Chapitre IX – Décadence

Il a merdé, il le sait, c'est terrible, ça lui ronge le cœur, ça lui dévore l'esprit. Il a merdé, absolument, et les mots qu'il a dit tournent en boucle dans sa tête, se cognent contre son crâne et résonnent inlassablement à ses oreilles. Astoria n'est pas une salope. Mais quel idiot. Quel imbécile. Il en a dit, des conneries, pourtant, là, il doit avouer qu'il a tapé haut, très haut – trop haut. Comment va-t-il rattraper cela, maintenant ? Il ne sait même pas s'il en a le droit, d'oser réclamer réparer cette erreur. Pansy est sa meilleure amie. Pansy est la seule qui sait tout, la seule qui a toujours été là pour lui et qui, Merlin, n'a jamais douté en lui, en son amitié. Malgré tout ce qu'il avait fait pour, malgré son ton condescendant, ses remarques plus que piquantes, malgré la haine qu'il essayait de faire ressentir dans sa voix, malgré d'avoir tenté de l'ignorer, de la descendre plus bas que terre, malgré tout, absolument tout, Pansy est restée. Elle est restée à ses côtés, avec son carré coupé court, sa frange qui lui tombe sur les yeux, ses grandes prunelles brunes posées froidement sur le monde, son nez trop aplati et ses longs doigts pointant les horreurs de cet univers pour s'en moquer longuement. Elle est restée, fidèle à elle-même, à son caractère, à leur amitié. Elle a tout vu, le jeu, la peur, la mission, et elle a eu peur, tellement peur, pourtant elle est la première à venir la voir, chaque matin, avec des idées plus étranges les unes que les autres, tant pour vraiment trouver une solution que pour lui faire penser à autre chose et le faire rire un peu.

Bordel, Pansy a été l'amie parfaite, la femme toujours présente, la seule personne sur laquelle il n'aurait jamais pu, et jamais dû, en temps normal, cracher dessus. Et il a honte, tellement honte de lui.

Aussi, quand Blaise débarque, quelques heures plus tard, alors qu'il n'a pas bougé du fauteuil de la salle commune, engoncé dans son désespoir et sa haine de soi, quand Blaise lui file une droite retentissante, qui fait pivoter sa tête et saigner sa lèvre, quand son imbécile de meilleur ami reste planté devant lui avec le plus grand dédain du monde, Drago se fige et subit en silence. Il le mérite – et Merlin sait que ce n'est pas son genre de se laisser faire.

- Alors là, mon vieux, si tu penses, si l'idée même t'a effleurée, que me laisser te baffer allait réduire ma colère contre toi… Alors là ! s'exclame subitement Blaise, le regard noir, avant de se laisser tomber sur le fauteuil en face de lui.

Et, alors que son cerveau lui hurle que c'est complètement stupide et suicidaire, Drago laisse sa langue se délier, provocante :

- Et alors là ?

Blaise souffle bruyamment en posant un regard toujours aussi ténébreux sur lui :

- Alors là, je verrais combien tu regrettes et peut-être qu'alors ma colère se réduirait effectivement… Il se tait un instant, observant son ami avec attention, et reprend en soupirant : Tu sais, je suis peut-être dans ma bulle avec Daphné, mais tu restes mon meilleur ami, aussi Poufsouffle cela puisse-t-il sonner, et je te connais quand même un minimum. Alors… Alors, mon vieux, t'es vraiment un imbécile d'avoir fait ça, et heureusement que je maitrise le ramassage à la cuillère, sinon je ne garantirais rien de l'état de Pansy, et encore plus heureusement, je sais aussi quand un pote a besoin de s'en mettre plein la figure pour oublier des douleurs trop grandes alors même si, au fond, je ne suis pas totalement certain que tu mérites ma considération…

Blaise, sous le regard mi-amusé, mi-soulagé et, surtout, touché, de Drago, qui souffre en silence de son cerveau aux tendances Poufsouffle en cet instant, secoue sa baguette du bout des doigts et, aussitôt, sortent de leur dortoir deux bouteilles de whisky pur feu entamées. Drago plisse les yeux et murmure :

- Pour me soulager, tu comptes me saouler ?

