qui nous poussait à agir de manière insoupçonnée. L'instinct.

Le grand cerf posa ses yeux sur moi avec ce même air d'une douceur infinie qu'il avait déjà eut auparavant à mon égard. Cela me troublait. Non seulement il était le seul à être resté malgré la violence dont j'avais fait preuve, mais de plus il semblait ne me tenir aucune rancune.

"- Tu n'es pas seule dans cet acte. Exprima-t-il de sa voix calme. J'y ai pris part tout comme celle qui vient de nous quitter.

Est-ce que c'était censé me rassurer ? Il poursuivit :

- Elle était volontaire."

Il détourna sa tête pour regarder la forêt où les rayons du soleil perçaient à de nombreux endroits. Les lieux resplendissaient d'une couleur émeraude. Mais tout restait calme. Il garda le silence quelques instants pour me laisser le temps de comprendre ce qu'il venait de dire. Ainsi, je ne devais pas ressentir de culpabilité après avoir tué un être vivant et m'être nourrie de sa chair ? J'avais du mal à le croire. Pourquoi aurait-elle été volontaire pour mourir ? Voyant que mon visage reflétait maintenant plus d'intrigue que de tristesse, il reprit :

"- Jamais je ne livrerais un membre de ma harde comme cela. Elle était la plus âgée de notre groupe. Et c'est elle-même qui m'avait appris il y a bien longtemps ce que Morihogosha signifiait. Alors... Lorsque je lui ai expliqué que je pouvais de nouveau le faire apparaître... Elle n'a pas hésité.

De nouveau il marqua une pause. Il parlait lentement.

- Elle était sur le point de mourir. Le temps avait fait son office. C'est pourquoi si tu n'avais pas pris son dernier souffle cela aurait été lui qui l'aurait fait. Maintenant que les choses ont été ainsi faites, sa mort aura servi."

J'enregistrais précautionneusement ce qu'il me disait. Je laissais ma peine de côté pour essayer de réaliser l'impact de mon geste. Pourquoi avait-il été bon ? Mais mon empathie me fit d'abord réaliser quelque chose qui me semblait bien plus important : si elle lui avait appris ce que c'était "Morihogosha", ça voulait dire que c'était très probablement une proche qui l'avait éduqué. Quelqu'un d'important à ses yeux. Alors mon premier réflexe au lieu de poser des questions sur ce que cela allait produire maintenant, fut que je ne pus m'empêcher de lui exprimer mes regrets :

"- Je suis désolée.

Il tourna brusquement la tête vers moi, ne s'attendant pas à ce que je formule quelque chose comme ça.

- Je suis désolée que... Poursuivis-je. Qu'elle ne soit plus là."

Mon étonnante compassion le laissait coi. Mais intérieurement ça l'apaisa. J'étais étrange, mais il avait vu juste et choisi la bonne personne. Ou plutôt, le bon pokémon. Cela effaça son propre sentiment de responsabilité. Il inclina singulièrement la tête pour me remercier. Après avoir chasser un peu de mes idées noires je me concentrais finalement sur ce qui allait être le plus important :

"- Je ne suis pas sûre d'avoir compris. Qu'est-ce que c'est vraiment "Morihogosha" ?

- Dit moi d'abord ce que tu en as compris. Répondit-il. J'éclaircirai ce qui te reste sombre.

Je pris une grande inspiration.

- Morihogosha, c'est un gardien de la forêt. Mais je ne comprends pas comment la mort des "faibles" permettrait quoi que ce soit de positif. Avec un tel nom, on aurait plutôt l'impression qu'il vaudrait mieux protéger les faibles.

- C'est que tu n'as pas compris exactement le sens de ce rôle. Je vais prendre le temps de te l'expliquer :

Effectivement, Morihogosha c'est être gardien de la forêt. Mais ce n'est pas un, mais deux pokémons qui en assurent le rôle.

Mon intrigue commença à monter en flèche. J'écoutais attentivement.

