Notes de l'auteur:
Merci à tous pour vos reviews. Je n'arrive pas à croire que j'ai dépassé la centaine. Si, quand je me suis inscrite sur ce site, on m'avait dit "un jour, tu pondras une fic qui te récoltera plus de cent reviews", je ne l'aurais certainement pas cru. Merci beaucoup, vous êtes tous adorables, et je vous envoie à tous un TGV plein de bisous. Cependant, je suis désolée, mais je ne vais pas faire de réponses personnalisées aujourd'hui. Je ne suis pas très en forme.
Outre cela, je vous signale en passant que Calimera ne publiera pas quoi que ce soit entre le 12 et le 16 juillet inclus, car je pars me mettre quelques jours au vert. Et aussi voir la mer. J'essaierai d'ajouter un chapitre d'ici là, mais comme en ce moment je ne maîtrise ni mon emploi du temps, ni ma santé mentale, je ne vous garantie rien.
Je dédie ce chapitre à cette dernière semaine de galère avant les vacances. À mon parrain Christian. Et aussi à mon père, parce que je suis vraiment désolée.
Gros bisous à tous et bonne lecture.
Chapitre 10: Si Dieu n'existe pas, le salaud, c'est qu'il nous laisse tous sur le dos:
(n.d.a: autre citation de Michel Berger. Hommage lui soit rendu).
Pendant les jours qui précédèrent le week-end qu'Antje devait passer en compagnie de ses parents, je me mis en quatre pour remonter son moral… et le mien. Ça n'allait pas fort. Antje avait à nouveau les yeux rougis par les larmes, même si elle s'arrangeait le plus possible pour me le cacher. Elle s'efforçait de faire comme si tout était normal, mais son malaise était gros comme un dragon. Elle fuyait, se cachait. En voyant qu'elle allait à nouveau mal, certains élèves qui s'était calmés par rapport à elle recommencèrent à lui envoyer des vacheries. Rogue était en dessous de tout. D'ailleurs, je me pris une retenue pour avoir craqué et lui avoir envoyé un bon coup de poing dans la figure. Ramponneau amplement mérité à mon avis, mais pas aux yeux de Rusard, comme de juste.
Voir Antje souffrir ainsi me rendait très malheureux. Je me sentais totalement impuissant devant la fatalité, l'épée de Damoclès qui lui pendouillait au-dessus de la tête. Elle me parlait parfois de ce qu'elle ressentait, mais c'était quand elle allait tellement mal qu'elle ne pouvait plus faire autrement. En fait, elle se rendait compte que sa mère, la personne à laquelle elle tenait le plus au monde, était mortelle. Elle avait peur. Et elle me raconta que les soins moldus flétrissaient le corps humain autant que le cancer lui-même. Elle craignait que le nouveau traitement radical prescrit à sa mère l'ait rendue méconnaissable. Et elle avait peur de sa propre réaction. De ne pas être assez forte. De ne pas arriver à faire croire que pour elle, tout allait bien à Poudlard, merci.
Un soir, je commis une des plus grosses boulettes de mon existence. Antje n'allait pas bien du tout. Ses angoisses montaient en flèche, elle avait raté une potion, et Britta Hopkins lui avait chipé son sac pour le jeter dans un escalier. La bouteille d'encre avait explosé, souillant les livres et les cahiers. Je me trouvais seul avec elle dans une classe vide où nous nous étions installés pour parler un peu, et elle pleurait tellement que je me sentais incapable de faire quoi que ce soit. Aussi, en prenant un maximum de précaution, je lui suggérai à l'occasion d'aller discuter de son mal de vivre avec un psychomage. Sa réaction ne se fit pas attendre. Ellle cessa aussitôt de pleurer, et me regarda d'un regard tellement furieux que je crus qu'elle allait me frapper.
— Ne prononce jamais ce mot-là en ma présence. Jamais. Tu as compris?
Sa voix était sifflante, brûlante de colère. Antje me fit presque peur, ce soir-là. Je me ratatinai dans mon coin, et bafouillai rapidement quelques excuses. Je me sentais mal à l'aise, parce que visiblement, je venais de la blesser. Certes, sa réaction semblait un peu exagérée mais, d'une manière ou d'une autre, je venais d'enfoncer le clou. Bref, comme un pauvre imbécile que je suis, je venais de faire ce que je voulais éviter: faire de la peine à la fille que je prétendais aimer.
