CHAPITRE X

Chasser les nuages

*

Le mercredi après-midi arriva trop vite au goût de chacun.

L'humeur d'Edward était particulièrement mélancolique, j'avais la nette impression qu'il se préparait au pire, son discours était peu optimiste, et je n'arrivai à déterminer s'il ne voyait pas d'issue favorable à l'opération de sa mère ou s'il essayait de ne pas fonder de faux espoirs qui risqueraient d'être déçus.

La veille, Carlie avait eu droit de rendre une courte visite à Esmé, et elle en était rentrée très chamboulée. Les mots qu'Edward avaient utilisés pour lui expliquer ce que risquait sa grand-mère étaient restés très abstraits pour la petite fille, mais sa visite à l'hôpital avait semblé lui faire réaliser leur signification.

La peine qui les affligeait tous les deux pesait lourdement sur moi et mes pieds semblèrent être de plomb quand je traversai la rue pour me rendre chez Edward.

Lorsqu'il m'ouvrit la porte, il portait déjà sa veste et il jouait nerveusement avec ses clés pour cacher le fait que ses mains tremblaient. Il m'offrit un sourire un peu forcé et son bonjour mourut dans sa gorge avant qu'il eut terminé de le prononcer. Son expression d'anxiété me déchira le cœur.

Carlie me sauta au cou à peine quelques secondes plus tard, de gros sanglots déchiraient sa petite poitrine et les larmes coulaient abondamment sur ses joues rouges.

- Hey ! Carlie, que se passe-t-il, demandai-je en la serrant contre moi.

Elle ne répondit pas et se contenta de cacher son visage dans mon cou. Je jetai un regard à Edward qui se mordait la lèvre dans une expression encore plus décomposée si ce fut possible.

- C'est à cause de moi, marmonna Edward.

Je fronçai les sourcils.

- Je veux aller à l'hôpital, pleurnicha Carlie.

- Ce n'est pas un endroit bien pour toi, expliquai-je doucement en posant un baiser dans ses cheveux.

- Je ne suis plus un bébé !

- Bien sûr que non, personne n'a dit ça, répondis-je en la berçant contre moi.

Edward s'approcha doucement de Carlie et caressa ses cheveux du plat de la main, la petite le repoussa. Les larmes lui montèrent aux yeux et il se pinça l'arrête du nez en soupirant.

- Carlie, ce n'est facile pour personne. S'il-te-plait… Tu vas rester ici et essayer de t'amuser avec Bella, ok ?

Les sanglots qu'elle poussait devinrent plus déchirants. Je lui frottai le dos doucement pour la réconforter.

- Tu n'as pas à avoir peur, Carlie… Bella va bien s'occuper de toi, comme d'habitude… Et je te téléphonerai, c'est promis.

Elle étouffa un sanglot et releva la tête pour dire :

- Pour de vrai ? Tu vas téléphoner ?

- Oui.

Elle sembla se calmer un peu et j'en profitai pour tenter de mettre Edward dehors.

- Tu sais, j'ai apporté de quoi faire un cake aux pommes et le DVD de Il était une fois, je pense que ça serait vraiment dommage de passer à côté de ça… Alors si tu disais au revoir à ton papa ?

Elle bougonna un peu, mais elle finit par quitter mes bras pour se blottir dans ceux d'Edward et pleurer ses dernières larmes sur son épaule. Il la pressa fort contre lui et huma l'odeur de ses boucles, j'eus presque envie de détourner les yeux tant j'avais l'impression d'être de trop dans cette scène si intime.

- Je t'aime, murmura-t-il si bas que je crus avoir rêvé.

- Moi aussi, je t'aime, répondit Carlie alors qu'il essuyait ses larmes.

Il embrassa ses joues avant de la poser sur le sol.

- Il n'est pas nécessaire que je te fasse les recommandations d'usage, me marmonna Edward.

- Je crois que je les connais par cœur.

- L'opération va durer plusieurs heures… J'aimerai pouvoir voir maman après, si tout se déroule correctement, alors ne m'attend pas avant une heure tardive.

- Je ne m'y attendais pas…

- Ne restes pas sur le canapé, tu as cours demain.

- C'est noté.

Il me mit le double de la clé dans la main et je lui offris un petit sourire d'encouragement.

- Tout se passera bien.

- Je veux te croire.

J'avais très envie de le serrer dans mes bras et d'écraser ma bouche sur la sienne pour le réconforter, mais Carlie nous regardait attentivement.

Edward nous adressa un dernier signe de la main et quitta la maison en fermant la porte derrière lui, nous laissant seules et un peu désemparées. L'image de son visage anxieux et triste me restait en tête et je m'en voulus de l'avoir laissé partir sans avoir fait la moindre chose pour lui apporter un peu de courage ou de réconfort.

