Bonsoir ~~
L'épilogue. xD rien que le nom me rappelle le mal que j'ai eu à l'écrire et le mal que j'ai a le poster ! Cette fic est une avalanche de bons souvenirs, d'émotions, de difficultés aussi, d'amitié, une sacrée aventure que je n'ai jamais été sûre de finir !... Quand j'essaie de me souvenir celle que j'étais en commençant, je suis à peu près sûre que ce n'est pas la même qu'aujourd'hui, et c'est sûrement à cause de ça que j'ai un peu de mal à poser le point final xD
Un immense et infini merci (ça se dit ? haha) à ceux et celles qui m'ont conseillée, soutenue, lue, jusqu'ici, c'est un peu bête à dire mais c'est grâce à vous que j'en arrive là :) Comme le temps passe trop vite, j'espère que vous allez bien et que vos plumes grattent toujours de belles choses de temps en temps - le plus souvent possible :D Un ptit clin d'œil à RedOcean qui m'avait écrit "t'as intérêt à la finir !"(Désolée, uh, c'est pourtant vraiment loin d'être parfait...) Et pour ma Pikanoxx là-bas, de l'autre côté de la mer, juste te dire que je pense très fort à toi et que ces quelques mots sont pour toi.
Je laisse donc s'échapper Yoochun et Junsu les musiciens, après tellement de temps, ça fait chier et plaisir à la fois ! (D'ailleurs, vous vous souvenez ? C'est Yoochun qui a le dernier mot ;D)
Encore un énôrme merci,
Et puis, pisque c'est ainsi, Enjoy it ***
Epilogue
Novembre.
Autour de moi les feuilles bruissent, dans l'espoir de retourner vers le ciel. L'arbre dans mon dos est encore tiède, il fait résonner l'été brûlant qui se meure, il en a pris la couleur et l'épaisseur. La ville en quelques instants s'est recouverte de tous ces fragments de canicule, ces feuilles volantes qui recouvrent de rouge les âmes, comme une dernière touche de couleur chaude.
Le dos contre l'été, le regard vers l'hiver, je fume.
Novembre.
Il est toujours le même, malgré les années et les lieux traversés : ce moment fragile où le monde s'inverse, retourne en silence à son origine, ce léger battement qui transpose les hommes.
Le temps a poursuivi sa course, en riant, il est le seul à virevolter, à dessiner les cercles insouciants de l'éternité, il nous laisse à nos lignes de vie.
Le vent éclabousse de couleur la ville trop grise, en chantant, il éparpille les volutes de mon souffle comme les embruns de l'océan, les mêle au ciel jusqu'à ce qu'ils disparaissent.
Sans laisser de traces.
Novembre.
Les braises de ma cigarette éclairent ces doigts pâles qui la tiennent, ces doigts qui se refusent encore à changer, à trembler, à douter. Ils ne sont plus les seuls en moi à tenter d'ignorer les secondes. Si les souffrances s'apaisent, elles laissent derrière elles le poids immortel des rêves et des espoirs réalisés, et la vie que je mène toujours se consume, à la fois fragile et passionnée, instable et exaltée, amoureuse d'avenir et d'elle-même. J'ai voulu vivre, et depuis que j'en ai la force, je n'ai fait que ça.
Là-bas, derrière le vent et les feuilles, le ciel et la mer, entre les longues allées d'arbres écorchés, une silhouette sombre apporte un morceau de crépuscule.
Une exploration folle des chemins de la musique, toujours plus intense. Une fois les liens de mes peurs brisés, timidement, j'ai cherché en l'autre les clés de mes propres impasses. De plus en plus passionnément, jusqu'à offrir ces sons qui n'appartenaient qu'à moi. Accepter de me partager, de me livrer, de jouer follement aux côtés de mains et de souffles inconnus. Et dans les yeux, les peaux aux milles couleurs, les odeurs des recoins du monde, j'ai appris que la voix des autres pouvait être une réponse, la mélodie d'un conseil, l'air d'un secret. Parce que chaque partage renforçait celui que j'étais devenu, j'ai aimé simplement allier mon âme aux autres musiciens, presque sans peur, comme si l'intimité nourrissait mon essence. Comme si je me comprenais chaque jour un peu mieux. Comme si toutes ces frontières, unes à unes, s'envolaient dans un souffle, en moi, dissoutes. Je me suis donné tout entier.
