Coucou tout le monde !
Ben voilà, je suis tellement accroc à vos messages que je ne résiste pas plus longtemps à vous poster la suite ! J' espère que cette dépendance ne me sera pas fatale ! lol !
Merci à vous tous, sympathiques lecteurs. Bisous à mes revieweuses de choc et à mes adorables commentateurs !
Bonne lecture !
Chapitre 10
Le fait d'avoir perdu la mémoire faisait naître en lui une multitude de questions sur son passé bien sûr, mais aussi sur sa personnalité. Quel genre de grand frère se permettait d'empêcher son cadet de vivre sa vie ? De l'entraîner dans des missions périlleuses où les armes étaient de rigueur ? Où le mensonge était apparemment un important moyen de communication ? Son rôle d'aîné n'était-il pas de le protéger, de lui inculquer des valeurs qui lui permettraient d'avoir un avenir prometteur ? Comme si leur vie n'était pas suffisamment dramatique ! Ils avaient perdu leurs parents et la fiancée de Sam avait été assassinée. De quel droit obligeait-il son jeune frère à le suivre au détriment d'une vie stable, normale, plus adaptée à ses désirs et surtout loin du danger ? Toutes ces interrogations, le fait de ne pas se rappeler allaient immanquablement le rendre fou !
Il était presque vingt et une heures lorsqu'ils arrivèrent à Missoula dans le Montana. Il avait bataillé dur mais il avait obtenu de Sam qu'il s'arrête pour qu'ils puissent se reposer un peu tous les deux. Ce prétexte était bien plus valable pour le plus jeune que pour lui ! Mis à part son désir d'en savoir un peu plus sur lui, d'où la nécessité de s'arrêter dans un lieu équipé d'une connexion Internet, il ne ressentait aucune fatigue. La santé déjà précaire de son cadet, en revanche, se détériorait à vue d'œil. Ne pouvant l'obliger à se faire soigner, il fut ravi de le voir finalement stationner l'Impala devant un petit motel à l'aspect antique mais propre.
Il avait repris le cours de ses pensées lorsque son moulin à paroles de frangin lui posa la double question fatidique pour la énième fois :
- Est-ce que ça va ? Tu te sens bien ?
Ca lui allait bien de le questionner sur son état de santé alors que lui-même avait une tête de déterré ! Avec les centaines de kilomètres qu'ils avaient parcourus ensemble, il avait appris à ne plus lui répondre : apparemment un simple regard suffisait. Il se contenta donc d'exprimer son humeur grâce à ses yeux ! Il vit Sam froncer le nez tout en affichant une mine boudeuse. C'était vraiment amusant de le voir comme ça et il ne s'en lassait pas. Son frère avait le visage d'un enfant de cinq ans à qui on aurait subtilisé son ours en peluche. Sauf que ce p'tit bout faisait près de deux mètres. Malgré son mal-être récurant, il trouvait ça hilarant ! Ce mec avait incontestablement un don pour exprimer ses émotions grâce à ses mimiques. Il avait une palette de moues différentes pour chaque occasion.
Aussitôt, et bien qu'il soit éveillé, une pléiade d'images fit son apparition devant ses yeux. Les expressions de visage de Sam s'affichaient les unes après les autres en une fraction de seconde : distant, heureux, triste, déconcerté, ferme, reconnaissant, froid, désolé, déterminé, anxieux, suppliant … Non ! Il essaya de contrôler sa respiration qui était devenue bien trop saccadée et aléatoire à son goût. Il sursauta lorsque son jeune frère frappa à la vitre de la portière.
- Qu'est-ce que tu fous ? Tu veux dormir là ?
Il se décida à sortir et suivit son cadet à la manière d'un pauvre type qui aurait trop bu. Il se sentait chanceler et sa bonne volonté ne suffisait pas à se ressaisir suffisamment vite à son goût. Arrivés à la réception, ils prirent une chambre à deux lits et il ne put s'empêcher de penser que ce serait bien plus difficile de faire ses recherches dans ces conditions. Les choses se compliquèrent lorsqu'il vit que le premier bagage que Sam descendait de la Chevrolet était justement la sacoche où se trouvait l'ordinateur portable qu'il souhaitait utiliser.
