Les personnes présentes dans la bibliothèque restèrent figées, comme si le temps s'était arrêté. Totalement confus, ils fixaient à présent le corps de l'homme évanoui devant eux avec une expression reflétant l'incompréhension. Plusieurs secondes passèrent jusqu'à ce qu'une femme se mette à hurler de terreur, réveillant les instincts de survie de chacun.

C'était un véritable raz-de-marée qui tentait de passer la double porte de la bibliothèque.

Petit à petit, il ne resta plus que Marinette et Adrien. La jeune fille avait accouru vers l'homme à terre, le jeune mannequin sur ses talons.

- Monsieur, est-ce que vous m'entendez ? s'enquit-elle en attrapant une main avec précaution pour sentir une réaction. Monsieur !

Mais ses tentatives demeuraient vaines. Elle se tourna alors vers le jeune homme.

- Appelle une ambulance, vite !

Adrien s'empressa de prendre son téléphone et composa le numéro des secours. Mais à l'instant où quelqu'un décrocha, Marinette se précipita vers la sortie.

- Marinette, attends ! dit Adrien en tentant de la rattraper.

Il sortit à son tour mais elle avait déjà disparu. Malgré lui, il se mit à jurer mais se rappela l'homme qui avait besoin d'aide. Il demanda à la personne derrière le combiné d'envoyer immédiatement quelqu'un à la bibliothèque municipale. Ceci fait, il retourna à l'intérieur et aperçut la gérante terrifiée derrière son comptoir.

- Ne vous inquiétez pas, tout va bien, dit-il avec un sourire qui se voulait rassurant.

Elle se redressa non sans garder une certaine crainte.

- Pouvez-vous veiller sur lui le temps que les secours arrivent ? Je dois m'assurer que mes parents vont bien, prétexta-t-il.

Un peu remise de ses émotions, elle acquiesça, ce qui permit au jeune homme de partir prestement. Une fois dehors, il chercha son amie du regard mais elle restait introuvable.

- C'est pas vrai...

Le kwami noir passa la tête hors de la chemise de son protégé et l'interpella d'une petite tape sur le torse. Tout en restant le plus discret possible, il montra de son petit bras la bague qu'il lui permettrait de se transformer. Après un rapide coup d'œil alentour, le jeune mannequin aperçut une petite alcôve où traînaient bennes et ordures et s'y engouffra.

- Plagg, je voudrais d'abord m'assurer que Marinette va bien avant d'y aller, dit-il en regardant la rue derrière lui.

Son partenaire secoua vivement la tête en signe de négation.

- Il n'en est pas question, nous manquons de temps. Qui plus est, plus vite tu arrêteras cet akuma, plus vite tu pourras t'assurer qu'elle va bien. La chercher maintenant ne fera pas avancer les choses.

Malgré la boule au ventre qui commençait à croître en lui, il fut forcé de reconnaître que son compagnon avait raison. Il serra alors le poing avec détermination, prêt à devenir le héros noir de Paris. Mais avant qu'il ne puisse finir son geste, la petite créature posa ses deux mains sur celle du jeune homme.

- Fais attention Adrien, j'ai un très mauvais pressentiment sur ce coup-là.

Jamais la voix et le regard de Plagg n'avaient été aussi inquiétants, c'en était presque effrayant. Il ne savait pas pourquoi, mais l'avertissement résonna un moment dans sa tête avant qu'il ne se décide à passer à l'action. Il rassembla tout son courage et lança avec force :

- Plagg, transforme-moi !


Tout en filant entre les toits de Paris, Ladybug se pinça les lèvres. Elle avait profité du fait qu'Adrien soit occupé à prévenir les secours pour pouvoir saisir l'occasion de se transformer. C'était un peu mesquin mais elle le savait en sécurité s'il restait auprès de la victime. Il ne faudrait pas

longtemps pour que quelqu'un prévienne son père et l'escorte chez lui.

