Chapitre 10 : En Slovénie

Le reste du petit déjeuner fut plus calme. Sentant son malaise sur le sujet, Acacio ne poussa pas le sujet plus loin. Le silence s'installa. Tout était si tranquille. Lily, à l'école, ou avec deux frères à la maison, n'était plus habituée. Le calme la gênait et elle rompit le silence.

-Pourquoi venir en Slovénie ?

La question sembla surprendre Acacio, mais puisqu'il savait déjà tout d'elle, il lui parut logique de vouloir en savoir plus sur lui.

-Quand… Quand je suis parti, je suis arrivé en France. Mais ce n'était pas assez loin, alors, j'ai continué vers l'est. Je suis arrivé ici et… Je n'ai plus voulu partir.

-Non, ce que je voulais dire, c'est… Pourquoi… Partir ?

Acacio prit une profonde inspiration et Lily Potter devint la troisième personne, après ses parents, à connaître la raison de l'exil d'Acacio Greengrass. Après cela, la fin de la matinée s'écoula doucement, l'homme et la petite fille apprenant à se connaître. Ne voulant pas la bousculer, il la laissa entièrement libre de parler ou non. Une étagère près de la bibliothèque fournit la distraction idéale. Assis sur des fauteuils, Acacio lisait un classique anglais et Lily feuilletait un guide touristique du pays. Lily finit par relever la tête.

-Ça me fait si bizarre de ne pas être à Poudlard. À cette heure-ci, je devrais être en Histoire de la Magie.

-Alors, tu ne rates rien., plaisanta Acacio.

Lily secoua la tête, faussement exaspérée, se sentant de plus en plus à l'aise ici.

-Est-ce que je suis la seule personne qui apprécie les cours d'Histoire de la Magie ?

-Probablement oui. Poudlard te manque ?

-Oui.

Lily posa le livre et fixa Acacio du regard. Leurs yeux se croisèrent.

-Qu'est-ce qui m'arrive ?

-Je ne sais pas. Mais à ce que j'ai pu comprendre, ton frère essaie de trouver. Et apparemment, il n'est pas du genre à laisser tomber.

Lily se passa une main sur le visage. Elle se sentait ébranlée au plus profond de son être. Elle ignorait qui elle était. Acacio ferma son livre, maintenant le contact visuel avec elle.

-Il faut que tu contrôles tes pouvoirs, Lily. Aussi effrayant que ça puisse paraître.

-Je ne sais pas comment.

-Moi non plus.

-Tu m'aideras ?, demanda t-elle, ne réalisant qu'à ce moment qu'elle l'avait tutoyé pour la première fois.

-Bien sûr.

Elle ne répondit rien, mais se sentit étrangement réconfortée.

-On mange ?, proposa Acacio.

Avec le gros petit déjeuner que Lily avait pris, elle n'avait pas encore faim, mais elle répondit par l'affirmative. Le temps s'écoula doucement. Elle picora, le nez dans son assiette.

-Est-ce que je peux envoyer une lettre à mes parents ?

-Lily, tu n'as pas besoin de me demander. Tu peux faire ce que tu veux. Je n'ai pas de chouette, par contre, il faudra utiliser la poste normale. Je n'ai même pas de boîte aux lettres. On ira en ville demain pour la poster, j'ai un de mes amis là-bas qui tient une petite boutique, tu n'auras qu'à dire à tes parents de te répondre à son adresse, ça ne lui posera pas de problème.

Acacio s'occupa de la vaisselle, et Lily, juste à côté, écrivit une longue lettre à ses parents, racontant un périple qui n'avait pourtant duré qu'une journée. À la fin, elle inscrivit l'adresse de l'ami d'Acacio, précisant que c'était là qu'on pouvait la joindre. Elle signa et plia le parchemin, tandis qu'Acacio lui tendit une enveloppe. Elle étouffa un bâillement qu'il ne remarqua pas. Il s'assit en face d'elle.

-Ce que tu es parvenu à faire, je crois que personne d'autre ne le peut. Un jour ou l'autre, tu ne pourras plus te cacher. À ce moment, il faudra que tu sois prête.

Elle hocha gravement la tête.

-Je sais. Albus me l'a déjà dit.

-Et il a raison.

-Mais comment je suis supposée faire ça ?

-Ton frère semble penser que tes pouvoirs sont liés à tes émotions. Si c'est le cas, ça veut dire que ta colère, ta rage, ta peur, en sont le déclencheur.

Lily soupira et posa ses mains sur ses genoux, essayant de cacher qu'elles tremblaient.

-Mais…, continua Acacio, cela veut dire que tu peux aussi puiser cela de la joie, de la paix, du bonheur.

Il lui arracha un sourire.

-Tu crois ?

-C'est ce qu'on va tester.

-Et si c'était juste par la colère que cela venait ?