Puis, soudain, je me rappelai quelque chose que j'avais lu dans son journal. Entre autres insultes, on la traitait d'anormale, de cinglée. Parce qu'elle était hypersensible et qu'elle avait la larme facile. Ils disaient que tout être humain normalement constitué ne passait pas sa vie à pleurer et qu'il fallait qu'elle songe à se faire soigner. En fait, je venais de faire une grosse gaffe. Je me rapprochai d'elle, et dis, tout doucement:
— Je suis vraiment désolé, Antje.
— Je ne suis pas une folle, dit-elle d'une toute petite voix.
— Je n'ai jamais dit ça.
— Peut-être, mais y en a plein qui…
— Antje…
Je n'y tins plus: je la pris dans mes bras. Elle enfouit son visage humide de larmes dans mon cou en marmonnant: "Je suis tellement fatiguée, Sirius… La vie est un putain de combat, et des fois, je suis tellement fatiguée que j'aimerais m'endormir et ne plus jamais me réveiller". Je la serrai contre moi, et lui donnai de petites tapes dans le dos pour la consoler. Je repensais à mes propres angoisses, à ma satanée famille. Moi aussi, il m'était arrivé de ne pas vouloir me réveiller le matin, ou alors de vouloir me réveiller ailleurs, le plus loin possible de la maison de mes parents. Seule la perspective de pouvoir retourner à l'école m'avait aidé à tenir le coup. La minuscule lumière dans un monde tout noir et puant. Je glissai mes doigts dans le cou d'Antje. Sa peau était douce, et je sentais les battements de son cœur. Je ne pouvais pas la laisser comme ça, il fallait que je dise quelque chose. Alors je parlai:
— Ne dis pas ça, Antje. Essaie de croire qu'il y a toujours un truc à espérer, quelque part.
— J'ai tout à espérer. Ma vie ne peut pas être pire qu'elle l'est maintenant. Et des fois, l'espoir me paraît tellement dérisoire que j'ai envie de tout laisser tomber.
— L'espoir fait vivre. Quand je suis à la maison, je n'ai que ça.
Elle ne répondit pas, se contentant de rester un moment blottie contre moi. Les pensées se pressaient dans ma tête à une vitesse folle, mêlant mots tendres, promesses, et un tas d'autres choses que je pouvais pas exprimer. Pardonne-moi, Antje. Je suis un abruti maladroit. Mais je suis impuissant devant ce que tu vis, et ça me fait de la peine. Je voudrais que tu sois heureuse, ma petite sauvageonne. Maudites soient les bestioles qui détruisent le corps de ta mère, je voudrais que tout ça s'arrête, pour te voir à nouveau rire et faire des plaisanteries puériles.
Antje se dégagea de mes bras. Un sourire étrange flottait sur ses lèvres, et elle ne pleurait plus. Douce et amère à la fois.
— Tu sais, Sirius, me dit-elle, finalement, ma vie pourrait être pire. Ce serait pire si… (elle rougit)
— Si quoi?
— Si tu n'étais pas là, acheva-t-elle en baissant la tête. Je ne te remercierai jamais assez pour être à côté de moi, pour me soutenir et supporter mes crises de larmes.
— Ce n'est rien.
Je rougis un peu. Pour la première fois, Antje avouait qu'elle appréciait ma présence. Peut-être que finalement, je n'étais pas si maladroit que ça.
L'instant d'après, elle quitta la salle pour aller directement se coucher. "Ça ira peut-être mieux demain", dit-elle avant de me souhaiter le bonsoir. J'avais un peu froid. Il faut dire que pendant un bon moment, même si j'aurais voulu que ça se fasse dans d'autres circonstances, j'avais tenu Antje dans mes bras.
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Le week-end pendant lequel Antje devait rejoindre ses parents était aussi un week-end de sortie à Pré au Lard pour tout le monde. Cependant, Antje avait dû demander l'autorisation au directeur pour passer la nuit de samedi à dimanche en dehors de l'école. En ce qui me concerne, j'avais prévu de passer toute la journée du samedi dehors, et de rester à Poudlard le dimanche, pour rattrapper mes devoirs accumulés pour cause de retenues. J'espérai cependant arriver à me concentrer dessus, parce que je me faisais beaucoup de soucis pour Antje. Elle avait passé son vendredi soir complètement à l'ouest, à écrire furieusement dans son journal, sans adresser la parole à qui que ce soit. Elle semblait avoir dressé un mur entre elle et les autres, et même James, dont le manque de discression quand il faisait l'andouille dépassait la stratosphère, ne parvint pas à la tirer de sa transe.
