V
Deux heures
Note de l'auteur : Voilà donc le 10ème et avant-dernier chapitre. Réponses aux dernières questions. Bonne lecture!
L'homme nous observa un long moment, en silence, visiblement contrarié. Une certaine tension s'installa dans mes muscles alors qu'il s'approchait de nous. Instinctivement, je me plaçai entre Spock et lui.
« Fais en sorte de réveiller ces gens, je m'occupe de lui. » Pensai-je.
Il se pencha de nouveau sur son clavier. L'intrus tenta de l'en empêcher, mais je m'interposai en le repoussant.
« Arrêtez ! Vous allez tout gâcher ! J'y suis presque ! » Hurla-t-il.
« Ces personnes ne sont pas des cobayes ! Rien ne vous donne le droit de les étudier comme tels ! » Ripostai-je, en le retenant de nouveau.
Je l'immobilisai d'une clé de bras, le plaquai face contre un pupitre.
« Vous ne comprenez rien ! L'humanité est une maladie ! Elle s'étend partout, comme un virus ! Et notre gouvernement approuve tout ceci. »
« C'est vous qui ne savez pas de quoi vous parlez ! Nous prônons la paix entre les peuples, nous cultivons la différence et le respect de toutes formes de vie. Notre seul but est de découvrir de nouveaux mondes, de nouvelles espèces. »
« Pour imposer votre manière de voir les choses ! » Accusa-t-il, en se dégageant.
Je pointai mon phaser sur lui.
« Pour partager nos points de vue ! Pour protéger des civilisations désarmées face aux empires qui voudraient exploiter leurs richesses. Et nous n'intervenons pas s'ils ne sont pas assez évolués pour l'exploration spatiale. » Contrai-je. « Les Vulcains l'ont fait pour nous, il n'y a pas si longtemps. » Ajoutai-je plus calmement.
« Parlons-en des Vulcains ! » S'exclama-t-il, attirant l'attention de Spock. « Qui regardent le reste de l'univers de haut, dans leur tour d'argent. Comme s'ils nous étaient supérieurs en tout ! »
Mon compagnon se contenta de lever un sourcil, en appuyant sur une dernière touche.
« J'ai réussi à débrancher tout le monde. Ils ne devraient pas tarder à reprendre conscience. » M'apprit Spock, silencieusement.
« Même si ce que vous dites n'est pas totalement faux… » Répondit-il, à la dernière affirmation de l'inconnu.
« Tu n'as pas à te justifier ! »
« Si. Parce que des erreurs ont été commises à une époque pas si lointaine et nos débuts étaient quelque peu chaotiques. »
« Nous connaissons tous l'histoire de Jonathan Archer, Spock. Ce n'est pas pour rien que ses aventures sont au menu des manuels scolaires sur des dizaines de mondes. Il a su abattre un à un les préjugés que nous avions les uns sur les autres. Tu es la preuve vivante que ça marche. »
« De quoi parlez-vous ? » Demanda l'homme. Il semblait vouloir enfin se tenir un peu tranquille.
« Mon second officier est à moitié Humain. »
« C'est une aberration ! » S'écria-t-il.
« C'est également mon mari. Je vous conseille donc de bien surveiller vos paroles. » Murmurai-je, en m'approchant de lui. « Allez-vous enfin nous dire qui vous êtes, maintenant ? »
« Professeur Anton Gruper. » Se présenta-t-il. « Diplômé en sciences du comportement. »
« L'auteur de la thèse de doctorat sur l'adaptation de la métaheuristique des colonies humaines pour l'optimisation difficile dans des mondes inconnus ? » L'interrogea Spock.
« Vous l'avez lu ? » S'étonna Anton.
« Oui. J'ai trouvé cela très instructif. Mais ce que vous avez entrepris ici est à l'opposé de ce que vous y disiez. Je ne comprends pas ce revirement. Vous paraissez quelqu'un d'intelligent, un homme de sciences. »
« Parce que l'algorithme le plus efficace entraîne forcément des modifications significatives de l'environnement. »
« Pour l'enrichir et non le détruire. Il suffit de trouver un équilibre. » Contra Spock.
« À une époque nous avons dangereusement basculé dans l'autodestruction, sur Terre. Mais nous avons su trouver des solutions à temps. Nous sommes des explorateurs, professeur, pas des exterminateurs. Plus maintenant, du moins. Ces gens vous ont-ils donné des raisons de croire le contraire, durant ces quelques mois passés ici ? » Demandai-je.
Comme s'ils m'avaient entendu, les portes s'ouvrirent sur une partie des colons. Ils semblaient tous plus ou moins désorientés, mais paraissaient en bonne santé. Johnson était parmi eux et se précipita vers moi, en m'apercevant.
« Capitaine ! Où sommes-nous ? Que s'est-il passé ? »
« Nous étions dans un univers virtuel, Karl. Simplement endormis dans cette pièce depuis le début. Et le responsable de cette petite expérience se trouve devant vous. » Lui expliquai-je.
« Professeur Gruper ! » S'exclama Daryl, qui était en tête du groupe. « Nous vous croyions mort ! Durant des jours, nous avons tout tenté pour vous retrouver ! Alors qu'en fait vous vous jouiez avec nos esprits ! »
« Je devais prouver ma théorie… »
« De toute manière, votre règne sur ce monde onirique s'achève. » Le coupai-je. « Mais, j'ai encore une question. Comment avez-vous fait pour tous nous endormir ? »
« Le brouillard. » Répondit Spock, à sa place.