Ils montèrent l'escalier et trouvèrent leur chambre. Lorsqu'ils entrèrent, ils posèrent machinalement leurs sacs sur leur lit respectif : l'aîné s'octroyant la couchette la plus près de la porte, laissant celle la plus éloignée au plus jeune.
- J'vais prendre une douche, lança-t-il à l'intention de son cadet.
Il se réfugia dans la salle de bain où il put se rafraîchir. Quinze minutes plus tard, il en ressortait requinqué. Son jeune frère avait sorti le PC de son étui et l'avait installé sur la petite table mise à leur disposition. Génial ! se dit-il en constatant qu'il était connecté à Internet.
- OK, c'est mon tour, l'informa Sam tout en se levant de la chaise pour disparaître finalement dans la petite pièce d'eau.
Il ne perdit pas une seconde et tapa « Dean Winchester » dans un moteur de recherche. Aussitôt, plusieurs pages exposant de nombreux articles apparurent sur l'écran. Il cliqua sur un lien dont le passage qu'il venait de lire attira son attention. Il parcourut rapidement les deux encarts de faits divers. L'homme évoqué avait été retrouvé mort le 7 mars 2006. Il était le principal suspect de plusieurs homicides dans la ville de St Louis dans le Missouri. Le journaliste avait inséré quelques détails bien glauques sur les agressions, les tortures et les meurtres des différentes jeunes femmes. Les enquêteurs avaient retrouvé l'arme des crimes et ses vêtements tachés du sang d'une des victimes, prénommée Emily, dans le repère de cet assassin. Cet espèce de taré ne pouvait être qu'un homonyme. Il essayait tant bien que mal de s'en persuader lorsque son regard fut attiré par un portrait robot réalisé au crayon noir. Il déglutit difficilement quand il comprit qu'il n'avait plus de doute possible sur l'identité du criminel. De toute évidence, l'annonce de son décès avait été un peu prématurée !
Il changea de page et tomba sur un nouvel article qui relatait le fameux cambriolage dont lui avait parlé son frère dans la journée. Dans un reportage télévisé, une femme blonde parlait devant la caméra lorsqu'il se vit sortir de la banque juste derrière elle. Il était armé et donnait des instructions qu'il ne pouvait pas entendre. Son attitude était menaçante puis il regagna l'établissement sous les yeux interloqués de la journaliste. Là encore, il s'agissait bien de lui. Aucun doute possible ! Il se renseigna plus avant sur cette histoire. Le braquage avait eu lieu à Milwaukee et il y avait eu des morts. Son nom était cité à plusieurs reprises. On lui reprochait plusieurs faits antérieurs plus ou moins importants : fraudes à la carte de crédit, violations de sépultures … les plus sérieuses étant le vol à main armée, le kidnapping et les trois accusations de meurtres ! Quel genre de taré était-il ? Il se faisait horreur ! Et le pire dans tout ça, c'est qu'il avait arraché son petit frère à sa vie normale pour l'entraîner avec lui dans sa débauche ! Même si Sam faisait tout pour le réconforter en lui affirmant que tout ça n'était pas la réalité, les faits étaient là ! En quoi martyriser des femmes et braquer des banques auraient bien pu aider qui que ce soit ? Son petit frère avait tout du type bien. Il ne méritait pas d'avoir un aîné psychopathe comme lui sur le dos à longueur de journée. A cause des horreurs qu'il avait commises, Sam menait une vie de fugitif alors qu'il n'était en rien responsable de ses agissements. C'était totalement injuste. Pour son bien, il était préférable qu'il parte loin de lui ! Il parcourut rapidement encore quelques articles où il apprit qu'il avait été également suspecté du meurtre d'une certaine Karen Giles à Baltimore. Il avait été retrouvé près de la victime, sa main droite pleine de son sang et ses empreintes un peu partout sur le lieu du crime. Il n'avait pas besoin d'en apprendre plus. Il se leva brusquement, attrapa son sac et se dirigea vers la sortie.