- Cette paire n'est pas formée n'importe comment. Elle doit être composée d'une proie et de son prédateur. Ainsi le duo est équilibré et il permet de mieux comprendre les habitants des bois.
Le but de Morihogosha est celui de protéger les pokémons, peu importe leur espèce, de les prévenir d'un danger imminent et de pouvoir les rassembler si cela est nécessaire.
En échange de la bonne entente entre les chasseurs et les chassés, les prédateurs doivent prévenir des moments où ils chassent, peu importe la manière. Ainsi, les proies qui restent sur place malgré tout, le feront volontairement ou bien seront responsables de leur mort...
"

Je restais quelque peu incrédule après cette explication. Dans une nature sauvage, je ne savais pas si créer un tel équilibre pouvait se faire. Après tout, les pokémons étaient des créatures pensantes. Mais l'expérience m'avait appris que des crétins il y en avait partout. Alors pour leur faire tenir cet engagement il fallait être très persuasif ou bien leur mettre une épée de damoclès au-dessus de la tête. Cependant, ce qui m'intriguait le plus c'était l'aspect duo...

"- Tu m'as demandé d'être Morihogosha, commençais-je, et maintenant que je m'en rappelle, tu m'as demandé de l'être, avec toi.

Il inclina de nouveau sa tête en signe d'acquiescement, j'en profitais alors pour décrire les bois merveilleux qui le couronnaient magnifiquement de feuilles.

- C'est exact. Dit-il.

- Mais ce n'est pas quelque chose qui se choisit au hasard. Je veux dire, autrement que par la règle proie et prédateur. Il faut prendre la pers... Le pokémon qu'il faut.

Encore un hochement de tête. Il tourna sur lui-même pour changer de direction et avança un peu en arrière pour s'approcher d'un buisson. Je n'osais trop le suivre du regard. Car il restait alors sur son chemin les traces de mon crime.

- Tu crois que tous on fuit, il débuta, mais j'en connais un qui n'aurais jamais bougé même si ça avait mal tourné."

Je penchais ma tête sur le côté. Il se contenta alors d'écarter les branchages du buisson pour laisser apparaître un visage qui m'était familier, bien que minuscule. Le petit rattata à la cicatrice. Encore une fois, il m'avait suivit. Il n'avait rien apprit de ce que j'avais pu lui dire et il était resté après m'avoir vu m'être nourri. Silencieusement, celui-ci adressa un regard intimidé au grand Haydaim, avant d'avancer assez rapidement vers moi. Il ne disait rien, mais moi non plus. Je ne savais pas si c'était à cause de la mort de la biche ou bien par timidité. Il était honteux de ne pas avoir suivi ce que je lui avais dit. C'est-à-dire se tenir éloigner de moi. Ce fut l'herbivore qui prit parole à notre place :

"- La première fois que nous nous sommes croisés, c'est lui qui t'a sauvé la vie. J'étais celui qui t'avait poursuivit lorsqu'il a plu. Il s'est mis au milieu de mon chemin pour m'empêcher de te faire du mal. Intrigué, il m'a raconté ce qu'il s'était passé et j'ai voulu alors en savoir plus. Quand il t'a retrouvé je l'avais suivi pour le voir de mes propres yeux. Et peut-être que tu ne t'en es pas rendu compte, mais par la suite j'ai suivi tes faits et gestes. Je t'ai vu te tuer toi-même à petit feu, pour ne pas à avoir à tuer les autres."

J'étais surprise d'en apprendre autant. Et je me trouvais aussi ridicule de ne pas avoir remarqué que l'on m'épiait pendant tout ce temps. C'était le genre de choses sur lesquelles Auri m'aurait fait des remarques. ... Auri ! Clora ! Le jour était levé depuis bien longtemps et je n'étais pas retourné à la tanière ! Elles devaient s'inquiéter. Et je ne voulais pas qu'elles croient que je ne tenais pas mon rôle. Ce brusque rappel me fit me redresser d'un bond. Mais je n'avais pas encore récupéré assez d'énergie, mes pattes flageolèrent et je me rasseyais aussitôt. Les deux autres pokémons furent surpris de ma réaction. Ils se demandaient pourquoi je venais de faire ça. Mais je continuais de rester silencieuse.
Le souriceau s'approcha de moi et vint s'installer à mes côtés. Il me fixait de ses petits yeux innocents, posant une patte sur moi avec un air implorant. Il avait l'air de me demander pardon. Mais je n'avais rien à lui pardonner. Maintenant au calme, je constatais à quel point il était petit par rapport à moi. Ce qui me fit penser à quelque chose d'autre :

"- Selon ta définition, Morihogosha est composé d'une proie et de son prédateur... Dis-je. Mais... Je doute être le tiens...

- Il est vrai que je crains plus les meutes de Grahyèna que des évolitions. Répondit le Haydaim. Mais il est à faire remarquer que ta taille dépasse la leur. De plus tu es la seule qui ait eut un comportement aussi altruiste.