Le samedi matin, alors que je me trouvais dans le hall d'entrée en compagnie de James, je la vis surgir au détour d'un couloir, raide, tendue, et vêtue d'habits moldus. Elle portait une longue jupe plissée à carreaux et un pull-over rose. Ses cheveux étaient à nouveau nattés et tirés au quart de poil. Je laissai un moment mon meilleur ami pour aller lui dire bonjour. Nous ne dîmes pas grand-chose. C'était assez sinistre. Au bout d'un moment, Mc Gonnagal vint chercher Antje:
— Miss Ziegler, venez avec moi. Je vais vous accompagner dehors.
Antje m'adressa une ombre de sourire. Ses yeux étaient pleins de larmes.
— Salut Sirius, me dit-elle. On se voit demain soir. Fais pas trop le crétin d'ici là.
Son effort dérisoire pour faire une blague me mit le moral à zéro.
— Ça va être dur, mais je vais essayer, répondis-je dans une tentative tout aussi minable. Puis je la regardai un moment avant d'ajouter: T'en fais pas, Antje, tout va bien se passer.
— Je l'espère.
Et soudain, comme elle l'avait fait plusieurs jours auparavant, elle s'approcha de moi, et déposa une bise au coin de ma joue. Je dus me retenir de ne pas nouer mes bras autour d'elle et la serrer très fort. Elle se recula, et partit en compagnie de l'enseignante en métamorphose qui nous avait regardés d'un air à la fois réprobateur et ému.
James me rejoignit l'instant d'après:
— Qu'est-ce qui se passe? Pourquoi Antje est habillée en Moldue? Et pourquoi elle est partie avec Mc Gonnagal?
Je ne répondis pas. James me regarda:
— Tu sais ce qu'il en est, pas vrai?
— Oui.
— Mais tu ne veux pas me le dire.
— Non.
Nous sortîmes en compagnie des autres élèves, et nous retrouvâmes dehors dans le froid glacial. Nous marchions en silence sur la route boueuse qui menait à Pré au Lard quand James revint à la charge:
— Remus m'a dit un truc, l'autre jour.
— Quoi donc?
— Il m'a dit qu'il avait ressenti quelque chose en regardant Antje. Il a dit que… qu'elle avit quelqu'un de proche qui était potentiellement moribond.
Sacré Remus. Ses pouvoirs de loup-garou m'étonneront toujours. Maintenant, je ne pouvais plus cacher ce que je savais.
— James, si tu le répètes à qui que ce soit, tu vas m'entendre, c'est moi qui te le dis. La mère d'Antje a un cancer.
— Putain. C'est affreux! Depuis combien de temps tu sais ça?
— Tu te rappelles quand elle a reçu cette lettre qui l'a fait pleurer devant tout le monde?
— Je me souviens. Tu lui as courru après.
— Eh bien dans cette lettre, ça disait que sa mère ne guérirait pas. Que c'était sans doute trop tard. Antje me l'a dit quand je lui ai parlé juste après. Elle m'a fait promettre de ne le dire à personne. Aujourd'hui, elle est partie passer le week-end avec ses parents, parce qu'ils ne veulent pas qu'elle rentre pour Noël. Il paraît que les médecins moldus vont tenter une opération de la dernière chance à ce moment-là, et la mère d'Antje ne veut pas qu'elle soit là. Je crois qu'aujourd'hui, c'est la toute dernière fois qu'Antje va voir sa mère vivante. Elle ne vit pas ça très bien.
— Ça, je le comprends.
La journée s'annonçait sinistre. C'est vraiment pas marrant de parler de la maladie et de la mort quand on a quinze ans. Mais quelque part, je devais m'avouer qu'en parler avec James me faisait du bien. Le triste secret de ma petite sauvageonne était bien lourd à porter.