- L'alcool soigne les maux, frérot.

Drago hausse un sourcil, peu convaincu, et surtout offusqué par le qualificatif digne d'un triste né-moldu. Seulement, il n'a pas le temps de s'opposer en quoique ce soit, Blaise lui tendant une des deux bouteilles, avec un sourire engageant.

- Au bon vieux temps ?

- Tais-toi, pitié, on se croirait la cinquantaine.

Et, alors que le basané éclate de rire, Drago porte la bouteille à ses lèvres, engloutissant avec plaisir une longue gorgée de whisky, se disant qu'il devait être tombé dans un monde parallèle, où Blaise et lui étaient de retour à leur été de sixième année, sans soucis en tête, juste deux meilleurs amis à profiter de leur jeunesse. Alors, l'alcool lui brule intensément le gosier : rappel définitif qu'il est bel et bien en vie, et que demain, dès l'aube, il sera en direction du Manoir et, qu'alors, tout son corps pourra être témoin que son cœur bat tout à fait. Crispé, Drago secoue la tête et reprend une gorgée de whisky, puis une autre, et encore une autre, alors que leur rires se mêlent sans qu'il ne sache vraiment pourquoi ils s'expriment, avec la seule envie d'oublier, tout oublier.

XXX

Il est tard, beaucoup trop tard pour être en dehors de la Salle Commune, et il tangue surtout beaucoup trop pour marcher correctement – pourtant, Drago est debout, les mains sur les murs afin de se guider et se maintenir droit, se mordant la lèvre pour s'empêcher de parler, de râler ou, peut-être un peu, de vomir. Debout, en direction de la salle-sur-demande. Le besoin, impérieux, de revoir cette salle maudite avant de se retrouver enfermé dans sa chambre du Manoir, le corps trop douloureux d'avoir subi des Endoloris divers pour pouvoir même profiter du soyeux de ses draps. Peut-être que, les sens embrumés par l'alcool, la langue trop pâteuse pour râler contre la salle qui ne lui révèle rien, peut-être qu'alors la solution s'imposera d'elle-même à son esprit, avec un énorme sourire, en ricanant de la grosse farce qu'était cette partie de cache-cache.

Seulement, arrivé à mi-chemin, Drago se fige en voyant le chat devant elle. Miss Teigne, évidemment. De tous les soirs où il sort en cachette, alors qu'elle ne l'a jamais vu, il faut que ce soit ce soir-là, où il a tellement d'alcool dans le sang que Dumbledore lui-même, il en est certain, sera incrédule devant le taux. Puis, réalisant que penser à cela à cet instant précis est fort peu utile, Drago se redresse subitement et se met à courir – ou du moins marcher plus rapidement - droit devant lui, tournant le dos à la chatte, en priant Merlin de toutes ses forces pour qu'elle ne le suive pas il n'a vraiment, vraiment pas besoin d'un soucis supplémentaire en cette soirée. Alors, sans qu'il ne s'en rende compte, Drago se retrouve dans les toilettes du second étage, et il songe avec ironie qu'il finit toujours par s'enfuir ici, et que finalement, peut-être bien qu'elle lui plait un peu, la Teigne, pour qu'il soit attiré comme un aimant par son repère.

Il entend alors la voix grinçante de Rusard dans les couloirs, peu loin, et se fige une fois encore, avant de se diriger avec précipitation, tanguant, derrière une des portes des toilettes, espérant qu'il ne vienne pas à l'idée du concierge de vérifier chacune d'elles. Ainsi, retenant son souffle, Drago laisse sa tête aller contre le bois de la porte et ses yeux se fermer, dans l'expectative.

