Chapitre dix
Cela faisait presque deux heures et demie qu'il attendait sur le palier devant l'appartement de Beckett. Mais il était déterminé et ne lâcherait pas l'affaire. Il patienterait le temps qu'il faudrait, car il était hors de question qu'il perdît une fois de plus la chance de s'expliquer avec la jeune femme.
Plusieurs de ses voisins déjà étaient venus lui poser des questions sur sa présence en ces lieux. Il avait dû montrer patte blanche. La détective était appréciée dans l'immeuble ! Au fil de leurs discussions, Castle avait réussi à se faire apprécier. Il avait dédicacé plusieurs de ses ouvrages et promis d'utiliser les prénoms de ses nouveaux amis dans ses prochains romans.
- Savannah, marmonna-t-il, ce sont des romans policiers que j'écris, pas des romans d'amour…Pff… Je ne me vois pas appeler une tueuse psychopathe comme ça ! Si elle me pardonne, je demanderai à Beckett de déménager. C'est radical, mais au moins la plus cruelle des veuves noires ne s'appellera pas Savannah !
Des bruits de pas dans les escaliers attirèrent son attention, il tourna la tête. Enfin elle était là. Toujours aussi belle et envoutante. Comment avait-il pu se penser capable de l'oublier ?
Surprise, elle lâcha les sacs qu'elle portait en l'apercevant. Il lui offrit un sourire contrit. Elle fronça les sourcils. Gagner sa confiance ne serait pas facile. Il sortit son gobelet de café de derrière son dos et lui tendit en guise de drapeau blanc. Elle hocha la tête et eut du mal à empêcher un léger sourire de fleurir sur ses lèvres.
Encouragé par sa réaction, il sortit le bouquet de fleurs qu'il cachait encore dans son dos et pencha la tête comme un enfant pris en faute qui chercherait à amadouer l'adulte dans l'espoir d'adoucir la punition. Lorsqu'il ajouta un regard suppliant digne du chat Potté, elle roula des yeux mais ne pût s'empêcher de sourire franchement. Il était revenu. Quelles que fussent ses intentions par rapport à leur relation, elle était heureuse de le revoir. Il était là et c'était tout ce qui comptait.
- Je n'ai écouté mes messages que ce matin... Dit-il d'un air contrit. Je serais venu plus vite, si je l'avais fait avant.
- Vous étiez occupé, répondit-elle d'un air détaché en haussant les épaules, désireuse de ne pas trop lui montrer à quel point elle était heureuse de le revoir.
Elle ramassa ses sacs, s'avança vers la porte de son appartement et sortit ses clés pour l'ouvrir. Il fallait qu'elle garde la tête froide et qu'elle ne se fasse pas de fausses idées car plus dure serait la chute, s'il ne souhaitait pas la même chose qu'elle.
Il y eut le déclic de la serrure qui se déverrouille et la porte s'ouvrit.
- On sera mieux à l'intérieur, dit-elle un peu fraîchement en s'écartant pour le laisser entrer.
Bon, elle lui en voulait, c'était de bonne guerre, mais contrairement à lui, elle ne fuyait pas la confrontation, c'était déjà ça !
Encouragé par la réaction de Beckett, Castle entra dans l'appartement. Elle aurait pu lui faire des reproches, lui demander de partir ou carrément de disparaitre de sa vie, mais elle n'en avait rien fait. Non, elle semblait même ne pas être trop fâchée, c'était un bon début.
Elle entra à sa suite, déposa ses sacs sur la table et accrocha sa veste dans la penderie sans un mot. Elle se sentait nerveuse comme une lycéenne qui attend son cavalier pour se rendre au bal de promo. Elle avait toujours trouvé cela ridicule. C'était d'ailleurs pour cela que Rebel Beck n'était pas allée au bal de promo, elle avait préféré aller écouter de la poésie dans l'East village. Son cerveau tournait à plein régime. S'il y avait bien une chose à laquelle elle ne s'attendait pas, c'était de le trouver devant sa porte en rentrant ce soir!
