Chapitre 9 : SECRETS BROKEN
Les rayons du soleil pénètrent péniblement dans cette suite impersonnelle, il a du mal à ouvrir les yeux. Non pas à cause de la luminosité perçante mais parce qu'ils sont gonflés.
Gonflés par les coups qu'il a reçus et les larmes qu'il n'a pu s'empêcher de verser. Toute la nuit, il a subit les agressions multiples de ses visiteurs nocturnes. Coups physiques, attaques psychologiques, une chose est sûre, ce n'est pas un amateur qui s'est attaqué à lui.
Le sang a séché un peu partout sur son corps mais les larmes coulent encore. Chaque mouvement rouvre ses plaies physiques et lui rappelle les plaies de l'esprit.
FLASHBACK
Surpris dans son sommeil, on l'a tout d'abord endormi le temps de le neutraliser. Il n'est pas un expert en art martiaux mais sa carrure suffit à en dissuader plus d'un.
Il n'a pas dormi plus d'une dizaine de minutes, juste le temps de l'attacher à une chaise. C'est à l'aide d'une voix douce qu'il se permet d'ouvrir les yeux alors qu'il sent les liens retenir ses poignets et ses chevilles. Il le regrette instantanément, dès que le premier coup de poing atteint sa joue gauche lui fendant la lèvre. Ce seul coup de poing lui fait relever un regard à la fois haineux et moqueur vers son agresseur. Un regard qui va lui coûter une pluie de coups, juste assez pour lui faire regretter d'avoir levé les yeux mais pas assez pour le sonner.
S'en suit un long monologue auquel il prend bien soin de ne pas répondre. On lui retrace toute sa vie en en ressortant les côtés les plus sombres. Bien sûr, le sujet le plus blessant revient régulièrement. Cassidy, malgré les années, n'a pas quitté son esprit et la voix vient lui rappeler encore et encore que tout est sa faute.
Les coups et les remarques blessantes s'enchaînent de plus en plus rapidement. Il finit par craquer et hurle après son agresseur, il essaye de se libérer, porté par la haine que lui inspire ce personnage. Mais chaque mouvement ne fait que l'immobiliser un peu plus. Il est attaché de telle façon qu'une corde enserre son cou à chaque mouvement de ses mains ou de ses pieds.
Les poignets en sang.
Les chevilles en feu.
Le liquide rouge qui s'écoule de son visage.
Les os qui craquent sous les coups.
Les larmes qui jaillissent de ses yeux.
Son esprit vole en éclat en même temps que son corps.
Une phrase le fait réagir. Il ne doit pas flancher, pour elle, pour eux. Ils ont fait une promesse il y a quatre ans, c'est le moment de leur montrer qu'il a changé et qu'ils peuvent avoir confiance en lui.
Alors, il résiste.
Peu à peu, il oublie les coups.
Peu à peu, il n'entend plus cette voix.
Peu à peu, il se concentre pour trouver un moyen de s'en sortir en vie.
Maltraiter quelqu'un sans avoir de retour de souffrance ne doit pas être intéressant car les agresseurs se calment au fur et à mesure qu'il ne réagit plus. Elles parlent entre elles, il ne saisit que quelques mots qu'il prend soin d'enregistrer dan un coin de son esprit.
" On en fait quoi ? "
" Tant pis... plus tard "
" Passer au suivant "
" Changer de méthode "
Lorsque la porte se referme sur ces personnes, épuisé, il sombre.
FIN FLASHBACK
Malgré la douleur, il remarque que ses liens sont défaits. Difficilement, il se lève et se dirige vers l'ascenseur. Appuyé sur le mur, il attend que les portes s'ouvrent. Dans la cabine, une jeune femme le regarde horrifiée.
Jeune femme: Oh mon dieu... Vous voulez que j'appelle les secours ? Que vous est-il arrivé ?
Dick: Rien, je dois aller voir mon ami... Il est peut être en danger...
La jeune fille suit ses instructions et l'aide à monter jusqu'à la suite de Logan. Au moment où elle veut frapper à la porte, celle si s'ouvre brusquement. Le grand blond qu'elle soutient s'effondre dans les bras de celui qui doit être son ami. Se sentant de trop, elle disparaît discrètement.
Il venait de terminer son récit, la tête sur ses genoux pendant qu'elle soignait ses blessures. Elle réfléchissait encore à la suite des évènements. Visiblement, ceci n'était que le début d'une longue série et ils ne seraient à l'abri nulle part.
Que faire ?
Leur dire de partir et les exposer chacun de leur côté aux dangers qui les attendent ?
Leur dire de rester et les entraîner une fois de plus avec elle ?
Leur dire de rester et les obliger à la laisser agir seule ?
Quoi qu'elle choisirait, elle savait qu'ils ne se laisseraient pas faire. Ils ne se laisseraient pas mettre à l'écart, ils lui avaient dit. Cependant elle ne pouvait pas consciemment les entraîner une nouvelle fois vers ce danger qui avait failli coûter la vie à plusieurs d'entre eux et qui les avait rattrapé avec la mort de Weevil. Maintenant, il était de son devoir de prendre soin d'eux.
