Sati, qui venait arroser les plantes, aperçu la jeune femme dormir à poings fermés. Un peu inquiète, elle la couvrit en espérant qu'elle ne soit pas rentrée suite à un évènement grave. Elle vaqua ensuite à ses occupations. Aliya se réveilla quelques temps plus tard.

-Bien dormi, ma chérie ?

-Bonjour, Sati. Oui, j'avais bien besoin d'une petite sieste !

-Ce doit être vraiment terrible, pour que tu en sois arrivée à rentrer prématurément…je t'en prie, n'en fais pas trop.

-Ah…oui, ne t'inquiète pas, Sati.

C'était la meilleure phrase pour alarmer la vieille dame. Elle s'assit aux côtés de sa protégée.

-Que se passe-t-il ?

Aliya apprit avec le temps qu'il était inutile d'essayer de cacher quelque chose à Sati. Elle tenta tout de même à esquiver, mais face à la ténacité de la sexagénaire, elle finit par avouer.

-Disons que…les autres n'acceptent pas que…qu'une femme s'entraîne avec eux.

-Mon dieu, Aliya, tu subis des brimades ?! Tu l'as dit à Jay ? Ils t'ont fait mal ?!

-C'est dur, mais je gère, ne t'en fais pas ! Jay le sait il m'a dit qu'il allait leur parler, bien que je ne pense pas que ça va les stopper…

-Tu ne veux pas arrêter ?

-Non…comme je l'ai dit à Jay tout à l'heure, j'aime trop ce que je fais…j'aime me dépenser tous les jours, comme ça…

-Aliya…

-Je lui ai d'ailleurs demandé de m'entraîner pour que je progresse plus vite.

-Ah oui ?! Mais ses entraînements sont vraiment éprouvants !

-C'est bien pour cette raison que je souhaite qu'il m'entraîne. J'espère qu'il pourra trouver du temps…mes « collègues » sont assez turbulents…

-Pour être franche, j'aurais préféré que tu arrêtes, mais…si c'est vraiment ce que tu veux, alors…

Aliya posa sa main sur celle de Sati et la couvrit d'un regard tendre et déterminé.

-J'ai besoin de cet entraînement. Tout ira bien, ne te fais pas de soucis.

-Alors, ne te surmène pas trop.

La vieille dame la prit dans ses bras avant de lui sourire. Pagan entra dans la chambre.

-Ah, te voilà, Sati, je…ma précieuse ? Que fais-tu ici ? Quelque chose s'est produit ?

Elle lui répondit juste qu'elle était fatiguée. Etrangement, elle se dit que lui raconter ses déboires ne serait pas une bonne chose. Après un moment de perplexité, il prit une mine réjouie.

-Dis-moi, ma douce, voudrais-tu te promener avec moi en hélicoptère ? Je m'ennuie.

-Euh…

Les deux femmes se regardèrent. Sati lui sourit. Et puis, ce serait la première fois qu'elle irait dans un hélicoptère…du moins consciente.

-…D'accord, pourquoi pas.

Il l'invita à sortir de la pièce. Alors qu'ils décollèrent, Pagan engagea la conversation avec entrain.

-Alors, raconte-moi ton entraînement en détails !

-…Vous êtes un peu collant, dans votre genre, vous, non ?

-Je veux tout connaître de toi, alors je veux aussi savoir ce que tu fais de tes journées.

-Bah…je trime, je sue, j'ai mal…rien de bien joyeux.

-Tu sais, si tu veux…

-Je n'arrêterai pas. N'essayez pas de m'arrêter, vous aussi…

-Moi aussi ?

-Hum…

Elle se leva pour admirer la vue. Comme toujours, elle fut saisie par le magnifique paysage.

-…Est-ce que tout va bien, ma colombe ?

-Je…

Elle voulait lui dire de ne pas s'inquiéter, mais craignant que cela ne fasse la même chose qu'avec Sati, elle sortit sa nouvelle arme secrète.

-Oui, tout va bien.

-Ton beau sourire me rassure. Si tout va bien, alors je suis serein.

-Je…j'ai demandé à Jay de m'entraîner personnellement.

-Tiens…je lui avais pourtant demandé de te prendre sous son aile depuis le début.

-Ah…les autres recrues sont très…dissipées, alors Eli lui a demandé un peu d'aide.

-Je vois.

Il tourna la tête, contrarié. Aliya, un peu inquiète, se mit devant le dictateur, qui leva sa tête.