-Nous y réfléchirons si jamais il le faut. Mais je te promets que nous ferons ce que nous pourrons. C'est juré. En attendant, on va essayer par le calme.

-Comment ?

-Tu n'as jamais été calme ?, se moqua t-il.

-Jamais à en modifier la météo.

-Tu ne voyais pas assez les choses en grand, alors.

-Très bien, décida t-elle, résolue. Alors, comment… ?

Les yeux d'Acacio s'agrandirent et il réalisa qu'il ne savait pas du tout comment. Les noisettes dans les yeux de Lily s'illuminèrent il fronça les sourcils, faussement courroucé et ils partagèrent un premier moment de complicité auquel ni elle ni lui ne s'attendaient.

-La méditation., proposa soudainement Acacio. On pourrait commencer par ça. Viens te mettre sur le canapé.

Lily obéit, davantage par curiosité que parce qu'elle pensait que ça pourrait vraiment marcher.

-Installe-toi confortablement.

Elle inspecta le canapé une seconde et s'y allongea de tout son long, la tête sur le rebord, reposant sur un coussin. Il la regarda, secoua la tête en soupirant.

-Quoi ? C'est confortable.

Il sourit : il y avait quelque chose de fondamentalement attachant chez cette gamine. Il décala une tasse mal rangée et s'assit sur la table basse.

-Ok. Ferme les yeux, ça t'aidera à te concentrer.

-Je croyais que je devais me calmer, surtout.

-Et ferme la bouche, aussi.

La dernière fois qu'il avait orienté quelqu'un pendant une séance de méditation, cela remontait à ses années de Psychomagie, il n'en avait rien retenu et pour la première fois s'en désola. Il réussit pourtant à la guider à travers divers exercices de relaxation et se félicita intérieurement. Au bout de quelques minutes, la respiration de Lily était profonde, régulière et calme. Acacio eut un moment de doute, ouvra la bouche, la ferma.

-Lily ?, appela t-il.

Elle ne bougea pas, elle s'était endormie.

-Je peux pas y croire., marmonna Acacio.

Mais en réalité, il le pouvait, et plutôt bien. Elle venait de vivre une longue journée, avait fait un long voyage et la montagne, même quand on n'y faisait rien, épuisait plus que la ville. Il la couvrit d'un plaid de laine épais. Elle n'était toujours pas réveillée lorsqu'il se fit à manger et il la laissa dormir. Il baissa les lumières, mangea et passa le reste de la soirée dans la cuisine à lire. Il vint la voir plusieurs fois, mais elle n'avait pas bougé. Vers 22 heures, ignorant si elle connaissait suffisamment bien sa cuisine, il lui laissa un message sur un bout de papier, indiquant où tout se trouvait. Il alla vérifier si sa porte d'entrée était bien verrouillée, lui qui ne le faisait jamais, puisqu'il avait maintenant quelqu'un à protéger et il alla se coucher.

Lily ne se réveilla qu'au milieu de la nuit, la nuque raide, engourdie. Elle s'assit sur le bord du canapé et cela lui prit un moment avant de réaliser où elle était. Elle n'eut que le courage de grimper à l'échelle et de se rallonger sur son lit, remontant la couette jusqu'à son nez. Quelques secondes plus tard, elle dormait déjà. Elle n'émergea qu'en entendant la théière siffler. Elle prit plusieurs minutes pour se réveiller doucement, mais le fut totalement lorsqu'elle jeta un œil par la fenêtre au dessus d'elle. Le ciel était clair, la montagne sublime, Lily ne résista pas et ouvrit la fenêtre. L'air pur et froid de la montagne emplit ses poumons et elle sentit un frisson la gagner. Elle mit un moment à s'arracher à cette vue, mais elle commençait à avoir froid. Elle alla rapidement se laver, elle se changea et descendit finalement dire bonjour à Acacio.

La journée de la veille avait été longue, triste, étrange, phénoménale, paresseuse, mais rencontrer Acacio et passer du temps avec lui avait été moins effrayant qu'elle l'avait originellement pensé. Il mettait la table pour le petit-déjeuner quand elle arriva.

-Bonjour.

-Bonjour., répondit Lily. Je suis désolée pour hier.

-Ce n'est pas de ta faute, ce n'était pas forcément une bonne idée, la méditation…

Elle s'assit et sourit lorsqu'il amena deux assiettes de pancakes. Il en posa une devant elle et ils commencèrent à manger.

-Alors, qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui ?

Acacio sourit, créant des petites ridules autour de ses yeux. La même chose arrivait à son père et il lui manqua soudainement.

-Je pensais qu'on pourrait aller faire un tour. En forêt, d'abord et puis ensuite, revenir, prendre la voiture et aller en ville poster ta lettre. Qu'en dis-tu ?

-Volontiers, oui !