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Quand il sortit de la salle de bain, il fut surpris de découvrir son aîné sur le point de quitter la chambre avec son sac sur le dos. D'un simple coup d'œil, il vit l'article sur l'écran du PC qu'il avait abandonné quelques instants plus tôt.
- Qu'est-ce que tu fais ? S'inquiéta-t-il franchement.
- D'après toi ?
- Tu ne peux pas me planter là !
- Ah, ouais ! Ben regarde bien, fit son frère en faisant un pas supplémentaire vers la porte.
- Tu n'as pas le droit de me faire ça ! Tu dois me faire confiance !
- J'en ai marre d'entendre ça ! C'est ce que je fais depuis le début et je ne suis plus sûr de vouloir te croire !
- Mais, moi je t'ai dit la vérité !
- Ouais, c'est ça !
- C'est ce que tu as lu ici qui est un ramassis de conneries ! S'énerva-t-il en désignant son ordinateur. Tu verras que j'avais raison quand tu retrouveras la mémoire !
- Ben, justement … Non mais sans déconner, c'est quoi cette vie ? Plus j'en apprends et moins j'ai envie de me rappeler. J'ai besoin de vivre autre chose, d'être normal, et toi aussi c'est ce que tu veux ! C'est que tu as essayé de me faire comprendre tout à l'heure !
- Non ! C'est ce que je voulais mais ce n'est plus le cas … j'ai besoin de toi, t'es mon grand frère et …
- Eh, t'es un grand garçon maintenant ! Il est peut-être temps de couper le cordon ! Il y a d'autres frères dans le monde et ils ne sont pas constamment collés l'un à l'autre !
- Mais nous c'est différent et … Tu ne peux pas me faire ça !
- Non mais tu t'entends ? « Moi, moi, moi » ! Arrête un peu de penser à toi et essaie de comprendre que moi aussi j'ai des besoins et des envies !
- Mais justement, c'est ce que tu as toujours voulu : qu'on soit une famille, qu'on soit toujours là l'un pour l'autre !
- Ben ouais. Mais le problème tu vois, c'est que je ne m'en souviens pas ! … Arrête de faire cette tête ! Le rôle d'un aîné, c'est bien de prendre soin de son p'tit frère, non ?
- Ben justement ! Comment tu veux me protéger si tu te casses ?
- C'est un service que j'te rends là ! Non mais franchement, j'suis une calamité pour toi. J'suis plutôt un boulet, une charge. Tout ce qui t'est arrivé de moche dans ta vie, c'est de ma faute. Ouvre les yeux, bordel ! Non, vraiment c'est préférable pour nous deux de se séparer. En plus, le peu que tu me racontes depuis ces derniers jours me donne l'impression que je t'ai toujours empêché de mener la vie que tu voulais. Alors pourquoi tu n'en profiterais pas pour suivre ta voie ?
Il secouait la tête de droite à gauche pour montrer son désaccord avec les propos de son aîné. A moins que ce soit pour ne plus l'entendre. Il refusait de croire que ces mots pouvaient sortir de la bouche de son grand frère.
- Non, Dean ! Ce n'est pas du tout ce que je veux. Et t'es loin d'être un boulet. Au contraire, tu passes ton temps à me sauver la vie. On est une équipe tous les deux. On se soutient et en ce moment, tu as autant besoin de moi que moi de toi.
- Excuse-moi Sam, mais j'ai plus de vingt-sept ans alors je suis assez grand pour me débrouiller sans toi.
- Mais moi … Je … Bafouilla-t-il en essayant difficilement de remettre de l'ordre dans ses idées. Il devait trouver des arguments imparables mais s'apercevait à regret qu'il avait beaucoup de mal à trouver les mots justes pour retenir ce frère qu'il se vantait de connaître si bien d'ordinaire. Tu … Tu es blessé, lança-t-il désœuvré en désignant son plâtre.
