« Mr et Mme Carter ? Voici le Dr Shepherd, le neuro chirurgien. » Aussitôt Derek voit les visages du couple s'éclairer. Ils le dévisagent comme le messie. Visiblement, Bailey a du leur dire qu'il était leur dernier espoir et dieu sait quoi d'autre… Il a envie de crier soudain. Crier qu'il n'est qu'un imposteur, qu'il est impuissant finalement, que tout se passe sous ses yeux sans qu'il puisse réagir. Il fait semblent de contrôler la situation mais c'est faux. Il ne contrôle rien. Et ce qui est en train de ce passer là haut le prouve bien. Et ce qui se passe avec Meredith encore plus… Il a voulu oublier Addison. Tomber amoureux de Meredith. Ne pas pardonner pour ce que sa femme lui avait fait. Mais c'était faux. Addison n'est pas le genre de femme qu'on oublie… « Dr Shepherd ? » Bailey lui écrase brutalement le petit orteil pour le ramener sur terre. « Expliquez donc aux parents de Megan ce qui va se passer…

- Ah oui ! » Il lui lance un regard noir de reproche, avant d'enchaîner. « Donc comme le Dr Bailey la tumeur est très étendue, les métastases se sont propagées le long de la colonne vertébrale, notamment.

- Mais vous pouvez faire quelque chose non ? » La voix suppliante de la mère de Megan lui rappela étrangement le ton qu'il avait adopté quelques minutes face à cette jeune policier. « On peut essayer d'ôter une partie de la tumeur. Et de réduire ce qu'il reste avec la chimiothérapie… Nous avons mis en place un nouveau protocole qui…

- Non. » Le mot claque dans la pièce, soudain. Aussitôt tous les visages se tournent vers Megan. C'est elle qui vient de prononcer ces mots. La jeune fille, restée étrangement silencieuse jusqu'ici, se redresse dans son lit. « Non » Répète-t-elle d'une voix ferme. « Je refuse

- Megan !

- Je ne veux pas d'opération. Pas de chimio. Je ne veux pas perdre mes cheveux une troisième fois, je ne veux pas être aussi malade que lors des deux premiers traitements… je veux…Je ne m'en sortirai pas, n'est ce pas ? » Elle plante ses yeux verts dans ceux du neurochirurgien. En l'espace d'un regard, il lit sa rage, sa détermination mais aussi la crainte et le désespoir qu'elle ressent. « Il y a toujours une chance, Megan…murmure-t-il simplement

- Une sur combien ? » Il détourne les yeux. « Dr Bailey, quelles sont mes chances de m'en sortir ? George ? » Le jeune interne regarde tour à tour les parents, puis l'adolescente. « ce n'est pas parce qu'elles sont faibles qu'elles n'existent pas.

- Partez. » Elle se laisse retomber sur ses oreillers. « Partez maintenant. Laissez moi. Je ne suivrais pas ce traitement. Laissez moi tranquille.

- Mais enfin, Meggie… » Les parents ont soudain l'air bouleversés. « Tu as entendu… » La blondinette se tourne à nouveau vers l'interne. « George… faites les sortir s'il vous plaît. » Il regarde Bailey, Shepherd…Faire sortir les parents c'est une chose…Virer deux chirurgiens en est une autre. Finalement, c'est le bipeur de Bailey qui le tire d'affaire. « Je dois y aller, s'excuse la résidente. Je crois que…ON devrait la laisser seule. Megan. On va te laisser seule, pour que tu réfléchisses à tout ça OK ?

- OK » Acquiesce cette dernière, d'un air de penser que c'est déjà tout réfléchit.

- « Au moindre problème tu nous appelles. O'malley je vous la confie. Encore. Grey, avec moi. Mr et mme carter.. Vous devriez aller manger quelque chose à la cafétéria. Je vous y retrouve dès que j'ai fini. »

Billie vérifie une dernière fois le couloir, elle rouvre les portes une à une pour s'assurer que tout a bien été évacué. Richard la regarde faire, il sait que son mensonge sur une soi-disant fuite de gaz n'a convaincu personne. Mais il est le chef… on ne remet pas sa parole en doute.

La jeune femme semble satisfaite. Elle revient vers lui. « Je vais essayer d'entrer en contact avec lui. Mon collègue ne va pas tarder. » A peine a-t-elle prononcé ces mots que Jefferson arrive hors d'haleine, Derek sur les talons. Il adresse une grimace d'excuse à sa partenaire. « d'slé Billie ! J'ai pas réussi à le convaincre de rester en bas.

