Couple : Gin x Ichigo

Contexte : cette histoire intervient début juin, soit environs 3 mois après la fête de la clôture des fleurs. Pour ceux qui ne comprennent rien, je les renvoie aux actes précédents, qui s'enchainent l'un après l'autre. Par souci de simplicité, j'ai volontairement calqué le rythme de vie de mes protagonistes sur le nôtre. Autrement dit, imaginez que le japon est un pays d'Europe !

RAR à la fin du chapitre


Chapitre 10 : La décision d'Ichigo


Dimanche, à l'heure du déjeuner – chambre d'Ichigo

- « T'as vraiment l'air crevé. Je te croyais plus endurant que ça Uryû. »

- « Je voudrais bien t'y voir toi ! Il a dû faire des dizaines d'allées et retours ! Et un stade de football, c'est long, tu peux me croire. »

A l'heure qu'il est, l'eau de la douche coule encore sur les épaules de Grimmjow, et Ichigo discute avec ses deux amis dans sa chambre. Il est amusé par l'air abattu du brun à lunettes. Du salon jusqu'à la chambre, celui-ci s'est littéralement trainé.

- « Pourquoi tu l'as suivi à chaque fois ? »

Uryû dévisage Chad comme si ce dernier venait de sortir une énormité.

- « Parce qu'il était comme fou ! Il faisait peur à tout le monde, parents comme enfants ! Vous le faites exprès ou quoi ? »

- « Te fâches pas. On trouve ça juste hilarant », reprend Ichigo. « Et puis tu t'attendais à quoi venant de la part de Grimmjow. Un rien l'excite, et je ne suis pas en train de parler sexe ! Je ne suis pas d'humeur. »

- « Oui, bah justement je te trouves de plutôt bonne humeur, sans vouloir te vexer. »

- « Je ne le suis pas particulièrement, mais que veux-tu, ta vie ô combien excitante, me fait mourir de rire. »

En répondant, le rouquin a lancé un regard de connivence avec Chad, qui n'a pas échappé pas à l'œil acéré du Quincy.

- « Je ne comprends pas tout là. »

- « Ben, c'est une première ! Toi, qui te targues toujours d'avoir l'esprit vif. C'est moi qui suis censé être le bourrin, je te rappelle. »

- « Oh, je t'en prie. J'ai eu ma dose aujourd'hui. »

- « Justement, ta journée de merde est venu égailler un peu ma journée de déprime. »

Alors qu'il était jusqu'à maintenant un peu furieux d'être mis en boite, Uryû relâche la tension, prenant l'affirmation de son ami pour ce qu'elle est. A son corps défendant, il a réussi à détourner Ichigo de sa peine, ne serait-ce que pour un temps, car il est évident que rien n'est terminé. Malgré les sourires et les rires, l'étincelle dans les yeux du rouquin est encore éteinte. Ça l'a frappé lorsqu'il l'a vu tout à l'heure. Chad avait raison, Ichigo est sévèrement touché.

- « Je vois. Tu lui as raconté l'épisode Asano », fait-il à l'attention de Chad, tandis que Grimmjow entre dans la chambre, une simple serviette autour des hanches.

- « Putain, y sont débiles dans c'te famille ! Des barjots. T'aurait vu ça, Poil de carotte. La mère, elle peut ameuter tout un quartier rien qu'en parlant fort. »

- « Ouais, bah au moins, elle se balade pas à poil, la mère d'Asano ! »

- « Parle pas d'malheur ! T'as vu comment elle est foutue ? », continue le bleuté en s'asseyant sur le lit d'Ichigo. « Pour rien au monde, j'voudrais assister à c'genre de spectacle. La mère du chialeur à poil, quelle horreur ! »

- « Grimm, ce qu'Ichigo voulait dire, c'est que tu devrais t'habiller. »

- « Quoi ? J'suis pas tout nu. » Grimmjow pose son regard sur Ichigo dont l'embarras est bien réel. Il lui sort le plus beau sourire carnassier qu'il ait en rayon. « C'est parce que j'ai un beau corps, t'es jaloux, c'est ça ? »

- « Mais non, je suis pas jaloux ! Et moi aussi, je suis plutôt bien foutu, et c'est pas pour autant que je balade pratiquement nu ! »

- « Bah montre comment t'es bien foutu ! », rétorque Grimmjow.

- « Non mais ça va pas ! T'es complètement maboule ! », réplique un Ichigo au bord de l'apoplexie.

Paniqué par la provocation de l'ex-espada, il a le rouge aux joues, comme le recherchait le bleuté qui lui balance : « T'es vraiment prude, Poil de carotte ! », avant d'éclater de rire.

- « Et toi Grimmjow, tu es limite exhibitionniste », décrète Chad.

- « Bah, c'est pas ma faute, j'ai rien à m'mettre. Mes fringues sont pleines de terre et elles puent. »

- « Si tu n'avais pas couru aussi ! », s'exaspère Uryû.

- « Mais bébé, on était là pour supporter. »

- « Et ? », demande Ichigo en penchant la tête vers le mec presqu'à poil.

- « Bah, faut bien les suivre pour leur pousser au cul ! Bon, tu m'prêtes des fringues ? »

- « GRIMM ! »

- « Laisse Uryû, je vais voir dans les affaires de mon père, parce que les miennes seront trop justes pour qu'il y entre sa carcasse. » Sur le pas de la porte, Ichigo se tourne vers Uryû. « Ton copain a une façon bien à lui d'interpréter les choses. »

- « Ne m'en parles pas ! »


Plus tard en fin de journée

La journée de dimanche aura filée à une vitesse vertigineuse pour Ichigo. Malgré un réveil difficile, le reste s'est plutôt bien passé. Probablement parce qu'il n'est quasiment jamais resté seul. Mais plus sûrement parce que l'adage qui dit que, le malheur des uns fait le bonheur des autres, a pris toute sa signification en la personne d'Uryû et de sa rocambolesque aventure dominicale.

Le déjeuner a été une fois de plus le théâtre de répliques fameuses dues principalement aux échanges entre Grimmjow et sa conception du supporter et Karin toujours humiliée par la disqualification. Rajouter à cela les remarques acerbes d'Uryû qui n'a pas digéré que son amant le fasse courir (au premier sens du terme), et saupoudrer avec les interventions débiles d'Isshin et amusées d'Urahara, on imagine aisément qu'Ichigo n'ait pas eu l'opportunité de déprimer !