- Oh."

C'était donc ça. C'est vrai que je n'étais pas absolument normale. Ce qui pourrait faire ma force lorsque j'aurais appris à me battre correctement. Pour le moment je savais faire peu de choses. Je ne savais même pas si j'étais apte à réaliser ce que ce Haydaim me demandait. Rassembler les pokémons demanderait beaucoup de charisme. Les convaincre de changer leurs habitudes, encore plus. Mais quelque chose me disait que ce serait lui qui s'occuperait de ce genre de besogne. Il dégageait une aura si singulière que moi-même, alors que j'étais originellement humaine, je m'en retrouvais touchée. Je tentais alors une petite pointe d'humour :

"- Et bien j'espère être... À la - hauteur - de tes espérances.

Ce n'était pas d'un grand niveau mais au moins j'arrivais à lui faire décrocher un sourire.

- Mon nom est Jismo.

Il venait de se présenter. Il est vrai qu'on n'avait pas vraiment eut l'occasion de le faire. Décidément c'était l'élément qui venait en dernier avec moi. Je me nommais à mon tour :

- Et moi Lilly.

Je me tournais vers le jeune rattata qui soudainement ne savait plus où se mettre dès qu'il sut que nous attendions son nom. Tout tremblant il s'expliqua :

- Je... Je n'ai pas de nom... On n'a pas eut le temps de me..."

Sa voix s'éteignit avant qu'il ne puisse finir. Avec un pincement au cœur je compris qu'il était si jeune que ses parents n'avaient pas eut le temps de lui donner un nom avant que ne débarquent Auri et Clora. Ce qui voulait dire que les pokémons n'obtenaient pas leur nom dès la naissance ? Peu importait, cela ne changeait pas l'état de ce pauvre rattata. À nouveau la culpabilité m'envahi. Mais au moins ici je savais ce que je devais faire. Vu qu'il me suivait désespérément partout sans que je ne puisse rien y faire, j'allais m'occuper de lui. Curieuse décision que de prendre ce genre de responsabilité alors que je ne maîtrisais pas encore mon lieu de vie. Mais cela me permettrait de me racheter.

"- Si, tu en as un. Et c'est Colmillo."

Cette affirmation le déséquilibra. Il tomba sur le dos à moitié noyé dans l'herbe. J'avais trouvé ce nom au hasard de mes connaissances d'espagnol. Ça voulait dire croc, en référence à la marque de morsure que je lui avais laissé sur le dos. Il ouvrit de grands yeux ronds, qui demandaient confirmation de ce qu'il venait d'entendre. J'hochais la tête. Jismo ne sembla pas très sûr de cette décision, il me regarda en fronçant les sourcils. Je me justifiais alors :

"- Malgré ce qu'il a vu, visiblement, il ne change pas d'avis à mon sujet. Alors je m'occuperai de lui.

- Mais tu vis avec deux autres carnivores. Insista-t-il.

- Je connais un endroit où il pourra rester en m'attendant la nuit. Il ne craindra rien, j'y veillerai."

Se débâtant pour sortir du nœud d'herbe dans lequel il venait de se mettre, le petit Colmillo m'adressa un regard de reconnaissance infinie. Et il vint me serrer la patte, car c'était bien la seule chose qu'il pouvait serrer avec sa taille pour me faire un câlin. Attendri je me pliais en deux pour passer mon museau sur son dos. Jismo nous observait d'un œil bienveillant, bien qu'il ne fût pas entièrement rassuré de cette décision. Moi-même je n'étais qu'à demi convaincue que c'était là la meilleure manière d'agir. Et en parlant d'action, je ne savais toujours pas les tâches qui m'incombaient pour accomplir ce rôle nouveau que j'avais accepté, bien malgré moi :

"- Je sais ce que veut dire Morihogosha maintenant grâce à toi... Commençais-je. Mais je ne vois pas comment je...

- Je t'enseignerai ce qu'il faut. Me coupa le grand cerf. Tout comme il faudra l'enseigner à nos proches. Si tu as noté la réaction de mes semblables tout à l'heure, tu auras constaté que ce nom leur a fait peur. Car sa véritable signification a été effacée au fil du temps.

- Mais comment ça se fait ? Si ça fait parti de votre culture comment peut-on oublier ce genre de rôle alors qu'il semble vraiment important ?