Qui suis-je ? Un cœur qui pulse, des doigts agiles et précis, des yeux trop profonds, cinq sens sensibles à l'extrême. Qui suis-je ? Je voulais vivre, échapper aux hommes, aux mensonges. Je suis resté adulte, je suis redevenu l'enfant curieux qui se nourrit de différence et d'étrangeté. Cette joie qui se plaît à ne plus craindre personne, et s'essouffle à échanger sans cesse, est devenue plus puissante que les restes de mes espoirs. Mes entrailles se sont mises à brûler, de cette flamme que je recherchais.
L'incandescence de l'envie.
Le vent soulève autour de moi les mots des hommes, en dépose des fragments sur mon corps immobile. Mes cheveux cisaillent ce monde gris et rouge de noir, comme avant, comme toujours.
L'incandescence. Je me suis donné, et pourtant, une fois le rideau fermé, se réveille cette solitude éternelle. J'aurais aimé quitter les barrières de ce corps. Chaque fois que le piano se tait, je me retrouve, avec mes souvenirs et mon silence, ces deux mains inertes qui ne tremblent jamais. Il n'y a que la musique qui m'échappe encore de moi-même. Pour me moquer du temps, je n'ai pas compté les années qui m'ont séparé de l'enfance, m'ont rapproché de mon père, m'ont chuchoté l'oubli et l'avenir. Les années, les automnes. Les soupirs de la vie.
Novembre.
Ce léger basculement qui a fait de moi un homme, enfin, ces mots qui se sont mis à appeler plus souvent le passé, les souvenirs. Je parlais l'avenir, et à présent, il m'est devenu difficile de ne pas regarder derrière.
Le soleil en se posant sur l'horizon nous esquisse en traits plus sombres, j'observe ces femmes autour de moi qui marquent le silence du rythme de leurs pas, avec le soir, il se fait plus empressé.
Les années capricieuses, en riant, qui enlèvent à l'homme le plaisir simple de s'arrêter, de reculer il n'aura qu'à regarder en arrière. Je suis devenu musicien, peut-être, je suis devenu heureux. Je suis resté seul et sauvage, avec ce souffle blanc qui m'assure que je respire.
Je me souviens de cet hiver, à Berlin, de cette nuit ardente. Je me souviens de cet homme, cet enfant qui, en croisant mon chemin, a attisé en moi l'espoir de la guérison, le premier sursaut de vie. Il m'est toujours impossible de parler de lui, de l'invoquer, de le raconter. Il est partout pourtant, dans chacune de mes vérités. Nous nous sommes quittés ce soir-là comme on ferme une porte, silencieusement. Seul le battement incertain, bois contre bois, a fait résonner à nouveau la solitude. Je me souviens de son regard, de notre mutisme entêté, notre immobilité. Comme deux aimants qui, à trop s'attirer, sont devenus incapables de se rapprocher.
Trop semblables, trop différents.
Je me souviens de cette âme qui était devenue mienne, cette âme mêlée au goût nouveau de la musique, je me souviens que j'espérais ne jamais m'en séparer.
Ils disparaissent, avec la nuit, ils rentrent chacun et me laissent avec l'océan, le vent, le ciel. L'automne. Ces silhouettes autour esquissent les premiers traits de l'obscurité.
L'ironie de l'homme, sans doute. Une fois puisées en l'autre la paix, la vérité, une fois devenu musicien et capable d'avancer sans trébucher, il rebrousse chemin et reprend sa route, enivré d'égoïsme, pressé de se redécouvrir. Je suis devenu musicien, peut-être, je suis devenu heureux.
Le soir me fait frissonner, ou l'attente, ou le doute. Quelque chose en moi d'ancien, comme une vieille clarté, vacille à nouveau. Les années se sont posées en légers signes derrière mes yeux, elles semblent rire. Les espoirs réalisés tendrement s'agrippent et dansent sur nos visages qui disent, mieux que personne, là où s'est vécue la vie en nous. Dans le regard de Junsu, cette nuit-là, le lac immobile luisait sous le clair de Lune. Il savait, il avait déjà compris, avant moi, avant même que je le quitte sans me retourner. Il ne nous restait qu'une seule chose à apprendre, une chose que chuchotait à ses oreilles notre dernier concerto pour deux pianos.
« Tu as le temps. Celui pour oublier, et celui pour se souvenir. »
Ils s'effacent, il n'y a plus que l'océan qui gronde encore. Même ces feuilles sont devenues noires, elles découpent le ciel, retournent vers lui. Même cet arbre est devenu froid, il abandonne l'été, se livre à l'hiver. Novembre.
Junsu savait, ses yeux hurlaient dans le silence que s'il avait fallu être deux pour soigner sa plaie, ma nausée, notre peur, notre malaise s'il avait fallu être deux pour tisser les liens, les noirs, les blancs, il nous faudrait être seuls pour vivre.