Merlin devait être avec lui, puisque Rusard finit par se détourner – Drago reprend alors brusquement une bouffée d'oxygène avant de repousser la porte des toilettes, de tituber au centre de la salle et de, lentement, se laisser tomber contre le carrelage blanc. Il pose son front brulant sur le matériau glacial, soupire de soulagement et ferme les yeux. Il pourrait rester là indéfiniment. Ce serait tellement mieux, au fond, que de souffrir du martyr sur son parquet brillant, lustré des heures durant par ses elfes.

- Drago ? couine alors une voix, derrière lui, le faisant sursauter brusquement.

Les yeux grands ouverts, les cils battant exagérément, une moue à tendance séductrice aux lèvres, Mimi Geignarde le fixe, dans l'expectative. Il soupire, et repose son front sur le sol. Il lui répond alors, et il ne peut s'empêcher de penser que Drago Malefoy est tombé bien bas pour répondre à Mimi Geignarde à trois heures du matin, aussi méchamment que cela puisse être :

- Dégage, Geignarde, je n'ai pas le temps de t'écouter pleurer, ou désespérément draguer un vivant.

Les joues se teintant de fureur, Mimi porte ses poings à ses hanches et s'exclame aussitôt :

- Ce n'est pas parce que tu es déprimé et totalement seul qu'il faut être odieux avec les autres !

Immédiatement, Drago se mord la lèvre, et ferme plus fort encore les yeux, la maudissant mille et une fois d'être tombée aussi juste. Il n'y peut rien, sa rancœur est sur le bord de ses lèvres, sa haine et sa peur se mélangent sur sa langue, et il n'y a que des méchancetés qui sortent.

- Pourquoi, pour une fois, tu ne voudrais pas raconter pas ta vie, te laisser aller et agir normalement, tiens ?

- Allons bon, tu vas devenir ma psychanalyste maintenant ? ne peut s'empêcher de cracher Drago, en tournant ses yeux gris vers elle.

Le spectre hausse les épaules et chuchote, mesquine :

- En tout cas, je suis la seule à encore bien vouloir t'écouter alors, fais-ton choix. Et vite, je n'ai pas que ça à faire, moi !

Retenant le moqueur « Et quoi, tu dois aller pleurer toutes les larmes de ton corps de morte dans les égouts ? » qui lui brule les lèvres, Drago se redresse et, ce doit être à cause de sa tête qui tourne, de son cœur qui réagit mal à l'alcool, ou bien même encore de l'heure tardive qui lui altère les sens, mais il ouvre la bouche et, cette fois, c'est ses peurs qu'il raconte – ses peurs, sa mission, sa douleur, sa rancœur. Salazar lui pardonne, il s'épanche devant la Geignarde. Et, que Merlin le ressente, cela lui fait un bien fou. De parler, d'avouer, de se laisser aller, sans limite, sans aucune crainte d'effrayer, de vexer, d'apeurer – non, juste raconter, tout raconter, parce qu'après tout, elle est morte, alors que pourrait-elle bien faire contre lui ?

XXX

- Pansy, dépêche-toi, on va être en retard.

- Je suis prête, râle-t-elle en enfilant sa cape d'extérieur, d'un joli vert émeraude.

Sans tenir compte du soupir agacé de sa mère, Pansy chausse ses bottines à talons noires et, lissant sa robe et sa cape de la paume de sa main, se plante devant sa génitrice, sourcil haussé.

- Quoi ? Nous allons arriver pile à l'heure, c'est bon, s'irrite-t-elle en levant les yeux au ciel.

- Ne me parle pas comme cela, Pansy. Et enlève ce nœud ridicule de tes cheveux. Nous allons diner chez le ministre, ce n'est pas un de tes gouters quotidiens avec la jeune Daphné, réalises-tu ?

- Oui, mère, souffle la jeune fille, agacée.