L'idée de découvrir un peu les alentours la ravissait. Elle avala son petit-déjeuner rapidement, pressée à l'idée de voir ce tout nouveau pays. Acacio le remarqua, sourit et se dépêcha lui aussi de finir son assiette. Parce qu'il fut ferme là-dessus, ils firent la vaisselle sans attendre. Ceci fait, ils allèrent se préparer dans l'entrée. Acacio pointa de son index fin les baskets de Lily.

-C'est tout ce que tu as comme chaussures ?

-Oui, pourquoi ?

-Ce n'est pas vraiment des chaussure de marche… Bon, je dois avoir une vieille paire quelque part.

Il sortit d'un tiroir au niveau du sol une ancienne paire usée, pleine de boue et loin d'être à la taille des pieds d'une enfant de onze ans. Lily retint une grimace.

-Je sais, soupira Acacio, elles n'iront pas. Attends, je vais chercher ma baguette.

Il disparut à l'intérieur de la cabane et Lily l'entendit farfouiller une longue minute. Il revint, l'objet à la main. Il l'essuya avec un torchon et sembla hésiter un moment.

-Tu ne l'avais pas utilisé depuis longtemps, n'est-ce-pas ?

-Non, c'est vrai. J'ai plus ou moins renoncé à la Magie en arrivant ici. Au milieu de ces montagnes, de quoi aurais-je bien pu avoir besoin ?

Il lança tout de même quelques sorts sur les chaussures qui rapetissèrent et parurent comme neuves.

-Ta couleur préférée ?, demanda Acacio.

-Le rouge., répondit Lily, interloquée.

-Bien sûr, tu es à Gryffondor.

Un nouveau sortilège et les chaussures devinrent bordeaux sur les côtés, les lacets furent rouges et or. Lily les ramassa et lui fit un grand sourire honnête. Soudain, Acacio eut l'impression que cette petite fille de rien du tout briserait tous les murs qu'il avait mis des années à construire autour de lui.

-Bon, on y va ?, grommela t-il, gêné rien qu'à l'idée.

Ils enfilèrent chaussures, écharpes, gants, bonnets et Acacio ferma la porte derrière eux. Les grands yeux de Lily s'étaient agrandis encore, impatients, voulants tout voir. L'ermite la guida par un petit sentier derrière le chalet et l'air était si pur, si glacé, que c'en était presque douloureux. Après avoir glissé dans le givre deux fois, Lily ramassa un long bâton et s'en servit pour avancer. Acacio se retournait souvent pour vérifier si elle suivait toujours et il souriait en la voyant si concentrée sur son chemin. De la buée sortait de sa bouche à chaque pas et on ne voyait que ses yeux, le reste de son visage étant caché par son écharpe et l'autre moitié par un épais bonnet faisant disparaître ses cheveux roux remonté dans un chignon.

Des sapins montaient une odeur particulière, rendant le fond de l'air légèrement piquant. Le son de l'eau commença à se faire entendre et Lily remarqua qu'ils se dirigeaient vers le bruit. Bientôt, ils longeaient une rivière dont l'eau était si claire qu'on en voyait les pierres calcaires du fond. Elle enleva un de ses gants et alla y plonger sa main. Elle haleta, tant l'eau était froide. Elle eut l'impression que des poignards transperçaient sa peau, mais elle la laissa et joua un instant avec. Tout était calme. Ils étaient entourés de montagnes, d'arbres et de sapins. Cela semblait sorti d'un rêve. Elle se releva, secoua sa main, et ils continuèrent à marcher un long moment, en silence.

Un autre chemin leur permit de retourner vers la cabane, un sentier au milieu de la forêt, aussi pittoresque et grandiose que tout ce qu'elle avait vu ce matin. Elle se sentait curieusement transfigurée, en paix, acceptant ce qui lui arrivait. Ils ne recommencèrent à parler qu'en poussant la porte du chalet.

-Prends ta lettre, je vais chercher les clés…

La voiture, un véhicule tout-terrain avec des roues larges et hautes était caché sous le prolongement de la toiture, en compagnie de bois sec pour l'hiver. Elle était vieille et Lily se demanda si elle roulait encore. Elle s'assit tout de même sur le siège passager et boucla sa ceinture. Elle adorait rouler avec son père. Le véhicule toussota et il fallut plusieurs essais pour la faire enfin démarrer.

-Je ne l'utilise pas beaucoup., expliqua Acacio. Je ne vais pas souvent en ville et avec le froid, elle est encore plus capricieuse.

Lily ne répondit pas, le nez à la fenêtre, excitée à l'idée que son monde allait encore un peu s'élargir. Peu à peu, chemin après route, ils retrouvèrent la civilisation. Ils longèrent un lac avec une petite île au milieu sur laquelle avait été érigé ce qui semblait être une église. La petite ville dans laquelle ils entrèrent était comme une carte postale qu'on recevait des vacances de quelqu'un dont on était légèrement envieux. Ils s'arrêtèrent sur le parking d'une petite supérette.