Elle continua ses acrobaties, cherchant du regard un indice qui pourrait la mener à l'akumatisé. C'est au détour d'une avenue qu'elle aperçut plusieurs flaques violettes parsemant le trottoir. Intriguée, elle se posa sur le sol. Au fur et à mesure qu'elle se rapprochait, une forte odeur métallique entourait l'endroit. Elle s'accroupit devant une de ces étranges petites mares en fronçant les sourcils, pensive.

Elle risqua doucement une main jusqu'à ce qu'une autre se pose sur son épaule.

- Je ne ferais pas ça si j'étais toi, lui conseilla Chat Noir derrière elle.

Sursautant légèrement, elle se redressa pour faire face à son coéquipier. Ce dernier avait le regard grave, ayant à ce moment perdu son éternel sourire espiègle ainsi que son entrain habituel. Lui-même devait être désorienté par ce qu'il se passait.

- Que se passe-t-il Chat ? Tu sembles moins loquace que d'habitude, fit-elle après un court moment.

- Ne t'inquiète pas, je n'ai pas encore donné ma langue au chat, lança le héros blond avec un sourire en coin.

- Alors celui-là... dit-elle en levant les yeux au ciel.

- Chapristi ! Toujours aussi froide, s'insurgea-t-il en posant une main sur sa poitrine.

Ce dernier jeu de mots lui valut une belle pichenette sur le front. Après avoir massé la zone endolorie, il reprit son sérieux et balaya la rue du regard.

- Mais que s'est-il passé ici ? demanda-t-il en sortant son bâton par pur réflexe.

- Je n'en sais rien. Quand je suis arrivée, il n'y avait déjà plus rien, expliqua la bleutée.

- Et cette odeur nauséabonde... Il faut qu'on retrouve celui qui a fait ça.

À l'instant même où Ladybug acquiesça, un terrible hurlement traversa le quartier tout entier. C'était à glacer le sang, si bien que les deux protagonistes attrapèrent leurs armes et se propulsèrent à toute vitesse. Il ne leur fallut que très peu de temps pour arriver sur les lieux et ce qu'ils virent juste avant de pouvoir intervenir les brisa.

Un homme marchait d'un pas lent. Il portait une sorte de tenue ample oscillant entre le rouge et le violet. La peinture sur son visage montrait un masque à oxygène couleur sang. Il portait à la main droite un petit pistolet dont le bout était en entonnoir.

Il s'arrêta devant une personne recroquevillée contre un mur, les bras de cette dernière protégeant son visage. Il s'agissait d'un des gérants du coin, proche de la trentaine. L'akumatisé pointa son arme vers l'homme à genoux, prêt à tirer. Le rictus qu'il affichait étira la peinture sur son visage, lui offrant l'apparence d'un véritable démon.

- NON PAS ÇA ! JE VOUS EN SUPPLIE !

Mais il était trop tard, le vilain fit feu sur sa victime. Une énorme quantité de liquide aspergea ce dernier, le faisant hurler de douleur.

- HNNNNNNNG... AAAAAAAAAAARG !

Le gérant regarda son corps, complètement paniqué. Il attrapa alors sa tête et se tortilla dans tous les sens. Il roula sur le sol, comme pour tenter d'éteindre un feu qui le consumait. Petit à petit, ses membres commencèrent à se décomposer. Sa peau se mit à fondre si bien qu'une partie de son squelette devint visible. Au bout d'interminables secondes de supplice, ses supplications s'étouffèrent jusqu'à ce qu'un silence cruel se fasse entendre. Complètement dissous, il ne restait de lui plus qu'une flaque violette.

Devant cette vision horrifique, Ladybug ne tint pas. Elle vomit sa bile jusqu'à ce que son ventre la fasse atrocement souffrir. Elle toussait et crachait fortement sans pouvoir s'arrêter.

Alors ce qu'on a vu était en fait...

À cette pensée, elle vomit de plus belle. C'était un véritable cauchemar. Combien de personnes ce monstre avait-il tuées avant de venir ici ? Chat Noir n'en menait pas large non plus. Il avait également compris ce qu'il s'était passé dans l'avenue qu'ils avaient inspectée. Il avait le teint livide et se retenait fortement de tout rendre. Malgré son état, ses bras s'enroulèrent autour des épaules de sa partenaire, la soutenant.