Il est presque 16h00 et désormais, tous les invités ont rejoint leurs pénates. Chad est parti depuis maintenant une bonne demi-heure, lorsque la sonnerie de la porte d'entrée retentit.

- « Bon sang, on peut pas être un peu tranquille ! », ronchonne Karin, allongée sur le tapis du salon avec Yuzu. Les deux filles font une partie de dames.

Ichigo est quant à lui, avachi dans le canapé, et semblait somnolé jusqu'alors. Ce qui fait qu'il n'a pas le temps de prévenir son père qu'il ne veut voir personne. Et, il le regrette amèrement quand il le voit revenir, Shinji Hirako et Renji Abarai sur les talons.

- « Salut Ichigo ! Bonjour les filles. »

- « Oh, bonjour Renji », s'exclame Yuzu qui apprécie énormément le grand gaillard aux cheveux rouge. Elle s'incline face à Shinji. « Bonjour Hirako-san. »

Karin salue à peine les deux hommes. Elle a eu sa dose de visiteurs aujourd'hui. Elle ronchonne à voix basse. « Bon, tu joues Yuzu ? »

- « D'accord, d'accord. »

Les deux filles étant retournées à leur jeu, un silence gênant s'installe entre les quatre hommes. Ichigo s'est levé, mais son regard fuyant prouve qu'il est mal à l'aise. Pour décanter la situation, Isshin propose de servir du thé pour tout le monde. Il s'en va dans la cuisine préparer le breuvage, laissant seul son fils avec ses deux amis. Celui-ci ne dit toujours rien. C'est à peine s'il a murmuré un bonjour. Il connait la raison de leur présence et n'a pas envie de parler avec eux. Recevoir la visite de Chad dont le soutien ne passe pas par des mots, ou d'Uryû qui est tout en retenu, est une chose. Faire face à ces deux hommes, est radicalement différent.

Renji ne sait plus ni quoi faire, ni quoi dire. Tout comme Uryû plus tôt, le rouge a constaté à quel point Ichigo est éteint. Au plus fort de leur aventure, il ne l'a jamais vu aussi abattu. Il est presque soulagé de voir revenir Isshin. Ce dernier analyse rapidement la situation et comprend les réticences de son fils.

- « Venez donc dans la cuisine, le thé va être prêt. »

Soulagé de cette intervention, le lieutenant lui emboite le pas, suivi après quelques secondes d'hésitation, par Ichigo puis par Shinji qui ferme la marche. Chacun d'eux prend une chaise, et s'assoit autour de la table. Ichigo croise les bras, montrant dans ce geste qu'il est peu enclin à converser.

- « On est venu pour prendre de tes nouvelles, Ichigo. On était un peu… inquiet », commente Renji. Il regarde dans la direction d'Hirako, dont les yeux sont focalisés sur Ichigo. « Enfin, moi j'l'étais. »

Un coup d'œil d'Isshin vers son fils pousse ce dernier à cesser de bouder, même s'il est loin d'en avoir envie.

- « C'est gentil, mais j'vais bien », murmure le jeune homme.

- « Alors pourquoi tu nous regardes pas en face ? », reproche Shinji.

Et là, Ichigo se redresse, lançant un regard noir vers le blond.

- « Tu t'attendais à quoi, Shinji ? Je me suis fait larguer, y'a rien à ajouter. Et en parler n'y changera rien. »

Les yeux d'Ichigo sont à nouveau remplis de larmes. Shinji se lève et approche sa chaise de celle du rouquin. Il se rassoit et pose sa main sur son bras.

- « C'est là qu'tu goures. Parler fait toujours du bien. Ça fait ressortir la peine qui t'bouffe à l'intérieur. On est pas là pour t'emmerder. On est là parce qu'on est tes amis, Ichigo. Parce qu'on veut t'montrer qu'on est avec toi. T'as raison sur un point, ça changera rien. Même si on parle, elle reviendra pas. »

- « Si c'était arrivé à l'un d'entre nous, tu serais venu, hein ? Tu serais là pour nous. » Ichigo relève son visage baigné de larmes, et il hoche la tête, d'accord avec ce que Renji vient de dire. « Alors comment veux-tu qu'on te laisse traverser ça tout seul ? »

- « C'est juste que ça fait un mal de chien. Tous les deux, on avait fait des projets, on devait… »

Isshin est sur le point de regretter d'avoir imposé ça à son fils. Son mal-être lui fait l'effet d'une aiguille dans son cœur. Pourtant, lui le premier, sait que ressasser les choses n'amène rien de bon.

- « Je sais que c'que j'vais dire va t'passer au-dessus d'la tête, mais faut qu'tu saches que t'auras d'autres projets, seul ou avec quelqu'un d'autre. Car tu peux être sûr qu'y aura quelqu'un d'autre. Peut-être même plein d'autres. T'es un jeune homme magnifique. Me regarde pas d'travers, j'te fais pas du rentre dedans, là ! », s'offusque gentiment Shinji. « Ichigo, t'es au début de ta vie. »

- « Alors pourquoi j'ai l'impression que tout est fini ? »

- « Parce que tu ne vois que ta peine », intervient doucement Isshin.

- « Ouais, pour le moment, tu vois qu'le mal qu'tu ressens. Et c'est normal. Mais avec le temps, ta douleur va s'amenuiser et tu vas reprendre l'dessus. On est fait ainsi, pour aller de l'avant. Et toi peut-être plus que quiconque », ajoute Renji.

- « Ouais, t'es un fonceur, Ichigo. C'est pas c'déboire qui t'arrêtera. Tu verras. »

- « Laisse-toi juste du temps. Fils, ça parait bête à dire comme ça, mais c'est tout ce qu'il te faut. »

- « Ouais, ça et du soutien. »

Un semblant de sourire apparait sur les lèvres du rouquin.

- « De ce côté-là, j'ai été gâté aujourd'hui. »

- « Ah ouais, t'a vu qui ? », sourit Renji.

- « Chad et Uryû. »

- « Cool ! Ils t'ont sûrement dit la même chose ? »

Et là, le père et le fils échangent un sourire complice. Ichigo se met en devoir de leur raconter la journée d'Uryû, ce qui clôt fort joyeusement une discussion qui avait si mal commencé.


