Chapitre 10
James était mort !
Le monde semblait s'écrouler sous les pieds de Félix.
Que ce petit dealer à l'orgueil démesuré fut expédié outre tombe, il s'en fichait comme de sa première chemise. Même si à cet instant présent, il regrettait de ne pas avoir pu le descendre lui-même.
Mais qu'il l'ait été par un agent de la CIA, de l'équipe spéciale de Carlisle Cullen en plus, c'était une véritable catastrophe.
Félix ignorait quelles informations cet incapable avait bien pu révéler avant de trépasser.
Il ignorait quels indices il avait pu laisser aux Cullen.
Il était à cet instant vert de rage.
Lorsqu'il avait entendu, par sa radio branchée constamment sur la fréquence de la police, qu'un inconnu avait été abattu à Forks, son sang n'avait pas qu'un tour et il avait envoyé valdinguer son portable contre le mur.
Félix, lui-même, avait commis des erreurs. Il aurait du couper tout contact avec lui. Il aurait du acheter un autre téléphone portable. Il aurait du chercher quelqu'un d'autre, qui n'avait aucune connaissance des faits antérieurs, pour fouiller dans la cabane de Waylon.
Mais Félix était trop imbu de lui-même pour se l'avouer. Tout ce qu'il savait maintenant, c'était qu'il devait effacer toutes les traces de son implication dans cette affaire. Les Cullens ne devaient en autant cas remonté vers lui.
Pour ne pas incriminer les Volturis.
Pour que les Volturis ne le punissent pas.
Félix était capable d'avoir les idées très claires et de savoir ce qu'il devait faire lorsqu'il se sentait acculé. James lui avait été présenté par Laurent. C'est lui qu'il devait revoir maintenant.
Félix n'aimait pas Laurent. Mais Aro Volturi le lui avait recommandé et nul ne pouvait aller à l'encontre des ordres d'un Volturi.
Cet homme, tout en longueur, aimait se faire passer pour un érudit. Issu d'un métissage entre une créole et un blanc, il s'habillait à la mode des sorciers vaudou de la Nouvelle-Orléans du dix-neuvième siècle, un haut de forme, un complet noir et un long collier avec une tête de mort en guise de pendentif. Il regardait les gens hautainement, à travers de petites lunettes rondes aux verres noircies et vous montrait dès le premier abord qu'il vous considérait comme un inférieur.
Il avait tout de même un peu blêmi lorsque Félix lui avait son propre pendentif : un simple V parcouru de volutes et d'entrelacs de métal, fort innocent pour les non-initiés mais bien plus inquiétant que ce crâne ridicule qui pendouillait au cou de Laurent.
Laurent lui avait présenté James. James avait fauté. Donc Laurent était responsable. C'était ce que Félix lui criait à la face alors qu'il l'avait saisi par le col de sa chemise et qu'il l'avait violemment poussé contre le mur de la minuscule boutique de livres soi-disant ésotériques de Laurent.
Après s'être défoulé sur cette asperge endimanchée, Félix avait fini par obtenir les réponses qu'il voulait. James avait su où trouver Waylon grâce à un de ses acheteurs de drogues, un pauvre type du nom de Mike Newton, qui tenait un commerce d'articles de sport en centre-ville. Lui-même avait connu ce type grâce à son ex-femme, une certaine Jessica Stanley.
Il ne fallut pas longtemps pour comprendre que Jessica Stanley était LE problème. En cherchant des informations, il apprit qu'elle était laborantine dans un centre d'analyse sanguine.
Le sang avait toujours été la clef de toute cette affaire. Félix savait cela, même s'il n'avait connu la vérité que tard. Il avait bien entendu quelques rumeurs. Les quidams qui côtoyaient les Volturis, qui tentaient d'obtenir quelques faveurs de leur part, répandaient à leur encontre toutes sortes de rumeurs aussi invraisemblables les unes que les autres.
Les volturis seraient des êtres qui auraient acquis leur immortalité en buvant le sang d'êtres purs lors que cérémonies sataniques.
Les volturis seraient des vampires qui s'abreuveraient auprès de jeunes vierges pour acquérir une jeunesse éternelle.
Félix avait toujours fait fi de ses élucubrations extravagantes, même s'il jugeait les Volturis mystérieux et puissants.
Quelques mois auparavant, Aro l'avait convoqué. Et accompagné de ses deux frères, il lui avait confié une lourde mission. Celle de retrouver un parchemin, un document vieux de plusieurs milliers d'années et qui détenait un secret terrible, lié au sang.
