7. Les folles se déchaînent !
Nous étions, Miu et moi, dans ma chambre, nous remémorant les consignes de Bard.
- Bon, dit Miu, tâchons d'agir le plus normalement possible. Il ne faut en aucun cas que Ciel et Sébastian n'aille dans le salon, dans le hall, dans la cuisine, dans le jardin extérieur, dans…
- En gros, la coupai-je, ils ont juste le droit d'aller dans le bureau ou dans les chambres.
- Voilà, c'est ça ! Et ils ne doivent se douter de rien.
J'opinai, sans grande conviction. Mais pourquoi avais-je accepté de les aider ? Au vu des compétences des domestiques, le manoir allait prendre feu avant la fin de la journée. Et Sébastian risquait fort de ne pas apprécier… Combien coûtait un cercueil chez Undertaker, déjà ?
- Rappelle-moi juste pour quelle stupide raison Sébastian ne doit pas être mis au courant ?
- C'est parce que cette fête est un cadeau de la part des domestiques pour Ciel et que, selon Bard, si Sébastian savait ce qu'ils préparaient, il ferait tout à leur place et ce ne serait plus leur cadeau.
- Voilà donc la raison stupide de notre future mort… frémi-je.
- C'est trop tard, on a promis… Et puis, de toute façon, s'exclama soudain Miu, des étoiles plein les yeux, moi aussi je veux participer au cadeau d'anniversaire de mon Ciel adoré !
Euh… « Son Ciel adoré » ? Et après, c'est moi l'obsédée qui pense trop à Sébastian ?! C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! Je m'apprêtais à lui faire la morale mais elle ne m'en laissa pas le temps. Elle me saisit par le bras et me traîna hors de la chambre en brandissant le poing et en gueulant « C'est parti, mon kiki ! »
Il était huit heures. Normalement, Ciel devrait être dans son bureau avec Sébastian, en train de lire son courrier. Nous nous sommes donc postées, Miu et moi, juste derrière la porte, l'oreille aux aguets. On ne comprenait rien à ce qu'ils disaient. Puis la voix de Sébastian se fit de plus en plus clair, de plus en plus proche… On s'écarta pile au moment où le majordome ouvrit la porte.
- Que faites-vous là ? nous demanda-t-il, surpris.
- Euh… C'est-à-dire que…
Mon cerveau fonctionnait au ralentit. Heureusement, Miu sauva la face.
- On est venu voir Ciel ! s'exclama-t-elle d'une fausse voix enjouée pas si fausse que ça.
- C'est que Monsieur est un peu occupé… commença Sébastian.
Mais Miu rentra malgré tout dans la pièce.
- Bonjour Ciel ! Tout va bien, ce matin ?
- Euh, oui… Mais que faites-vous ici aussi tôt ?
- Oh, mais rien du tout ! On voulait juste voir notre Comte préféré !
Par pitié, mais faites la taire ! Sébastian sourit.
- Eh bien, Monsieur, je vous laisse discuter un peu. Je vais aller en cuisine préparer votre thé.
En cuisine ? Oh non, non, non ! Vite, vite, je dois trouver quelque chose ! Mais dans ce genre de situation, mon cerveau tournait au ralentit. Et encore une fois, Miu sauva la face.
- Non, non, laisse ! Je m'en occupe ! J'ai une de ces envies de préparer du thé, c'est fou !
Et sans lui laisser le temps de réagir, elle sortit de la pièce en trombe. Un lourd silence s'installa.
- Je vous trouve bizarre, toutes les deux, ce matin, avança Ciel.
- Mais… Mais pas du tout, voyons ! Qu'est-ce que vous allez imaginer ? Ah ah ah !
Je remuais les mains devant moi comme le faisaient les héroïnes de manga quand elles étaient gênées. Plus cruche que moi, tu meurs.
- Sébastian, reprit Ciel, quand Miu reviendra, dis lui de m'apporter mon thé au salon.
- Bien Monsieur.
- Au salon ?! m'exclamai-je. Ah mais non ! Vous ne pouvez pas aller au salon !
- Quoi ? s'étonna Ciel. Et pourquoi donc ?
- Euh… Je… Euh… C'est-à-dire que…
Vous ai-je déjà dit que mon cerveau tournait au ralentit dans ce genre de situation ? Et cette fois-ci, Miu n'était pas là pour sauver la face. Je fis alors une chose vraiment, mais alors vraiment stupide.
- AAAAHHHH ! AU SECOURS ! UN CHAT !
Non mais quelle conne ! Mais pourquoi je m'étais mise à gueuler comme ça ? Et à cause d'un chat imaginaire, en plus… Ciel, en mode paniqué, et Sébastian, en mode gaga, se retournèrent en même temps.
- Minou, minou ! Où es-tu mon petit chaton ?
- Sébastian ! Fais-moi sortir ce…
La scène se figea quelques secondes.
- Mais de quel chat tu parles, Alice ? Il n'y a rien.
- Ah ah ah ! Je… J'ai dû me tromper ! Ah ah ah !
- Oh… fit Sébastian, déçu.
Je me faisais l'effet d'une parfaite idiote.