Lundi - lycée de Karakura

Conformément à la promesse qu'ils ont faite, Uryû et Chad se sont pointés très tôt devant la maison Kurosaki. Informé au préalable, Isshin leur a ouvert, heureux que les amis de son fils puissent prendre le relais derrière lui. Parce que malgré tout ce qu'il s'est dit hier soir, ce matin, il a des difficultés à pousser son rejeton sur le chemin de l'école.

Entouré de son escorte privée, Ichigo arrive en vue du lycée. Lorsqu'il passe le grand portail, Tatsuki se précipite sur eux. Et le problème survient. Parce qui dit Tatsuki, dit Orihime. Ichigo qui était un peu bougon jusqu'alors, change instantanément. Son corps se tend imperceptiblement. Il serre les poings et ses lèvres sont pincées.

Uryû vient s'interposer entre lui et Tatsuki qui regimbe immédiatement.

- « Eh dis-donc Uryû, ça te gênerait de t'écarter pour que je puisse dire bonjour à Ichigo. »

Le Quincy remonte ses lunettes sur son nez.

- « Ichi… ? », appelle la voix fluette de son ex.

- « Ne m'appelle plus comme ça ! », murmure Ichigo en serrant les dents.

Tatsuki, qui est aux premières loges pour entendre et voir son ami, commence à comprendre dans quel état émotionnel il se trouve. Cela lui rappelle les semaines qui ont suivi le décès de sa mère. Ichigo avait aussi ce visage fermé, reflet d'un mélange de colère et de tristesse. Il avait alors mis du temps à refaire surface, à redevenir lui-même. Quoique non, il n'est jamais redevenu comme il était avant. Il s'est endurci, ne laissant plus rien paraitre de l'innocence et de la timidité qui lui étaient propres. Elle jette un œil à Chad, et saisit le rôle que lui et Uryû se sont donnés. Elle en déduit celui qu'elle est censée prendre, même si ça lui fait mal.

- « Viens, Hime, on y va. »

Elle prend son amie par l'épaule et, bien que celle-ci fasse preuve de réticence à s'éloigner, elle l'entraine avec elle.

- « Allez venez, sinon on va être en retard », fait Uryû.

Tous les trois se dirigent vers le bâtiment principal, saluant au passage Mizuiro et Keigo, qui discutent à bâtons rompus de leur week-end. Les deux garçons font comme si rien ne s'était passé. Logique venant de Mizuiro, mais surprenant de la part de Keigo. Reste qu'Uryû est plus que soulagé de découvrir cette facette de sa personnalité.

Pendant les cours, Orihime a essayé d'attirer l'attention d'Ichigo, mais c'est difficile lorsqu'entre vous et votre cible, il y a un mur fait de muscles. Chad a un physique avantageux, c'est indéniable.

Pour oublier, Ichigo s'est concentré sur la voix de leur professeur, emmagasinant les informations plus efficacement que d'habitude, lui permettant de vider son esprit pour l'accaparer à l'étude.

Au final, le plus difficile est venu du regard des autres. Les murmures n'ont pas tardé à se faire. La tristesse sur les visages d'Orihime et d'Ichigo a ouvert la voie à toute sorte de spéculations. Conclusion : à la pause, une bonne partie du lycée était persuadé qu'il y avait de l'eau dans le gaz entre eux, et à midi, que la séparation était consommée. Le groupe s'est en effet séparé, avec sur le toit, Ichigo, Uryû et Chad et dans la cour, près des arbres, Orihime, Tatsuki, Mizuiro et Keigo. Certains ont été jusqu'à penser qu'il en était de même pour l'autre couple. Information vite rejetée au moment où tout le monde a regagné la classe et que le géant est venu enlacer la brune, profitant qu'Ichigo ait le dos tourné.

Sur le chemin du retour, les trois garçons n'ont pas cessé de discuter, principalement des cours et des examens à venir. Lorsqu'ils sont arrivés à destination, Ichigo a remercié ses amis pour ne pas l'avoir quitté.

- « Chad, je sais que tu fais ça pour m'aider, mais je ne veux pas que tu fasses passer Tatsuki après moi. »

- « Elle comprend, tu sais. »

- « Bon sang, t'as le droit d'embrasser ta petite amie, même si je suis là ! », cingle Ichigo avant de baisser les yeux, honteux de s'être énervé contre son ami. « Je crois que je ne le supporterais pas si vous vous sépariez à cause de moi. Et dis-lui que je ne lui ne veux pas. C'est juste que… »

- « Elle le sait, Ichigo. Mais je lui dirais, promis. »


Quelques semaines plus tard

Les trois dernières semaines au lycée sont maintenant derrière eux. Des jours entiers de révision, à tenter de faire entrer une pléthore d'informations dans des cerveaux en surchauffe, pour aboutir à quelques heures d'examens stressants où certains ont presque joué leur avenir à pile ou face.

Mais tout ça c'est derrière eux. Fraichement diplômés, voilà la petite bande exceptionnellement reconstituée autour d'un verre pour fêter, comme il se doit, la fin d'une époque. C'est la première fois depuis leur rupture qu'Ichigo et Orihime sont aussi proches l'un de l'autre. Chad sert encore de séparation entre eux, mais au moins ils sont à la même table dans ce petit bar du centre-ville. A compter de ce jour, chacun va aller vers le chemin qu'il s'est tracé. Et c'est là le sujet de leur conversation.

- « Et tu es accepté ? », demande Keigo.

- « Oui, j'ai rempli un dossier en Avril. Mon dossier a été retenu et j'ai passé un entretien il y a trois semaines. Il ne manquait plus que l'examen. C'est chose faite. »

- « Bravo, c'est l'une des meilleures écoles de gestion du pays. »

- « Uryû a raison. Félicitations, Mizuiro », ajoute Chad.

- « Bah oui, mais tu vas t'en aller ! »

- « Keigo, tu comptais quand même qu'on resterait scotché les uns aux autres toute notre vie ! », s'énerve Tatsuki.

- « Non, mais j'espérais qu'on resterait tous à Karakura. Et vous, vous faites quoi ? »

- « Médecine pour moi », répond Uryû. « Je vais m'inscrire la semaine prochaine. »

Tous se tournent vers Ichigo qui est resté muet depuis qu'ils se sont installés.