Machinalement, elle caressait les cheveux blonds maculés de sang. Dans un geste lent et apaisant, cette douceur permettait à Dick de s'endormir. Elle ne s'arrêta pas, les blessures physiques étaient nettoyées et ne saignaient plus, les blessures psychologiques avaient relâché un peu de leur pus, mais son esprit à elle vagabondait à mille lieu de là. Tout devait être dévoilé, il restait des secrets qui surgiraient tôt ou tard, autant que tous les connaissent dès maintenant pour ne pas se faire surprendre et souffrir au mauvais moment.
V voff: Y a-t-il un bon moment pour souffrir ? Non, mais il y a des choses qu'il vaut mieux apprendre par les bonnes personnes afin de mieux se préparer au pire.
Lentement, elle releva son regard. Depuis qu'il avait terminé son récit, personne ne parlait, choqué par les révélations du blond. Un à un, ils levèrent les yeux sur elle, surpris de la tendresse qu'elle mettait dans ses gestes envers Dick, attendant qu'elle s'exprime. Ils savaient que tout passait par elle.
Elle prit une grande inspiration, ferma les yeux quelques secondes et, après avoir cherché du courage dans le regard chocolat qui la fixait intensément, elle prit la parole.
Veronica : Weevil n'était que le moyen de tous nous réunir ici. Leur but est de nous détruire un par un. Tous les moyens sont bons, ce que Dick vient de nous raconter en est l'exemple.
Elle fit une pause, hésitant encore sur les mots à employer.
Veronica : Maintenant qu'ils nous ont tous retrouvés, ils ne nous lâcheront plus que nous restions où que nous repartions, que nous soyons seuls ou ensemble. Ils passeront par tous les moyens pour nous faire du mal. Un mal qui peut être physique ou psychologique. Il y a un moyen d'atténuer le pouvoir qu'ils ont sur nous...
Tous attendaient ses prochaines paroles, espérant vainement une solution miracle qui leur permettrait de boucler l'affaire en quelques jours.
Veronica : Ils savent tout sur nous, d'après que ce nous a dit Dick, ils savent vraiment tout dans les moindres détails. Il faut les devancer sur ce terrain. Il faut qu'on se fasse mal maintenant pour ne pas qu'ils nous en fassent plus tard. La première étape de mon plan est que nous fassions tomber toutes les barrières.
Devant les regards interrogatifs de ses amis, elle continua.
V voff: Ne plus jamais rester seuls, ne plus jamais se quitter, laisser tomber les masques... Ces prochaines heures promettent d'être difficiles...
Veronica : Ça va vous surprendre venant de ma part, mais il faut qu'on puisse se faire confiance à 100 et que rien ne puisse nous surprendre. Nous devons être transparent, plus aucun secret, plus aucun ressentiment. Il faut qu'on se raconte tout ce qu'on s'est caché : nos actes, nos remords, nos envies, nos colères, ... Si rien de ce qu'ils nous disent ne nous atteint, nous seront plus forts physiquement. Je propose qu'on mettre carte sur table maintenant, que chacun notre tour on dise à chaque personne présente ce qu'on a vécu, ce qu'on a caché, ce dont on a envie, ... Ça va faire mal, ça va exploser, mais nous devons tout faire pour nous protéger.
Tous acquiescèrent, sous le choc de l'idée de Veronica. Elle, la spécialiste des cachotteries, proposait de dévoiler toute sa vie et d'en assumer les conséquences. Personne ne prit la parole, ne sachant par où commencer, ne sachant qui devait commencer. Avec un petit sourire, Veronica leur exposa donc les dernières règles du jeu.
Veronica : Tout ce que nous allons nous dire risque de nous mettre dans des colères folles, j'aimerais que, malgré tout, vous vous souveniez tous pourquoi nous faisons ça. Nous sommes tous amis, certains faits ont été cachés pour ne pas gâcher cette amitié mais il faut les faire ressurgir. Je vais commencer mais sachez avant tout que je vous aime tous et que je ferais tout pour vous garder en vie, je donnerais ma vie pour vous...
Une larme perla sur sa joue. Mac se rapprocha d'elle et posa une main sur son genou pour lui montrer son soutient. Wallace en fit de même, posant sa main sur celle de Mac. Logan hésita puis se joint à ses amis.
Ils étaient tous là, unis par le malheur une fois de plus, prêt à affronter leurs pires démons.
Veronica : Après la mort de Lilly, je suis allée à la fête de Shelly Pomroy et je me suis fait violer... Vous le savez tous. Cependant, ce que vous ne savez pas tous c'est que c'était par Cassidy...
Pas de détours, pas de précautions. Il fallait tout déballer et il y en avait tellement à dire qu'elle n'avait pas le temps de broder son histoire. Les visages de Mac et de Dick se décomposèrent petit à petit...
De son côté, Keith était en train de mettre en place la surveillance de la maison. Il n'avait pas posé de questions à sa fille mais la mort de Weevil, les lettres, ... Tout cela suffisait à lui laisser penser que les choses étaient graves.
Toute la maison fut fouillée afin de déceler des micros ou des caméras cachés. Certaines issues furent condamnées pour éviter toute intrusion, et des policiers postés aux quatre coins de la maison. La maison et ses occupants sont protégés mais Veronica et ses amis n'étaient pas là. Elle n'avait pas demandé de protection pour eux. Keith se demanda alors ce que manigançait sa fille. Il savait qu'elle avait toujours un plan pour tout, mais là ?
C'est avec des milliers de questions en tête qu'il rejoignit Alicia à l'intérieur, priant pour que Veronica revienne saine et sauve pour lui raconter tout ce qu'elle avait promis de lui dire.