- Allume la télé, j'ai oublié de demander quelque chose à ton papa, j'arrive, dis-je à Carlie en sortant le boitier du DVD de mon sac pour lui donner.

Je sortis de la maison comme elle courrait au salon, et j'eus juste le temps de retenir Edward qui était déjà installé derrière le volant, près à démarrer. Il baissa la vitre électrique de sa Volvo argentée.

- Un problème ?

- Non… J'ai juste oublié de te dire quelque chose.

- Vraiment ?

- Hum… C'est plutôt secret en fait…

Mes doigts s'agrippèrent au rebord de la portière et je me penchai doucement à l'intérieur de l'habitacle, après une seconde d'hésitation où je m'assurai qu'il ne me repousserait pas, je posai très délicatement ma bouche sur la sienne avant de me redresser aussi vite, des voisins auraient pu nous voir.

- Quelque chose à ajouter, demanda-t-il avec un petit sourire en coin.

- Courage et… Je pense à toi.

- Merci, souffla-t-il avant de mettre le contact. Je ne vais pas te promettre de penser à toi en retour.

- Je ne te le demandais pas. Je sais que tu ne le feras pas, et c'est bien normal.

- A ce soir, Bella.

- A ce soir, Edward.

Je m'écartai et il démarra doucement, j'attendis que sa voiture ait disparu au bout de la rue avant de rejoindre Carlie dans le salon. Elle était sagement assise sur le canapé, le DVD avait été mis dans le lecteur, et elle n'attendait que moi pour faire la programmation.

- Tu sais, j'ai une meilleure idée, lui dis-je soucieuse de lui remonter le moral. Commençons par le gâteau.

- Pourquoi ?

- Tu verras.

Nous nous mîmes au travail dans la cuisine et deux heures plus tard le cake sortait du four. J'en coupai deux parts alors qu'il était encore chaud, Carlie attrapa son assiette avec un air gourmand.

- Hey, attends, dis-je en me mettant à fouiller dans les tiroirs à la recherche d'un paquet de bougies d'anniversaire que j'avais vu à plusieurs reprises.

Je les trouvai et en plantai une sur chaque part de gâteau avec un sourire triomphant.

- C'est ton anniversaire ?

- Non, répondis-je en allumant les deux chandelles. On peut faire un vœu avant de souffler une bougie, tu sais ça ?

- Ca marche vraiment ?

- Je ne sais pas, mais ça ne coûte rien d'essayer, si ? On a bien besoin d'un souhait, aujourd'hui. Tu n'es pas d'accord ?

- Si !

- On souffle à trois ! Un… Deux… Trois… Fais ton vœu !

Je souhaite qu'Edward revienne avec de bonnes nouvelles.

- Voilà, j'ai souhaité que…

- Chuuut, dis-je en posant mon index sur mes lèvres. Il ne faut pas le dire, sinon, il ne se réalisera pas.

- Oh !

Elle plaqua sa main sur sa bouche. Je souris en retirant les deux petites bougies du gâteau.

- Bien, on a un film qui nous attend, non ? Je suis folle de Patrick Dempsey…

- C'est ton amoureux ?

- Euh, non pas vraiment, hélas. Tu vas voir…

Je m'appliquai si bien à changer les idées de Carlie que j'en oubliai mes propres idées noires. Edward appela vers sept heures, nous rappelant à la triste réalité. Esmé était toujours dans la salle d'opération, ce qui était une bonne nouvelle en soi.

L'heure avait tourné plus rapidement que je ne l'aurai cru et il fut bientôt grand temps pour Carlie de filer au bain et ensuite au lit. Je la couchai après lui avoir raconté une histoire, nous nous fîmes un long câlin, et je me retrouvai bien désemparée en quittant sa chambre.

Je tournai en rond dans la maison, incapable de fixer mon attention sur une chose plus de quelques minutes, mes yeux se dirigeant sans cesse vers l'horloge qui semblait fonctionner au ralenti. Je savais qu'Edward allait rentrer tard, mais je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir inquiète.

Après avoir hésité, je décidai que ça ne serait pas déplacé si je me permettais d'utiliser la salle de bain pour une douche. Je laissai longuement l'eau couler sur mon corps et je me frictionnai avec le gel douche d'Edward avant de me sécher et de ne garder sur moi que le pyjama que j'avais apporté en prévision.

Je me glissai dans le grand lit dont les draps étaient fortement empreints de l'odeur masculine d'Edward. Le sentir autour de moi et sur ma peau m'aida un peu à décompresser. J'allumai la lampe de chevet et je m'adossai contre la tête de lit avant de caler mon cahier d'écriture sur mes genoux.