- « Ouais, moi aussi je compte m'inscrire en médecine. »

- « Cool, deux futurs médecins. Comme leur papa ! », s'esclaffe le châtain.

- « Moi je vais suivre un double cursus à la fac : économie et sport. Ça m'aidera pour reprendre le dojo de mon père », explique à son tour Tatsuki.

- « Et toi Chad ? »

- « Economie et gestion. J'aimerais ouvrir un magasin pour vendre des objets d'artisanat venant du Mexique. »

- « C'est chouette, Chad », dit Ichigo à voix basse.

Autant il était évident pour tous que Tatsuki, Uryû et lui-même suivraient les traces de leurs pères, autant personne ne savait quel avenir s'était imaginé Chad Yasutora.

- « Oui, je te vois bien faire ce genre de choses », fait Uryû en hochant la tête. « Et vous deux ? »

Les regards se posent sur Keigo et Orihime.

- « Moi, je me lance dans des études d'infirmière. Je suivrai mes cours à la même fac qu'Uryû et… Ichigo. »

Elle a prononcé le dernier nom sur le bout des lèvres. Elle se fait toute petite, et ce depuis des semaines. Elle a renoncé à parler à Ichigo. Pas de gaité de cœur, c'est sûr. En fait, elle n'a pas eu le choix. Tatsuki, ainsi qu'Uryû et Chad, lui ont fait comprendre que leur ami n'était pas près, qu'elle devait attendre. Grosso modo, qu'elle lui devait bien ça.

- « Et toi Keigo ? »

- « Bah, j'ai longtemps hésité entre le droit et les langues. Entre avocat et traducteur. »

- « Ça n'a rien à voir », remarque Uryû.

- « Justement, c'est pour ça que j'ai longtemps hésité. »

- « Et ? »

- « Bah, ce sera le droit. Ça fait plus classe, vous voyez, rapport à Yoruichi. »

- « Qu'est-ce que Yoruichi vient faire là-dedans ? », ne peut s'empêcher de demander Uryû.

- « Je dois avoir un métier qui me permette de lui offrir le train de vie qu'elle mérite. C'est une dame quand même ma princesse. »

- « Keigo, ce n'est pas ta princesse. Il n'y a rien entre elle et toi », assène Mizuiro.

- « Cela dit tu n'as pas tort sur un point. D'après ce que nous savons, c'est quasiment une princesse. L'héritière de l'une des plus anciennes familles nobles de la Soul Society. »

- « Bah merde alors ! Vous auriez pu me le dire plus tôt ! »

- « Pourquoi, tu vas viser juge d'instruction peut-être ? », lui demande Tatsuki sur un ton railleur.

- « Et pourquoi pas ? »

Dans son coin, Ichigo est bel et bien perdu dans ses pensées. Il n'a rien suivi de toute cette conversation idiote. Il s'est arrêté au moment où Orihime a révélé qu'elle irait elle aussi à la faculté de médecine. Même s'il ne le montre pas, son cœur s'est affolé et pour l'instant, la seule chose à quoi il pense, c'est au moyen d'échapper à cela.

Lorsqu'ils se séparent après une demi-heure, il est toujours silencieux. Il a pris une décision, qui va chambouler sa vie, et celles de ses proches. Mais pour cela, il doit parler à quelqu'un. Et le plus tôt sera le mieux.


Le lendemain, en fin d'après-midi - Hôpital de Karakura

- « Bonjour, j'aimerais voir le docteur Ishida. »

- « Vous avez rendez-vous ? »

- « Euh… non. Pourriez-vous quand même lui dire qu'Ichigo Kurosaki souhaiterait lui parler ? »

La jeune femme pousse un soupir à fendre l'âme. Toute la journée, elle ressasse les mêmes phrases, tentant de faire entendre raison à des gens toujours plus obtus les uns que les autres.

- « Jeune homme, si vous n'avez pas de rendez-vous, vous ne pourrez pas rencontrer le docteur Ishida. »

- « Je sais, oui. Mais, vous voyez, c'est un ami de mon père, … alors je me disais que… »

- « Que peut-être vous pourriez passer devant tous ceux qui ont pris leur rendez-vous, eux ! »

Ichigo a bien compris qu'il aurait toutes les difficultés à passer le barrage de cette secrétaire. Pourtant, il est vital pour lui de rencontrer Ishida-san. Du moins pour le plan qui s'est forgé dans sa tête depuis hier soir. Il ne peut pas reculer. Tout comme il refuse d'aller le voir chez lui. Cela signifierait rencontrer Uryû. Et ça, c'est hors de question. Aux grands maux, les grands remèdes !

- « Très bien, alors je vais l'attendre », lance le jeune homme avec sur le visage un air déterminé. En outre, comme son froncement de sourcils est de retour, il envoie désormais clairement le message qu'il n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il y est allé avec gentillesse et timidité, mais là, cette bonne femme commence à lui courir sur le haricot !

La femme en question lâche un nouveau soupir et continue à taper sur son ordinateur, sans plus se soucier d'Ichigo.

Après un quart d'heure, Ryuken entre dans la salle d'attente pour venir chercher le prochain patient avec qui il a rendez-vous, et découvre stupéfait Ichigo, assis dans un coin. Il s'approche de lui, faisant un signe au patient d'attendre une minute.

- « Ichigo, il y un problème ? »

- « Bonjour Ishida-san. Je voudrais vous parler. »

- « Tu peux aller m'attendre à la maison. Uryû doit y être… »

Ichigo, qui s'est levé, danse d'un pied sur l'autre, visiblement très mal à l'aise. « Non…, je préfère vous attendre. Enfin…, si ça ne vous ennuie pas. »

- « Non, ça ne me dérange aucunement. Je te préviens cependant : j'ai encore trois patients. »

- « Ça ira, ne vous inquiétez pas. »

Ichigo se rassoit en silence au moment où Ryuken et son patient sortent de la pièce.

Environs une heure et demi plus tard, Ishida signale à sa secrétaire qu'il ne veut être déranger sous aucun prétexte. Il rejoint la salle d'attente et, d'un signe, invite le fils de son ami à le suivre dans son bureau, dans lequel les deux hommes s'installent.

