Chapitre 10 :

Un poignard en papier

DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient, sauf Alicia, Soluènn, William, Arkon, Baku, Jug, Ohana, Pips et Quick.


La magie avait épuisé Soluènn plus qu'elle ne le croyait. Jug la prit dans ses bras et la porta aussi facilement qu'une petite poupée jusqu'à un feu de camp que Baku venait d'allumer au bord de la plage au sud de l'île.

Tout le monde s'assit autour du feu, en se tournant vers la mer. Lorsque la nuit tomba, un magnifique spectacle s'offrit à eux : une pluie d'étoiles filantes.

Elle ne dura que cinq minutes, mais ce spectacle suffit à ravir chacun. Même Pips et Quick oublièrent un instant de manger leurs chères noix pour contempler les étoiles.

« C'est si beau… » murmura Ohana.

Soluènn sourit.

« Eh ! Histoire ou chanson, ce soir ? » dit Jug.

L'adolescente leva les yeux au ciel.

« Oh non, pitié, je suis crevée ! »

Les trois Soldats se lancèrent des regards interrogatifs. Voyant leur air perdu, Ohana prit la parole.

« Le soir, quand nous sommes sur l'île après notre entraînement, l'un de nous raconte une histoire avant de dormir, ou chante une chanson. Et il se trouve que ce soir, c'est le tour de Soluènn. »

L'adolescente rougit.

« C'est toujours Ohana qui chante, elle a une voix magnifique. Moi, je chante comme une casserole. »

La jeune femme sourit.

« Oh, allez, Sol ! Raconte-nous une histoire ! » dit Pips.

« Oh oui ! S'il te plaîîîîîîîîîîîîîîîît ! » dit son jumeau.

Tous deux firent des yeux larmoyants, comme des petits chiots suppliant leur maître de leur offrir une sucrerie.

Soluènn secoua la tête.

« Bon, alors… »

Le regard de la jeune fille se fit lointain. Elle hésitait. Devait-elle raconter une des légendes Cetra qu'elle avait découvertes au cours de ses voyages ? Non, elle voulait en raconter une autre, une spéciale. Une histoire de sa planète.

Prenant son inspiration, la jeune fille commença. Chacun se cala sur le sol dans une position plus confortable pour écouter.

« Il était une fois une reine qui régnait sur un magnifique royaume. Mais un jour, hélas, un messager vint lui annoncer que son époux, le roi, était mort à la guerre.

Se retrouvant seule et sans héritier, la reine perdit espoir et s'enfuit dans le jardin de son château, espérant noyer son chagrin dans la contemplation des fleurs.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle y rencontra une vieille mendiante. Cette dernière lui dit :

« Mon enfant, ne pleure pas. Je sais que tu as perdu l'être le plus cher à ton cœur et n'as pas d'héritier. Mais tu peux en avoir si tu suis mes conseils. Va dans le potager royal, cueille deux oignons bien beaux et mûrs, puis mange-les. Ainsi, tu deviendras la mère de deux enfants. »

Puis elle disparut dans un nuage de pétales fleurs. Une fois la surprise passée, la reine se demanda si elle devait croire cette folle. Pouvait-elle faire confiance à une étrangère ?

Mais, jugeant qu'elle n'avait plus rien à perdre, la souveraine suivit ses conseils et se dirigea dans le potager. Là, elle choisit un premier oignon et mordit dedans.

Or, elle ne l'avait pas épluché, il avait un goût affreux. Elle le recracha puis le jeta pour en manger un autre, épluché cette fois.

Neuf mois plus tard, elle mit au monde deux enfants. Mais lorsque le premier vint au monde, il était si laid que la sage-femme, horrifiée, ordonna à un garde de l'abandonner en forêt. Le deuxième était un adorable bébé humain. La reine l'éleva avec amour, ignorant que son premier fils était en vie et perdu. La sage-femme lui avait menti, disant qu'il était mort peu après sa naissance.

Les années s'écoulèrent. Le plus jeune fils devint un magnifique prince puis un grand roi.

Mais un jour, un drame survint dans le royaume : un dragon attaquait les cultures et terrorisait la population. Certains affirmaient même qu'ils l'avaient entendu dire qu'il était le fils aîné de la reine, celui que la sage-femme avait osé abandonner en pleine forêt.