- Ladybug, nous devons l'arrêter, à tout prix.

- Mais, tu as vu ce qu'il a fait, il a... Mais un nouveau vomissement l'interrompit.

- Je sais, c'est tout bonnement abominable, dit-il en braquant un regard foudroyant sur l'ennemi. Mais il risque de faire un vrai massacre si nous n'intervenons pas.

C'est lorsqu'il aperçut l'akumatisé se rapprocher dangereusement d'une autre personne qu'il se décida à agir. Malgré toute son appréhension et sa peur, il se releva et se prépara à sauter du toit pour combattre ce terrible individu. Mais avant qu'il ne puisse s'élancer, une main attrapa la sienne. Ses yeux émeraude rencontrèrent ceux d'une héroïne qui n'arrivait pas à faire face.

- Je me rends bien compte que c'est notre devoir.

Elle resserra son emprise sur son gant.

- Mais nous ne nous sommes jamais retrouvés dans cette situation et je ne veux pas que toi aussi... tu... articula-t-elle entre deux toussotements.

Au-delà de son mal-être, elle avait peur, terriblement peur. Jamais dans sa vie de super héroïne, elle n'avait ressenti une telle angoisse. Celle qui vous cloue sur place, vous assèche et vous fait comprendre que vous risquez de tout perdre en un instant.

Devant la détresse de sa coéquipière, Chat Noir s'agenouilla devant elle et posa sa tête sur son front, son regard transperçant le sien.

- Écoute, nous avons été choisis pour être les héros de Paris. Qu'importe les dangers auxquels nous devons faire face, nous avons juré de protéger chaque habitant de cette ville. Nous sommes liés toi et moi et nous resterons ensemble, jusqu'au bout. C'est notre vie, notre combat.

Il ferma alors les yeux, intensifiant le contact.

- Et je sais qu'à tes côtés, je ne risque rien.

Sans lui laisser la possibilité de répondre quoi que ce soit, le héros noir fit volte-face et se jeta dans le vide. L'akumatisé avait déjà levé son arme lorsqu'une ombre vint saisir la personne en danger. Le liquide mortel rencontra le mur qui se trouvait derrière sans causer le moindre dégât.

- Sauvez-vous, vite ! intima Chat Noir à la personne dans ses bras.

Se retournant lentement, la victime du Papillon fixa Chat Noir sans quitter son affreux rictus. Il gardait le dos voûté et marchait de manière nonchalante, les jambes écartées. Sa dégaine lui donnait un air de psychopathe en puissance.

- Mais que voilà un mignon petit héros, accomplissant sa bonne action du jour. Tu veux peut-être un petit cadeau pour fêter ça ? dit-il en pointant son pistolet sur son vis-à-vis.

Sans le quitter du regard, l'alter ego d'Adrien déplia son bâton. Il pointa le bout de son arme vers le visage de l'akumatisé, comme pour le défier. Une rage profonde commença à se réveiller en lui et la simple vue de son ennemi ne faisait que la renforcer.

- Je n'ai pas de temps à perdre en discussion inutile avec toi, fulmina-t-il, des éclairs dansant dans ses yeux verts. Tu n'es qu'un monstre.

- Moi ? Un monstre ? Quelle grave accusation et quel manque de politesse. Les gens manquent vraiment d'éducation de nos jours. Sache que je m'appelle Erasor et que je ne fais qu'aider ces personnes à devenir de véritables œuvres d'art.

Sans permettre au héros d'intervenir, il montra alors toutes les flaques présentes autour de lui.

- Regarde ! C'est magnifique, n'est-ce pas ?! Les voir gesticuler pour tenter d'échapper à leur destin pour finalement se retrouver morts à mes pieds. C'est tellement beau que j'en ai des palpitations, frissonna-t-il, les yeux presque révulsés.

- Tu es complètement malade... cracha Chat Noir qui n'avait toujours pas bougé.

- C'est ton point de vue, mon cher ami. Mais ne t'en fais pas, ricana-t-il en se léchant les lèvres, tu vas bientôt faire partie de ce merveilleux spectacle et je m'en délecterai lorsque que je te déroberai ton Miraculous sur tes restes encore fumants !