Comment aurait-elle pu l'oublier ? A peine a-t-elle posé le pied sur le quai 9 ¾ que sa mère lui a répété une cinquantaine de fois qu'ils sont invités chez le ministre ce soir, et qu'elle compte sur elle pour être présente et joliment habillée, cela fait toujours effet, et Merlin sait si elle aura besoin du soutien du ministre pour son avenir. Heureusement, Pansy apprécie suffisamment les diners mondains pour profiter de cette soirée, mais elle doit avouer que, pour la première fois de sa vie, elle aurait probablement préféré rester chez elle, au coin du feu, un verre ou deux à portée de main, Daphné et ses babillages sans fin sur le canapé d'en face. Soupirant, Pansy replace une mèche rebelle derrière son oreille et resserre sa cape contre elle. Elles allaient à présent transplaner à l'entrée de la demeure de Scrimegeour, son père à leur suite.

Seulement, alors que les trois individus sont sur l'instance de disparaitre, un patronus apparait au centre de la pièce, faisant sursauter Grace Parkinson et porter une main à son cœur son unique fille. Elles soupirent de concert en lançant un regard glacial au corbeau apparu dans la salle, mais demeurent silencieuse alors qu'il les informe, avec la voix du ministre, que ce dernier est navré de devoir décaler le rendez-vous d'une demi-heure, suite à une urgence professionnelle, qu'il espère que ce dérangement ne les incommodera pas énormément et, surtout, le plaisir et la hâte qu'il a, ainsi que sa femme, à recevoir le couple Parkinson dans la soirée.

Pansy a aussitôt un sourire moqueur, tandis que sa mère se laisse aller à une exclamation outrée.

- Enfin, décaler à cinq minutes du rendez-vous, quelle indélicatesse ! C'est insensé !

- Grace, notre ministre est occupé, c'est déjà fort aimable de sa part de nous convier à diner. Seulement, tu as remarqué qu'il ne s'adresse qu'à nous, couple Parkinson ? Il me semble que Pansy n'est pas conviée.

Retenant l'immense sourire ravi qui manque de s'installer sur son visage, Pansy parvient à garder une expression neutre et se tourne vers sa mère :

- Ce serait véritablement impoli de ma part de prendre part à ce diner entre couples, ne pensez-vous pas, Père, Mère ?

Soupirant, le nez plissé, Grace Parkinson agite sa main de manière à congédier sa fille, en regrettant tout de même une occasion pareille, bien qu'il soit vrai, qu'après tout, le couple Scrimegeour ne possédait pas d'enfants et, qu'au final, ce n'était pas une véritable perche pour Pansy. N'écoutant déjà plus les divagations de sa mère, Pansy se contente d'un petit salut du menton et d'un « bonne soirée » lancé à la va vite, se déchaussant de quelques gestes, pour se diriger rapidement vers ses appartements privés. Alors, refermant précautionneusement la porte derrière elle, Pansy fait quelque pas rapides vers son bureau et, aussitôt, rédige une courte missive à l'attention de Daphné.

Ma présence au diner de ce soir n'est plus requise… Alors, si tu veux profiter d'une maison libérée, j'ai de quoi nous occuper ! (Pas que des absurdités que tu détestes, ma Da, mais aussi plein de pâtisseries et confiseries à t'en faire crier le ventre de grâce ! Je serais toi, je serais déjà là…)

P.

La lettre à peine envoyée, d'un claquement de doigt, elle fait apparaitre son elfe de maison dévoué, à qui elle ordonne de préparer toutes sortes de plats – après tout, que Daphné vienne ou non, elle ne va pas demeurer le ventre vide. Cela fait, elle se dirige à petits pas vers son dressing et, jetant un regard circonspect à toutes les robes qui s'étalent devant elle, Pansy finit par défaire le bouton de la sienne et la laisse glisser au sol. Elle retire également son soutien-gorge et soupire d'aise.

- Eh bien, Parkinson, au lieu de pâtisseries, ce ne sont pas plutôt des gâteries que tu nous prépares ? s'exclame alors moqueusement une voix dans son dos.