Je mâchouillais longuement mon crayon avant que les mots ne me viennent.

Il avait fallu du temps à Lizzie pour réaliser que Will était égocentrique et égoïste, qu'il n'avait été prêt à rien lui offrir qui ne servit pas son propre intérêt. Elle s'était tant trompée, il lui avait fait subir tant de mortifications et trop d'humiliations.

Et voilà qu'après toute cette douleur qu'elle avait endurée à cause d'un homme qu'elle pensait connaître, elle se jetait dans les bras de ce professeur de piano qu'elle ne connaissait pas.

J'étais occupée à mettre mes idées en place quand la porte de la chambre s'ouvrit tout doucement.

- Papa ?

Mon sang se glaça.

- Non… C'est moi, Carlie.

J'étais affreusement gênée qu'elle me trouve en pyjama dans le lit de son père. Je refermai mon carnet et le posai sur la table de nuit avant de lui ouvrir les bras. Elle vint s'y blottir.

- Tu n'arrives pas à dormir ?

Elle hocha la tête.

- Moi non plus, avouai-je.

- Tu dors dans le lit de papa ?

Je rougis jusqu'à la racine des cheveux, et j'éteins la lampe de chevet pour qu'elle ne le remarque pas.

- Hum, oui. Mais je rentrerai chez moi, quand il reviendra. C'est un prêt en quelques sortes. C'est plus confortable que de dormir sur le canapé.

- D'accord, dit-elle alors que je m'allongeai avant de la caler contre moi.

Quelques minutes s'écoulèrent durant lesquelles j'écoutai le petit son de sa respiration régulière qui était si apaisant.

- Bella ?

- Hum ?

- Tu ne viendras plus quand Mamie sera guérie…

- Hé bien… Je ne sais pas… Je viendrai moins souvent, j'imagine…

Elle soupira.

- J'aimerai bien que tu restes…

- On continuera de se voir, j'habite juste en face…

- Non… Je veux dire pour tout le temps… Même quand papa est là…

- Oh. Les choses ne sont pas toujours ce que l'on voudrait, Carlie.

- Je sais…

Oui, cette gamine savait probablement mieux que n'importe quelle fillette de son âge ce que c'était de ne pas avoir ce qu'on veut comme une maman présente, une grand-mère en bonne santé ou un papa vraiment heureux.

- Je serais toujours là si tu as besoin de moi, juste de l'autre côté de la rue.

Elle opina avant de se retourner et de caler son visage contre mon cou. Quelques minutes plus tard, elle avait sombré dans le sommeil, et, apaisée par son contact rassurant, je la suivis.

Lorsque je me réveillai quelques heures plus tard, je remarquai automatiquement que Carlie n'était plus dans le lit avec moi.

Je poussai un cri étouffé en réalisant la position dans laquelle j'étais, et surtout avec qui je me trouvai.

Apparemment, le rêve particulièrement explicite que je venais de faire n'en était pas tout à fait un.

Le visage d'Edward était enfouit entre mes cuisses dénudées et écartées tandis que sa bouche s'astreignait à me faire vivre le plus délicieux des réveils.

- Putain !

- Chuut, souffla Edward contre mon sexe.

Bien que mille question me venait à l'esprit, je les oubliai toutes quand il aspira mon clitoris dans sa bouche. J'imaginai simplement que les nouvelles devaient être très bonnes.

Sa langue et ses lèvres étaient si langoureuses sur moi, je me sentais devenir si chaude, mon bas ventre était littéralement en feu malgré l'humidité qui y régnait.

Il appuya deux doigts contre mon entrée et les y glissa, je fus obligée de mordre mon poing pour ne pas hurler de plaisir.

- Bella, Bella, un peu de retenue, souffla-t-il taquin avant de faire jouer sa langue sur mon endroit le plus sensible.

Est-ce qu'il me parlait sérieusement de retenue ? Ce type était un grand malade.

Quelques mouvements de doigts et de lèvres plus tard, je m'étais entièrement consumée.

Edward s'assit à califourchon sur mes hanches. Il veilla à ne pas trop reposer sur moi en s'appuyant avec ses mains de chaque côté de ma tête.

- Que me vaut cet honneur, articulai-je haletante quand mon cerveau fut de nouveau capable de former des phrases cohérentes.

- Rien de spécial, si ce n'est de très bonnes nouvelles, et le fait que j'avais envie de te rendre la pareille pour ce moment où je me suis senti particulièrement vulnérable dans la cuisine.

Il semblait en effet plutôt heureux.

- Tu as pourtant adoré ce moment, je le sais.