- Notre culture, corrigea-t-il, Au fil des années passées, notre contact avec les hommes nous a changé. Et même dans notre propre histoire, il est force de constater que des Pokémons ont profité de ce rôle de façon malveillante."

Cela revenait à ce que je pensais précédemment : des crétins il y en avait partout. Mais si l'expérience avait appris aux autres de se méfier de la paire Morihogosha, comment les convaincre d'y croire de nouveau ? Jismo répondit à cette question silencieuse :

"- Si je ne t'avais pas rencontré, je crois que je n'aurais jamais essayé de faire renaitre ce duo... Mais en te voyant, j'ai comme ressenti le besoin de le faire. J'ai envie de voir plus d'espoir et de force en les miens.

- Mais c'est parce que tu as eut l'occasion de le voir. Mais je doute que montrer patte blanche soit suffisant pour beaucoup d'habitants de la forêt.

- "Montrer patte blanche" ?

- Oh ! Euh... C'est une expression qui veut dire montrer qu'on est inoffensif."

Quelle bourde ! Cette expression venait du conte "Les sept chevreaux et le loup" qui provenait lui-même de mon monde. Il ne fallait pas s'attendre à ce que les gens d'ici la connaissent. Mais Jismo acquiesça tout de même.

"- Non effectivement. La première chose qu'il nous faudra, c'est de la patience. Ensuite à nous de faire nos preuves.

- Et comment sommes-nous censés le faire ?

- En respectant nous-même les règles que nous voulons leur imposé. Comme l'appelle de la chasse. Et je crois de plus que nous avons plusieurs atouts dans nos mains. "

Il tourna sa tête vers Colmillo qui se prélassait amoureusement contre moi, ravi de trouver une chaleur "maternelle" - et dieu seul sait comment il m'avait trouvé maternelle avec mes crocs acérés. Mais je cru comprendre immédiatement l'idée qui était soulignée. Ce fut aussi le cas du souriceau qui se redressa aussitôt :

"- Si j'ai pu convaincre le Haydaim que tu étais gentille, tu peux compter sur moi pour le transmettre autour de moi !"

Si jeune et déjà si vif d'esprit. J'étais abasourdie. Mais c'était sans lui déplaire que l'idée de montrer joyeusement à tout le monde qu'il avait trouvé la plus surprenante des mamans. Quelle image cela allait véhiculé ? Pensais-je, amusée.

"- Nous avons déjà ce petit rattata qui pourra transmettre son expérience à bon nombre. Il s'est déjà très bien débrouillé jusqu'ici. Ensuite, je suis sûr que ton influence s'avèrera plus forte que tu ne le penses...

- Je n'en suis pas aussi persuadée que toi... Soufflais-je. On ne me connait que depuis peu dans les environs. Mon influence est plutôt faible."

Cela le surprit. Il ne connaissait ni ma véritable histoire ni celle que j'avais servie à Auri et à Clora. Il ne s'attendait donc pas à ce que je lui annonce, de manière détournée, que j'étais nouvelle dans la forêt. Mais ça ne le découragea pas :

" - Si on ne te connait pas alors cela veut dire que tu n'as aucune histoire à réécrire. Tu seras celle dont tu donneras l'image d'être. Et plus qu'un élément nouveau, ça sera un élément troublant aux yeux de tous les Pokémons. Cela les fera réfléchir.

- Pour les herbivores, peut-être... Cela se verra immédiatement par mon comportement. Mais même si je peux leur apprendre à ne pas se méfier de moi je peux difficilement leur apprendre de ne pas se méfier des autres carnivores. Je ne pourrai pas les retenir dans leurs chasses...

- Bien au contraire tu le pourras."

Le grand cerf s'installa de nouveau à mes côtés en signe de constant soutien avant de poursuivre :

"- Tuer un pokémon t'a autant blessé que moi de le voir... Murmura-t-il. Je crois que tu ne supporteras pas non plus de voir de nouvelles victimes succomber macabrement sous les crocs d'un autre..."

Il marquait un point.

"- ... Mes paroles pourront te sembler curieuses. Mais je suis sûr que tu vas être un très grand bouleversement ici... Arceus ne t'a pas façonné pour rien telle que tu es aujourd'hui, j'en suis persuadé."