-C'est là que travaille Luka, celui qui recevra les lettres de tes parents. Je te présenterai comme ma nièce, on évitera les questions.

-D'accord, Tonton.

Acacio répondit à son sourire et ils descendirent de la voiture. En entrant dans la boutique, Acacio se dirigea vers le comptoir et Lily le suivit docilement. Il serra la main de l'homme qui était derrière et ils commencèrent à parler dans une langue inconnue de Lily. À un moment, elle entendit prononcer son nom et sourit poliment à Luka, un homme grand et épais, aussi buriné par le soleil que l'était Acacio. Il avait une physionomie avenante, bien plus qu'Acacio, qui, au premier abord, avait un air plutôt fermé. Luka répondit quelque chose et Acacio se tourna vers Lily.

-Il mettra de côté toutes les lettres qui arriveront.

-Merci., répondit-elle à Luka, mais Acacio fut obligé de traduire.

Luka eut un geste vif que Lily interpréta comme un « Ce n'est rien » et Acacio lui adressa encore quelques mots, pendant que la petite fille regardait les étagères, lisant des étiquettes qu'elle ne comprenait pas. Les deux hommes se serrèrent la main, Acacio partit vers la sortie et Lily adressa un petit signe d'au revoir à Luka. Elle se retournait quand elle entendit prononcer son prénom. Étonnée, elle regarda Luka, qui contourna le comptoir et saisit un pot qu'elle avait identifié comme étant du miel. Il lui fit signe d'avancer et elle obéit. Il se pencha à sa hauteur.

-Tu prends soin de lui, OK ?

Son accent était si prononcé qu'il fut difficile à Lily de comprendre. Elle hocha la tête et il lui donna le pot. Elle lui sourit pour le remercier et il dit à nouveau quelque chose qu'elle ne comprit pas, mais fit un geste qui désignait la porte. Lily sortit en compagnie d'Acacio.

-Il est gentil., commenta t-elle.

-Et c'est son meilleur miel., répondit son gardien.

Lily sourit et regarda le paysage.

-On est où, en fait ?

Acacio adorait la Slovénie et il se fit un plaisir de lui parler de la ville, du parc national dans lequel ils se trouvaient et du pays en général. Ils finirent par déjeuner sur les bords du lac. Lily frissonnait en picorant son sandwich, mais supportait plus facilement l'air glacé de novembre. Acacio la fixait du coin de l'oeil, essayant de déterminer la marche à suivre en ce qui la concernait. La matinée avait été très plaisante, mais il ne fallait pas pour autant oublier la mission qu'on lui avait confié. Il résolut de retenter quelque chose quand ils rentreraient au chalet.

Ce qui l'inquiétait le plus, c'est que plus il passait de temps avec elle, plus il regrettait que ce coup du sort soit tombé sur elle. Il s'attachait remarquablement facilement à elle, et il en était étonné. Il croyait vraiment être immunisé à ce genre de choses.

Même en se rappelant sa mission, lorsqu'elle demanda s'ils pouvaient continuer à visiter encore un peu, il ne résista que quelques secondes avant de donner son accord.

Il lui fit goûter une pâtisserie crémeuse typique de la région et comme il était encore tôt et que la luminosité était suffisante, ils remontèrent en voiture pour aller visiter des gorges voisines. Ils marchèrent lentement sur des passerelles suspendues au dessus du vide et Lily hésitait entre garder les yeux sur la paroi et loin du vide et ne pas rater une miette du paysage. Mais le paysage était trop beau pour ne pas être admiré.

-On aurait dû prendre un appareil photo., soupira t-elle.

-On reviendra une prochaine fois., proposa son gardien.

Le silence se fit dans la voiture. Lily, fatiguée, ne disait rien et Acacio était plutôt mutique. Il la regarda somnoler contre la vitre dans l'obscurité naissante du crépuscule.

Une nouvelle journée se terminait, et, bien sûr, il s'était passé beaucoup de choses, ils avaient fait un tour autour du chalet, vu Luka, visité la ville et randonné dans des gorges, mais ils n'avaient pas parlé du tout des raisons de sa présence. En rentrant chez lui, les phares allumés, roulant parmi les sapins aussi prudemment que possible, Acacio réalisa qu'il n'était pas sorti de son chalet pour autant de temps depuis des années, peut-être même depuis toujours. Il se demanda brièvement si la civilisation lui manquait, mais rejeta l'idée : il ne pouvait se permettre de devenir sentimental, il fallait garder les yeux sur le ballon, comme on disait. Si aujourd'hui leur avait permis de mieux se connaître et de s'apprivoiser, dès le lendemain, du travail les attendait.