Surprise, la brune porte une main à sa poitrine, tentant tant bien que mal de cacher sa chaire.

- Vous auriez pu vous annoncer !

- C'est chose faite, répond, mutine, Millicent avant de lui tirer la langue tandis que Daphné daigne lui accorder un sourire gêné.

Levant les yeux au ciel, Pansy ne réplique rien et se détourne plutôt, saisissant une chemise de nuit en soie, vaporeuse, d'un gris tirant vers l'argenté, qu'elle enfile en vitesse. Une fois décente, elle se retourne vers ses deux amies et, un petit sourire aux lèvres, s'enquiert :

- Millicent était inclue dans le package ?

Avec une exclamation faussement outrée, la jeune fille en question s'écrie :

- Tu verras d'ici quelques heures comme tu seras ravie de m'avoir dans le package, comme tu dis. S'il y en a une qui sait mettre de l'ambiance, ce n'est certainement pas une de vous !

- Ah oui ? interroge simplement Daphné de sa voix douce, ses fins sourcils délicatement épilés se redressant.

Millicent pouffe.

- Évidemment. Entre toi qui ne te laisse pas aller et l'autre qui emballe son Drago, heureusement que je suis là pour danser et hurler bien comme il faut !

Les deux Serpentard secouent la tête, amusées autant que désespérées.

XXX

- Ces bidules sont délicieux !

- Bidules, Milli, sérieusement ? Ton vocabulaire me laisse pantoise d'admiration !

- Viens me sortir des mots comme pantoise, s'exclame-t-elle avec dédain, alors que tu as quatre shoots dans le sang, ma Daphné, susurre-t-elle avant de mordre avec satisfaction dans un des roulés au fromage. Délicieux !

Pansy éclate de rire, sans trop de raisons, et se laisse rouler vers Millicent, la bouche grande ouverte :

- Fais-moi gouter.

- Merlin me punisse, mais ta phrase est diablement provocante Pans, glousse Millicent en s'approchant de Pansy, avant de glisser un roulé entre ses lèvres. Mange, formule-t-elle alors difficilement, en tendant la bouche vers la jeune fille.

Haussant les sourcils, Pansy place une main devant sa bouche, riant comme une gamine, mais se rapproche néanmoins et, se redressant plus que difficilement, mord dans le roulé au fromage, effleurant les lèvres de Millicent au passage. Aussitôt, une boule de chaleur la traverse et, sur le coup, stupéfaite – Millicent lui fait autant d'effet ? – Pansy réalise alors qu'elle s'est brulée, et que le roulé est diablement chaud dans son gosier. Toussant et avalant à la fois, Pansy sent les larmes lui monter aux yeux et, une fois le massacre terminé, elle demeure un instant immobile, les mains sur la gorge, avant d'éclater de rire, incontrôlable.

- J'ai failli mourir à cause d'un roulé au fromage !

En face d'elle, d'abord inquiète, Millicent est à présent réduite à une flaque de rire, se tordant sur le canapé sans aucune retenue, sa bouche grande ouverte. Daphné, sur un autre canapé, les observe avec une moue inquiète. Elle n'aime vraiment pas quand ses amis boivent. Heureusement, Blaise et Théodore ne sont pas là, et les deux n'ont fait que boire. Elle n'ose pas imaginer ce que cela donnerait sinon. Lorsque Millicent est là, Pansy boit bien plus, pour accompagner, comme elles lui disent, et cela donne des situations toujours étranges et, parfois, dangereuses, songe Daphné en faisant tourner son vin blanc dans sa coupe, observant les deux jeunes filles à travers le liquide ambré.

Alors qu'elle se demande si elle doit retirer les bouteilles de leurs mains ou non, et s'il est dangereux de les laisser continuer à manger tant que leur fou rire ridicule et sans raison aucune ne cesse, la porte des appartements de Pansy s'ouvrent sur Blaise et Théodore. Aussitôt, elle se mord les lèvres et va pour se lever afin de les jeter dehors, sous l'excuse d'une soirée entre filles, quand Millicent se lève brusquement et, de pas peu stables, se dirige vers Théodore en s'écriant :

- Je ne me souviendrais de rien demain, mais c'est aujourd'hui ou jamais !