- « Que puis-je faire pour toi Ichigo ? »

- « Voilà. J'ai pris une décision. Et pour ça, j'ai besoin d'aide. De votre aide. J'ai rempli un dossier pour entrer à l'université de Tokyo. »

- « Tu ne veux pas aller à l'université de Karakura ? »

- « Je dois partir, … m'éloigner, vous comprenez ? Si je reste, je la verrais tous les jours », répond Ichigo en baissant les yeux. « Je suis accepté en médecine, et elle veut faire des études pour devenir infirmière. Nous risquons de nous côtoyer tous les jours, et ça, je m'y refuse. »

Ryuken écoute avec attention, et ne peux qu'assentir aux propos qui lui sont tenus. L'éloignement est probablement la meilleure solution au problème d'Ichigo. D'après ce qu'il sait, les notes du jeune homme sont plus qu'honorables et devraient à ce titre lui permettre d'intégrer Todai. Pourtant un point n'a pas été soulevé. S'il part à Tokyo, il devra quitter ses amis, en premier lieu son propre fils.

- « Tu es conscient que tu vas quitter tous ceux que tu aimes ? »

- « Vous êtes conscient, Ishida-san, de tout ce qui m'est arrivé en l'espace d'un peu plus d'un an ? »

Répondre à une question par une question, c'est culotté, surtout face à un homme tel que Ryuken Ishida.

- « Tu marques un point. Toutefois, tu peux comprendre mon inquiétude. Ichigo, tu es le meilleur ami de mon fils, le premier d'ailleurs. Et tu es aussi le fils de mon meilleur ami. Je ne peux croire que ton père te laisse t'éloigner aussi facilement. Tu lui en as parlé ? »

- « Non. J'ai besoin d'être sûr d'avoir mes chances pour Todai. Le mieux serait de joindre à mon dossier une lettre de recommandation d'un ancien diplômé. Bref, c'est là que vous intervenez. »

- « Bien. Il est entendu que j'accepte de te remettre une lettre de recommandation. Mais, en contrepartie, je voudrais Ichigo, que tu en parles le plus tôt possible à Isshin. »

- « Ok, je lui en parlerai ce soir. De toute façon, si je vais là-bas, je vais avoir besoin de lui financièrement. »


Plus tard, après le souper - maison des Kurosaki

La famille au grand complet a dignement fêté l'obtention de son examen. Ichigo a mis de côté sa conversation avec Ryuken, et passé une agréable soirée en compagnie de son père et de ses deux petites sœurs. Pour l'occasion, Yuzu avait concocté un repas digne d'un bon restaurant et réalisé un gâteau parfumé à la fraise avec un glaçage à la vanille, sur lequel elle avait écrit le mot 'félicitations'. Dire que le gâteau était délicieux est un euphémisme. Et c'est le ventre plein, après avoir aidé ses sœurs à tout ranger, qu'Ichigo se pointe dans le bureau de son père, occupé à sa paperasse.

- « Alors fils, qu'est-ce ça te fait d'être diplômé ? »

- « C'est cool. Papa, je peux te parler ? »

- « Bien sûr. »

- « C'est à propos de la fac. »

- « Oh, tu veux que je t'accompagne pour l'inscription ? » Ichigo fait non de la tête. « C'est vrai, que je suis bête, tu y vas avec Uryû. »

- « Non, c'est pas ça. Enfin si. Bon voilà, je me lance. Je vais m'inscrire en médecine mais pas à Karakura. Je veux aller à Todai. »

En disant cela, Ichigo a regardé son père droit dans les yeux, un air déterminé sur le visage.

- « Mais… enfin…, » Isshin ne s'attendait pas à cela. Outre les contraintes financières qu'il perçoit déjà, il sait ce que cela signifie. « Si tu vas à Todai, tu ne pourras pas rentrer le soir. Et même pas le week-end. C'est à plus de cent kilomètres d'ici. »

- « Je sais. J'ai bien réfléchi. »

- « Mais pourquoi ? Je pensais que toi et Uryû alliez faire vos études ensembles. »

- « Oui, c'est ce que j'aurais souhaité. Mais elle… elle sera là aussi. Elle veut devenir infirmière. »

En même temps qu'Ichigo s'est rembrunit, la compréhension s'est faite dans l'esprit d'Isshin. Son fils n'a pas tourné la page. Il pensait qu'il allait mieux. En fait, il a trouvé dans ses révisions un dérivatif et il n'est pas guéri. Son air déprimant est d'ailleurs de retour.

- « Je vois. Si c'est ce que tu veux, alors c'est d'accord. »

- « Ça pourra le faire au niveau…euh… financier, je veux dire ? »

- « Ne t'inquiète pas de ça.. »

- « Parce que je peux me trouver un petit job, tu sais… »

- « NON ! Il n'en est pas question. Je vais me débrouiller. »

- « C'est le fait que je m'en aille loin ? »

- « Oui, fils. Je savais qu'un jour tu volerais de tes propres ailes. Je voulais juste de garder un peu plus longtemps à la maison, c'est tout. »

- « Je reviendrais aux vacances. Je ne m'en vais pas à l'autre bout du pays ! »

- « Tu appelleras souvent, pour tes petites sœurs… et pour ton vieux père aussi, hein ? »

Ichigo vient enlacer les épaules de son père.

- « Je te le promets. Et je te remercie d'être là pour moi. »

Isshin tapote le bras de son fils.

- « C'est normal, c'est à ça que servent les parents. Allez va te coucher. »


Le lendemain - Soul Society, manoir des Shihôin

Trois des plus grandes familles nobles sont présentement réunies dans le petit salon personnel de Yoruichi. Pourtant, il n'y a que deux personnes en plus de la somptueuse brune. Byakuya Kuchiki digne représentant du clan Kuchiki et Shunsui Kyôraku pour le clan du même nom. Le thé a été servi et un silence empesé règne dans la fastueuse pièce.

- « Peut-être pourrais-tu nous expliquer maintenant pourquoi tu nous as fait venir, Yoruichi ? »

- « T'excites pas, mon petit Bya. C'est à propos d'Ichigo. Il a besoin d'aide.»

- « Il allait bien dernièrement. Enfin, d'après ce qu'a dit Kira à Renji », reprend Byakuya.