Le roi ordonna aux gardes de retrouver la sage-femme. Lorsque celle-ci comparut devant le roi, elle avoua la vérité.

Le peuple exigea que l'on tue ce monstre. Mais le roi ne pouvait se résoudre à tuer celui qui demeurait malgré tout son frère.

La nuit, alors qu'il réfléchissait encore, la mystérieuse vieille réapparut, et lui dit qu'il existait un moyen de sauver son frère sans le tuer.

Le lendemain, le roi fit venir au palais la plus belle jeune fille de tout son royaume. Il lui expliqua son plan, et lui demanda si elle voulait prendre le risque de l'aider.

Elle accepta. Elle quitta alors le palais et se rendit dans la forêt, là où le dragon avait trouvé refuge.

Lorsqu'elle se retrouva devant lui, le monstre lui lança un regard mauvais. Il était aussi gros qu'un bœuf et couvert d'écailles noires luisant comme le plumage d'un corbeau. Mais ses yeux étaient humains et bleus, comme ceux du roi.

« Que veux-tu ? » dit-il.

Prenant son courage à deux mains, la jeune fille s'agenouilla et dit :

« Seigneur, je connais votre histoire. Vous êtes le fils aîné, vous méritez de monter sur le trône. Jet moi, je suis venue pour devenir votre reine. »

Le dragon écarquilla les yeux. Se moquait-elle de lui ? Il éclata de rire, ses naseaux crachant des nuages de fumée nauséabonde.

« Ah ! Le roi a donc accepté de se rendre ? Il doit être trop lâche pour tuer son frère, et envoie une donzelle le faire à sa place. Mais es-tu vraiment prêt à t'unir à un monstre, jeune humaine ? »

La jeune fille sourit avec une lueur malicieuse dans les yeux.

« Oui, seigneur. Mais à une condition. »

Le dragon cessa de rire et prit l'air méfiant.

« Laquelle ? »

La jeune fille porta la main au col de sa robe.

« Je porte plusieurs robes sur moi. Si, à chaque robe que j'enlèverai, vous acceptez d'enlever une de vos écailles, je m'offrirai à vous. »

Le monstre rugit. De quel droit cette humaine lui imposait-elle des conditions ? Mais finalement, il accepta.

La jeune fille se mit alors à se dévêtir. Mais ce que le dragon ignorait, c'était qu'elle avait mis plusieurs robes, toutes de tissu très fin. Et à mesure qu'elle enlevait les différentes robes, le dragon perdait des écailles et s'affaiblissait.

Après plus d'une heure, la jeune fille n'en pouvait plus. Ce manège l'avait épuisée. Il ne lui restait plus qu'une seule robe, et la nuit était tombée sur la forêt, il faisait froid.

Le dragon n'avait maintenant plus qu'une écaille sur la tête. Tout son corps n'était plus que de la chair mise à nue. Lui aussi était fatigué.

« Si tu m'aimes, ôte cette dernière robe », dit-il dans un souffle.

La jeune fille obéit et enleva la dernière. Avec effort, le dragon tendit une patte tremblante vers son front et ôta la dernière écaille.

Épuisée, transie de froid, la jeune fille tomba à genoux. Mais soudain, elle sentit deux bras humains et chauds l'envelopper. Levant les yeux, elle vit devant elle un beau jeune homme qui lui souriait. Elle ne l'avait jamais vu, mais elle reconnut ses yeux bleus, comme ceux du dragon qui avait disparu.

« Tu as réussi à me libérer du sortilège. Je suis redevenu humain », dit-il avant de l'embrasser.

Le lendemain, tous deux furent accueillis au château par le peuple en liesse et le roi, heureux d'avoir retrouvé son frère. On fêta le mariage du frère aîné et de sa femme, qui devinrent les nouveaux souverains du royaume. »

Ainsi se termina l'histoire de Soluènn. Les gobelins dormaient. Baku, Jug et les trois Soldats étaient collés à ses lèvres. Ohana avait les yeux brillants d'étoiles.

Après cela, tous partirent dormir dans une grotte aménagée près du lac. Des sacs de couchage et des couvertures chaudes s'y trouvaient déjà. C'était là que Soluènn et ses amis dormaient. On installa trois sacs de couchage supplémentaires pour les Soldats, puis chacun prit place dans la grotte et s'endormit. Nul besoin de tour de garde, cette île était trop petite pour que des créatures puissent s'y développer.