Que voulait-il ? Une explication ? Revenir au poste ? Plus ? Il avait apporté des fleurs, peut-être que... Pourquoi fallait-il qu'elle soit si nerveuse ? Elle inspira et se retourna vers lui en espérant avoir l'air cool, détachée et un peu fâchée aussi. Elle n'allait pas trop lui faciliter la tâche non plus!
- Je vous débarrasse de votre veste? Proposa-t-elle.
- Volontiers! Euh... Tenez, c'est pour vous! Accepta-t-il en lui tendant son café ainsi que son bouquet.
- Merci, c'est gentil, sourit-elle (zut ! c'était raté pour l'air fâché). Alors…Euh… Cela faisait longtemps que vous étiez là ?
- Oh !... Un moment…
- Si vous m'aviez appelée, je ne vous aurais pas fait autant attendre, rétorqua-t-elle en préparant un vase pour les fleurs.
Outch ! Elle ramenait le téléphone sur le tapis, elle ne lui faciliterait sans doute pas la tâche.
- Pas de problème, répondit-il, je ne m'attendais pas à ce que vous rentriez très tôt. Et puis, j'ai réussi à convaincre monsieur Kubiak de ne pas appeler la police tout de suite. J'avais encore… Euh… Environs dix minutes de répit…
Un sourire de plus. Elle était contente qu'il soit là malgré ce qu'elle voulait lui faire croire ! Elle l'invita à s'installer dans le salon, c'était même très bien parti, finalement !
Il s'avança vers le canapé puis se retourna. Il devait lui parler sans détours.
- Dans votre premier message, vous disiez que vous vouliez me parler, commença-t-il bien décidé à éviter de parler son second message dans lequel elle lui souhaitait d'être heureux avec Jacinda.
- Oui, euh...
Ouille, il mettait les pieds dans le plat, l'heure des explications avait sonnée. Et s'il n'aimait pas ses réponses? Repartirait-il loin d'elle définitivement cette fois? Elle ne savait par où commencer, sa nervosité grimpa d'un cran.
- Je suis là, que vouliez-vous me dire?
Il avait parlé de façon un peu abrupte, il craignait qu'en deux semaines, elle se fut ravisée et de nouveau cachée derrière son mur. Il n'avait pas envie de repartir dans un jeu de chat et de souris.
- Oui, euh... Hésita-t-elle un instant... Rahhh... Ce n'est pas facile...
Elle prit une grande inspiration et se lança:
- Durant les dernières semaines avant votre départ, j'avais remarqué que quelque chose avait changé dans votre attitude... Vous étiez devenu plus distant... J'ai d'abord mis cela sur le compte de cette histoire de bombe... Nous avions tous été secoués par cette affaire... Et puis vous êtes arrivé sur la scène de crime avec cette... Avec Jacinda, se reprit-elle. Castle, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, j'ai dû faire quelque chose de mal, ou dire quelque chose qui vous a froissé... Je ne prétends pas savoir de quoi il s'agit, mais je m'en excuse. Sachez que si je vous ai blessé, j'en suis désolée, je ne voulais pas vous heurter...
- J'ai tout entendu, répliqua-t-il sans hésiter pour jouer cartes sur table.
Elle eut l'air surpris, elle ne voyait pas du tout de quoi il parlait. Il continua pour éclairer sa lanterne.
- J'étais derrière le miroir sans tain, je vous ai entendue dire à ce suspect que vous aviez pris une balle et que vous vous souveniez de chaque seconde!
Ses magnifiques yeux verts s'agrandirent de surprise. Elle réalisait enfin ce qu'il lui reprochait.
- Chaque seconde, Kate! Vous m'avez menti... Vous vous souveniez de tout... Je vous avais dit que je vous aimais et vous m'avez menti! Gronda-t-il, incapable de gérer la colère qu'il ressentait encore. J'aurais pu comprendre, vous savez... Si vos sentiments n'étaient pas réciproques, il suffisait de me le dire. Mais vous n'aviez pas le droit de me mentir et de me laisser espérer quelque chose qui n'arriverait jamais!