- « Disons qu'il a eu l'esprit occupé par ses examens. Il veut suivre médecine comme son père. Le hic, c'est qu'il vient d'apprendre qu'Orihime compte suivre des cours dans la même fac. »

- « Je vois. Et c'est trop pour lui, n'est-ce pas ? »

- « Tu sais, mon petit Bya, tu aurais pu devenir un psychotruc ! » Le capitaine de la sixième lève les yeux au ciel, montrant le peu de cas qu'il fait des remarques de son amie. « Oui, il refuse d'être dans la même faculté qu'elle, même si cela signifie s'éloigner de ses amis et de sa famille. C'est pourquoi il a décidé d'aller à Tokyo. »

- « Pourquoi tu nous dis tout ça ? », finit par demander Shunsui, qui semble s'ennuyer à mourir.

- « Parce qu'Isshin peut assumer les frais de scolarité mais il n'a pas les moyens financiers pour payer le logement et la nourriture d'Ichigo. Faire des études coute cher. Et c'est là qu'on intervient. Qu'est-ce que vous en dites ? », lance joyeusement la femme.

- « Yoruichi, nous ne vivons pas dans le monde réel. Notre richesse a de la valeur ici, mais pas là-bas. »

- « Oh allez, la Soul Society a trouvé le moyen d'acquérir un logement pour le shinigami de Karakura, alors ne me faites pas croire que nos trois famille réunies ne peuvent pas en faire autant ! »

- « Qu'en dit Isshin ? »

- « Il est dans une impasse. Il est venu voir Kisuke et j'ai surpris leur conversation. » La jeune femme devient soudainement sérieuse. « Je veux l'aider. Ce gamin le mérite. »

- « Je suis d'accord. Je te suis », décide Shunsui. « Après ce qu'il a fait pour nous, c'est un juste retour des choses. »

- « D'accord sur ce point. Mais je préfère qu'il ne le sache pas. En outre, ce n'est pas parce que nous l'aidons que nous nous immiscerons dans sa vie. Je suis d'avis de lui laisser du temps. Cela signifie notamment que tu ne devras pas l'importuner. »

- « Je regarderais de loin », sourit la jeune femme. « Quant à la discrétion, faut pas t'inquiéter, mon petit Bya. Kisuke servira d'intermédiaire. »

- « Nous ne nous sommes pas bien compris, je pense. Il est hors de question que tu espionnes sa vie. Tu devras rester loin de lui. »

- « Pourquoi ? »

- « Parce que tu l'as reconnu tout à l'heure : il le mérite. »

- « D'accord », accepte Yoruichi. Byakuya la dévisage comme s'il attendait quelque chose. La brune pose la coupe qu'elle a dans la main et soupire, légèrement agacée. « OK, je te donne ma parole, ça te va ? »

- « Tout à fait. Et dernière chose. Je ne suis pas ton petit Bya, alors cesse de m'appeler ainsi. »


Quelques jours plus tard – dans un parc de la ville de Karakura

Ichigo est nerveux. Il est arrivé avec un quart d'heure d'avance au rendez-vous donné à ses deux amis. Il a prévu de leur annoncer pour Todai et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est dans ses petits souliers. De loin, il voit Uryû et Chad marcher vers lui.

- « Salut Ichigo ! »

- « Salut Chad. »

- « Ichigo, drôle d'endroit pour nous voir », remarque Uryû.

Depuis qu'il a reçu cet appel téléphonique ce matin, le Quincy redoute le pire. Ichigo lui a en effet fait faux bond lorsqu'il est allé s'inscrire à la faculté, le laissant avec Orihime et Tatsuki. Il a mis ça sur le compte de la présence de la rouquine, mais là il commence à soupçonner autre chose.

- « Ouais, je ne voulais pas qu'on soit dérangé. J'ai quelque chose à vous dire. »

- « Bien, on t'écoute. »

- « Voilà… », Ichigo vient frotter les paumes de ses mains moites contre son jean. « Je me suis inscrit à Todai et j'ai été accepté… »

- « Quoi ? », s'exclame Uryû tandis que Chad se contente d'ouvrir la bouche.

- « Vous avez tous les droits d'être mécontents, peut-être même de me crier dessus. Ce n'est pas contre vous, vous savez. Je ne peux tout simplement pas… » Sous leurs yeux médusés, le regard d'Ichigo se remplit de larmes. « Si j'allais à Karakura, je la verrais tous les jours... et je ne peux pas… »

La main forte de Chad se pose sur ses épaules.

- « Ok, Ichigo. Calme-toi, on a compris. »

Il jette un œil vers Uryû, qui apparemment, est sonné debout. Une partie de son monde vient de s'écrouler. Pas besoin de se voiler la face, si Ichigo part à Todai, il perd son meilleur ami.

- « Uryû…, je suis désolé… »

- « Non, c'est moi qui le suis. J'ai bêtement cru que tu allais mieux. Quel idiot ! »

- « Ce n'est pas ta faute… »

- « Si ! Quand Orihime a annoncé qu'elle irait dans la même université que nous, j'aurais dû savoir. J'aurais dû comprendre. La vérité, c'est que j'avais promis de te soutenir et je t'ai abandonné… »

- « Non, c'est moi qui vous abandonne. Et ça me fait vraiment chier ! Mais je dois le faire. »

Soudainement, Uryû se met à fouiller dans ses poches. Il en sort un bout de papier et un crayon.

- « Je te donne mon adresse mail. Grimmjow m'a offert un portable pour ma fin de diplôme et mon père me paye mon abonnement internet. Voilà mon adresse perso. Tu m'écriras, hein ? » Le rouquin hoche la tête, rasséréné que son ami le prenne bien. « Au moins, une fois par semaine. »

Ichigo se saisit du papier.

- « Mon père aussi m'a offert un portable. Dès que j'aurai ma propre adresse, je te l'envoie et je te promets de t'écrire toutes les semaines. Chad ? »

- « Tu sais, moi, l'informatique. Mais j'ai un téléphone portable », affirme le géant avec un sourire. « Cadeau de Tatsuki. Elle veut pouvoir me contacter à tout moment. »

- « Oh la la, Chad t'es en train de te faire passer la corde au cou », sourit Ichigo.