- Vous êtes vraiment bizarres, aujourd'hui ! m'accusa Ciel. Vous entrez dans mon bureau comme des furies, Miu est prise d'une soudaine envie de préparer le thé et toi, tu as des visions de chats… Je ne sais pas si tout le monde est aussi étrange à votre époque, mais si c'est le cas, je suis bien content d'être né au 19ème siècle ! Enfin bon, passons… Qu'est-ce que je disais, déjà, avant que tu ne m'interrompes ?
- Vous vouliez relire toutes vos lettres ! affirmai-je en insistant bien sur le « toutes ».
Au moins, je ne m'étais pas ridiculisée pour rien. Je gagnais ainsi de précieuses minutes. Enfin… C'était sans compter sur Sébastian.
- Mais non, voyons. Monsieur venait de me demander d'apporter son thé au salon quand Miu reviendrait.
Raté. Ce majordome était peut-être un super beau gosse, mais sur le coup, j'avais envie de lui foutre des claques. La seule chose qui me retenait était sa condition de démon. Combien de temps pouvait espérer tenir une humaine désespérément maladroite face à un diable en colère ? Je ne me sentais pas trop de tenter l'expérience. Heureusement, Miu arriva, tenant une tasse de thé brûlant.
- Et voilà ! Je n'ai pas été trop longue, j'espère ?
- Tu arrives pile au bon moment, dit Ciel. Je vais au salon, apporte-moi mon thé là-bas.
- Aucun problème ! s'exclama Miu, tout sourire. Dit Alice, tu veux bien tenir la tasse pour moi un petit moment ?
- Euh… C'est que je risque de la faire tomber…
- Mais non, voyons ! Juste une minute ! Je commence à me brûler les doigts !
Bon sang mais qu'est-ce qu'elle foutait ? Elle n'avait pas capté que « son Ciel adoré » se dirigeait au salon, ou quoi ? Et je n'avais plus d'idées pour l'en empêcher. Accablée, je pris la tasse des mains de Miu et commençai à marcher pour rejoindre Ciel et Sébastian dans le couloir. C'est alors que, je ne sais comment, je trébuchai, tombai et renversai par la même occasion le thé brûlant sur la chemise du Comte.
- Oh, non ! Je suis vraiment désolée !
- ARGH ! C'est chaud !
- Monsieur !
Je me retournai vers Miu.
- Et voilà pourquoi je ne voulais pas tenir la tasse !
- Voilà justement pourquoi je voulais que tu la tiennes, me chuchota Miu. Heureusement que je peux compter sur ta maladresse !
Elle souriait d'un air machiavélique. Sébastian aussi d'ailleurs, me gratifia de son sourire sadique. Oh non… Ca y est, direction Undertaker.
- Alice… commença le démon. Je sais que tu es l'invitée de Monsieur et je sais que tu es une fille mais, vois-tu, j'ai beaucoup de mal à me retenir de te tuer. Je ne suis peut-être qu'un majordome, mais tu n'imagines même pas de quoi je suis capable lorsqu'il s'agit de mon maître.
Glups… Bien au contraire, je le savais très bien. Et c'en était d'autant plus flippant. Heureusement pour moi, Ciel intervint.
- C'est bon, Sébastian. Tu sais comment est Alice… Viens plutôt m'aider à me changer.
- Yes, my Lord.
Et ils partirent, nous laissant seules, Miu et moi.
- Dis… Il va se doucher, Ciel ? me demanda mon amie.
- Bah je crois… Pourquoi ?
- Je viens d'avoir une idée géniale ! Viens !
Et elle m'entraîna dans les couloirs du manoir.
- Mais qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je.
- Tu verras.
On s'arrêta devant la salle de bain du Comte.
- Niark niark niark !
- Miu ! m'indignai-je. Tu ne vas quand même pas…
- Chut ! me coupa-t-elle. Tu sais qu'il n'y a pas de fenêtre dans les salles de bain du manoir ?
- Oui. C'est pour empêcher les perverses de ton genre d'espionner les gens quand ils se douchent. Si Sébastian nous voit ici, il va vraiment nous tuer !
Mais Miu s'approcha quand même de la porte.
- Arrête ! Je t'interdis de regarder par la serrure !
Miu m'ignora, s'approcha d'un des meubles du couloir et le tira jusque devant la porte. Elle se recula, visiblement fière d'elle.
- Et voilà ! Ils sont enfermés tous les deux dans la salle de bain. Et ils ne peuvent pas s'échapper par la fenêtre vu qu'il n'y en a pas ! Muahaha ! Je suis machiavélique !
Hein ? Je clignais des yeux, ahurie.
- Tu ne croyais quand même pas que je voulais espionner Ciel dans son bain ?
- Euh… Si ?
Elle me frappa le haut du crâne.
- Aïe ! protestai-je
- Maintenant, on a plus qu'à monter la garde toute la journée devant la porte, jusqu'à ce qu'ils aient le droit de sortir.
- Super…
On s'assit donc, adossées sur le mur d'en face, regardant une porte derrière laquelle pouvait se passer bien des choses…