Alors qu'il s'apprêtait à attaquer, un yoyo lui arriva de face, le repoussant jusqu'à un tas d'ordures derrière lui. Se tenant le visage d'une main, il fusilla du regard Ladybug qui se tenait maintenant à côté de son coéquipier.

- Commence par regarder devant toi avant de proférer de telles menaces, dit-elle en ramenant son yoyo à sa ceinture.

Il se dégagea de sa prison abjecte avec un grognement rageur. Décidé à les réduire en bouillie, il s'avança rapidement vers eux, tirant des salves de liquide à répétition. Chat Noir se plaça devant et balaya l'attaque en faisant tournoyer son bâton à une vitesse folle, rendant l'assaut complètement inefficace.

- Oh, je vois... se contenta de dire Erasor.

Il prit alors ses distances et recommença à tirer mais cette fois-ci en tournant autour d'eux. Dos à dos, les deux héros paraient chaque tentative. Bien que cette stratégie les rendait impossibles à toucher, cette position défensive ne leur permettait pas de passer à l'offensive.

- Chat, on va tenter autre chose.

Lorsqu'il eut entendu les consignes de sa coéquipière, il se mit à sourire de manière espiègle. D'un coup, il rompit la formation qu'ils avaient gardée jusqu'alors et fonça sur son adversaire. L'akumatisé se stoppa face à cette initiative mais décupla le nombre d'attaques.

Lorsque l'un de ses tirs faillit toucher sa cible, Ladybug apparut aux côtés de son partenaire et para le coup. Ils continuèrent à se relayer et finirent par atteindre Erasor.

Le héros blond frappa le bras de ce dernier qui partit sur le côté. Ladybug en profita pour enrouler son yoyo autour de son poignet et tira de toutes ses forces. Malheureusement, doté d'une force bien supérieure à la normale, il replia le bras et ramena l'héroïne vers lui, lui infligeant un puissant crochet au niveau de sa trachée. L'action s'était passée si vite que Chat Noir n'avait rien pu faire.

La violence de ce coup fut telle que le jeune homme entra dans une colère froide. Il enchaîna sans discontinuer, faisant fi de son endurance et de son énergie. Alors que l'akumatisé s'apprêtait à lui écraser la tête avec le manche de son arme, Chat noir tacla violemment ses jambes. Tombant lourdement sur le dos, l'opportunité était grande. Peut-être même un peu trop.

Il amorça un coup dévastateur, abattant son bâton de ses deux mains droit vers la cage thoracique de ce meurtrier. Mais, au milieu de sa course, une nouvelle cécité le frappa, bien plus violente que celle contre Legumania.

Le choc qu'il ressentit le fit tituber sur le côté. Il zigzagua un petit moment, tentant de retrouver un semblant de lucidité en secouant la tête. Son ennemi n'attendit pas qu'il se rétablisse. Il se releva et lança une salve gigantesque dans sa direction.

Ses facultés visuelles retrouvées, il vit avec horreur le torrent qui allait l'engloutir vivant. Un câble vint alors lui saisir la taille et le ramena en arrière, le sauvant in extremis. C'est une Ladybug essoufflée, le genou à terre, qui avait réussi cet exploit.

- Ma Lady, ça va ? demanda-t-il en s'agenouillant à ses côtés.

- Arg... gémit-elle en se massant la gorge, il ne m'a pas loupée.

- Bande de morpions, lâcha Erasor avec colère.

Ce monstre était déjà à leur hauteur, ne leur laissant aucun répit. Mais avant qu'il ne puisse faire feu, les pupilles de Chat noir se dilatèrent. Il glissa sur le sol et se propulsa en l'air à l'aide de ses bras, exécutant un fulgurant coup de pied dirigé vers le ciel. Ce dernier rencontra le poignet du super-vilain qui fut repoussé dans la même direction. D'une habile pirouette arrière, le jeune héros se rétablit sur ses jambes et frappa de toutes ses forces avec son bâton le flanc droit de son adversaire qui para en l'attrapant au vol.