- « Tu crois ? Bah, en fait, ça ne me déplait pas. »

Les trois amis éclatent de rire et finissent leur journée à se remémorer tout ce qui leur est arrivé depuis un plus d'un an. Parler de ce passé riche en aventures et en rencontres leur fait du bien. Se souvenir de ceux qu'ils ont perdus et des dangers qu'ils ont affrontés, leur donne l'assurance de pouvoir aller de l'avant. Ils sont conscients de dresser un bilan de leur jeune vie et de se diriger vers le début d'une autre époque, avec plus de responsabilités et moins d'insouciance.


Samedi 4 juillet - fiançailles de Chad et Tatsuki

Les fiançailles ne possédant pas de cérémonial particuliers, tous les invités se sont amassés dans la salle où, après les salutations d'usage, Chad a glissé au doigt d'une Tatsuki toute émue, une fine bague en or blanc, sertie d'un petit rubis. Les acclamations ont monté crescendo pour accompagner l'échange de baisers torrides entre les deux engagés. Désormais, l'heure est aux félicitations, ce dans une ambiance joyeuse et sous une douce chaleur. Des rafraichissements sont servis aux convives qui sont occupés à discuter par petits groupes.

- « Si un jour ce bonheur m'est permis », Rangiku s'interrompt pour lancer un regard entendu vers l'élu de son cœur, « je veux quelque chose de plus grandiose pour mes fiançailles. »

- « C'est-à-dire ? », demande Yumichika.

- « Une plus grande salle, beaucoup plus d'invités, plus de fleurs. Tu vois le genre ? »

- « Oui, j'imagine très bien ça ! », raille Hitsugaya.

- « Bah quoi capitaine ! C'est normal de vouloir le meilleur. »

- « De vouloir en jeter plein la vue, tu veux dire. »

- « Mais non ! De toute façon, vous êtes un homme, vous pouvez pas comprendre. Yumichika m'a très bien comprise, lui. »

La blonde lance un clin d'œil au brun, alors qu'Urahara se met à ricaner face au raisonnement bancal de la jeune femme.

- « Matsumoto ! Je te signale que Yumichika est aussi un homme. »

- « Oui, et alors ? »

La question est si innocemment posée que le petit capitaine renonce à approfondir, voire même à s'énerver, estimant que de toute façon, c'est sans espoir : elle veut toujours avoir raison.

Plus loin, un autre manège amuse une partie des invités. Avant de quitter l'appartement de Chad, Keigo Asano a décidé qu'aujourd'hui, il passerait à l'attaque, et ravirait le cœur de la belle Yoruichi. Sauf, que tout ne se déroule pas comme il l'aurait voulu. Au début, il s'est dirigé vers la brune d'un air déterminé, et une fois planté face à elle, il a suffi qu'elle lui décoche un regard de braise pour que le châtain se dégonfle comme un ballon de baudruche. Piouf !

- « Mais c'est mon petit lapin ! » Le corps pulpeux de la femme vient se coller à celui figé de Keigo. « Tu m'as manqué, tu sais », lui susurre-t-elle en faisant claquer un baiser sur sa joue.

Le jeune homme déglutit péniblement, ce d'autant plus que Yoruichi est vêtu d'une robe rouge qui, par la fente jusqu'en haut des cuisses et le décolleté dos nu, ne cache rien de son corps voluptueux.

- « Bonjour Yo… Yo… Yo-Yoruichi ! »

Des applaudissements éclatent à travers la pièce.

- « Eh ben mon petit, on a cru que t'y arriverait jamais », lance Isshin.

- « Ne te moque pas de mon petit chéri, Isshin. »

- « Ah ouais ? », fait le jeune en se léchant carrément les lèvres.

Sûr de sa séduction, 'petit chéri' bombe le torse et promène sur les gens autour de lui un air supérieur, avant d'escorter sa compagne vers les table.

- « La vache ! Elle va l'bouffer tout cru. »

- « Langage Renji », fait la voix glaciale de Byakuya.

- « Pourvu qu'y soit plus puceau c'soir ! »

- « GRIMM ! »

- « Bah quoi, si ça échoue, y va nous souler jusqu'à la saint glinglin ! »

- « D'accord avec toi, mon petit Grimmjow », reconnait Isshin. « Ce garçon est désespérant et tellement maladroit ! »

- « Belle euphémisme pour dire que c'est un cornichon. »

- « Ryuken, ce n'est pas gentil. C'est juste qu'il ne fait pas les bons efforts. »

- « Dis plutôt que ton plan a échoué », pouffe une voix derrière le brun.

- « Kisuke, ils sont collés l'un à l'autre. Ça veut bien dire que mon plan est un succès. »

- « Ah parce que t'as décidé d'concurrencer les plans débiles d'Kisuke ? », intervient Shinji. « Bon sang Isshin, arrête les drogues ! »

- « Mais je ne te permets pas de dire en présence de mes enfants que je me drogue, alors que ce n'est pas vrai. »

A ce moment-là, on voit clairement Yuzu pouffer de rire avec son amie Ururu, Karin lever les yeux au ciel et Ichigo se détourner pour retourner à sa mission de prendre des photos, et tant qu'à faire sans son imbécile de père dessus !

- « Je ne crois pas que cela les gêne tellement, Kurosaki-san. »

La vérité vient de sortir toute cru de la bouche même de l'ex-primera. Isshin ne sait pas quoi répliquer alors il ne dit rien et suit le mouvement qui se fait naturellement vers les tables. Celles-ci sont disposées côte à côte, formant une immense table de banquet de près de quinze mètres de long sur un mètre trente de large. Les fiancés sont déjà installés, à une extrémité. Manque de pot, Ichigo, placé à la gauche de Chad, se retrouve face à Orihime qui s'installe à la droite de Tatsuki. Elle est en plein dans son champ de vision. Elle et Lisa qui est assise à ses côtés.

Quand Uryû vient s'assoir à côté du rouquin, il presse légèrement son bras. Il a remarqué la tension dans le corps de son voisin.

- « Ça va aller ? », lui demande-t-il doucement.

- « Oui, t'inquiète pas. »

- « Focalise-toi sur le benêt en face de Grimmjow », ironise le Quincy. En relevant la tête, Ichigo constate en effet que juste à côté de Lisa, se tient Keigo, avec Yoruichi à sa droite. « J'espère juste qu'il ne va pas nous couper l'appétit. »

Ichigo pouffe de rire, alertant Chad. « De quoi vous parlez ? »

- « Uryû me disait qu'on était aux premières loges pour assister au triomphe de Keigo. »

- « Déroute me semble plus approprié », ajoute Uryû.