Mais tous ignoraient que dans l'ombre, derrière un arbre, quelqu'un les observait.

XxXxXxXxXxXxX

Vers une heure du matin, Genesis ouvrit les yeux. Il se redressa, l'oreille tendue. Quel était ce sentiment de danger ? Son instinct de Soldat lui soufflait que quelque chose de mauvais rôdait.

Il balaya la grotte du regard et ne vit rien. Même à l'extérieur. Étrange.

Soudain, quelque chose devant lui remua. Il porta la main à son épée posée sur le sol près de lui. Mais il vit que ce n'était qu'un des sacs de couchage qui bougeait. Quelqu'un qui devait avoir le sommeil agité.

Curieux, il se leva et s'approcha. C'était Soluènn. Son visage était crispé, quelques gouttes de sueur brillaient sur son front.

Inquiet, le jeune homme jeta un regard circulaire. Personne à part lui ne s'était réveillé. Que devait-il faire ?

Hésitant, il se pencha et posa une main sur l'épaule de la jeune fille. Elle n'ouvrit pas les yeux et continua de gémir.

« P… papa… ! »

Les yeux de Genesis s'agrandirent. Mon Dieu, c'était ça, son rêve… Cette fois, il n'hésita plus. Il la secoua. La jeune fille gémit, mais refusait de se réveiller.

Soudain, elle attrapa une de ses mains et, comme par magie, cessa de s'agiter. Elle se détendit et sourit.

Genesis haussa les sourcils. Il lui fallait si peu pour se calmer ? Il hésita, puis ôta lentement sa main de celle de la jeune fille et la borda un peu. La fermeture éclair de son sac de couchage s'était un peu ouverte, à force de bouger.

Une fois qu'il jugea la jeune fille confortablement réinstallée, il posa les mains au sol pour se lever puis retourner dormir, quand son regard se posa sur la sacoche de la jeune fille, posée sur la droite contre le mur de la grotte. Était-ce son imagination, ou le sac brillait d'une lueur inquiétante ?

Il tendit le bras et l'ouvrit. Il vit l'ouvrage original de Loveless. L'objet était la source de la lumière.

Pourquoi ça ne m'étonne pas ? pensa-t-il avec amertume.

Il allait le prendre, quand il regarda Soluènn. Avait-il le droit de faire ça ? Il était en train de fouiner dans ses affaires, tout de même.

Une photo glissa du livre. Genesis la ramassa et la regarda. Dessus, il voyait une famille. Un homme aux cheveux bruns, vêtu d'une grande chemise blanche et d'un pantalon beige, qui portait sur l'épaule une petite fille brune comme lui, aux yeux verts, vêtue elle-même d'une robe bleue. Une femme aux longs cheveux dorés se tenait près de l'homme, tendant les mains vers l'enfant avec un sourire attendri. Cette femme avait des yeux verts et portait une grande et longue robe de campagne verte.

Ces trois personnes se tenaient sur une plage, au bord de la mer. Une maison de campagne était visible sur le fond à droite de la photo, près d'un phare.

Genesis sourit. Cette famille sur cette photo dégageait de la joie. Il retourna la photo et vit quelque chose écrit dessus à la plume, dans une écriture élégante : « Rien ne disparaît, seule la forme change. »

Pourquoi avoir écrit une telle chose sur une photo ? Étrange.

Soluènn tourna lentement la tête vers Genesis. Un instant, le Soldat eut peur qu'elle se soit réveillée pour le surprendre. Mais elle gardait les yeux fermés.

Rassuré, il remit la photo dans le livre et remit le tout dans le sac, qu'il remit également à sa place contre le mur. Toutefois, il le mit plus loin de Soluènn.

Il se leva et retourna vers son propre sac de couchage. Demain, l'entraînement reprendrait.

XxXxXxXxXxXxX

Un rayon de soleil franchit l'entrée de la grotte et vint caresser la joue de Soluènn.

La jeune fille s'éveilla. Tout le monde dormait encore. En passant une main sur son front, la jeune fille sentit l'humidité. Elle avait transpiré. Ainsi, elle avait encore cauchemardé.