La conversation prit finalement un tour plus léger quand James m'informa qu'il avait vu Antje m'embrasser, ce qui me valut un paquet de remarques idiotes. Je me défendis comme je le pus, et quand mon meilleur ami se rendit compte que s'il continuait comme ça, il se prendrait un sort ou un ramponneau, il se calma. Sa dernière pique fut:
— N'empêche, si Antje reste pour Noël, tu pourras l'inviter au bal.
J'évitai la bévue au dernier moment. James ne savait pas que j'avais discuté avec Evans. Je ne le lui avais pas dit, parce qu'il en était tellement amoureux qu'il m'aurait fait un caca nerveux rien qu'à l'idée que j'aie pu parler avec elle. Comme je ne disais rien, James reprit:
— Moi, je vais redemander à Lily, comme l'année dernière… Et comme l'année dernière, elle va me renvoyer sur les roses.
— Mon pauvre Jamesie, te voilà en plein désarroi…
— Arrête de te moquer, merde!
— Niak niak.
Non. Finalement, la journée ne serait peut-être pas si sinistre que ça. Parce que quand je vais mal, je peux toujours passer mes soucis sur le dos de mon meilleur ami.
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Le week-end fut plutôt tranquille. Je passai un samedi agréable avec mes copains à me promener dans Pré au Lard, et à faire des provisions de bonbons et de farces et attrapes jusqu'à la fin du trimestre. Le soir, je me fis battre aux échercs pour la quatre mille cinq cent vingt-septième fois par Remus, au bas mot. La nuit, Antje se glissa discrètement dans mes rêves, tel un fantôme tendre et furtif. Je m'éveillai à trois heures du matin, croyant sentir encore la chaleur de tes seins dans mes mains, et la douceur de ses cheveux sur mon visage. Je me retournai furtivement dans mon lit et, avant de me rendormir, pensai tristement que sa nuit était sans doute loin d'être aussi douce que la mienne.
Le dimanche, je passai ma journée à m'escrimer sur mes devoirs en retard. J'y mis toute la concentration possible, mais j'avais du mal. Je ne pensais qu'à Antje. Je ne savais pas à quelle heure elle devait revenir. Ça me soulagea de pouvoir en discuter un peu avec Lily Evans, qui profita que James soit parti faire un tour pour venir me parler. Elle semblait sereine, mais je sentais bien qu'elle aussi se faisait du souci pour Antje.
La journée passa. Au repas du soir, je ne la vis pas. Elle n'était pas là. Je l'attendis une partie de la soirée. Je m'inquiétais. Et cette inquiétude arriva à son comble lorsque je vis Mc Gonnagal surgir dans la salle commune de Gryffondor, l'air furieux et inquiet à la fois. Elle me fonça dessus sans détour:
— Black, savez-vous où est Miss Evans, me demanda-t-elle d'un ton brusque.
— Aucune idée, répondis-je.
— Mais où est-elle passée? Il faut que je la retrouve.
— Il y a un problème?
— Je…
Mc Gonnagal n'eut pas le temps de répondre, car la porte s'ouvrit, et Lily Evans entra en trombe.
— Ah, vous voilà, vous, fit l'enseignate en métamorphose d'un ton sévère.
— Je suis au courant, Professeur, dit Evans d'une voix essoufflée. On va descendre tout de suite. Viens avec moi, Black.
Je me levai, et suivis Evans dehors en râlant:
— M'enfin, est-ce qu'on va enfin me dire ce qui se passe?
— Je ne sais pas encore comment ça se fait, mais la maladie de la mère d'Antje n'est plus un secret pour certains individus mal intentionnés. Ils l'ont attrapée quand elle est rentrée, ils l'ont insultée, ils ont dit des tas de trucs atroces, et ils lui ont jeté un sort qui lui a fait perdre tous ses cheveux. Elle est à l'infirmerie, et ça ne va pas bien du tout.
— Nom de Dieu, qui est-ce qui lui a fait ça?
— À ton avis, renifla Evans d'un ton méprisant. Comme de bien entendu, il s'agit de Rogue et de ton bouffon de frère! Entre autres. Mais ne fais rien. Ils vont être punis. Ils vont être en retenue jusqu'à Noël. Ne te mets pas dans les ennuis, ça ne servirait à rien.
L'instant d'après, nous nous retrouvâmes devant l'infirmerie. La porte s'ouvrit, et l'infirmière nous fit entrer.
— N'y allez pas ensemble, dit-elle. Elle est encore très choquée.