- « Je ne sais pas. Yoruichi a l'air décidée à le mettre dans son lit. »

Et la discussion continue sur la lancée, ponctuée d'éclats de rires moqueurs face aux turpitudes du couple mal assorti. Surtout lorsque Yoruichi se met en devoir de la nourrir à la becquée. Instant mémorable qu'Ichigo s'empresse d'immortaliser avec son appareil numérique.

N'importe qui à la place de Keigo serait déjà mort de honte. Lui, il a juste les joues qui rosissent de plaisir. L'attention de sa belle sur sa personne est suffisante à ses yeux. Au diable les railleries autour de lui. Surtout celles de Grimmjow parce qu'il ne se comporte pas comme un homme, mais plutôt comme un enfant.

- « Quand t'auras fini d'manger, t'vas aller au lit. Elle t'lira une histoire, hein ? »

- « Grimmjow, je vais finir par croire que t'es jaloux ! », s'exclame Yoruichi.

- « Jaloux d'quoi ? D'me faire dominer par une gonzesse ? »

Fort de son statut de petit… enfant de Yoruichi, Keigo décide de contrer le bleuté.

- « Tu ne comprends rien au romantisme… »

Ce qu'il réussit fort à propos, étant donné que Grimmjow doit voler au secours de son amant qui est en train de s'étouffer avec un sushi. Il lui donne une grande tape dans le dos et Ichigo lui tend un verre d'eau.

La conclusion revient à Mizuiro qui assène une vérité effrayante :

- « Keigo, cesse de débiter des sornettes, tu vas finir par tuer quelqu'un ! »

Vérité accueilli par un éclat de rire général, y compris de Yoruichi qui s'amuse du comportement de son nouveau jouet.

Après près de deux heures assis, le gâteau est apporté par deux serveurs. C'est une merveille pour les yeux et chacun de penser que ça en sera peut-être aussi une, pour les papilles. Découpé et servi, il est dégusté dans un silence quasi religieux. Le saké est apporté et plusieurs toasts sont lancés jusqu'à ce que Keigo se lève pour faire le sien.

- « Je profite de cette belle célébration, car c'est une belle fête, si, si », fait-il en s'adressant aux fiancés et la famille Arisawa, « pour vous féliciter à mon tour, en espérant que ça donnera des idées à d'autres à l'avenir. Car voyez-vous, l'amour est …»

L'instant est solennel et propice au rapprochement. Des mains se serrent, des yeux se perdent dans d'autres yeux et les bouches de Lisa et Orihime se presser l'une contre l'autre, sous les yeux révulsés d'Ichigo. D'un bond, il se lève, faisant tomber sa chaise dans un grand bruit et, avant que qui que ce soit ne s'en rende compte, il est déjà sorti en courant.

- « Bah, qu'est-ce que j'ai dit encore ? », demande Keigo tout penaud.

Au mouvement d'Ichigo, Uryû s'est retourné vivement vers Orihime et Lisa, et a eu le temps de les voir se décoller l'une de l'autre. Il se lève et jette sa serviette sur la table, en même temps qu'il leur lance un regard noir.

- « C'était trop vous demander d'éviter ce genre d'effusion sous son nez », fait-il remarquer sur un ton glacial.

Isshin est déjà debout et se dirige vers la porte, Izuru à sa suite. Il se retourne vers le blond.

- « Izuru, tu restes là, des fois qu'il reviendrait. Et puis, je voudrais que tu t'occupes des petites. »

- « Mais, papa ? », fait Yuzu en pleurs.

- « Non, vous restez là, mes chéries. C'est la fête de Chad et Tatsuki, je vais revenir avec votre frère. Je vais y aller avec Uryû et Grimmjow. Et on vous appelle dès qu'on l'a retrouvé. »

Ils sont déjà partis. Chad est inquiet et Tatsuki n'essaie même pas de consoler Orihime qui est en pleurs. Elle aussi, estime que son amie aurait pu s'abstenir.

La fête reprend tant bien que mal, même si le cœur n'y est plus. Le dessert avalé, les tables sont débarrassées à la va vite. La famille proche a quitté les lieux et, le reste des convives n'est plus constitué que de tous ceux qui connaissent les shinigamis. Les groupes recommencent à converser. Ou plus vraisemblablement à s'occuper en attendant que les autres ne reviennent.

Après une bonne heure, ils arrivent, sans Ichigo et le visage marqué par le découragement. Les deux petites Kurosaki courent se jeter dans les bras de leur père.

- « Il est où Ichi-nii ? », demande Karin.

- « On ne l'a pas trouvé… »

- « On a cherché partout où il aurait pu être », intervient Uryû. « On va avoir besoin d'aide. Il faut scanner la ville, mais avant, nous devons nous répartir deux par deux… »

Une sonnerie de téléphone retentit. Isshin décroche aussitôt.

- « Allô Ichigo ?… Quoi ?… oui, j'ai compris… mais pourquoi… Bien, à plus tard… »

Tout le monde est pendu aux lèvres du brun.

- « Papa ? »

- « Il va bien. Il m'a demandé de venir le chercher. J'y vais. On se rejoint à la maison. Izuru ? »

- « D'accord, je reconduis les petites. »

- « Je viens avec vous, Kurosaki-san… »

- « NON Uryû! Je suis désolé mais il m'a demandé de venir seul. »


Réponses aux reviews anonymes :

Marine : il fallait un petit répit et on peut compter sur Grimmjow pour apporter joie et bonne humeur !

Anemone33 : comme tu l'as vu ci-dessus, la remontée de la pente n'était qu'un leurre. Pour répondre à tes questions, c'est bel et bien le dernier acte et il reste encore deux chapitres après celui-ci. Je n'ai pas encore touché à l'épilogue. C'est tellement difficile de clore cette aventure et de dire adieu à ma bande de loustics !

Maryanne : je me suis délectée à écrire ce passage. Au début, il n'était pas prévu de décrire le match. Mais comme j'avais l'impression de plonger moi-même dans la dépression avec Ichigo, j'ai eu envie de revenir à ce que je préfère : les situations loufoques où les répliques fusent. Et j'ai tout de suite pensé à faire de Grimmjow un supporter enragé !