- Petit merdeux... fulmina-t-il

Il leva son bras et plia ce dernier derrière lui. Le sang de la bleutée ne fit qu'un tour. Avec une précision incroyable, elle se releva et envoya son yoyo s'enrouler autour de l'arme dérobée de son coéquipier, le bloquant derrière la nuque de Erasor.

- Tu es à moi maintenant, lança Chat Noir.

Dans une dernière tentative, l'akumatisé tira à nouveau un petit projectile de liquide. Plus rapide, le héros noir sauta et envoya son genou rencontrer le menton de son vis-à-vis. Il passa alors au-dessus et la semelle de sa botte aplatit le visage de l'akumatisé sur le sol, mettant définitivement un terme au combat.

- Bon sang ! On l'a eu, dit-il, complètement éreinté, à la limite de tomber. Tu as été incroyable Ladybug, sans ta dernière intervention jamais je n'aurai pu...

En se tournant vers elle, ses mots devinrent poussière. Toute l'euphorie provoquée par sa victoire disparut d'un coup.

Là, juste sous ses yeux, sa coéquipière de toujours avait été touchée par le liquide mortel d'Erasor au niveau de l'estomac.

Sous le feu brûlant de ce poison et à bout de souffle, elle tomba lentement en arrière. Chat Noir, sous le coup de l'adrénaline, la rattrapa avant que sa chute ne lui soit fatale et s'agenouilla, la laissant reposer sur son avant-bras.

- Non, non, non ! paniqua-t-il.

Il remarqua que le liquide était sec à présent mais se propageait de plus en plus sur l'ensemble du corps de la bleutée. Comme si une chrysalide commençait à la recouvrir.

Il se mit à réfléchir à toute vitesse. Comment lui retirer ça ? Elle n'avait pas utilisé le Lucky Charm et de toute manière, il semblait maintenant inutile sur les blessures engendrées par les blessures des super vilains. Les secours ne seraient pas non plus d'une grande aide.

Il avait beau retourner le problème dans tous les sens, il ne trouvait rien. Son poing frappa le sol de colère. Il n'y avait rien à faire, à moins que...

Il regarda sa main droite et une idée lui vint. Une idée saugrenue, terriblement dangereuse... Mais avait-il vraiment le choix ?

- Pardonne-moi ma Lady, dit-il en la regardant avec compassion.

Il contempla sa paume durant un bref moment jusqu'à fermer sa main. Dans un murmure, il prononça :

- Cataclysme...

Son gant se teinta d'énergie noire. Inspirant profondément, il se concentra en fermant les yeux, tentant une chose qu'il n'avait jamais faite jusqu'alors. Faisant appel à toute sa volonté, il redirigea le flux de son pouvoir au bout de son majeur et de son index. L'amas d'énergie dansait à présent au bout de ses doigts, lui offrant le scalpel le plus destructeur de l'Histoire.

Délicatement, il le mit en contact avec la surface du poison qui continuait à s'étendre. Il se concentra de toutes ses forces, refusant de laisser son pouvoir s'écouler n'importe comment. Il ne savait pas comment il parvenait à maîtriser cela mais la découverte de ce nouveau don lui permettait de détruire à petit feu ce poison mortel.

Il n'avait cependant pas le droit à l'erreur. S'il touchait le costume de sa coéquipière ou s'il forçait trop sur son pouvoir, il allait probablement la tuer sur le coup. Des perles de sueur commencèrent à tomber de son front mais il tenait bon. Maintenir ce flux lui aspirait en continu son énergie et il n'avait que 5 minutes.

La dernière parcelle du liquide était visible, encore un peu, juste un tout petit peu...

Tu... n'en... feras... RIEN

Cette voix d'outre-tombe rappela à Chat Noir de terribles souvenirs, lui glaçant la colonne vertébrale.

Tu croyais vraiment que je te laisserais la sauver ? Sache que tu m'appartiens, Chat Noir et ce depuis que tu as reçu ce petit présent de ma part sur ton bras. D'ailleurs, que dirais-tu d'assister à la mort de ta chère partenaire depuis tes yeux ?