- Wouaouh ! Les boules ! J'me demande bien comment j'vais réussir à m'en sortir sans ton aide ! Toi qui a l'air de t'y connaître si bien en matière de santé ! Y a qu'à voir comment tu tiens la grande forme ! Ironisa-t-il.
- C'est pas le sujet … tu ne sais pas encore tout et … Enfin, il venait de trouver un argument valable. De toute façon, tu ne peux pas parce que tu es recherché par le FBI et que je suis le seul à pouvoir te tirer de là le temps que t'auras pas retrouvé la mémoire.
Dean réfléchit un instant avant d'hausser les épaules et d'ajouter avec une moue désinvolte :
- Pas grave ! Je vais utiliser une autre de mes identités : il y en a un paquet et puis comme je n'ai pas de souvenirs concernant mon passé, je n'ai plus qu'à créer la personne que je veux être. C'est tout bénef finalement !
- Non, tu ne comprends pas ! Ce n'est pas si simple ! Je suis le seul en qui tu puisses avoir confiance. J'étais là à l'hôpital quand tu t'es réveillé et je suis resté près de toi depuis, alors tu me dois bien ça !
- Wow, wow, wow ! Tout doux, Caliméro ! J'suis pas sûr de te devoir quoi que ce soit. Depuis que je me suis réveillé à l'hôpital, tu m'as bravement dit que tu étais mon frangin et j'ai déjà eu la gentillesse de te croire. Qu'est-ce qui me le prouve, hein ? On ne peut pas vraiment dire que tu aies été très honnête avec moi jusque-là. Alors c'est moi seul qui décide si je peux t'accorder la confiance dont tu me parles. Et saches que le paquet de trucs que tu me caches, ça a le don de me foutre en rogne !
- J'comprends Dean et je suis vraiment désolé. J'aurais dû tout te dire depuis le début et je regrette de ne pas l'avoir fait. C'est que c'est plus compliqué que tu le crois. Mais, fais pas ça ! J'te demande juste de venir avec moi chez Bobby. Je suis sûre que la mémoire te reviendra quand tu le verras. S'il te plaît ? … S'il te plaît, Dean ?
Il pensait que le ton employé était pourtant suffisamment implorant mais son aîné le toisa du regard tout en le défiant :
- Donne-moi une seule bonne raison. Une seule.
Il n'avait plus le choix. Il était prêt à tout pour que son frère reste avec lui. Même lui donner un grand coup à l'arrière du crâne. Une fois assommé et ligoté, ce serait moins facile pour lui de s'enfuir. Encore mieux, ça lui ferait peut-être retrouver ses esprits ! … Ou ça le tuerait. Mauvaise idée finalement. Paniqué devant le regard déterminé de cet homme qu'il ne reconnaissait plus, son angoisse redoubla lorsqu'il le vit saisir la poignée de la porte avec la ferme intention de sortir. Une dernière idée fit irruption dans son esprit et il ne prit pas le temps de peser ses mots avant de les exprimer dans un souffle :
- Il faut que tu restes parce que le petit garçon que tu vois dans tes rêves, ce n'est pas ton fils, c'est moi !
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Son soi-disant petit frère lui aurait donné un coup sur le crâne que ça aurait eu le même effet. Il avait été pris au dépourvu et cette révélation l'avait sonné. Comme si ça ne suffisait pas, la douleur envahit son cerveau en même temps qu'une multitude d'images affluèrent dans un tourbillon insensé. Il lâcha son sac, prit sa tête entre ses mains et sentit son corps s'avachir sur le sol sans qu'il puisse y opposer une quelconque résistance.