- La religion chrétienne est actuellement dans une tourmente telle, lui confièrent les Volturis, que si ce secret venait à être révéler à la face du monde, ce serait un cataclysme dont le monde occidental aurait bien de la peine à se relever.
Félix devait donc retrouver ce document, le plus discrètement possible, et surtout avant les Cullen, que les Volturis redoutaient.
Tout était lié au sang. Et la profession de Jessica Stanley expliquait bien pourquoi Waylon Forges s'était rapproché d'elle.
Félix avait donc débarqué sur le petit parking du CRYST, le laboratoire où elle travaillait, vers dix heures trente du matin. Il ne remarqua pas la fourgonnette rouge et la Volvo noire déjà garées.
- Ah ! Vous êtes aussi de la CIA, s'exclama l'assistance d'accueil, une sotte de toute évidence, vos deux collègues sont déjà en bas en train de discuter avec mademoiselle Stanley.
Félix masqua son trouble.
Les Cullen avaient du passer un contrat avec le diable. Seul lui avait pu savoir que Jessica était en contact avec Waylon !
A moins que James…
Il tenta de ne pas marcher trop vite quand il se dirigea vers l'ascenseur que lui indiquait l'assistante.
Par les façades à moitié vitrées des salles, il repéra vite Edward Cullen, le fils adoptif de Carlisle.
Avant de partir pour l'Amérique, Félix avait beaucoup travaillé sur le dossier Cullen. Après Carlisle, Edward était sans aucun doute l'agent de la section spéciale de la CIA le plus dangereux. Peu d'informations circulaient sur Carlisle. Cet homme était presque aussi énigmatique que les Volturi. Même eux étaient très vagues lorsqu'il parlait de lui.
Par contre, Félix connaissait tout de la vie d'Edward Cullen, autrefois Masen. C'était un être extrêmement intelligent, rentré à l'université de Harvard dès l'âge de seize ans. Ses parents étaient morts l'année suivante et il était rentré dans l'équipe de Carlisle quelques mois plus tard. Il s'était avéré une excellente recrue depuis les dix années où il avait été agent de la CIA.
Il était avec cette adjointe du sheriff, Isabella Swan, qui avait découvert le corps de Waylon Forges à la bibliothèque. Félix fut surpris de la voir là, dans ce centre, en train d'interroger Jessica Stanley, d'égale à égal avec un agent de la CIA.
Félix les observa longuement. Il remarqua les regards fuyants, les gestes évités, les sourires entendus. Ces deux là s'appréciaient et ils ne le savaient pas encore. Voilà une situation qui pourrait tourner à son avantage.
Une bonne quinzaine de minutes plus tard, Jessica Stanley sortit de la pièce pour se diriger au fond du couloir. Il avait une chance inespérée d'éliminer à jamais cette menace.
Félix s'accroupit pour passer dessous la vitre et ne pas être ainsi aperçu de la CIA. Le couloir ne faisait qu'une dizaine de mètres et Félix passa derrière Jessica qui ne l'avait pas remarqué jusque là et referma la porte derrière lui.
Jessica sursauta et ses yeux s'agrandirent devant la frayeur que lui causa le géant qui lui barrait la sortie.
- Que… que voulez-vous ? bégaya-t-elle.
Avant qu'elle ne puisse dire un autre mot, il l'attrapa à la gorge de sa main droite, deux fois plus grande que celle de la jeune laborantine. Il ne craignait qu'une chose, qu'elle alerte ses autres collègues aux alentours ainsi que les agents de la CIA en hurlant à-tout-va.
Il approcha ses lèvres de son oreille et tandis qu'il continuait à serrer dangereusement son cou, il lui susurra :
- Waylon Forges t'a donné quelque chose, ma belle. Tu vas me le donner maintenant.
Il attendit quelques secondes mais la belle ne répondait toujours pas. Il regarda alors le visage livide qui pendait au bout de son poing. Il sentit le pouls fuir entre ses doigts et il sut qu'il avait serré trop fort.
Ce que ces américains peuvent être fragiles ! Mais peu importait. De toute façon, il aurait du se débarrasser d'elle, témoin de sa présence dans la région. Et il devait se débarrasser des documents qu'elle détenait. Ils devaient certainement se trouver dans cette pièce.
Puisqu'il n'avait pas le temps de trouver le contenu, autant détruire le contenant. Félix trouva tout ce dont il avait besoin pour faire une jolie explosion : du gaz, un bec benzène.
Il ouvrit les bouteilles, alluma une jolie flamme bleue qui dansa au-dessus du tube métallique et se dépêcha de sortir, sans même jeter un coup d'œil à la dépouille qu'il laissa à terre.