La voix était froide, sadique, implacable. Chat Noir put voir que son bras s'était mis à luire. Il ne commandait plus rien et ses doigts commencèrent à descendre de plus en plus.

- Hors de question ! hurla-t-il, les dents serrées.

C'est alors qu'une terrible bataille mentale s'engagea, sans qu'aucun des deux ne puisse avoir le pas sur l'autre. Mais cela profitait bien plus au Papillon qu'à lui.

Tu ne peux rien faire et bientôt, j'arriverai à te briser complètement pour savoir qui tu es. Ce n'est qu'une question de secondes.

Il secoua la tête avec force, il devait le repousser. Une minute ? S'ils étaient ainsi connectés, qu'est-ce qui empêchait à Chat Noir de ne pas faire la même chose ? Redressant sa tête où ses mèches blondes commençaient à se plaquer sur son visage, il envoya toutes ses dernières forces dans un ultime assaut mental.

Que fais-tu ?! Tu oses rentrer dans mon esprit !

Exact et j'ai bien l'intention de foutre un joyeux bordel dans votre petite caboche, lança Chat Noir.

Aucunement préparé à ce revirement, le Papillon rompit immédiatement le contact avec le héros noir. Débarrassé de cet intrus, il reprit immédiatement son office. Il n'avait plus de temps à perdre.

J'y suis presque !

C'est après avoir anéanti la dernière tâche qu'il relâcha enfin son pouvoir. Ceci fait, Ladybug ouvrit difficilement les yeux. Elle tâta son ventre et prit conscience que toute trace du liquide avait disparu. À genoux à côté d'elle, les yeux obstrués par sa chevelure en bataille, le jeune homme esquissa un sourire symbolisant sa réussite.

- Je t'en dois encore une chaton, dit alors la bleutée en posant sa paume sur sa joue fiévreuse.

Mais Chat Noir ne bougeait plus. Il restait planté là, respirant faiblement.

- Chat ? s'inquiéta-t-elle

- Tu es... en... vie, parvint-il à articuler

- Oui, je suis là, dit-elle avec un sourire plein de tendresse.

- L'akuma... Il faut... en finir.

À ces derniers mots, son corps le trahit. Il commença à tomber sur le côté, rattrapé de peu par Ladybug.

- Chat, réponds-moi. Chat Noir !

Mais c'était inutile, il ne répondait plus. Alors qu'elle continuait à tenter de le réveiller, elle ne remarqua pas qu'un halo vert commença à remonter depuis les jambes de son coéquipier. Petit à petit, des habits civils apparurent : un jean bleu fin, un t-shirt pour finir par une magnifique chemise blanche. Le masque noir fut la dernière pièce à disparaître. Un Adrien Agreste inconscient se trouvait à présent face à une héroïne complètement abasourdie.

- A-Adrien ? bafouilla-t-elle, incrédule.

Elle n'en revenait pas. Depuis tout ce temps, son unique amour se trouvait être son meilleur allié. Lui, Chat Noir ? Elle ne pouvait pas le croire.

- Ladybug ? Ladybug ! l'interpella une petite créature noire.

Elle tourna la tête vers lui sans décrocher de son expression surprise.

- N'oublie pas ce qu'a dit Adrien. Purifie l'akuma. Maintenant !

- Mais... je...

- Plus tard les questions. Ne gâche pas la chance qu'il t'a donnée !

Elle obtempéra finalement, reprenant conscience de l'assassin qui était encore évanoui. Elle marcha vers lui, encore faible, et entreprit de détruire ce fichu pistolet. Mais à peine l'eut-elle effleuré que son ennemi releva la tête avec un sourire démoniaque. Il tira mais dans un réflexe fulgurant, la bleutée s'écarta sur le côté.

Pourtant, derrière elle, dans un buisson, se trouvait quelqu'un. Quelqu'un qui n'aurait jamais dû se trouver ici, à ce moment précis : une jeune reporter était maintenant devenue la cible de cette dernière attaque.

- ALYA ! Hurla Ladybug au bord du désespoir.

Non, rien ne pouvait plus empêcher ça.