Puis, ne laissant au garçon le temps de baragouiner qu'un « ok », elle saisit son visage entre ses mains et l'embrasse de toutes ses forces. Aussitôt, tout le monde s'immobilise, et tous les regards se fixent sur Millicent et Théodore, et leurs langues qui se mêlent.

- Oh Merlin Théodore n'est plus puceau de la bouche ! s'exclame aussitôt Blaise, en portant une main à ses lèvres, avant de s'écrouler de rire.

Pansy pointe du doigt Millicent et, riant également, riant tellement fort qu'elle se met à tousser, se relaisse tomber sur le canapé. Elle demeure un instant silencieuse, puis tourne les yeux vers Daphné, qui l'observe, tout près d'elle. Elle peut sentir son parfum d'ici, et ses longs cheveux blonds lui caressent le poignet. Elle ne sait pas pourquoi, mais ça lui fait mal, là, à gauche – ça pulse, fort, un peu trop fort. Et alors, elle se dit ce qu'il y a de plus évident à penser, dans cette situation-là :

- Daphné, je suis complètement bourrée.

- Je sais, grommelle sa meilleure amie en lui caressant le visage, dégageant les mèches de sa bouche. Tu ne veux pas arrêter un peu alors ?

- C'est tellement mieux de ne rien comprendre, ma Daphné, explique Pansy en secouant brusquement la tête, resserrant les doigts sur sa bouteille. Tiens, essaie ! Juste un shoot, si tu n'aimes vraiment pas, je te dirais plus rien… Mais essaie au moins ! s'exclame-t-elle subitement en versant un verre à son amie.

Daphné regarde avec une moue peu ravie le verre qui se remplit presqu'autant que le tapis s'imbibe sous les gestes désordonnés et tremblants de Pansy.

- Non, Pansy, je n'aime vraiment pas…

- Juste un ! l'interrompt de suite son amie, se souciant peu de ses convictions.

Soupirant, la blonde saisit le verre et, lentement, y pose ses lèvres. Elle frissonne lorsque l'alcool vient picoter ses lèvres et, alors qu'elle ferme subitement les yeux, l'avale cul-sec. Aussitôt, ses yeux se plissent encore davantage alors que sa bouche esquisse une grimace.

- C'est infect ! Et… Merlin ! Ça brule ! murmure-t-elle en portant une main paniquée à sa gorge.

Pansy explose de rire et lève haut sa bouteille :

- Au baptême du gosier de Da !

- Amen ! hurle Blaise à ses côtés, remis de sa crise de rire. Alors mon amour, qu'est-ce que ça fait ?

- Ça fait que je comprends encore moins comment vous pouvez boire de ça durant des heures, ronchonne la blonde en lançant un regard mauvais à la bouteille.

- Encore un ou deux, et tu comprendras, petite, fait d'un air faussement savant Pansy, resservant Daphné tout en étant accoudée sur Blaise, qui la regarde en souriant largement.

- Toi, tu t'es mise bien dis-moi…

- Moi ? Tu veux rire, t'as vu Millicent !

Et, au souvenir de Millicent et Théodore s'embrassant follement, les deux amis repartent dans une crise de rire qui laisse Daphné agacée. Se redressant, elle s'éloigne des deux et, son verre toujours plein en main, va se poser contre le mur d'en face, songeuse. Son regard se perd sur le liquide transparent et elle sourit en pensant que cela ressemble à s'y méprendre à de la pure et innocente eau. Puis, lentement, elle porte le verre à ses lèvres et, après avoir reniflé et grimacé devant la forte odeur, se laisse tenter. Après tout, un verre ou deux, cela ne faisait pas une grande différence, n'est-ce pas ?