Une pléiade de scènes aussi nombreuses que variées s'entremêlèrent dans son esprit. Il en connaissait déjà certaines pour les avoir vues et revues dans ses rêves. Une petite variante toutefois fit son apparition : le son était de retour ! Pour exemple, il entendit le bébé barbouillé de purée verdâtre prononcer ce simple mot : « Dean » ! Pas « papa » ni même « maman » ! Non, c'était tout simplement « Dean » ! C'était son prénom que ce petit être à la mine réjouie venait de prononcer et il se laissa envahir par la même émotion qu'il avait déjà ressentie à ce moment-là. Bien qu'il ait été totalement incapable de le décrire, il adorait ce sentiment et il aurait voulu que ça ne s'arrête jamais. Mais les images continuaient de défiler et malheureusement ses souvenirs n'étaient pas tous aussi agréables que celui-là.
Immanquablement, il fut projeté à cet instant tragique : la maison en flamme, la chaleur étouffante, l'odeur écœurante. Une troisième personne venait d'y faire son entrée. Un homme brun, gigantesque, lui tendait le bébé et lui demandait de sortir aussi vite qu'il le pouvait avant de disparaître dans une pièce où il se préparait à braver le danger incandescent. N'ayant pas d'autre choix que d'obéir, il dévalait les escaliers, essoufflé, supportant difficilement cette sensation d'étouffement due à la chaleur et surtout aux relents de chair brûlée ! Parce que c'était bien de ça qu'il s'agissait ! Comment cette odeur pouvait-elle encore être présente alors qu'il n'était plus là-bas ? N'était-ce pas un tour de son subconscient qui voulait lui faire comprendre quelque chose ? Son corps réprima un haut le cœur pendant que son esprit poursuivait le visionnage de ce souvenir. Une fois à l'extérieur de la maison, alors qu'il jetait un œil aux flammes qui léchaient la fenêtre du premier étage, l'homme qu'il avait aperçu arriva tel un super héros, les souleva lui et le bébé et les éloigna du danger. Il comprit alors pourquoi le petit être qu'il serrait fort dans ses bras lui paraissait si lourd : c'était tout simplement parce qu'il n'était pas beaucoup plus grand ni plus vieux que lui. A cette époque là, il n'était encore qu'un enfant. Quant au géant, il devait sans nul doute s'agir de leur père.
Puis ce fut le grand retour de moments de joie partagée :
- Dean, t'as vu ? T'as vu ça ? On a gagné ! On a gagné ! Hurlait le gamin qui courait vers lui avec un large sourire tout en brandissant la coupe que son équipe et lui venaient de gagner à un match de football.
A la vitesse d'un éclair, il fut transporté dans un autre lieu où la nuit avait prit la place du jour. Ils étaient tous les deux dans un immense champ et le temps avait passé.
- Papa ne nous aurait jamais laissé faire ça. Merci Dean, murmurait l'adolescent, les yeux emplis de reconnaissance, l'enserrant terriblement fort de ses bras pourtant si frêles. Puis il le vit se précipiter pour allumer les fusées de feux d'artifices avant de courir et tourner sur lui-même sous les étincelles multicolores.
D'autres souvenirs s'affrontaient férocement au sein de son esprit, prenant plus ou moins de place selon l'intensité des émotions ressenties mais provoquant inévitablement des explosions dans son crâne déjà douloureux. Il était prisonnier de son propre corps, incapable de revenir à la réalité, subissant le flot d'images embrouillées, petits extraits diffus de sa vie passée. Il avait franchi sans le visiter l'événement qui bloquait habituellement ses souvenirs et balayé différents moments de sa mémoire jusqu'à aujourd'hui, quand soudain, le temps se ralentit et il se retrouva dans une chambre au style très « british ». Son frère était assis sur un lit en face de lui. Il n'avait pas l'air au mieux de sa forme. Une simple inhalation de son haleine lui démontrerait indubitablement que l'abus d'alcool était la cause de son état. Sam l'avait attrapé par le col et l'obligeait à le regarder droit dans les yeux.
- Promets-le-moi, Dean ! Promets-le-moi !