Arceus... Le créateur de l'univers Pokémon, selon sa mythologie. Mis côte à côte avec nos propres religions sur la terre je me demandais si cette entité existait réellement... Et même si cela avait été le cas, ça n'aurait pas été elle qui m'aurait donné naissance, puisque je venais d'ailleurs. Les seules raisons qui aujourd'hui faisaient que je refusais de tuer pour vivre en plus de ma taille, c'était ma curiosité et des scientifiques fous qui m'avaient transformé. Je supposais cependant que chacun avait son destin... Peu importait le chemin qu'il empruntait. Et le mien semblait se dessiner de plus en plus bien que j'avais l'impression qu'on me l'imposait plus que je ne le choisissais.

"- Je... Je ne sais pas quand même comment faire... Avouais-je. Profiter d'une force que j'avais au détriment des autres ne faisait pas partie de mes habitudes.

Jismo tourna une tête légèrement moins patiente vers moi. Il espérait ne pas avoir à tout m'apprendre, quand même. Je n'étais plus une enfant. Mais il avisa ma situation actuelle. Je n'avais pas encore récupéré et il fallait peut-être me laisser le temps de respirer. Reprenant son expression la plus compréhensive il soutenu :

"- Ne sois pas aussi pessimiste. Pour le moment, tout ce que tu as à faire, c'est de tenir ces engagements : Aboie lorsque la faim se fera sentir et que tu t'apprêtes à ôter une vie. Défend de ceux qui n'appliquent pas cette règle. Je ne veux pas te brusquer, donc pour le moment je ne t'en demanderai pas plus - pour aujourd'hui. Car dès demain il faudra se revoir.

Il se tut un moment, pensif. Je devinais qu'il réfléchissait à mes deux compagnes. Car c'était aussi ce qui me tracassait. Déjà que mon absence devait avoir provoqué de l'incertitude à mon égard, les empêcher d'agir à leurs habitudes risquaient d'être très épineux. Après avoir tourner le problème sous tous ses angles dans sa tête, il continua :

"- Pour tes amies... Je n'ai pas de grand conseil à te donner... Soit prudente, c'est tout."

Voir à quel point sa confiance ne défaillait pas une seule seconde face à l'inconnue que j'étais me remontait énormément le moral. Et ça me fit voir la situation sous un autre angle, avec beaucoup plus d'optimisme. Si quelqu'un d'aussi noble et attentif que lui voulait tenter de laisser reposer autant de responsabilités sur mes épaules, c'est que ça devait être justifié. Je me pris à croire en moi et à savoir comment gérer la situation quand je rentrerais. D'un signe de tête je lui fis comprendre qu'il pouvait me faire confiance quand à leur sujet.
Cela le rassura. Sentant que ça allait annoncer le départ de chacun d'entre nous, il y eut encore quelques points à aborder ensemble :

"- Quand et comment veux-tu que nous nous retrouvions demain ? Pour en parler plus calmement. Demandais-je.

- Rejoignons-nous à l'aube, là où je t'ai attaqué avant de t'emmener ici. Ça me semble à mi-chemin pour chacun de nous deux...

Il paru hésiter quelques instants tandis que j'hochais la tête.

- Je voudrais faire quelque chose avant que tu ne partes... Murmura-t-il. Il ne me plait guère de laisser les choses telles qu'elles sont pour ma harde."

Sans laisser le temps à la moindre question, il s'approcha vers le milieu de la zone où tous les haydaims et vivaldaims s'étaient dispersés. Une fois positionné sur le point culminant, il appela les siens d'un puissant cri qui retentis partout dans la forêt. Je me figeais de surprise et me demandais si je devais me mettre à l'abri des regards. Mais à mon plus grand étonnement, au contraire, il me fit signe de le rejoindre tandis qu'il appelait une deuxième fois. Je m'exécutais, boitillante, car il était à rappeler que j'avais une patte blessée.
La réponse ne se fit pas tarder : rapidement la vie semblait revenir après ce silence de mort que seul le vent avait comblé de sa présence. Petit à petit le troupeau se rassemblait autour de son chef. Il leur fallut cependant un court temps avant de constater que j'étais toujours présente.