XXX

- On va tous crever, tu sais Daphné ? Toi, parce que t'as pas la chance d'avoir une lignée parfaite. Moi, parce que mes parents veulent pas se lier au Seigneur des Ténèbres. Blaise, pareil. Théodore… Théodore, cet imbécile, il a fait pire que nous tous réunis, il est amoureux d'une sang-de-bourbe !

- Et en plus, je fais copain-copain avec Granger !

- Et en plus, il copine avec la Bouclée ! … Attend quoi !? s'exclame aussitôt Pansy, tournant brusquement la tête vers son ami.

Ce dernier hausse les épaules et murmure :

- Ça va, ce n'est pas le pire, je pourrais être pote avec la belette. Granger au moins, elle fait des phrases de plus de trois mots.

Pansy et Millicent gloussent en entendant cela tandis que Daphné secoue la tête devant tant de méchanceté – même imbibée, elle demeure pleine de retenue, songe avec émerveillement Blaise. Alors, pris d'une pulsion soudaine, il se penche vers sa copine et prend son visage entre ses doigts, l'embrassant passionnément. Aussitôt, la blonde penche la tête, laisse tomber son verre et passe ses doigts dans le cou de son amoureux, répondant à son baiser avec entrain. Les mains de Blaise glissent sur sa hanche alors qu'elle grimpe lentement sur ses cuisses, le chevauchant, dominatrice, donnant le rythme au baiser. Pansy siffle aussitôt, tandis que Millicent part dans un rire moqueur.

- Elle s'échauffe quand elle boit, la Greengrass !

- Laissons-les copuler en paix – tu me passes la bouteille ? s'exclame simplement Pansy, haussant les sourcils.

Elle ne sait pas pourquoi, mais elle a cette boule au ventre étrange qui ne la quitte pas depuis que Daphné est devant elle, depuis qu'elle a les yeux verts qui brillent un peu trop, depuis que ses joues deviennent trop rouges pour que cela soit naturel. Elle a ce creux qui devient de plus en plus monstrueux alors qu'elle voit Daphné sur Blaise, qu'elle la voit passionnée, à soupirer et gémir. Elle ne comprend vraiment pas, elle déteste cette boule, qui sort de nulle part et ne veut même plus la quitter, comme si elle avait trouvé une accroche plus que confortable au creux de son estomac. Soupirant, elle détourne le regard et porte son attention sur la bouteille en face d'elle. Ça, au moins, elle sait clairement ce que c'est et quel effet cela lui fait.

XXX

- Blaise ?

- Non. Pansy.

- Il est où Blaise ?

- J'sais pas. Je bois, là, j'ai l'air de chercher Blaise ?

- T'es méchante Pans.

- Et toi alors ?

- Moi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Si je savais.

- Pans ?

- J'en sais rien, ok ? Tu me saoules, retourne emballer ton Blaise, tu veux ?

- T'es jalouse, Pansy ?

- Et ça te fait rire ?

- Pansy elle est jalouse !

- Arrête de rire !

- Ja-lou-se ! Pansy elle est jalouse ! Jalouse de Blais-euh.

- Arrête bordel !

- Ja-lou-se !

- Putain !

Et, alors, sans un mot, ses lèvres se plaquent sur les siennes, brutalement. Elle ne sait pas pourquoi, et elle n'est pas sure de vouloir savoir très exactement. Elle sait simplement que la boule ne l'a pas quittée, et qu'il y en a assez. Elle sait aussi que Daphné l'agaçait à rire, à bouger ses lèvres trop brillantes, trop belles, trop douces – tellement douces. Elle sait surtout qu'elle n'a rien décidé et que son corps a bougé de lui-même et que, oh, d'un coup, elle l'embrasse. Elle embrasse Daphné. Elles s'embrassent.

Au loin, Théodore ferme les yeux, maudissant d'avance les emmerdes qu'il sent arriver.