-Ne le réprimandez pas. C'est vrai que les autres sont durs à cadrer.

Il eut un sourire en coin.

-Pourquoi t'inquiètes-tu autant pour les autres ?

-Eh bien…c'est dans ma nature…je crois.

-Quelle bonne âme tu fais. J'ai arrêté ça depuis un moment, en ce qui me concerne.

Suivit un moment de silence. Faisant le tour d'une montagne, l'intérieur de l'hélicoptère commença à être baigné par le soleil.

-Ta peau est magnifique.

-Hein ? Ah…merci.

-D'où viens-tu ?

-Ma mère était Indo-Népalaise et mon père était Français, avec des ascendances américaines et antillaises.

-Eh bien, voilà qui est très exotique ! Je n'y aurais jamais pensé…quel beau mélange !

-Merci…et vous ?

-Quand tu me vois, à quels pays penses-tu ?

-Eh bien…votre attitude hautaine et égocentrique me rappelle des clichés anglais. Je dirais donc que vous êtes d'origine britannique. Après, quand je regarde vos yeux, je pense à l'Asie quand vous riez, ils se plient comme ceux des asiatiques…du coup, je dirais la Chine, puisque vous avez commencé votre vie en tant que « fils de la pègre chinoise ».

-Quelles déductions…c'est tout à fait ça ! J'admire ton sens de l'observation !

-Merci.

-Tu as dû me considérer avec un grand intérêt pour en conclure ça…

-Je…

-Ne dis rien, j'ai l'habitude de faire tomber les femmes par mon charme dévastateur.

-Vous parlez comme un jeune Don Juan…

-En parlant de jeune, quel âge as-tu ?

-23 ans.

-J'imagine que tu as aussi trouvé le mien ?

-Ce qui est sûr, c'est que vous êtes plus vieux qu'on ne peut le penser…40 ?

-Voyons, ma douce, ne me vieillit pas autant je n'ai que 39 ans !

-Pour un an, vous n'allez quand même pas…

-Bien sûr que si ! Oh, je suis vexé ! Si tu savais comme je hais voir le temps défiler, des rides arriver, et voir qu'il ne se passe rien de palpitant dans ma vie !

-Vous êtes si désespéré ?

-Bien sûr !

Elle lâcha un rire discret. Ce quasi-quarantenaire est peut-être plus sensible qu'elle ne le pensait…mais c'était tellement risible… ! Quand elle posa les yeux sur lui, elle fut presque choquée de le voir rougir.

-Hum…quoi qu'il en soit, pour en revenir à notre conversation initiale…si tu as un souci, dis-le-moi. Je ne tolèrerai pas que l'on te fasse du tort.

-Vous avez l'air de vite vous attacher aux gens, vous…

-Pas à n'importe qui, ma chère, pas à n'importe qui…

-Hm…si vous le dîtes…mais…pourquoi, moi ?

-Parce-que…c'était « toi ».

-Je ne comprends pas.

-Peut-être un jour ?

Il lui sourit mystérieusement avant de contempler le paysage. Aliya n'arrivait pas à saisir le sens de cette phrase…

Le dictateur ordonna au pilote de faire demi-tour pour rentrer. Ils se posèrent et descendirent tranquillement.

-Merci d'avoir accepté de te promener avec moi. J'apprécie vraiment ta compagnie.

-Pas de quoi.

-Puis-je t'embrasser ?

-Quoi ?!

-S'il te plaît ?

Il lui fit une tête de chien battu telle qu'elle se surprit de ne pas avoir pu résister. Elle serra les dents.

-…Ça dépend où…si vous tentez la bouche, je vous tue.

Tout souriant, il prit délicatement la main de sa colombe et posa un baiser dessus, en prenant le soin de la fixer dans les yeux. Un regard intense qui troubla la jeune femme. Il se redressa, mais ne la lâcha pas. Le cœur battant et le visage rouge, elle retira sa main d'un coup, se rappelant que c'était un dangereux dictateur…un dictateur dangereusement charmant...

Elle le regarda ensuite s'éloigner, inondée d'un sentiment dont elle avait trop peur de déterminer. Elle voulut chasser cette sensation, mais n'y arriva pas.

Dans son lit, elle regardait sa main, croyant ressentir encore le contact des lèvres de Pagan. Trouvant que ça la travaillait un peu trop, elle tenta de dormir en pensant à sa première journée intensive.