Lily eut un frisson:
— Vas-y d'abord, me dit-elle.
— Non, honneur aux dames.
— Bon, d'accord.
Evans entra dans la pièce où se trouvait Antje. Je restai planté dans l'entrée minuscule, à contempler les fissures du plafond en élaborant une liste de tortures visant à tuer Rogue, mon frère et leurs complices le plus lentement et le plus douloureusement possible. Ça me fit passer le temps. Quand j'en fus arrivé à l'idée très intéressante de leur chatouiller le derrière avec un chalumeau, Lily Evans ressortit:
— Tu peux y aller, dit-elle.
— D'accord.
— Tu veux que je t'attende dehors?
— Comme tu voudras.
Elle haussa les épaules, et j'entrai dans la place.
Le lit d'Antje était entouré par un épais rideau. Je me glissai dans l'ouverture, et je reconnus à peine la forme qui gisait au creux des couvertures. Antje, d'une pâleur de lait, sans un poil sur le caillou. Totalement chauve. Elle semblait un peu amaigrie. Et au-delà des larmes. Quand elle me vit, elle m'adressa un sourire sinistre:
— Je ne suis pas belle à voir, n'est-ce pas?
— Qu'est-ce qui s'est passé?
Antje passa une main sur son visage. Je remarquai à ce moment que non seulement elle n'avait plus de cheveux, mais en plus, elle n'avait plus de sourcils.
— Mes parents m'ont raccompagnée jusqu'à Pré au Lard ce soir. Et quelqu'un, je ne sais pas qui, mais sans doute un type de Serpentard, nous a vu, et il nous a espionés. Ce n'est pas possible autrement, parce qu'il en a suffisament entendu pour savoir que… Bref, je suis rentrée dans l'école, et ils m'attendaient. Ils m'ont dit que c'était bien fait pour moi si ma mère allait mourir, que comme le cancer, c'est parfois héréditaire, j'en attraperais un aussi et que ce serait tant mieux, et pour "me donner un avant goût" comme ils disent, ils m'ont jeté le sort. Parce que les traitements moldus pour le cancer font tomber les cheveux. Ma mère n'en a plus beaucoup, et cet enfoiré, quel qu'il soit, l'a vu.
Elle ne dit rien pendant un moment. J'avais encore envie de la prendre dans mes bras. Elle semblait tellement fragile.
— Lily a été très bien, dit-elle au bout d'un instant. Elle m'a dit qu'elle allait calmer le jeu, que même si toute l'école était au courant, elle s'arrangerait pour qu'on me fiche la paix. Et selon elle, les profs vont en faire autant. Je n'ai plus qu'à les croire, maintenant.
— Et sinon, comment ça s'est passé avec tes parents?
— Tranquillement. Ma mère est très fatiguée… Très blasée… Elle a l'air de s'en foutre de tout ça, de sa maladie, de la mort qui s'approche… Elle s'est inquiétée de moi, elle a bien vu que ça n'allait pas fort… Et elle m'a dit comme toi. Que je ne devais pas perdre espoir. Que même si elle allait mourir, elle ne partirait jamais vraiment. C'était très triste, mais pas aussi atroce que ce que j'imaginais. Mon père, lui, avait totalement la tête ailleurs. Mais quelque part, ce n'était pas un mal.
Derrière moi, j'entendis la porte claquer. Je sursautai.
— Je vais devoir prendre ma potion pour faire repousser mes cheveux, dit Antje. Je devrais être en cours demain, normalement.
— Ça va aller?
Elle inclina la tête.
— Sirius?
— Oui?
— Ma mère m'a persuadée de rester à Poudlard pour les vacances de Noël.
— Ah.
— Et… Tu te rappelles, quand tu m'as demandé d'aller à la soirée dansante avec toi…
Je croisai les doigts dans mes poches.
— Ça tient toujours, marmonnai-je.
— Eh bien c'est d'accord, fit-elle avec son habituelle ombre de sourire. Je veux bien y aller avec toi. Ma mère m'a donné des sous pour m'acheter une robe de soirée.
Je lui souris.
— Ça me fait plaisir que tu acceptes, dis-je.
Puis, pris d'une inspiration venue de Dieu seul sait où, je me penchai sur ma petite sauvageonne, et l'embrassai sur le front. Elle m'adressa un sourire.
Je partis sans me retourner.