« Un anesthésique ? C'est évident avec le recul. Mais pourtant cela n'a touché que Johnson, la première fois que nous sommes venus. »
« Je ne voulais pas vous intégrer tous les quatre. Seulement l'un d'entre vous. J'ai donc simplement diffusé une brume inoffensive sur vous, contrairement au jour où j'ai entrepris d'assouvir la totalité de la ville, pour me cacher à votre vue, alors que j'enlevais votre ami. Je me suis bien sûr douté que vous viendriez le chercher. Je ne m'attendais juste pas à autant d'acharnement. »
« Et qu'avez-vous fait de ceux qui sont certainement venus à notre recherche ? Si vous leur avez fait du mal… »
« Je vous rassure, personne n'est encore descendu. » Me coupa-t-il.
« C'est absurde. Nous avons disparu depuis deux jours ! »
« Deux heures. » Dit-il.
« Je vous demande pardon ? »
« Cela fait deux heures que vous êtes ici. Dans le monde de l'esprit, le temps ne s'écoule pas de la même façon, Capitaine. »
« Passe-moi ton communicateur, s'il te plaît. J'ai détruit le mien en arrivant ici. » Demandai-je à Spock, ayant du mal à croire ce que me disait Anton.
Il me le tendit.
« Kirk à l'Enterprise. »
« Capitaine ! Enfin ! Nous allions envoyer une équipe sur place pour… » Me répondit la voix soulagée de Sulu
« Jim ! Attends un peu d'être de retour sur le vaisseau ! Je vais t'apprendre à me raconter des salades ! » Hurla Bones, au point de faire grésiller le haut-parleur.
J'éloignai l'appareil de mon visage en levant les yeux au ciel. Johnson étouffa un rire et Spock soupira de dépit.
« Docteur McCoy, ce n'est pas le moment ! » Le réprimanda le Japonais.
Plusieurs des personnes présentes me regardèrent étrangement dubitatifs.
« Ça arrive souvent. » M'excusai-je. « Cela fait combien de temps que je suis parti, Sulu ? »
« Environ 120 minutes, monsieur. Mais je ne comprends pas pourquoi vous me demandez ça. »
« Plus tard les explications. Quatre à téléporter, plus une I.A., nous avons un prisonnier. »
« À vos ordres, Capitaine. »
« Kirk, terminé. » Conclus-je, avant de raccrocher. « Daryl, vous venez avec nous. » Dis-je, en lui faisant signe de s'approcher. « Johnson, vous êtes en charge de la réhabilitation de cette ville. Je vous envoie des renforts dans quelques minutes. »
« Bien, monsieur. » Me répondit-il. « Si vous voulez bien me suivre. » L'entendis-je dire au reste des personnes présentes, avant de me dématérialiser.
…
Un groupe de gardes, accompagné de Scotty, nous servirent de comité d'accueil. À mon grand soulagement, Léonard n'était pas présent. Je leur confiai Gruper.
« Attendez ! Que va-t-il advenir de Christian ? » Me demanda-t-il, en désignant l'unité centrale que Spock transportait.
« Vous l'avez contaminé avec vos idées d'un autre siècle et l'avez laissé évoluer d'une manière trop avancée pour que nous puissions simplement le réinitialiser. Il va être réaffecté, en espérant qu'il se rende compte qu'il est dans le faux. » Lui expliquai-je.
« Ce n'est pas sa faute, il ne faisait qu'obéir à mes ordres. »
« Cela sera pris en compte. Nous le traiterons correctement, professeur. Vous feriez mieux de vous soucier de votre avenir. Votre carrière est grandement compromise, si vous voulez mon avis. » Conclus-je, avant que la sécurité l'emmène en cellule.
Je descendis de la plateforme pour saluer mon ingénieur.
« Scotty ! »
« Capitaine. Nous étions vraiment inquiets. »
« Je n'en doute pas. Tenez, je vous charge d'étudier de plus près l'I.A. qu'utilisait notre prisonnier. Il s'appelle Christian et il est un peu énervant, mais je suis sûr que vous vous entendrez très bien. » Dis-je en prenant l'appareil des mains de mon compagnon, pour le déposer dans celles de Montgomery.
« Je ferai de mon mieux. » M'assura-t-il, visiblement ravi d'hériter de cette tâche.
Je lui souris, puis Spock et moi nous mîmes en route vers la passerelle. Une fois dans le turbolift, je soupirai de mécontentement.
« Tu penses que Bones sera là ? » Demandai-je silencieusement.
« C'est fort probable, en effet. Qu'as-tu encore fait pour le mettre dans cet état ? »
« Tout ça, c'est ta faute, figure-toi. Je l'ai embobiné pour pouvoir quitter le vaisseau et aller te chercher. »
Devant mon accusation, il me prit simplement dans ses bras, avant de m'embrasser.
« Que me vaut l'honneur ? Pas que je n'apprécie pas, au contraire. » Demandai-je, amusé, en collant mon front au sien.
« Tu es capable de t'attirer les foudres du Docteur McCoy, pour me retrouver. »
J'éclatai de rire, devant son expression mi-moqueuse, mi-désolée.
« J'en affronterai cent comme lui, pour ne pas être séparé de toi. » Affirmai-je, juste avant que les portes ne s'ouvrent sur le pont.
Léonard m'attendait de pied ferme devant l'ascenseur.