- J'ai plus aimé celui-ci.

- Et moi donc, marmonnai-je encore engourdie. C'était… nouveau…

- Etait-ce une première ?

Je pouvais deviner, rien qu'au son de sa voix, le sourire moqueur qu'il devait avoir sur les lèvres. Le mec arrogant et cynique que j'avais tant détesté était de retour et, en l'instant, j'adorai ça.

- En retirerais-tu une quelconque fierté si je disais oui ?

- Non.

- Oui. Il faut croire que les mecs que j'ai eus jusqu'ici ne savaient pas tout ce dont ils étaient capables avec leur bouche.

- Oh, si, ils le savaient, mais ce sont encore des abrutis qui n'ont pas compris certaines choses…

- Lesquelles ?

Il prit le temps de retirer sa chemise avant de me répondre.

- Il y a mieux que de prendre du plaisir avec une fille…

- Ah oui ?

- Oui, lui en donner.

Je ris doucement alors qu'il se levait pour ôter son pantalon avant de revenir s'installer entre mes cuisses.

- Donc ces bonnes nouvelles ?

- Tout c'est très bien passé, mieux que prévu, souffla-t-il en m'embrassant le cou. Elle va bien, même si elle va avoir besoin de beaucoup de repos, mais cette opération l'a tirée d'affaire.

- Je suis vraiment contente, dis-je l'enlaçant.

- Moi aussi. Et tu n'imagines pas à quel point je suis soulagé.

- Je viens d'en avoir un petit aperçu, mais j'imagine que non, je ne peux pas imaginer.

Il appuya son front contre le mien et posa des baisers tendres sur ma bouche.

- Tu restes ?

- Tu veux que je reste?

- J'ai remarqué que jusqu'à présent nous avions fait l'amour ensemble pour nous réconforter, et je trouve ça plutôt pathétique. J'aimerai savoir ce que ça fait d'être avec toi pour fêter une bonne nouvelle.

Je ris. Le soulagement le rendait presque volubile.

- J'hésite…

- Pourquoi ?

- Ma mère m'a toujours dit que quand tu commences à faire l'amour avec un type uniquement pour les occasions, il est temps de te tirer…

- Voilà de sages paroles, mais tu n'es pas une fille raisonnée, Bella.

Il s'appuya un peu plus sur moi et ressentir le poids de son corps sur le mien était juste délicieux. Je l'enlaçai et il se fit tendre contre moi, ses mains courraient sur mon corps dans des caresses qui me faisaient me sentir comme une déesse.

- Que puis-je répondre à cela, soupirai-je en me laissant aller à son toucher.

- Oui me semble une réponse parfaite…

J'éclatai de nouveau de rire et il rit doucement avec moi. Les nuages semblaient bien loin désormais.

Fin du chapitre X

Que dire ?

Tout d'abord, un grand merci pour tous vos encouragements. Je suis vraiment contente que cette histoire vous plaise, même si l'aspect un peu explicite du dernier chapitre en a chipoté plus d'une.

Je répondrai néanmoins à celles qui ont suggéré plus de péripéties et moins de sexe, que de je ne crois pas que décrire les relations qu'entretiennent Bella est Edward est pas le but en soi de cette fic, je pense qu'ils vivent pas mal de choses, éprouvantes qui plus est, sur le côté. Les relations physiques sont un aspect important de leur relation en l'était actuel des choses puisqu'il n'y a que dans ces moments là qu'ils sont vraiment en phase l'un avec l'autre, ça va devoir changer, sinon ça n'a aucun intérêt.

J'espère ne pas être entrain de tomber dans un travers que je déplore, sinon va falloir que je revoie tout ça.

Ca se termine bien pour cette fois, ça va changer. Je suis une adepte du après le beau temps, la pluie, vous le savez… :D

J'essaye de vous écrire encore un petit chapitre d'ici demain puisque j'ai un W-E très chargé, et ouais… Je dois fêter mes résultats (un seul exam en septembre, maîtrise de la langue, quelle honte, je me sens vraiment très stupide en cet instant) et maintenant que je suis sans Edward Cullen personnel, il faut bien que j'en cherche un… Même si je ne suis pas tellement pressée pour tout dire, j'avais oublié que le célibat avant tant d'avantage… Jambes pas rasées, personne qui te dit « c'est qui ce mec » ou « pourquoi bidule t'envoie un texto » et « c'est qui ce type à qui tu dis bonjour », pas de compte à rendre… J'a-do-re…

Tout ça pour dire qu'on risque de ne pas se revoir avant lundi… Mais, je bûche pour vous faire un autre chapitre d'ici demain !

:D

SHEZ