Il se pencha à nouveau pour franchir la pièce où attendait Edward Cullen. Félix était satisfait de cette situation : il allait détruire une preuve qui pouvait mettre en danger les Volturi, il avait tué la seule personne qui l'avait vue et de surcroit, il allait se débarrasser d'un agent de la CIA.
L'ascenseur se fit attendre. Il s'engouffra et remonta au rez-de-chaussée. Il fut bousculé à sa sortie par une petite tornade qui disparut derrière les portes métalliques. Il reconnut la nouvelle recrue de Carlisle. Il eut alors un doute : pourquoi courrait-elle aussi affolée rejoindre ses collègues ? Etait-elle au courant des dangers qu'ils encourraient ? C'était impossible.
Félix s'engouffra. Il assista à l'explosion spectaculaire et un petit sourire s'afficha sur son visage. Il ne pensait pas que sa petite préparation aurait des conséquences aussi bruyantes. Mais une chose était certaine : les agents de l'équipe spéciale de la CIA n'en réchapperaient pas.
- Bonjour Félix !
C'était d'humeur assez joyeuse que le géant de Sicile avait franchi la porte de la petite chambre qu'il louait dans un hôtel sordide de Port Angeles. Elle était vite redevenue maussade qu'il trouva Jane et Alec debout au milieu de la pièce.
Le grand blond à l'air toujours malheureux n'était pas celui que craignait le plus Félix. La plus petite, au visage angélique, aux grands yeux bleus innocent et à la peau ivoire était un véritable démon. Le géant prit soin de garder une certaine distance avec elle. Ses techniques de torture étaient légendaires auprès de la garde personnelle des Volturis.
- Jane, Alec, quel plaisir de vous voir ! lança-t-il.
- Ne joue pas avec nous, Félix, continua la jeune femme avec une petite voix aigüe d'une gamine de dix ans. Nous sommes ici pour palier à ton incompétence. Sache que Aro est fort mécontent des maigres avancées de cette affaire et il ne va guère être satisfait de ce qu'il va apprendre de notre part.
- Comment ça ? se renfrogna Félix dont l'orgueil était facilement froissé.
Jane leva lentement sa main vers le poste radio qui crépitait encore.
- Es-tu à l'origine de l'explosion dans ce centre d'analyse sanguine ? demanda-t-elle froidement.
- Oui ! argua le géant. J'ai éliminé des preuves prélevées sur le parchemin par Waylon ainsi que l'analyste à qui il l'avait confié et deux agents de Carlisle Cullen. Aro sera plutôt fier de moi, je pense.
Jane fit son petit sourire sadique : Félix la haïssait.
- Sache qu'il n'y a eu qu'une seule victime, l'analyste. Les agents Cullen s'en sont sortis sans aucune égratignure. De plus, avec cette explosion retentissante, tous les chercheurs de trésors qui sont à la poursuite de ce parchemin savent maintenant que les hommes des Volturis ont débarqué dans l'état de Washington. L'équipe Carlisle risque de ne plus être notre seul problème. Toutes mes félicitations !
Félix grogna. Il n'aimait pas cet air de supériorité que cette petite femelle sans envergure prenait avec lui. Pour qui se prenait-elle ? Elle débarquait d'Italie, attendait qu'il fasse tout le sale boulot et venait ensuite s'en plaindre auprès de leurs seigneurs.
- As-tu au moins retrouvé ce fameux parchemin ? questionna-t-elle sur le même ton détaché.
Alec ricana doucement derrière Jane. Elle connaissait déjà la réponse. Mais l'humilier davantage semblait être son nouveau jeu.
- Non ! maugréa-t-il. Mais Carlisle non plus !
- Pour l'instant, rajouta Jane. Par un moyen que nous ignorons, les Cullens semblent être capable de retrouver rapidement des informations. Comment ont-ils su que Waylon était dans l'état de Washington et comment sont-ils arrivés à retrouver cette analyste ?
Il y eut un silence pesant. Puis soudain, Félix eut une illumination.
- C'est peut-être grâce à cette adjointe du sheriff, s'exclama-t-il. Elle traine constamment avec eux, surtout avec Edward d'ailleurs. C'est elle qui a découvert le corps de Waylon et elle était au centre d'analyse. J'ai l'impression qu'il y a un début d'idylle entre eux deux.
- Intéressant, murmura Jane. Voilà qui pourrait nous être utile. Maintenant tu vas m'expliquer tout ce que tu as fait, qui tu as vu et je veux voir tous les lieux où tu t'es rendu.