Pourtant, elle ne se souvenait plus de son rêve. Ou plutôt, elle ne voulait pas se souvenir. Curieux, tout de même. À un moment, elle avait cru sentir une présence bienveillante près d'elle, et cela avait suffi à l'apaiser.

Elle avait continué de dormir tranquillement.

Haussant les épaules, la jeune fille se leva, prit un seau qui était au fond de la grotte, puis sortit et marcha vers le lac.

Une fois au bord, elle plongea le seau dedans et se leva pour retourner à la grotte quand soudain, elle sentit une douleur fulgurante traverser son cœur pendant quelques secondes… puis plus rien.

Inquiète, la main sur le cœur, elle se regarda. Qu'est-ce qui c'était passé ?

À ce moment, Genesis arriva depuis le sommet de la pente.

« Ah, déjà réveillée ? » dit-il.

Il se figea quand il vit la peur dans les yeux verts de la jeune fille.

« Genesis… » dit-elle, le cœur battant à un rythme de plus en plus rapide.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » dit le Soldat.

La jeune fille ouvrit la bouche pour répondre, quand soudain, elle sentit la douleur dans son cœur revenir. Elle le regarda. Une tache noire était visible sur sa peau, au niveau de sa poitrine. De la fumée en sortait, dégageant une odeur d'encre brûlée. La jeune fille regarda sa sacoche. Elle brillait d'une lueur noire semblable à celle de la fumée.

Elle sortit vivement son œuvre originale de Loveless. Le livre émettait cette lumière malsaine.

« Lâche ce livre ! » dit Genesis.

Il le lui arracha des mains, les doigts serrés autour de la couverture. Mais l'ouvrage, qui semblait décidé à continuer, s'ouvrit. Les pages en jaillirent comme des fléchettes et foncèrent sur Soluènn. La jeune fille tendit ses bras pour se protéger. Les pages les frôlèrent, coupant ses manches de leurs bords tranchants.

Toutes les pages se plantèrent dans un arbre derrière la jeune fille, puis revinrent dans l'ouvrage.

Mais soudain, un bruit de chair transpercée résonna. Soluènn gémit, mais resta immobile, comme Genesis, trop choqué pour réagir.

La jeune fille tomba en avant. Genesis la rattrapa. Il vit alors qu'une page s'était plantée dans son dos, comme un poignard blanc.

Il hésita, puis prit la page dans sa main. Le papier était anormalement dur, comme de la pierre.

« Hum ! J'ai raté mon coup… » dit une voix.

Genesis leva les yeux et aperçut quelqu'un dans l'arbre. Il grimaça de colère.

« Arkon ! Qu'as-tu… »

Le mercenaire sauta souplement de l'arbre et haussa les épaules.

« Au lieu de te plaindre, soigne-la. J'avais visé le cœur, mais c'est loupé. Tant pis, je reviendrai. Je file à Lockwood, j'ai un livre à y prendre. »

Il disparut dans un nuage de fumée noire. Genesis émit un juron puis cria en direction de la grotte, demandant de l'aide.

Angeal, Sephiroth et les amis de l'adolescente accoururent.

Tout de suite, en bon médecin, Baku fit un bandage à la jeune fille puis utilisa une matéria de soin.

Enfin, après plusieurs sorts, la blessure de la jeune fille se referma. Jug la prit dans ses bras et tous retournèrent à la grotte pour y installer la jeune fille.

Genesis raconta ce qui s'était passé. Une fois qu'il eut fini, tout le monde fit silence.

« Lockwood, c'est quoi ? » dit Pips.

« Le nom de mon ancienne maison », dit la voix de Soluènn.

Tous se retournèrent, et virent que la jeune fille se tenait assise sur son sac de couchage.

« La maison où mon père est mort », dit-elle avec amertume.


Je m'arrête ici pour ce chapitre, même si je sais que cet arrêt se fait sur une note de suspens insoutenable. Sachez que l'histoire du dragon vient d'un livre de vieilles légendes de France sur les dragons, que j'ai lu quand j'étais plus jeune. Je ne me souviens plus du nom de la région que ça concerne, mais bon.

Laissez-moi des reviews pour me dire si ça vous a plus ou pas, s'il vous plaît.