Un nouveau mouvement de panique se souleva et je pressentais leur nouvelle fuite. Mais Jismo n'allait pas les laisser faire, pas cette fois-ci. Il se cabra avant de frapper puissamment le sol de ses sabots à plusieurs reprises. Sa force fut telle que la terre elle-même en avait tremblée à mes pieds. Il rappelait à l'ordre : il était celui qui dirigeait cette harde, et quiconque ne répondrait pas son appelle recevrait son courroux. Il émettait tellement par sa présence et ses actes qu'il n'avait pas besoin de mots pour s'exprimer. C'était impressionnant et à la fois effrayant. Je remerciais le sort de m'en avoir fait un allié. Car jamais je n'aurais pu lui tenir tête...
Dans des bousculements de peur et désordonnés, les pokémons finirent à se plier à sa demande et se rassemblèrent tremblant à ses côtés. Ils évitaient tous soigneusement de croiser mon regard, comme si le faire signifiait leur propre mort. Le sentiment que j'avais ressentis plus tôt aurait pu me revenir sur ce moment. Mais ce ne fut pas le cas. Car ce n'était pas ce que j'étais : une meurtrière. Non, j'étais quelqu'un qui demandait de vivre, tout comme eux. Et avec le petit peu de confiance que m'avait insufflé leur noble chef, je ne laissais personne me faire croire l'inverse. Tentant maladroitement d'avoir le même air fier, je me tenais immobile près de lui, attendant patiemment de voir où il venait en venir en me gardant ici alors qu'il appelait ses troupes.

Quand les bruits de craintes s'estompèrent, et seulement alors, Jismo prit une grande inspiration et s'exclama clairement à l'assemblée :

"- Mes frères, mes sœurs ! Je vous ordonne de rester présent ici après votre fuite à l'aube. Il est vrai que les évènements vous ont pris de court. Mais le sang qui a coulé ce matin n'a pas été le seul évènement qui s'est produit.
Je vous demande de vous fier à vos yeux, de vous fier à vos souvenirs ! Et que le premier qui n'a pas vu ce qu'il s'est produit s'avance vers moi : le sacrifice, l'écoute et le partage étaient là !

Des murmures s'élevèrent de la foule. Il continua :

- Je ne m'attends pas à ce que vous compreniez tout de suite. Car pour proies comme pour chasseurs, ce matin, le doute nous a envahi. Cependant ces valeurs étaient toutes bien présentes et ce peu importe le côté : le sacrifice par le prédateur qui refusait de se nourrir contre celle qui s'est donnée. L'écoute par l'échange de nos intérêts. Et le partage d'une vie contre les autres épargnées !
Cet équilibre peut régner sur la forêt. Mais uniquement si chacun de nous y met du sien. Je vous demande alors juste patience et confiance, tout comme vous avez cru en moi durant toutes ces années. "

Alors qu'au départ il s'agissait de chuchotement de protestations, maintenant il s'agissait de questionnement et d'acquiescements. Visiblement ce grand cerf auprès duquel je me tenais avait prouvé qu'il était digne de tenir le rôle qu'il avait aujourd'hui. Et soutenant que leur confiance avait toujours payé, il leur prouvait qu'il n'agissait nullement en leur défaveur et qu'il y avait une raison derrière toute cela. J'observais avec admiration le charisme dont il faisait preuve. Voyant que les pokémons étaient maintenant dans un état plus positif, il poursuivit :

"- Et je vous demande aussi de vous en remettre à Lilly, qui est Morihogosha avec moi aujourd'hui."

Quelques exclamations de surprise échappèrent à certains, mais je ne bougeais pas de là où je me tenais. Car à présent de nombreuses paires d'yeux étaient posées sur moi alors que tous précédemment refusaient de me regarder. Cela confirmait ce que je pensais quant au fait que Jismo serait celui de nous deux qui convaincrait les autres par les mots.

"- Il nous faut cependant encore craindre nos prédateurs pendant un certain temps. Car les changements jamais ne s'opèrent rapidement. Mais remettez-vous en à elle, car même si cela demande du temps, cela se fera."

Il les observa longuement, un à un, dans un silence respectueux. Tournant lentement ses bois vers chacune de ses épaules pour tous les voir. Le troupeau restait figé dans l'attente de la suite. Mais c'était dans l'intrigue et non plus dans la peur. Quand il en fut bien assuré, il commença à percer la foule, moi sur ses talons, car j'avais compris que c'était le moment de partir, pour conclure ce... "Pacte". Nous nous dirigeâmes alors vers là d'où je venais, les laissant à cette réflexion, le temps que leur chef revienne à eux après m'avoir accompagné jusqu'à mon foyer.