Le temps pour oublier, oublier que nous étions bancales, déséquilibrés, funambules entre deux âmes. Je me souviens de ces aubes aux côtés de Junsu, dans la lumière du matin, dans mon souffle malade, j'avais l'impression de vivre là, sur sa peau trop pâle, entre lui et moi, en notre musique. Parce qu'il était impossible d'être éternellement deux, et un seul pourtant, la porte entre nous s'est fermée. En silence, nous laissant à nos mélodies de vie. Je ne vivrais sans doute jamais en dehors des barrières de ce corps.
Je suis seul, à présent. La Lune apporte sa lumière blanche, sur ces quais bordés d'arbres, le ciel est encore bleu de lumière, à l'Ouest. L'océan pleure, scintille, fredonne.
Sur ces légers traits derrières mes yeux, dansent les murmures de la vie que j'ai vécue. Les années m'ont vu apprendre à rire, à griffer le temps, ne jamais laisser une plume toucher le sol.
Les années ont vu mes poignets, libérés de leurs chaînes, donner huit octaves au monde.
Les années ont vu mon souffle emplir mes poumons sans plus les blesser, les oppresser.
Novembre. Un de plus, un encore.
Les années sont devenues musique, se sont tues.
Le temps est devenu tempo.
Il y a cette silhouette, unique, qui se promène du pas de ceux qui n'attendent rien. Une silhouette fine, menue, presque irréelle, et chacun de ses pas est une brise légère qui fait soupirer les feuilles trop noires restées à terre.
Je me suis donné, tout entier, à la musique, à ce qu'elle offre, ce qu'elle apprend, ceux qu'elle comprend. Sur les bas des disques qui m'impriment dans le silence, les « merci » se sont déposés avec sincérité.
Elle s'est rapprochée, dans un long caban noir qui danse des jeux du vent. Une solitude venue chercher la nuit froide, sans doute, ou la Lune ou la mer, une solitude comme la mienne qui ne craint plus de devoir en croiser d'autres.
J'ai fait des plus longs silences les souffles courts de la musique. J'ai fait de ma sensibilité un sourire brûlant, posé, là, sur celui du piano.
Il y a une plaie rouge, au bas du visage, les rondeurs éternelles de l'enfance qui narguent la maigreur, la lune sur la peau blanche éclaire l'ébène des cheveux, l'immobilité griffée de vivacité, le sourire implicite des deux contraires l'un contre l'autre.
J'ai joué jusqu'à réaliser à quel point j'étais devenu paisible. Rassasié ? Comme cette faim sans fin de l'enfance, j'aurais aimé ne jamais être épuisé de rien.
J'ai déjà deviné, bien sûr, déjà compris le frémissement violent de mes doigts qui se souviennent, s'attisent et brûlent, l'élan sauvage de mon corps son regard doucement m'effleure, s'échappe et revient. Un lac qui se trouble, déferle, lentement, dans les volutes de ma fumée, les boucles de mes cheveux, les doutes de mes yeux.
Il laisse mourir le bruit de ses pas, il laisse son souffle transparent se suspendre.
J'ai cherché partout la musique, dans tous les recoins de monde, des années.
Devant moi se consument l'essence de la vie, la vivacité sombre, la faiblesse indomptable, ces yeux plus affamés que jamais deux fragments d'océan, deux promesses ardentes. Ces yeux.
Une symphonie de vie.
Semblable, tellement différente ! Les années déposées dans ton regard l'ont rendu plus profond encore, prêt à déborder pourtant, déborder de cette vie que tu abrites et qui semble te dépasser. Ces yeux.
Il n'y a plus que toi en eux.
Je ris. Comme s'il était possible, après un silence interminable, après une éternité de respirations, de simplement poser nos mains dans le même univers, à nouveau, et d'un soupir faire renaître notre concerto pour deux pianos.
Comme s'il n'avait jamais vraiment connu de fin. Comme s'il était impossible de le faire taire.
Nous avons changés, Junsu, tu sais ? Nous sommes devenu trop uniques et trop seuls, brûlants.
Je me souviens de notre pari fou, inachevé, de faire de nos deux solitudes une seule mélodie, entière, plus vivante encore que la vie en nous notre impossible pari.
Encore fallait-il vivre.
L'infini de mes sons s'agite, tout au fond de moi, étouffant.
L'infini de nos sons.
Le dos contre le passé, le regard vers l'avenir, je fume.
« Junsu, est-ce enfin venu le temps du souvenir ? »