- Je m'en doutais. » Se tournant vers les deux chirurgiens. « Messieurs. Maintenant, il faut me laisser travailler : soyez gentils, allez attendre dans le bureau.

- Hors de question ! » Cette fois, ils ont parlé d'un même ensemble. « Nous restons, conclut Weber. Elle soupire. « Est-ce que vous me laisseriez entrer dans un de vos blocs ?

- Oui, ment effrontément Derek. Elle se mit à rire. « Ce n'est pas beau de mentir, Dr Shepherd. Et ne prenez pas cet air là…Ça ne fonctionne pas avec moi.

- Quel air ?

- Votre air de chien battu. Qui doit sûrement faire tomber tout le personnel féminin de cet hôpital à vos pieds, mais qui ne vous est d'aucune utilité dans ces circonstances. » Derek lui adresse son plus beau sourire, regrettant quelques secondes de ne pas avoir sa chemise rouge. « S'il vous plaît, Billie… » Richard le regarde, éberlué : Derek est en train de faire du charme à cette flic pour parvenir à ses fins, alors que sa femme est à seulement quelques mètres. Avec un homme armé. Il croit rêver.

Redevenant sérieux, le neurochirurgien continue « S'il vous plaît. Ça me rend dingue de ne pas savoir… J'ai besoin…Je veux la voir. » Billie soupire. « Vous avez de la chance que je n'ai pas le temps de discuter. Attendez…ne vous réjouissez pas trop vite ! D'abord enfilez ça… Vous aussi Dr Weber, si vous avez l'intention de rester ici. » Elle leur tendit deux armures. « Qu'est ce que c'est que ce truc ? Une armure de jedaî ?

- Des gilets pare balles. Condition sine qua non pour assister au dialogue. Deuxième règle… » Ajoute-t-elle alors que Derek ouvre la bouche pour protester. « Vous restez derrière ce comptoir. Et au moindre mouvement, vous vous cachez dessous.

- Bien.

- Et…la dernière mais sans doute la plus dure : interdiction de faire quoi que ce soit sans mon signal, entiende ?

- Vous voulez faire de nous vos esclaves ?

- Je suis très sérieuse, Dr Shepherd ! Vous allez être tenté de signaler votre présence à votre femme…Mais surtout ne le faites pas. C'est une question de vie ou de mort. Me suis-je bien faite comprendre ? » Il n'y a plus la moindre trace d'humour dans les yeux clairs, seulement une volonté de fer. « Parfaitement. »

George referme doucement la porte de la chambre de Megan, la jeune fille s'est finalement endormie. Il la regarde quelques secondes : quel gâchis… Tout cela est injuste, tellement injuste. La chirurgie c'est dur. Voilà ce que l'on lui a répété ces dernières années…Sous entendu mon pauvre ami, tu n'y arriveras pas. Tu n'en es pas capable. Mais en fait ce n'est pas la chirurgie qui est dure. Une opération c'est technique, ça demande du savoir-faire et de la détermination mais ce n'est pas dur. C'est le reste…les patients, la mort, l'impuissance et l'attente. Tout en ruminant ces sombres pensées, il se presse vers les casiers et se laisse tomber sur un banc. Soudain, un bruit attire son attention, on dirait que quelqu'un pleure…Le jeune homme se relève, à la recherche de la source des sanglots. « Izzie ! » Son amie est là, recroquevillée au sol. Elle se balance doucement d'avant en arrière, les larmes aux yeux. « Eh Iz' ? Qu'est ce qui se passe ? » George s'agenouille près d'elle. « Ça ne va pas ?

- C'est de ma faute. » Murmure-t-elle. « C'est de ma faute

- Quoi ? Qu'est ce qui est de ta faute ?

- Ce type…avec Addison. C'est de m faute. J'aurai du le reconnaître avant. » Il la regarde éberlué. « Izie ! Iz ! Je ne comprends pas un mot de ce que tu me raconte. Calme toi. Respire. Et répète moi tout ça, lentement. Et dans notre langue de préférence.

- Je n'ai pas le droit te le dire…sanglote-t-elle de plus belle.

- Enfin, Iz' ! Je suis George. Ton ami, tu peux tout me dire. »