Elle ferma les yeux, comprenant enfin les raisons de sa colère. Il avait cru qu'elle avait joué avec ses sentiments. Elle l'avait blessé par son attitude fuyante. Il en avait déduit qu'elle n'éprouvait rien pour lui, alors que c'était tout le contraire.
- Ce n'est pas ça! Vous ne comprenez pas! Répondit-elle les larmes aux yeux.
- Expliquez-moi alors! Pourquoi m'avez-vous menti? Tonna-t-il incapable de rester calme.
- Parce que j'étais terrifiée! Montgomery venait de mourir, on avait voulu m'assassiner à son enterrement et…
- Vous aviez besoin de guérir, j'ai bien compris, siffla-t-il las de ces mêmes excuses qu'elle lui avait déjà fournies des dizaines de fois.
- Vous ne comprenez pas…
- Bien sûr que je ne comprends pas ! Cria-t-il. On ne repousse pas ceux qui vous aiment pour ça ! C'est stupide !
- J'ETAIS TERRIFIEE ! Le coupa-t-elle. Au début, je ne pouvais même pas gérer ça ! Ça me prenait toute mon énergie rien que pour mettre un pied devant l'autre et affronter la journée !
- J'aurais pu vous aider ! Enragea-t-il, mais vous m'avez repoussé !
- Vous aviez risqué votre vie en essayant de me protéger! J'étais perdue, blessée et terrifiée à l'idée de ce qui aurait pu se passer si vous aviez réagi une fraction de seconde plus tôt! Répondit-elle au supplice.
- ... Que...? What?!
Toute sa rage reflua aussitôt, elle avait eu peur de le perdre ? Elle avait voulu le protéger en l'éloignant d'elle et de ce sniper dont elle était la cible alors qu'elle était tout juste convalescente ! Il n'osait croire à ce que cela sous-entendait. Son cœur bondit dans sa poitrine.
- Depuis cette funeste journée, expliqua-t-elle difficilement, je fais régulièrement le même cauchemar : on est dans le cimetière et c'est vous que la balle atteint! J'aurais pu vous perdre ce jour-là et c'était plus que ce que je ne pouvais supporter.
Wah ! Il ne s'attendait pas à celle-là ! Il hésitait maintenant entre colère et admiration pour la détective. Elle avait encore voulu tout gérer toute seule, mais elle avait fait ça pour le protéger. Elle seule était capable d'avoir des réactions aussi contradictoires et inattendues ! Le mystère Beckett avait encore frappé.
- Vous auriez dû m'en parler! Râla-t-il. On aurait trouvé une solution! Vous n'étiez pas obligée d'affronter tout cela toute seule !
- On m'a aidée, avoua-t-elle timidement.
- Qui ? Lanie ? Votre père ?
- Non. Je… J'avais besoin de…
- Une thérapie ? S'étonna-t-il car cela ne lui ressemblait tellement pas !
- Ça m'a bien aidée, acquiesça-t-elle.
Il sourit, heureux.
- J'étais blessée, Castle, continua-t-elle sans remarquer son changement d'attitude. Physiquement et moralement. Je n'étais plus la même et je ne voulais pas être cette femme démolie... Pas pour vous...
Il ouvrit grand les yeux en entendant cela.
- … Pour moi?
Il n'en croyait pas ses oreilles, se rendait-elle compte de ce qu'elle venait de dire? Sans doute, oui, Kate Beckett n'était pas du genre à parler sans choisir soigneusement chacun de ses mots. Elle avait fait tout cela pour lui ! Son cœur faisait maintenant des loopings dans sa poitrine. Non seulement elle avait voulu le protéger, mais en plus elle avait voulu guérir pour lui ! C'était Noël avant l'heure!