Nous ne discutâmes pas, sur le chemin du retour. Nous nous contentâmes de marcher l'un près de l'autre, Colmillo posté sur mon dos. Curieusement, ce silence là ne me perturbait pas. L'ambiance dans laquelle nous étions partie m'avait mise en confiance et je me sentais bien. C'était aussi physiquement le cas : mon repas, bien qu'il avait eut un gout amer, m'avait fait reprendre beaucoup de forces. Il n'y avait que ma jambe blessée qui me gênait. Mais Jismo marchait à mon rythme. Il me laissait tout le temps qu'il me fallait pour avancer. Après un long moment, nous nous retrouvâmes finalement là où nous nous étions battus. Il s'arrêta alors, s'inclina profondément devant moi et fit demi-tour. Je lui rendais son geste, faisant tomber par la même occasion le petit rattata par-dessus ma tête qui commençait à rejoindre les bras de Morphée. Pour son cas, je savais exactement ce que je voulais faire.
Le prenant délicatement par la peau du cou, je pris le chemin vers le tout premier lieu où je m'étais refugiée avant qu'Auri et Clora ne me trouve : mon nid secret à moi. Tandis que je m'y dirigeais Colmillo s'adressa à moi d'une voix ensommeillée :

"- Est-ce que je pourrai venir demain moi aussi ?"

Je ne pouvais pas lui répondre immédiatement puisque je le tenais dans ma gueule à ce moment là. Mais, plus que du calme, sa fatigue le fit patienter jusqu'à ce qu'on arrive. J'enfonçais alors ma tête à travers l'entrée du tronc d'arbre et le déposait doucement sur le tas de feuilles mortes qui tapissaient le sol.

"- Je ne pense pas que ça soit possible. Répondais-je. Moi je serai debout depuis déjà longtemps. Ce qui ne sera pas ton cas.

- Mais siiii... ! Il bailla. Depuis que je te suis, je sors toujours là nuit..."

J'eus un demi-sourire. Quelque part c'était peut-être la meilleure chose à faire. C'était à moi de m'occuper de lui à présent et j'avais une vie nocturne. Si je voulais l'éduquer et le nourrir il devrait vivre en même temps que moi. En tant que rattata, je pensais que ça ne serait pas bien difficile à faire : les rattatas ne vivaient ni spécialement le jour, ni spécialement la nuit.
Je lui confirmais alors qu'il pourrait venir avec moi, le lendemain, retourné voir le Haydaim. Celui-ci leva les bras de joie. Timidement et pleine d'hésitation, je lui déposais un coup de langue sur le front, lui intimant de rester ici jusqu'à ce que je revienne le chercher, avant qu'il ne s'effondre de sommeil. La journée avait été riche en émotion et lui avait demandé pas mal d'énergie.
Ce qui était aussi mon cas. Mais pour ma part elle n'était pas encore finie. Car j'allais devoir retrouver Auri et Clora et leur fournir une explication.


Résumé des personnages :

- Lilly : Héroine de l'histoire, elle a été transformée en noctali par des scientifiques provenant du monde pokémon. Elle a apprit à survivre dans la nature sauvage et est devenue Morihogosha. Gardienne de la forêt.

- Jismo : Grand Haydaim, chef de harde. Il a suivi Lilly pour lui proposer de devenir Morihogosha : gardien de la forêt.

- Colmillo : Petit rattata qui a survécu à l'attaque de Clora et Auri grâce à l'intervention de Lilly. Il vit maintenant avec elle.

- Auri : Aquali qui a aidé Lilly lorsqu'elle est arrivée dans la forêt.

- Clora : Phyllali qui a aidé Lilly lorsqu'elle est arrivée dans la forêt. Elle a proposé à Lilly de vivre avec elle et Clora avec un cycle de garde jour / nuit.

Petit pokédex de survie :

Noctali : Fennec de type ténèbres. Noir avec des anneaux jaunes brillant dans l'obscurité. Une des nombreuses évolutions d'un évoli.

Aquali : Fennec aquatique de type eau. Bleu avec des nageoires. Une des nombreuses évolutions d'un évoli.

Phyllali : Fennec de type plante. Corps jaune. Oreilles et queue semblable à des feuilles. Bout des pattes marron.

Vivaldaim : Petit Faon possédant une fourrure qui change au fil des saisons.

Haymdaim : Grand cerf ou biche dont les bois et la fourrure changent au fil des saisons. Évolution des Vivaldaims.

Rattata : Petit rat à la fourrure violette, ventre blanc.