Quelle était cette promesse qu'il refusait tout net de lui accorder ? Son cœur s'emballa, menaçant de faire exploser sa poitrine. L'air autour de lui se raréfiait et ses poumons criaient leur agonie. Il s'interdisait de croiser le regard suppliant de son cadet mais celui-ci l'y obligea et il sentit sa détermination s'effondrer. Non ! Hurla son subconscient. Durant une fraction de seconde, tout devint noir. Puis les traits de la chambre où il s'était effondré peu de temps auparavant se dessinèrent doucement dans un flou artistique vacillant. Il ferma les paupières pour éviter le malaise qui montait en lui d'une part et rassembler ses idées d'autre part.
Le petit qui était présent de manière récurrente dans ses rêves était indubitablement Sam ! Celui qu'il croyait être son fils était en réalité son frère ! Quelque part, au plus profond de lui-même, il l'avait toujours su ! C'était d'ailleurs de là que provenait la confiance sans faille qu'il lui accordait. Ils étaient tellement proches. Ils l'avaient toujours été, depuis leur plus jeune âge. A partir de là, il n'avait pas d'autre choix que de le croire lorsqu'il lui affirmait qu'il n'était pas coupable des atrocités dont on l'accusait. Il ne lui mentirait pas pour des choses aussi graves ! Pour le protéger, il avait voulu s'éloigner de lui mais après ce qu'il venait de découvrir, son départ s'assimilerait plus à un abandon. Sam avait besoin de lui et il ne pouvait pas lui refuser son aide. Ils étaient frères, il était l'aîné et il s'interdisait de briser ce lien qui les unissait. Il s'exhorta à ouvrir les yeux.
Il avait chaud. Il étouffait. Il se sentait mal, comme prit dans un étau. Il devait sortir de cette pièce dont les murs avaient la fâcheuse tendance à se rapprocher de lui. Accroupi devant lui, Sam le fixait, anxieux. Il lui parlait mais la pression qui comprimait ses tympans ne lui permettait pas d'entendre ce qu'il disait. Il prit appui sur le mur derrière lui pour se redresser et essayer de se remettre debout. Son jeune frère l'accompagna dans ce mouvement, le maintenant par les épaules. Les vertiges lui donnaient l'impression que tout tanguait autour de lui. Adossé à la cloison, il se concentra pour reprendre le contrôle de son corps. Il commença par se passer la main sur le visage. Puis son cadet lui apporta un grand verre d'eau qu'il but d'une traite.
- … va ? … t'sens mieux ? … Dean, tu m'entends ?
Après une période de bourdonnements internes plutôt désagréables, son audition redevint normale. Il acquiesça d'un léger signe de tête pour répondre à Sam qui ne cessait de le regarder avec des yeux ronds, soucieux, brillants, presque fiévreux. Il aurait voulu pouvoir le rassurer, lui dire que tout allait bien, qu'il devait arrêter de s'inquiéter mais ça n'aurait vraiment pas été honnête et il ne s'en sentait pas la force. Pour ne rien arranger, il avait de plus en plus de mal à réprimer cette nécessité vitale de sortir de cette pièce, de s'aérer, d'être seul pour réfléchir. Soulagé de constater qu'il pouvait tenir debout, il attrapa la poignée de la porte avec la ferme intention d'arriver rapidement à l'extérieur. Mais ce fut sans compter l'intervention de Sam qui, grâce à sa grande main, maintint le battant fermé.
- Dean ! Où tu vas ? Lui demanda-t-il avec son regard de chien battu. Tu peux quand même pas te casser dans cet état !
- Lâche-moi ! J'ai besoin d'être seul ! Lui répondit-il plus sèchement qu'il l'aurait souhaité en écartant son bras pour libérer le passage.
- Dean … entendit-il derrière lui alors qu'il avait commencé à parcourir le couloir de l'hôtel.
Il n'avait pas besoin de se retourner pour voir le visage ravagé par l'inquiétude de son jeune frère. Il soupira et le rassura à sa manière :
- Je te demande juste cinq minutes, d'accord ? Il faut que je prenne l'air.
- Mais … t'as même pas pris ta veste ! T'as ton portable au moins ?
Pour toute réponse et sans faire volte-face, il sortit l'objet de la poche de son jean et le secoua en l'air avant de poursuivre sa progression vers la sortie.
